‹ Une nouvelle apologie du gallicanisme; réponse à m.l'abbé LovsonChapitre 20 sur 37 · GG · texte numérisé non relu

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une douce et opulente retraite, à l’ex-dictateur Picard. L’indignation publique est plus forte que le favoritisme du chef de l’Etat ; M. Picard est obligé de renoncer à cette magnifique dotation; M. Rouland en conserve la possession. Comme MM. l)aru et Buffet, comme le général Trochu, M. de Ploeuc est complètement couvert du voile épais de l’oubli.

Les brigands qui, le 18 mars, se sont emparés de la capitale se voient chaque jour refoulés dans l’intérieur ; mais, animés d’une haine infernale contre la société, ils doivent disputer le terrain jusqu’au bout et pied à pied, livrant successivement à l’incendie les édifices privés et les monuments publics, mettant ainsi toujours dans leur retraite une muraille de feu entre eux et les assiégeants. Ainsi, tout sera consumé, détruit et renversé; l’étranger qui un jour cherchera Paris sur les bords de la Seine ne rencontrera que des monceaux de cendres, de décombres et de ruines. Cependant, dans la soirée du 21 mai, un honnête citoyen a vu les insurgés abandonner un poste important. Son occupation par les soldats de Versailles, l’introduction prompte et nocturne d’un corps d’armée peut déconcerter les bataillons parisiens, hâter leur fuite et sauver la capitale. Il se dévoue; mais son entreprise est pleine de périls. Il s’adresse à des officiers qui, après quelques hésitations, se mettent en rapport avec lui et le présentent au maréchal Mac-Mahon. Connaissant les perfidies habituelles des insurgés, le général l’accueille avec défiance et le menace de mort en cas de trahison. L’inconnu répond avec franchise et fermeté et obtient enfin la confiance ; il offre de fournir aux troupes les moyens de pénétrer dans la ville sans avoir à faire brèche et à donner l’assaut. C’est un simple piqueur au

service municipal de Paris ; il a connu des jours meilleurs. Mais les révolutions, qui enrichissent tant d’intrigants et de gens sans aveu, ruinent des multitudes d’honnêtes familles; le père de M. Jules Ducatel, négociant à Paris, a perdu sa fortune en 1 848. Le fils a dû s’engager et a servi pendant seize ans. Maintenant marié, père de trois enfants, il vit modestement avec deux mille francs d’appointements. Au péril de ses jours, il guide les troupes du côté du Trocadéro; arrivé près d’une barricade, il se montre seul en avant , malgré les coups de fusil qui sont échangés. Il détermine la fuite des insurgés ; une colonne franchit la barricade et enlève le Trocadéro. En ce moment, Ducatel est saisi par les insurgés et amené près de l’école militaire. Un conseil de guerre s’improvise ; il va être jugé et fusillé lorsque l’apparition des troupes le rend à la liberté et le sauve d’une mort imminente.

Quelle grandeur d’âme dans la conduite simple et modeste de cet employé ! Il s’expose à tous les dangers ; il excite les défiances des soldats de Versailles et celles des insurgés ; il est soupçonné de trahison par les uns comme par les autres. Il voit la mort de près ; il laissera dans une poignante détresse une jeune femme et trois petits orphelins ; la cause de sa mort restera inconnue ou sera peut-être présentée sous de fausses couleurs; et cependant il ne fléchit pas, il ne recule pas, il ne s’arrête pas. Comme d’Assas il fait le sacrifice de ses jours pour le salut de la patrie. Et en effet, pendant la nuit, soixante mille hommes entrent dans la capitale, surprennent les insurgés et ne leur laissent pas le temps de se reconnaître et d’accomplir régulièrement leur plan d'incendie et de destruction successive et universelle,

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Paris est sanvé par le dévouement de Jules Ducatel, et ce n'est que quarante jours après qu’un rapport ministériel relève ces faits et demande pour cet héroïque citoyen la décoration de la Légion d’honneur. -

Et M. Ducatel n’a pas été présenté an chef du pouvoir exécutif! Et on n’a pas proposé à la Chambre d’accorder une récompense nationale à celui qui a préservé Paris des flammes, la France d’un deuil perpétuel et le monde entier de la perte d’une cité incomparable, malgré les trop nombreuses défaillances qu elle a subies depuis qu’elle est tombée sous le joug continu d’une aristocratie impie et matérialiste.

