‹ Une nièce de MazarinChapitre 98 sur 113 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Sur les lettres de S. A. S. Armand de Bourbon, prince de Conti et sur la double conversion de son cœur et de son esprit.

On ne voit g^uère de princes d'un sang' royal au nombre des écrivains ecclésiastiques, et on en voit moins encore écrire des matières les plus sublimes de la théolog"ie, et le faire avec autant de force, de pénétration et de subtilité qu'on en trouve dans les lettres que nous donnons au public. Gela ne doit pas faire craindre qu'on les attribue faussement au sérénissime prince dont elles portent le nom ; car ceux qui ont connu la beauté, l'élévation, l'étendue de son esprit, ou qui ont lu les autres ouvragées de sa main, n'auront pas de peine à le reconnoître ici, quand les orig-inaux de ces lettres, qu'une personne de mérite conserve avec soin, n'en rendroient pas un témoig'nag*e auquel on ne peut rien ajouter. La matière de la g-râce, que ce g-rand prince y traite ^ est une des plus épineuses de toute la théolog-iedont les difficultés inépuisables seront peut-être jusqu'à la tin du monde un sujet de dispute entre les Immbles défenseurs de la g-râce divine et les su-

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perbes protecteurs de la liberté humaine. On aura donc sujet de s'étonner qu'un prince séculier, que son état n'appliquoit point à l'étude de la théolog'ie, et qui, par les g*rands emplois où sa naissance l'eng-ag-eoit , ne devoit pas avoir le temps de s'en occuper beaucoup, ait entrepris d'entrer dans une dispute qui sembloit ne lui pas convenir, et on aura peine à se persuader qu'ayant eu affaire avec un professeur des plus exercés au métier, et dont il avoit été le disciple, il ait pu sortir avec avantagée du combat où il s'étoit eng'ag'é avec lui.

Mais c'est un préjugée très- faux de croire qu'il faille être ecclésiastique ou docteur en théolog-ie pour pouvoir bien jug*er des vérités les plus sublimes de la religion, quand on a reçu de Dieu un esprit solide, et que l'on s'est appliqué à lire avec soin et avec foi ce que l'Écriture et la tradition de l'Ég-lise nous en ont appris. Gomme si les premiers et les plus célèbres apologistes de la foi n'avoient pas été de simples laïques !

C'est aux évêques, il est vrai, comme aux premiers architectes de FÉg'lise, d'en poser le fondement qui est la foi, de déterminer les vérités catholiques qui en sont l'objet, et de condamner avec autorité les erreurs qui la blessent. A cela près, il ne paroît point que Dieu se soit lié les mains pour ne répandre les lumières de la vérité que sur ceux qui sont appelés au g-ouvernement de l'Égalise ou au ministère ecclésiastique. Le talent de la bien connoître et de la bien expliquer, joint au besoin de

rEg*lise et aux eng-ag-ementsde la Providence, suffit pour donner à un séculier une vocation et une mission sur cela, et pour faire d'un bon laïque un excellent coopérateur de la vérité, soit par des entretiens particuliers ou par des ouvragées publics.

M. le prince Gonti avoit tout cela. On pourroit même dire qu'il avoit quelque chose de plus, s'il n'étoit point contre son esprit de vouloir faire valoir un commencement de vocation extérieure, qui parut comme un éclair aux yeux des hommes dans sa jeunesse ; car chacun sait que M. le prince son père l'avoit destiné à l'Ég'Iise, et qu'il en vouloit faire un docteur de Sorbonne. Il le fît étudier pour cela en théologale, et comme sa naissance le mettoit au-dessus des lois les plus indispensables de la Faculté de théolog"ie de Paris, il eut la liberté de faire au Gollég*e des Pères Jésuites les études nécessaires pour être reçu bachelier, et il y eut pour maître le R. P. Estienne de Champs, alors professeur en théolog'ie dans leur Collègue de Paris.

Il n'y avoit que trois ou quatre ans que les contestations avoient commencé à s'échauffer, tant sur la matière de la grâce à l'occasion de V Augustin de M. l'Evêque d'Ipres qui combattoit directement la doctrine de la Société, que sur les règ*les de la pénitence et de la communion, que M. Arnauld, docteur de Sorbonne, avoit expliquées dans son excellent livre De la fréquente communion, en réfutant un écrit du Père de Sesmaisons, jésuite, sans toutefois le nommer en aucune manière.

