CHAPITRE m
Réunion des tleux époux. — Dévotion ardente du prince. — Ses œuvres religieuses. — Ses lettres au P. de Ciron. — La princesse tout à fait convertie. — lis dirii^eut le parti janséniste. — L'abbé de la Vergne. — La duchesse de Lougueville reprend sou influence sur son frère, — Sa liaison avec sa belle-sœur. — Gouvernement du Languedoc. — L'Institut de Mme Je Mondonville. — Lettres de la princesse au P. de Ciron. — M^'' d'Aleth. — La princesse vend ses pierreries. — Redouldemeut d'austérité du ménage. — M. de V'illars. — Réserve publique de la princesse. — Faveur du roi pour elle. — Voyages en Languedoc. — Retraites. — Maladie du prince. — Il rompt avec M^"" d'Aleth et rentre dans l'Église catholique. — Sa mort. — Opinion de M™'' de Sévigué. — Mécontentement de la princesse. (Novembre 1657 — février 1666.)
Nous avons dit qu'au commencement d'octobre 1657, le prince de Gonti était rentré en France après une assez médiocre campagne \ et, malgré une double tentative, il iie put décider l'évêque de Yalence à suspendre en son honneur sa visite diocésaine. Les deux époux se revirent avec un plaisir que le ton des lettres de la princesse laisse assez clairement deviner. Sa conversion dut accroître la satisfaction du prince , qui la voyait volontiers envisager, à cause de ses fréquentes indispositions, la mort comme plus prochaine qu'on n'est disposé à le penser habituellement à son âge. Il paraît cependant que le principal grief de la princesse contre la religion était qu'elle absorbait trop impérieusement son
' Il avait assiégé vainement .\lexandrie avec le duc de Modène.
140 LA PRINCESSE DE CONTl.
époux ; celui-ci lui « disoit tout ce que la charité peut faire dire sur la plus grande de toutes les affaires, à la personne du monde à qui elle importe le plus et que l'on aime le mieux ^ Elle recevoit avec beaucoup de douceur ce qu'il lui disoit ; mais toutes ces instances ne faisoient au fond que l'importuner et l'aigrir contre la piété qu'elle regardoit comme son ennemie et sa rivale dans un cœur oi^i elle auroit voulu régner seule et souverainement^ » . Il paraît même que les sermons du prince amenèrent à ce moment un certain refroidissement dans le zèle religieux de la princesse, si vif cependant, à en juger par une correspondance d'une évidente sincérité. L'heure de Dieu néanmoins était proche : « Un jour, elle se trouva tout d'un coup, sans savoir comment, tournée à Dieu, persuadée des vérités de la foi et brûlante du désir d'aller à Dieu. Elle appela le prince et lui dit, comme la meilleure nouvelle qu'elle pouvoit lui dire : « Je crois que Dieu m'a changée. Je vous prie de m'envoyer M. de Giron. » Peut-être faut-il rapprocher cette
* Au P. DE CiRON,
J'ai un grand désir de satisfaire à la justice de Dieu en cette vie pour tous mes crimes, soit en m'allant au plutôt acquitter de mes obligations sur les lieux, à quoi je travaillerai avec fidélité, soit en faisant des pénitences d'esprit et de corps telles que vous les ordonnerez, comme en mon dormir et autres choses que vous jugerez à propos.
Ma femme a merveilleusement profité depuis six mois : cela me fait bien honte et me fait bien appréhender ce passage de l'Évangile : Et eriint novissimi primi et primi novissimi. Cela me fait trembler plus que votre tremblement, lequel est juste, si vous considérez ma malice.
J'ai trouvé ici des affaires par-dessus les yeux qui ne me sont pas des chimères : des dettes qui ne se payent point, des procès très-importants et autre chose oui j'espère crucifier terriblement ma paresse.
J'oubliois de vous dire que M""= la princesse de Couti et moi avons résolu de donner tous les joui'S un temps certain à parler ensemble des
choses de notre salut.
Paris, lor novembre 1C57.
'^ P. Rapin.