Et voilà comment, depuis le 18 février, sont traités les hommes de coeur et de dévouement; comment sont réservés aux doctrinaires de Louis-Philippe, aux dictateurs du 4 Septembre, aux républicains, les paroles bienveillantes, les lettres flatteuses et consolantes et les postes élevés !

« Nul n’aura le pouvoir hors nous et nos amis. »

Est-ce bien là le moyen de régénérer une nation qui descend fatalement sur la pente rapide de la décadence sociale? Ceux qui ont rendu des services signalés au pays, qui ont lutté avec constance et désintéressement contre la tyrannie césarienne, contre la tyrannie démagogique, qui ontencouru les disgrâces impériales et bravé les attaques et les fureurs populaires, qui ont exposé leur vie à des périls extrêmes, sont systématiquement écartés et négligés. Ceux qui ont déserté leur poste aux jours du danger, ceux qui ont profité des malheurs de la patrie pour s’emparer du pouvoir et qui ont aggravé ses douleurs et ses désastres ceux-là seuls sont accueillis avec faveur, loués

et largement pourvus d’honneurs et de postes lucratifs.

C’est en présence de pareils spectacles que Caton s’écriait, il y a vingt siècles : « Oh! vertu, tu n’es donc qu’un vain nom! »

Quel chemin parcouru depuis le 18 février 1871 ! Ce jour-là, il était convenu que le choix définitif d’un gouvernement était ajourné et serait laissé au libre suffrage de la nation ; que l'on s’occuperait uniquement de la reconstitution des éléments sociaux.

La Chambre a été fidèle, trop fidèle, peut-être, à ce programme.

M. Thiers a maintenu au pouvoir et à la faveur les dictateurs du 4 Septembre, les usurpateurs des droits de la nation, les fondateurs égoïstes d’une Républiblique à leur image et à leur profit exclusif. La plupart de leurs fonctionnaires ont été maintenus; les vides n’ont été comblés que par des républicains. L’armée civile de Gambetta a été modifiée , il est vrai , mais conformément à son origine et à ses principes. En attendant que la France choisisse entre la monarchie et la République, les républicains ont été installés dans tous les postes ; seuls, ils sont revêtus de l'autorité publique, seuls ils dirigent et gouvernent l’Etat.

C’est ainsi que M. Thiers pratique la neutralité et assure pour l’avenir la liberté électorale politique de la France ! C’est ainsi qu’il remplit le mandat qui lui a été confié par la Chambre, mandataire elle-même de la France ! C’est ainsi qu’il remplit le programme de Bordeaux !

Et c’est par la protection occulte, mais efficace, de ces fonctionnaires gambettiâtes qu’ont été élus, le 30 avril, la 2 juillet, les candidats désignés par l'Internationale et par les journaux qui patronnent cette secte antisociale ! 5

Et M. Thiers s’applaudit de ce résultat! Et il célèbre les louanges de la gauche, de cette gauche qui l’étonne tellement par sa haute intelligence qu’il sera bien obligé de lui donner une part dans la direction des affaires du pays! Il s’est ainsi fortifié contre la droite ; il pourra recommencer ce jeu de bascule si cher aux ministres de la royauté de Juillet.

Et la gauche reconnaissante célèbre à son tour la gloire de M. Thiers ; elle veut faire servir le prestige de son nom pour constituer la République, dont il sera le président; il jouira de pouvoirs presque illimités; sous son égide, elle sera maîtresse de la France; elle justifiera encore une fois la prédiction de Marmontel.

