CHAPITRE 11. 13o
m'en irai à Paris : je me meurs de peur que vous n'y soyez devant moi et de n'avoir point le temps d'aller au-devant de vous : il me dure si fort en attendant ce bonheur ! Je mourrai de joie en revoyant mon unique bien, mon cœur, mon tout. Je sais, mon aimable enfant, que vous aurez votre bonne part à cette joie : je crois que vous en aurez autant que moi, car plus, il est impossible; mais il y a bien du temps encore à attendre pendant lequel j'aurai bien du chagTin et de l'inquiétude. Après cela, s'il plaît à Dieu, je n'en aurai plus, car je ne te veux plus quitter. S. Em. a été fort malade de la pierre : aujourd'hui il est mieux qu'il n'a pas encore été, mais l'on craint que cela ne recommence. Gomme il n'a point fait de pierre, on n'est pas bien assuré si c'en est une : on le craint fort. Je l'ai vu aujourd'hui : il m'a fort parlé de vous : il m'a dit que vous n'aviez pas une assez bonne santé pour pouvoir résister aux fatig'ues de la g-uerre : vous pouvez penser tout ce que j'ai dit là-dessus; premièrement parce qu'elle y seroit assurément fort altérée, puis, quand il s'ag'it de mes intérêts, je dis merveille. J'espère que si vous êtes homme de parole nous aurons contentement et que sans fâcher S. Em. je pourrai faire mon affaire : je l'appelle la mienne , car d'elle dépend tout le bonheur de ma vie. Mon cher, aimons bien Dieu et n'aimons que lui , tout le reste n'est que bag-alelle. Priez-le bien afin qu'il nous donne l'effet de cette vérité, et pour moi qui en ai g'rand besoin :
je suis si méchante ! Vous aurez appris que Barbezieux a eu le cou coupé. Mardick est pris. M""" la coratesse de Soissons se porte mieux. Adieu, mon cher mari ; qu'il me tarde que je ne te voye et que j'embrasse de tout mon cœur mille fois, mon tout! Je suis à vous. Ayez bien soin de votre santé, je vous en prie.
Metz, lo octobre 1657.
Dorinel partira demain après qu'il m'aura vue partir, et, comme il est bon courrier, vous me le renverrez, s'il vous plaît, afin que je sache à mon arrivée à Paris où vous serez pour aller au-devant de vous, mon cher mari. Je pars d'ici avec une gTande impatience de vous voir : je n'aurai point de repos que cela ne soit. Il ne faut plus song-er qu'à la joie que nous aurons de nous revoir et de nous faire mille amitiés. Il ne faut plus nous quitter: mon cher, nous ne saurions plus vivre l'un sans l'autre : vous êtes toute ma joie et tout ce que j'aime au monde. Tout le reste ne m'est rien : enfin, mon enfant, après six mois de chag'rin et d'une absence insupportable, nous aurons la joie de nous revoir. Je verserai mon cœur, je dirai à mon cher mari tout ce qu'il m'a fait souffrir, combien il est cruel d'être séparé de ce qu'on aime avec une tendresse aussi g-rande que celle que j'ai pour lui. Quand je song'eque je vous verrai, je suis toute hors de moi de joie. Mon cher, il ne faut plus nous