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Il n'est pas nécessaire de dire combien ces deux querelles remuoient alors les esprits, ni combien les Jésuites les prirent à cœur. Les g-randes suites qu'elles ont eues dans l'Ég-lise, depuis près de cinquante ans qu'elles durent, ont fait assez connoître au monde que la Société avoit résolu d'y mettre le tout pour le tout. C'est pourquoi ils furent bien aises de l'occasion qui se présentoit d'y faire entrer le fils du premier prince du sang*. Ils lui firent donc prendre parti pour leurs sentiments sur ces matières, et lui firent soutenir en Sorbonne avec tout l'éclat possible ses thèses de Tentative sur lag-ràce, sur la pénitence et sur l'eucharistie, le 10 juillet 1646, où il eut pour président M. le cardinal de Retz, alors seulement archevêque de Gorinthe et coadjuteur de Paris. Afin qu'une action, dont ils prétendoient se faire honneur et tirer de grands avanta-^TS dans les siècles suivants si Dieu n'eût point rompu leurs mesures, ne fût point ensevelie dans l'oubli où tombent les thèses ordinairement, le P. de Champs faisant réimprimer cette même année, pour la troisième fois, son livre latin du Libre arbitre sous le nom d'Antoine Richard, y lit ajouter les thèses soutenues par M. le prince de Conti. Les Jésuites en ont encore conservé la mémoire en les faisant imprimer dans leur (( Bibliothèque antijansénienne », et dans leur prétendu « Triomphe de la vérité catholique », et ailleurs où ils ont inséré ces thèses de S. A. et l'ont mis lui-même au rang dos docteurs catho-

DISCUUItS SLU SA CUiNVEliSION. tlH

liqucs parce qu'ils prétendent que leurs adversaires ont été terrassés.

Quoiqu'on ne puisse pas dire raisonnablement que c'étoient là les sentiments de ce prince, étant clair qu'ils n'étoient pas de son choix et qu'il n'étoit alors que l'écho du P. de Champs, on n'auroit peut-être pas laissé de croire un jour qu'il n'en a jamais eu d'autres, si la Providence n'avoit permis qu'il s'en fût expliqué lui-même de manière à ne laisser aucun doute de son chang'ement.

Ce chang-ement ne commença pas par l'esprit. La lumière de la g^ràce, avant que d'y entrer, passa par son cœur. Car après que Dieu, par une conduite ({u'il faut adorer, eut abandonné l'un et l'autre à ses propres ténèbres durant plusieurs années, les desseins de miséricorde que Dieuavoit eus de toute éternité sur son âme éclatèrent enfin par une conversion qui fait l'édification de tout le royaume, et qui lui fit connoître par expérience que Dieu est vraiment le maître du cœur de l'homme et qu'il en dispose toujours avec une facilité toute- puissante, soit qu'il soit déjà assujetti à sa gTâce ou qu'il soit encore esclave de sa propre cupidité ; car il reconnoissoit avec joie, aussi bien que saint Aug-ustin, (ju'il devoit à cette g-râce et tout ce qu'il avoit fait de bien depuis sa conversion, et tout ce qu'il n'avoit pas fait de mal avant son chang*ement.

11 avouoit même confidemment à ceux à qui il ouvroit son cœur pour rendre gloire à Dieu, que

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lorsqu'il étoit le plus éloigné de lui et qu'il cherchoit dans les créatures un bonheur qu'il n'y pouvoit trouver, il avoit fait tous ses efforts pour se défaire de ces remords importuns de la conscience qui troublent le pécheur au milieu de ses plaisirs; jusque-là, qu'il avoit entrepris d'étouffer etd'éteindre ce qui lui restoit de foi; mais en vain : Dieu conserva toujours dans son âme, malgré ses efforts contraires, cette petite étincelle dont il se vouloit servir pour y rallumer un jour le feu de sa charité. C'est ordinairement dans le temps de la tribulation que Dieu choisit ses moments pour faire miséricorde. Quand il veut g^uérir une âme de l'amour du monde et de ses cupidités, une affliction préparée par la main de ce souverain médecin y vient répandre de salutaires amertumes qui suspendent son application et, diminuant la sensibilité pour les plaisirs, lui laissent plus d'attention pour Dieu et pour sa parole ; car c'est cette parole divine qui est le précurseur ordinaire de la gTâce de la conversion et qui prépare la voie du Seig*neur dans les cœurs qu'il veut attirer à lui. Un premier jour de mai, fête des apôtres saint Jacques et saint Philippe, fut donc pour le prince de Conti le jour du salut. Alors cette étincelle de la foi, que Dieu s'étoit réservée en lui pour ce moment, se prit à cette parole de l'évang^ile du jour : Tanto tempore vobiscmn sum, et non cognai' Isti'i me : Il y a long-temps que je suis avec vous, et vous ne me connoissez pas encore. Hélas! s"éciûa-t-il, il y a long'lemps que

Jésus-Christ est avec moi : Citm ipso sum in trihitlatione^ et je ne le connoissois pas. D'autres lectures de piété contribuèrent à faire prendre feu à cette parole dans son cœur, et le premier qui servit à éclairer son âme et à lui faire g-oûter les voies du salut fut un petit livre de méditations chrétiennes composé par un très-pieux docteur de Sorbonne qui vit encore et qui mériteroit assurément un meilleur sort que celui qu'il souffre depuis plusieurs années, si on en pouvoit souhaiter un meilleur en cette vie que de souffrir en paix pour la vérité ^