Et, pendant qu’elle s’énorgueillit du succès de ses manœuvres et s’apprête à jouir de sa victoire, l’Internationale poursuit sa marche en modifiant ses plans. Depuis longtemps elle a conquis les villes; par elles elle se croyait sûre de dominer et d’asservir les campagnes. Irritée de-sa -défaite du 8 février, elle a d’abord lancé contre les ruraux, les paysans, des flots de railleries, d’outrages, d’imprécations et d’insultes. Fuis, se ravisant, elle a changé de tactique et a porté la séduction et la division dans le camp ennemi. Elle a envoyé des émissaires dans les campagnes ; elle a des comités et des correspondants dans tous les arrondisse** ments, dans tous les cantons, presque dans toutes les communes. Ces faits sont notoires, les conservateurs en ont chaque jour le spectacle effrayant sous les yeux. Les préfets gambettistes ne les ignorent pas ; M. Thiers en est certainement instruit. Que font-ils? Que disentils? Sont-ils indifférents, hostiles ou sympathiques à ces manœuvres dont l’effet s’étend et se propage comme un vaste incendie ? Par le suffrage universel égaré et

perverti l’Internationale aura conquis le pouvoir. L’Assemblée nationale, le chef du pouvoir exécutif, le gouvernement, les anciennes institutions, tout sera renversé en un seul jour. La Commune de Paris vaincue par les armes sera victorieuse par la ruse et la stratégie ; elle dominera et gouvernera la France. Voilà J’avenir prochain que nous ont préparé la glorification du 4 Septembre, la composition de l’armée des fonctionnaires, les élections complaisamment favorisées et encouragées et enfin l’organisation de la gauche, sorte de juste milieu entre l’Assemblée nationale et la future Commune, mais fortement inclinée vers celle-ci par son origine et ses affinités.

Tel est le sort de la France. Depuis quatre-vingts ans une infime minorité ne cesse d’y dominer et d’y opprimer la majorité.

Des athées et des impies attaquent, mutilent, détruisent, raillent, insultent et bafouent tour à tour la religion chrétienne. Et cependant cette religion est hautement professée par plus de trente millions de français, qui affirment leurs croyances, soit par leur présence dans leurs temples, soit par les registres religieux où ils font inscrire les actes de naissance, de mariage, de décès des membres de leurs familles.

Des libres penseurs deviennent ministres des cultes, choisissent des curés, des évêques, imposant ainsi leurs choix aux consciences de ceux qui professent un culte auquel ils sont étrangers et hostiles.

L’instruction des enfants de familles chrétiennes et surtout des familles catholiques est abandonnée à des fonctionnaires supérieurs et à des professeurs hostiles à toutes les religions.

Depuis quarante ans, la magistrature française n’a

pour chefs que des avocats politiques; ils ont généralement une excessive sympathie pour le poste éminent de garde des sceaux, témoins MM. Baroche, Ollivier, Crémieux, etc.

Toutes ces énormités ne seraient pas imaginées, ne seraient pas tolérées dans les anciennes nations de l’Europe ; elles sont cependant acceptées en France, parce que depuis longtemps elles sont entrées dans le domaine des faits accomplis. Mais, s’il est facile en France de les accomplir, il n’est pas possible de leur donner une longue durée. Nos modernes architectes ressemblent à ceux qui, à des époques reculées, suivant le fabuliste Esope, tentaient de construire des cités dans l’immensité des vides du firmament. Leurs œuvres sont éphémères, mais elles couvrent la France de ruines matérielles et morales.

Qui donc écrira l’histoire de la conquête de la France en 1789 par l’aristocratie démagogique du barreau parisien et des hommes de lettres irréligieux, et de son gouvernement, jusques et compris l’année 1871 ?

Eh bien! que M. Thiers déclare nettement à la Chambre si la France doit continuer encore de subir le joug de cette aristocratie, si nous devons être toujours gouvernés par ces hommes qui ne reconnaissent pas Dieu, qui nient toute religion, qui suppriment la morale et n’adorent que leur raison.

