CHAPITRE II
Revenez, mon tout, et venez donner de la joie à celle qui n'en pourroit avoir loin de vous : aimezmoi bien. Bonsoir, mon enfant, je suis à vous de tout mon cœur et je vous embrasse mille fois.
Metz, 26 septembre ICoT.
Je croyois vous envoyer votre cong-é par l'ordinaire ; mais, comme il part un officier de M. de Modène et qu'on m'assure qu'il sera à l'armée avant l'ordinaire , je vous écris encore, mon cher mari, pour vous conjurer de partir tout aussitôt, et venir bien vite voir votre chère femme qui a une impatience extrême de vous voir et de vous embrasser de tout son cœur, mon tout. Nous aurons bien de la joie quand nous nous reverrons. Je vais bien m'ennuyer en attendant ce bonheur. Venez donc, mon enfant, et ayez un peu de joye desong*er que bientôt vous verrez tout ce que vous aimez au monde. Adieu, mon tout, aimez-moi autant que je vous aime.
(Même jour.)
Mon cher mari, quoique je vous aie écrit aujourd'hui par un officier de votre armée , qui vous portera votre cong-é , je le fais encore par l'ordinaire, ne voulant pas perdre une occasion pour vous dire que je vous aime de tout mon cœur : j'ai une joie extrême de song-er que je recevrai bientôt
\U LA PRINCESSE DE COMl.
mon enfant : le temps va bien me durer en attendant ce bonheur. Je vous conjure, mon cher amour, de venir voir votre chère femme. Je crois que vous aurez déjà reçu votre cong'é, et que vous serez prêt à partir. Venez donc, mon tout, donner de la joie à celle qui n'en sauroit avoir sans vous. Je viens de recevoir des lettres de M'"'^ de Long*ueville et de monsieur son mari qui me font un compliment sur des poursuites qu'ils nous veulent faire pour avoir les 100,000 écus. Celle de votre sœur est toutà-fait oblig-eante. Je crois qu'ils vous ont écrit aussi; je crois qu'on a fort bien fait de retarder notre procès jusqu'à votre arrivée, car assurément vous y êtes fort nécessaire. Mon tout, j'ai une joie qui ne se peut exprimer, quand je song'e que je reverrai mon cher mari que j'aime plus que je n'ai jamais fait. Adieu, mon tout : prie bien Notre-Seig-neur pour moi : il faut être à lui et de tout son cœur, tout le restti n'est que bag^atelle. Je le conjure de mettre cette vérité dans nos cœurs : faites-en de même, je vous en prie : bonsoir, mon cher mari, je vous embrasse de tout mon cœur et je vous aime éperdument, je vous le proteste, mon amour !
Metz, 10 octobre I6o7.
J'attends avec une impatience bien g*rande des nouvelles de votre départ : dès que je les aurai , si la cour ne part point, ils sont déjà préparés à me donner mon cong'é : c'est pourquoi tout aussitôt je