Mais ce qui fît connoître l'abondance de la miséricorde de Dieu sur ce prince, et qui fit voir qu'il ne vouloit pas que sa conversion fût du nombre de ces conversions inconstantes et passag-ères qui ne sont que comme de courtes trêves suivies pour l'ordinaire d'une g"uerre plus cruelle et plus funeste , c'est la g-râce que Dieu lui fît de l'adresser à un des plus éclairés et des plus saints évêques de l'Égalise-, en qui il trouvoit pour lui tout ce que saint Aug-ustin avoit trouvé pour lui-même dans le saint prêtre Simplicien, depuis évêque de Milan. «Vous me mîtes dans le cœur, dit à Dieu ce g'rand saint, de m'adresser à Simplicien, et je ne crus pas pouvoir mieux faire après y avoir pensé devant vous. G'étoit un de vos plus fidèles serviteurs et en qui

' M. Fcydoau, théologal de Bcainais, qiio les jésuites ont fait relécuoi' en Vivarois, n'ayant pu le souffiii' à Hourgcs son picniiei' exil, et qu'ils menacent encore tous les joui's de quelque chose de pis.

-M. Nicdlas Pavillon, i'\h\\\v d'Aieth.

votre grâce reluisoit plus visiblement. Je savois même qu'il avoit commencé dès sa jeunesse à se donner à vous, et qu'il avoit toujours vécu depuis dans une g-rande piété; et, comme il étoit déjà vieux, je crus qu'après une si long'ue expérience et une application de tant d'années à étudier vos voies, il ydevoitêtre fort savant, et je nemetrompois pas. Ce fut ce qui me fît prendre la résolution de lui découvrir toutes les ag^itations de mon cœur afin qu'il me marquât ce qu'il jug-eoit le plus propre pour ouvrir le chemin du salut à un homme dans la disposition où j'étois. »

Il avoit entendu prêcher ce saint prélat plusieurs fois pendant la tenue des États de Lang^uedoc, et il lui avoit toujours paru prêcher comme un homme persuadé. Un domestique fidèle lui ayant fait comprendre que ce seroit tout autre chose de le voir et de l'entendre en particulier, ce prince connut bien qu'il étoit enfant d'Adam; car, semblable à notre premier père , qui eut honte de paraître devant Dieu après son péché, il eut peine, sentant le reproche de sa conscience et connoissant la nudité de son âme, à se résoudre d'entrer en conférence avec cet homme de Dieu, dont la conduite trop évang'élique pour les g^ens du monde l'avoit même effrayé de loin lorsqu'on lui avoit proposé de suivre ses conseils. Le respect humain à l'ég^ard du public soutenoit cette mauvaise honte ; car lier commerce avec un si saint homme, c'étoit faire profession publique de piété et vouloir se déclarer contre le

DISCOURS SUR SA CONVERSION. ^îft

vice, et il n'étoit pas encore à l'épreuve des discours du monde. Il fallut au moins le ménag-er en faisant venir le prélat par un escalier dérobé : ménag-ement qui seroit toujours louable si les g*rands ne s'en servoient que pour ouvrir avec liberté leur cœur à des personnes éclairées, et pour apprendre des vérités qui leur sont cachées par ceux qui sont plus oblig-és de les en instruire.

Si ce prince pénitent trouva un Simplicien dans M^' l'évêque d'Alet, ce prélat trouva un Aug-ustin dans son pénitent, un cœur qui cherchoit sincèrement la voie de Dieu et le chemin du salut , un malade qui ne vouloit pas qu'on flattât ses plaies, mais qu'on les g-uérît. Ce prélat mettant donc en usag-e à l'ég^ard de ce prince les saintes régules de la pénitence qu'on lui avoit fait combattre autrefois au sujet du livre de la fréquente communion , il lui fit trouver par une conduite sag-e et mesurée, qui sait proportionner les remèdes aux maux et aux malades , le seul moyen de rendre sa réconciliation stable et salutaire , et de jouir pour toujours du véritable repos de la conscience.

« Ce véritable pénitent , dit un savant prélat', se soumit avec des sentiments dig-nes des premiers siècles, à ce g-rand évêque qui n'a pas moins hérité de l'humilité de S. Pierre, que de sa charité pastorale et de la sainteté de son sacerdoce. Il s'y

^ M^'' l'évêque de Touriiiii, alors évoque de Comniintres, daus rOraison funèbre prononcée le ."i Juin 1(160, au grand eouveiit des Carmélites lie Paris.

