CHAPITRE 111. m
conversion du moment où la princesse redevint grosse : Guy Patin, en effet, nous apprend que, le 4 septembre 1658 , M"^ de Conti nccoui-lia d'un lils à quatre heures du matin '. »
Depuis cette époque le prince de Conti marcha de plus en plus dans la voie des austérités et dans le sens des idées jansénistes ; il ne quitta plus la France et ne chercha même pas un de ces commandements que nous lui avons vu désirer auparavant avec une si vive ardeur. Tout entier à l'étude des livres saints , des questions de morale, c'est à cette époque qu'il composa d'abord son Traité de la Coinédie et des Spectacles selon la tradition de l'Eglise ^-, puis son principal ouvrage , le Traité des Devoirs des grands, dont la valeur ne saurait être contestée ; tous deux ne furent imprimés que dans Tannée qui suivit sa mort, avec l'assentiment de sa femme. Il a également écrit vers le même temps un règlement pour sa maison et une controverse sur la vraie doctrine de la grâce de saint Augustin, sous forme d'une correspondance avec le jésuite de Champs ^
Du reste, nous trouvons dans la correspondance du prince avec le P. de Ciron des détails qui montrent le progrès qu'il faisait et les efforts qu'il multipliait sans cesse. On y verra en même temps l'amélioration qui se produisait dans les idées de la princesse. Dans une première lettre, datée de Paris, le 16 juin 1638, il parle de sa résignation pendant une cruelle attaque de rhumatisme.
* Lette du G septeailjre 16b8.
- On trouve, dans le manuscrit que nous avons cité, un traité du P. de Ciron contre les spectacles, écrit évidemment pour répondre aux aspirations du prince.
3 Publiée en un volume ïnAI, à Cologne, en 1090. Nous reproduisons dans l'appendice le curieux discours du P. de Champs placé en tète de ce recueil.
142 LA PRliNCESSE DE CONTl.
Il reprend la plume le 30 janvier pour s'apitoyer sur la fin du duc de Caudale, celui-là même qui avait été épris de la princesse et qui venait de mourir à Lyon deux jours auparavant.
J'apprends la mort de M. de Gandale, dont je suis si accablé que je ne vous puis rien mander de ce que j'avois résolu de vous écrire. Ce coup qui m'est très-sensible et qui vient de frapper un homme de mon âg^e et le compag-non d'une partie de mes folies et de mes ég^arements et que j'aimois par le mouvement d'une inclination très-forte, ce coup me fait voir la main de Dieu , abattant tout ce qui est autour de moi, et m'éparg-nant miséricordieusement pour me laisser le temps de faire pénitence Je vous demande des prières pour Tàme
de M. de Gandale très-instamment.
Nous continuons ces extraits qui nous semblent curieux et importants pour le sujet que nous traitons :
Saint-Maur, Il février 1638.
Ce n'est plus l'homme que vous avez connu qui vous écrit cette lettre ; c'est un mélancolique plong-é dans une tristesse si profonde que Fabiole même ne le reconnoît pas , tant son humeur est
chang-ée Mes forces me quittent, mes yeux
m'abmdonnent, mes yeux même ont perdu leur lumière et leur clarté Je m'en vais au milieu