L’ ARCHEVÊQUE DE REIMS AU ROI
Lundi, 8 août 1695.
La place de Proviseur de Sorbonne vaque par la mort de feu Mgr l’Archevêque de Paris. J’avoue à Voire Majesté que l’amour que j’ai pour les lettres, pour la conservation de la bonne doctrine dans la Faculté de théologie de Paris , et pour la maison de Sorbonne dont je suis docteur depuis plus de 29 ans, me fait désirer d’avoir cette place de Proviseur, qui naturellement dépend des docteurs de la Société de Sorbonne. J’ai lieu de croire que, si Votre Majesté leur laissait la liberté d'en choisir un, ils pourraient jeter les yeux sur moi ; mais je ne veux rien en cela ni en toute autre occasion que ce qui sera de la volonté 1 et du goût de Votre Majesté. Je la supplie très-humblement de me donner ses ordres dans cette conjoncture et d’être bien persuadée que je les exécuterai toute ma vie, comme je le dois, avec me obéissance aveugle.
L’Archevêque duc de Reims.
L’élection eut lieu le 20 du même mois et, sur les sept évêques-docteurs qui vinrent y prendre part, je trouve cinq membres de l’Assemblée de 1682, Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, Chavigny, évêque de Troyes, Besons, évêque d’Aire, Maupeou, évêque de Castres, etDesmaretz, évêque de Riez.
C’est au moyen du Syndic que le Roi et l’archevêque de Paris gouvernaient la Faculté de théologie. J’ai raconté, dans mon livre, quelle faiblesse montra Edme Pirot, qui occupait cette place en 1682. Il se lassa de ses
1 Ces six mots ont été soulignés par le Tcllier lui-même dans la minute autographe que j’ai soua les yeux.
complaisances et donna sa démission. Ses confrères le regrettèrent lorsque les mêmes fonctions furent remplies par ce docteur Lefèvre sur lequel le Procureur général de Harlay s’exprimait ainsi en 1685 : « On ferait un grand bien, par un exemple qui est de conséquence, si on augmentait de quelque chose le revenu de la chaire de M. Lefèvre, de Navarre, qui enseigne les maximes du royaume, qui est capable de rendre de grands services, qui en a rendu de très-efficaces dans cette occasion, et qui a toutes les qualités pour être un bon syndic. » Or, nous avons le portrait de Lefèvre, tracé par lui-même dans les Mémoires de l’abbé le Gendre, qui l’avait fort connu. On lui reprochait un jour d’être entré dans je ne sais quelle cabale :
« Nous sommes plus à plaindre qu’à blâmer, dit ingénument le Syndic, la Faculté a toujours été et sera toujours le jouet et l’esclave des puissances qui la dominent : de la cour , parce que, d’un trait de plume, elle peut casser nos privilèges ; du Parlement, parce qu’il les restreint et les étend comme il lui plaît; et principalement de l’archevêque de Paris, parce que, la plupartde nous ne vivant que de prêche, il peut, quand il lui plaira, nous ôter le pain de la main. » — Quelle pitié, ajoute le Gendre, qu’une compagnie d’ecclésiastiques, qui font serment de soutenir la vérité jusqu’à l’effusion du sang, changent selon le temps de maximes et de sentiments en choses même les plus graves !
Et, sous Louis XV, lorsque le Parlement de Paris remit en vigueur, de son autorité privée, l’édit de mars 1682 et les Quatre Articles, et qu’il voulut faire enregistrer ses arrêts en Sorbonne, qui trouva-t-il en face de lui? Le Syndic Gervaise qui défendit, comme on peut en juger
par les lettres suivantes, la liberté de sa conscience et les droits de sa compagnie :