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soumit pour suivre par son ordre les lois les plus austères de la pénitence , et Théodose n'obéit pas plus fidèlement à saint Ambroise que ce prince n'obéit à ce prélat, qu'il reg'ardoit comme un ang-e que Dieu lui avoit envoyé pour contribuer à son salut. Au lieu qu'avant de le bien connoître , il avoit appréhendé l'austérité de sa conduite, il commença de craindre qu'il ne lui fût trop indulg-ent, et il entra de lui-même dans cette règ-le de saint Aug-ustin , que nous devons être sévères contre nous-mêmes, si nous voulons que Dieu nous fasse ressentir les effets de sa miséricorde.

(( On auroit peine à comprendre quelle fut la reconnoissance de son cœur pour une telle miséricorde : miséricorde si sing'ulière dans un prince de son rang*, qu'à peine en trouve-t-on des exemples. C'est ce qui lui donnoit une compassion plus sensible pour ceux qu'il voyoit entre les mains de g'uides ou peu vertueux , soit que la crainte d'en trouver qui resserrassent trop leurs passions, leur eût donné de l'éloig^nement des confesseurs exacts et fidèles à leur ministère , ou que quelque autre rencontre les eût fait tomber en des mains peu propres à travailler solidement à l'édifice de leur salut.

« La lumière et l'expérience, la fermeté et la douceur, la piété et le désintéressement parfait de celui que Dieu lui avoit donné, le mirent à couvert des suites funestes d'une conduite relâchée. Il ne lui dissimula point la sainte sévérité de l'EvangMle. Il hii découvrit les piég*es et les périls inévitables de

la voielarg'e,que Jésus-Christ a déclarée si ouvertement être la voie de la perdition et le chemin de l'enfer. Il lui fît envisag-er tous ses devoirs , lui donna le temps nécessaire pour bien connoître son cœur, pour g^émir devant Dieu de ses misères passées, pour en faire de dig-nes fruits de pénitence, pour obtenir par des prières ferventes et assidues cet amour de Dieu et cette haine du péché qui sont la vraie pénitence et ce cœur nouveau en ({uoi consiste la conversion et la justification du pécheur ; pour prendre enfin toutes les mesures nécessaires , soit pour réparer les scandales et les injustices passées, ou pour dresser le plan d'une vie toute nouvelle.

« Je ne m'écarterai point de mon dessein, qui est que de ne parler g'uère de ce qui concerne la conversion de ce prince, si je rapporte que pour l'affermir davantag'e il prit dans sa maison, par le conseil de M. d'Alet, deux g-entilshommes des plus braves et des plus chrétiens qui fussent dans le royaume, afin qu'ils veillassent sur sa conduite et qu'ils l'avertissent de ses défauts et de ses mauvaises habitudes. Il savoit que les g-rands sont ordinairement environnés de flatteurs, qui ne sont appliqués qu'à leur plaire aux dépens de la vérité, et qu'à les empoisonner par des louang-es, dont l'art et le but consistent à leur faire passer leurs vices mômes pour des vertus héroïques. Il trouva moyen d'éviter ces piégées funestes par les avis qu'il recevoit de ces deux moniteurs domestiques, qui se

montroient d'autant plus dig-nes de cet emploi, qu'ils s'acquittoient de leur commission avec plus de liberté et avec la fidélité la plus exacte et la plus désintéressée.

« Cet excellent évêque se crut d'abord obligée de suspendre la réconciliation de ce prince, continue son panég-yriste, parce que, le connoissant encore foible dans la vie de la g-râce , il craig'nit de le nourrir trop tost de la viande des forts et de l'eng'ag'er par une indulg-ence précipitée à la profanation du plus saint de nos mystères. Et comme il fut contraint pour satisfaire aux oblig'ations de sa charg-e pastorale de se séparer de lui, il confia le soin de sa conscience à un très-pieux et savant ecclésiastique, M. l'abbé de Giron , chancelier de l'université de Toulouse. Le prince, dont le cœur n'étoit pas encore tout à fait réformé, eut une extrême peine de se voir renvoyé à un homme qui, étant oblig-é par sa qualité de lui faire une harang*ue lorsqu'il étoit venu à Toulouse, avait eu assez de g-énérosité pour refuser de la faire parce que ce prince avoit alors une compag^nie qu'il ne devoit pas avoir. Il surmonta cette répug'nance et il eut depuis ce temps-là une confiance entière en la sag'esse de ce g*uide éclairé, qui lui avoit donné l'absolution qu'il comptoit pour la première, et qui lui fut encore envoyé au lit de la mort, par un rencontre particulier de la providence, pour lui donner la dernière et le remettre entre les mains de celui qui lui avoit confié ce précieux dépôt.

« Je ne cloute point que ce grand prince ne me sache bon g^ré et que ce ne soit honorer sa mémoire de la manière qu'il le désire, de remarquer cjue le malheur qu'il avoit eu de s'écarter du devoir le plus indispensable dans un sujet et dans un prince du sang* envers le roi et envers l'Etat, fut une de ses fautes qu'il se pardonna le moins. C'est après Dieu au saint prélat qui conduisoit cette g'rande âme, que la postérité sera oblig-ée d'un exemple des plus rares et des plus nécessaires au public qu'il lui a donné de son repentir sincère et de la réparation la plus exacte et la plus extraordinaire que jamais prince ait faite, tant à l'ég'ard des biens ecclésiastiques dont il avoit joui fort long*temps, que des dommag^es causés par une g-uerre civile où le malheur des temps l'avoit eng'ag'é.

(( Il remit et abandonna quarante mille écus de pension que le pape lui avoit permis de retenir, même dans l'état du mariag-e , sur les bénéfices qu'il avoit quittés. Gomme ce prince n'avoit pas moins de lumières que de vertus, il connut aisément que, puisque, lorsqu'il étoit ecclésiastique, il n'avoit pas bien usé des revenus de ses bénéfices, il devoit beaucoup moins s'en charg-er dans une condition séculière ; et cette raison roblig*ea de résister aux sentimens de ceux qui estimoient qu'il pouvoit se servir de cette dang'ereuse gTâce pour les œuvres de piété qu'il vouloit faire. 11 ne voulut pas que son action, dont tout le monde n'auroit pas connu les motifs, pût favoriser l'abus que d'autres auroient

peut-être fait d'une chose que ces conseils indulg'cns estimoient pouvoir être innocente en sa personne. Il ne se contenta pas d'avoir fait une si grande action ; il reg'arda ses propres biens comme tributaires à l'Eg-lise , et il ne pensa plus qu'à envoyer dans tous les bénéfices qu'il avoit possédés pour y répandre dans le sein des pauvres ce qu'il avoit usurpé sur eux , rendre aux autres ce que la somptuosité de ses dépenses superflues leur avoit ôté, procurer la réformation des monastères, quil avoit nég'lig'ée lorsqu'il en devoit prendre soin et sanctifier par des missions continuelles les peuples qu'il avoit dû édifier par son exemple dans le temps qu'il ne pensoit qu'à satisfaire ses passions'. »

Les millions répandus dans les provinces durant sa vie, et les ordres donnés par son testament pour continuer après sa mort ce qu'il n'avoit pu achever lui-même, seront un monument éternel de la fidélité et d'un prince converti aux devoirs qui coûtent ordinairement le plus aux personnes de sa naissance, et de son illustre épouse, qui, ayant vendu ses pierreries pour soulag'er les pauvres de la province du Berri , n'avoit g'arde de ne pas exécuter ponctuellement les ordres d'un époux qu'elle n'avoit aimé que pour Dieu et pour le ciel. L'un et l'autre fut le fruit de la conduite du saint prélat qui lui avoit fait connoître la nécessité de ces restitutions. Tant il est vrai que cette morale, que l'on décrit partout comme une morale oulr(''e, est le repos des

' OraiîJnn fiiiiMuT' ri-de.^siis c\{i't\

DISCOIHS SL'K SA CONVEUSlUN. 28o

consciences, le h'wn des Etats et le plus sur «^^arant que puissent avoir les souverains de la fidélité de leurs sujets.

On peut reg^arder comme une autre sorte de réparation le traité contre la comédie, l'excellent livre du devoir des g'rands et celui qui contient le règ*lement de sa maison, qu'il a tous composés lui-même; et, ce qui n'est pas commun aux auteurs de ces sortes d'ouvragées, qu'il avoit mis en pratique avant de les composer. Car ce n'est pas une idée en l'air qu'il ait formée pour se divertir, ni un plan de conduite qu'il ait fait pour les autres. C'est l'idée et le plan de sa propre conduite. C'est comme l'histoire de sa vie, telle qu'il l'avoit menée depuis sa conversion et qu'il l'a continuée jusqu'à la mort avec une fidélité inviolable. Ce n'est pas qu'on ne dût voir encore tout autre chose , si quelqu'un , bien informé des mouvements de son cœur et du détail de sa vie, nous en pouvoit faire un portrait fidèle. On est assuré que ce seroit le modèle le plus accompli de la conduite d'un prince chrétien et pour le particulier de sa maison et pour ses devoirs publics, particulièrement dans le g-ouvernement des provinces. Je me contenterai de remarquer sur ce dernier point que l'idée qu'il avoit de ses devoirs en qualité de g-ouverneur de la province du Lang-uedoc étoit si parfaite que, quelque gTandes que fussent son application, sa vig-ilance, son exactitude, son zèle pour le service du roi, son attention aux intérêts de la relig-ion, son amour pour la jus-

tice, sa tendresse pour le peuple, il n'en étoit jamais content, pendant que tous ceux qui le voyoient ag*ir admiraient en lui tout ce qu'on peut désirer dans un sag'e g-ouverneur et même dans un g-rand évêque. La fidélité à ses devoirs et le sentiment de ses oblig'ations allèrent enfin si loin que, ne croyant pas y pouvoir satisfaire avec les infirmités continuelles de ses dernières années, il crut devoir quitter son g-ouvernement. C'est la résolution où il se trouva dans sa dernière maladie , résolution de supplier Sa Majesté de le décharg-er de ce fardeau , si son saint directeur, qui savoit conduire chacun selon son état et sa condition , ne l'eût oblig-é de quitter ce dessein en lui faisant connoître qu'il devoit consumer sa vie dans les travaux de son g-ouvernement et faire sa pénitence en prince, en servant jusqu'au dernier soupir le roi et l'Etat. Est-ce donc là ce même prince qui peu d'années auparavant faisoit tant d'efforts pour étouffer en lui-même, par avance, tous les principes de sa conversion et pour faire, s'il eût pu, de son propre cœur comme une ville imprenable et un fort inaccessible à la gn^àce? 0 g-râce divine, g-râce du Sauveur, toujours victorieuse des résistances du cœur humain, c'est vous qui vous rendîtes maîtresse de celui de ce prince et le chang*eàtes en un autre homme. Que ceux-là vous connoissent peu qui vous disputent votre pouvoir absolu et votre souveraine efficacité sur les âmes ! Il n'en faudroit point d'autres preuves que ces sortes de conversions

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éclatantes, que Dioii fait voir de temps en temps, comme pour enseig'ner, à ceux qui ne Je peuvent apprendi-e dans les livres , que la g'râcc est vraiment l'opération invincible de la volonté de Dieu sur celle de sa créature, dont il triomphe par lui-même quand il lui plaît et comme il lui plait, sans avoir besoin pour exécuter immanquablement ses desseins, ni pour sauver la liberté de l'homme , de ces espèces de petits artifices, de ménag'ements politiques qu'on lui attribue par un esprit trop humain, et qui sont indig-nes de la toute-puissance d'un Dieu à qui rien ne résiste quand il veut faire miséricorde. Car cette opération n'étant autre chose que l'inspiration d'un saint amour en la place d'un amour déréglé , peut-on dire que la volonté aura pu se donner ce mauvais amour contre l'inclination naturelle de son être et contre sou propre bien, sans ag'ir néanmoins sur elle-même d'une manière violente et nécessitante, et que Dieu, qui est plus intime à la volonté de ce qu'elle a de plus intime et qui lui est une cause plus naturelle qu'ellemême dans l'étatoù elle est maintenant, ne puisse, sans blesser sa liberté, lui inspirer un bon amour, un amour salutaire qui lui a été autrefois naturel et qui est la perfection de sa liberté et le commencement de sa béatitude ?

C'est pour honorer cette g-râce divine que je me suis un peu étendu en cet endroit, pour suivre en cela l'intention de Dieu même, qui veut être d'autant plus glorifié dans la conversion des àmes>

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que ces âmes lui ont pour ainsi dire plus coûté et que les fruits de sa victoire sont plus considérables, comme il arrive dans la conversion des g'rands; car la conversion d'un homme de cette fonte , dit saint Aug*ustin , est assurément une plus g-rande conquête que celle d'un homme du commun : parce que c'est remporter une plus g*rande victoire sur l'ennemi, que de lui enlever ceux qu'il tient le mieux et par qui il en tient un plus g'rand nombre. Or il n'y en a point qu'il tienne si bien que les grands, parce qu'il les tient par l'org'ueil , suite ordinaire de la g*randeur; et comme ils ont beaucoup d'autorité dans le monde, il n'y en a point aussi par qui il en tienne tant d'autres (liv. YIII de ses Confessions, chap. 4). Ce furent de semblables pensées qui inspirèrent à M. le prince de Conti le désir d'une espèce de réparation envers Dieu, bien différente de celles dont nous avons parlé. Instruit de la g-râce par ce que la g'râce même avoit fait en lui, et convaincu des vraies maximes de la pénitence par les fruits qu'il en avait lui-même recueillis, il n'avoit g^arde d'avoir d'autres sentiments que ceux que Dieu avoit gTavés dans son cœur par tous les traits dont il l'avoit touché et par tous les pas qu'il lui avoit fait faire pour retourner à lui. La méditation de la parole de Dieu, dont il se nourrissoit avec beaucoup de soin et de lumière , la lecture des ouvragées des saints Pères et des plus savants écrivains de l'Égalise, anciens et nouveaux , dont il fît une étude solide autant que ses occupations le lui

permettoient , lui firent connoître que c'étoit la doctrine des saints et les sentiments des écoles les plus catholiques.

Gomme sa reconnoissance pour la grâce de son Sauveur étoit vive, ardente et éclairée, il auroit souhaité d'une part pouvoir effacer par les larmes de sa pénitence ce qu'il avoit soutenu publiquement dans sa jeunesse de contraire à la vérité de cette g'ràce divine, et de l'autre pouvoir en imprimer les vrais sentiments dans l'esprit et dans les cœurs de tous les chrétiens. Ce dernier désir lui donna la pensée de traduire en françois l'ouvrag'e de saint Aug'ustin, De la prédestination des Saints et du don de la persévérance . Il l'entreprit et l'acheva heureusement, et si le public ne jouit pas du présent que ce prince reconnoissant lui vouloit faire, c'est qu'une autre traduction de ces livres, parfaitement belle, parut avant que l'on eût connoissance de celle-ci, et l'a rendue moins nécessaire qu'auparavant.

Quant aux thèses, il n'y avoit pas lieu d'espérer d'en effacer la mémoire, ayant été jointes à d'autres ouvrag'es imprimés du P. de Champs. Il y en avoit encore moins de s'attendre à faire chang-er de sentiment à un vieux professeur eng-agé si publiquement et depuis tant d'années à soutenir les opinions de la Société. Le prince n'a pas laissé de chercher l'occasion de le tenter sur ce dernier article, persuadé que, s'il ne pouvoit rien g-ag'ner sur lui en faveur de la vérité, ses lettres demeureroient après lui pour rendre témoig*nage des

efforts que sa charité l'avoit eng'ag'é de faire pour inspirer à ses anciens maîtres de meilleurs sentiments que ceux qu'ils lui avoient fait prendre et soutenir publiquement enSorbonne. Elles serviront au moins de protestations contre les eng'ag'ements où il étoit entré par une espèce de surprise et de séduction, et on les pourra reg-arder comme une rétractation publique de ses thèses qui empêchera les PP. Jésuites d'en triompher, comme ils avoient déjà commencé de faire. Car on ne croit pas qu'il se trouve personne assez ennemi du bon sens pour prétendre que l'on doive avoir plus d'ég-ard à des sentiments empruntés d'un autre, reçus avec la docilité d'un disciple, dans un âg-e où on n'est g"uère capable d'en prendre par soi-même, qu'à ceux qu'il a pris depuis par son propre choix dans un âg*e avancé, après avoir pesé avec maturité les fondements des opinions différentes, après avoir étudié en lui-même, à l'exemple de saint Aug-ustin, la manière dont la g-ràce avoit opéré et y opéroit encore tous les jours, après avoir examiné tout cela sur ce que le Saint-Esprit nous en apprend dans les Écritures saintes et sur ce qui en a toujours été enseig*né dans les plus savantes écoles de l'Ég-lise. On peut dire assurément que dans ce second âg-e, revêtu, nourri, pénétré qu'il étoit des sentiments de la piété et de la doctrine de saint Aug-ustin, touchant la g-râce, telle qu'on la voit dans ses lettres, il ressembloit un peu mieux à ce saint docteur que lorsqu'à l'àg'e de seize il soutenoit dans les thèses

DISCOURS SUR SA CONVERSION. ji»!

du P. de Cliaiiips des opinions qui n'étoientpas fort éloig*nées du demi-pélag-ianisnie, si ce n'étoit pas le demi-pélag'ianisme même. Cependant nous nous g-arderons bien de Fappeler un Aug-ustin. Ce sont de basses flatteries que nous laissons volontiers à ceux qui ne se mettent pas en peine de se faire aimer des princes en leur faisant aimer la vérité, mais qui ne sont appliqués qu'à acheter leur faveur par des louang*es fausses et outrées qui flattent leurs inclinations. Je suis assuré que celui dont nous parlons a eu horreur de cet encens criminel s'il s'est souvenu que le P. de Champs, enivré du plaisir de voir un prince du sang* soutenir avec tout son esprit les thèses moliniennes dont il Favoit rempli , avoit écrit ' dans une épître dédicatoire qu'Armand de Bourbon, au jug-ement du clerg^é de France, étoit un Aug-ustin : Armandus gallicani Cleri suffragio Augustinus habetur.

Quant à ses lettres, on ne peut génère douter qu'il n'ait eu intention qu'elles fussent rendues publiques après sa mort, ayant laissé parmi ses papiers les orig-inaux des lettres du P. de Champs avec des copies authentiques des siennes, apostillées de sa main, et ayant fait une teste à ce recueil avec un titre aussi de sa main, pour faire connoître l'occasion et le sujet de la dispute et pour suppléer en abrég'é le contenu d'une première lettre qui s'est perdue. Cependant, comme on n'aime point à écrire

' Épitrc ih'iilicatoiie à M. le prince ;ui comuioiKeiiiL'iil de la liuisicme éilitiou (lu livre du Lihva aihitre.

292 LA PRINCESSE DE CUMl.

ni à publier des écrits sur ces matières contestées sans quelque nécessité ou quelque eng-ag'ementdu côté de la Providence, on n'auroit peut-être jamais pensé à faire imprimer ceux-ci, si le P. de Champs n'y avoit donné une occasion qu'on a cru ne devoir pas passer. On entend bien que je veux parler de ce ramas de calomnies qu'il fit imprimer il y a près de quarante ans sous le titre de Secret du Jansénisme, et qu'il s'est avisé de faire imprimer de nouveau il y a environ un an sous le titre de Tradition^ etc. On y répondit par un volume in-quarto de huit cents pag-es, il y a plus de 35 ans. Sa dernière édition a été repoussée presque aussitôt qu'elle a paru au jour, à la fin d'une apolog'ie pour les censures de Louvain et de Douai, et on ne croit pas qu'il prenne envie au P. de Champs de répondre au peu qu'on en a dit. Ce peu étoit encore trop pour ruiner absolument un méchant libelle qui ne roule que sur des calomnies cent fois réfutées. On en seroit donc demeuré là si ces lettres n'avoient paru une réponse toute faite qui, en couvrant de confusion l'auteur de ces calomnies , donnera en même temps au public la joie de voir un prince du sang' renverser les sophismes d'un vieux professeur et expliquer les vérités de notre relig'ion d'une manière si dig^ne et de son sujet et de sa naissance.

Je ne m'arrêterai point à remarquer ici l'avantagée que les disciples de saint Aug'ustin pourroient prendre de ces lettres. Il est clair que ce gTand prince

a défendu leur cause en défendant celle des Thomistes. Car, quoiqu'ils ne conviennent pas en tout, ils sont parfaitement d'accord sur le point capital et qui fait toute la difficulté, qui est de soutenir que la g*râce efficace nécessaire depuis le péché pour faire toute action utile au salut, tire son efficacité de la toute-puissance de Dieu et de l'intention qu'il a de produire infaillihlement le bien dans le cœur de ceux à qui il la donne. C'est ce que les disciples de saint Aug-ustin et de saint Thomas ont toujours soutenu inviolablement, embrassant les uns et les autres avec joie le titre du chapitre cinquième de V Écrit du pape Clément VIII tel qu'on le voit dans la première réponse de M. le prince de Conti, p. 18 et 19, et les Jésuites au contraire ayant toujours infïexi])lement refusé de le recevoir. Voilà en deux mots en quoi consiste le fond du jansénisme et du molinisme.Le reste, en quoi les Thomistes diffèrent des disciples de saint Aug'ustin, ne fait rien pour les contestations d'entre les Aug'ustiniens et les Molinistes. Les disciples de saint Aug'ustin, qui n'admettent de prédétermination physique ni dans les ang'es ni dans Adam innocent, et qui ne la reconnoissent nécessaire que pour les actions de piété à l'égard desquelles la volonté est devenue foible et impuissante, croient par là avoir beaucoup d'avantages sur les Thomistes pour résoudre plusieurs difficultés considérables. Et il faut avouer que les endroits où M. le prince de Conti est obligée de se passer de saint Augustin pour s'attacher unique-

ment aux Thomistes, il faut, dis-je, avouer que ce n'est pas ce qu'il y a de plus fort et de plus hors d'atteinte dans les lettres de S. A.

Ce n'est pas néanmoins qu'il ait jamais rien soutenu qu'il n'ait cru conforme à la doctrine de saint Aug'ustin pour quoi on voit assez qu'il avoit beaucoup de vénération ; mais on ne laisse pas de voir, et il l'avoue lui-même, qu'il faisoit profession d'être Thomiste et qu'il avoit étudié saint Aug'ustin avec des yeux thomistes. Et cela sert moins à faire connoître que ce qu'il avoit des sentiments opposés à ceux des Jésuites ne lui avoit pas été inspiré par ceux qu'on appelle Jansénistes, quoiqu'il les ail toujours honorés d'une estime très-particulière et qu'il suivît leurs avis dans sa conduite.

On ne dit rien du caractère des lettres de S. A. ni de celles du P. de Champs. On ne veut point prévenir ici les esprits par la comparaison qu'on en pourroit faire. C'est au lecteur de jug*er dans lesquelles il trouvera plus d'esprit, de jug-ement, de solidité et de lumière, plus de principes théolog'iques, de raisonnements, d'autorités et de preuves; et en même temps aussi plus d'honnesteté, de modestie, de retenue et de sag-esse.

J'avoue que tout n'y est pas de la portée de tout le monde. Il traite même les choses d'une manière si subtile et qui tient si fort d'un maistre du métier, que plusieurs de ceux qui n'en sont pas auront quelquefois peine à le suivre. En effet, il faut un peu savoir les matières pour comprendre les raison-

nements. Cependant les choses un peu plus obscures dans les premières lettres s'éclaircissentdans celles qui suivent, et on n'y en trouve même de si ag-réables qu'on se paye en chemin faisant de l'application plus g*rande qu'on est obligé d'avoir dans les précédentes.

Il eût été facile de leur ôter cet air de l'école que leur donne le mélang-e du lang-ag^e latin avec le françois, en substituant la traduction françoise au latin. Mais on a voulu être fidèle et exact, et on a cru qu'il valoit mieux renvoyer au bas de la pag-e ceux qui auront besoin de la traduction que d'y faire le moindre chang*ement. — Amen !

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