Si l’on doit nous appliquer encore le programme de Mirabeau: « La nation française est un grand troupeau qui ne songe qu'il paître et qu'avec de bons chiens, les bergers mènent où ils veulent ; on lui fera vouloir et on lui fera dire ce quelle n a jamais pensé; » qu’on ait du moins la franchise et le courage de nous le dire.

Le 8 février 1871, la nation invoquait son Dieu et

appelait son roi. Les bergers du i Septembre, qui ont installé partout des cerbères vigilants, affirment que la France n’adore aujourd'hui que sa raison et sa volonté et qu’elle ne veut admettre que la République.

M. Thiers, qui représente seul et absorbe le ministère, plus puissant que Louis-'Philippe et que Napoléon III, règne, gouverne et ne veut pas même admettre des interpellations.

La Chambre souveraine doit-elle abdiquer et subir le joug ? N'est-elle pas, au contraire, obligée de maintenir son autorité et de rappeler à son mandataire que sou devoir est de lui rendre compte du mandat qu’elle lui a confié.

Le programme officiel et bien notoire du gouvernement et de la nombreuse armée des fonctionnaires est la reconnaissance prochaine et la proclamation de la République.

Lorsque la Chambre compte une immense majorité monarchiste, on lui conteste la qualité de « Constituante. »

Dés que la minorité républicaine s’est accrue, on veut contraindre la majorité à se saisir sans retard du pouvoir constituant et à proclamer la République.

II ne faut pas s’étonner de ces contradictions : « Est bien, est licite tout ce qui est nécessaire, tout ce qui est utile à la Révolution. » C'est l’unique et éternel principe des révolutionnaires.

La République est Impossible en France.

La République est-elle utile à la France , y est-elle possible?

Placée au milieu de nations monarchiques, la France a, jusqu’à la fin du xvm* siècle, maintenu le même régime. Par des traités, par des mariages elle se créait facilement de nombreuses et solides alliances, qui souvent prévenaient les guerres, soit par un concours actif, soit par d’utiles médiations qui, tout au moins, les rendaient toujours plus faciles et plus heureuses. Protectrice des faibles, elle assurait par la conservation des petits Etats le maintien de l’équilibre européen. Devenue République en 1792, elle a déclaré la guerre à toutes les nations ; elle a, dès lors, compté pour ennemies toutes les nations ; elle a lutté glorieusement, il est vrai, mais deux fois elle a succombé. Voilà ce que nous ont valu la première République et l’empire qui en fut la conséquence logique et le dênoûment.

La seconde renouvela notre isolement dans l’Europe; elle féconda les plus funestes doctrines, arma les citoyens les uns contre les autres et produisit la guerre civile et les massacres de juin.

Le second empire nous avait laissé peu d’alliances ; la troisième République, la folle journée du i Septembre, le funeste avènement des décemvirs nous enlevèrent sans retour tous ceux qui nous restaient encore. Aucun peuple ne nous a porté secours; aucun n’a voulu nous accorder même le facile appui d’une bienveillante médiation. Les nouveaux républicains ont fait aux places et aux emplois une chasse ardente et fructueuse ; ils ont laissé aux royalistes et aux ruraux le soin de combattre les Prussiens; mais, dépositaires et maîtres absolus des ressources de l’Etat, ils n’ont su faire donner aces nouveaux soldats, pleins de zèle et de patriotisme, ni l’instruction militaire ni l'argent ni les vêtements, vivres, armes et munitions nécessaires,

ni la direction stratégique qui pouvait assurer leurs succès . Nous avons succombé ; deux provinces perdues, une diminution de douze milliards au moins dans la richesse nationale, la guerre civile, l’incendie de Paris, le chaos dans les affaires, le désordre dans les esprits, voilà le bilan de la troisième République !

Et maintenant, triomphateurs du 4 Septembre, audacieux avocats et orateurs parisiens, grands pontifes de l’émeute et de la dictature, conviez les Français à monter au capitole, et là, le front ceint de lauriers, rendez grâces aux Dieux, bénissez nos trois glorieuses Républiques et proclamez avec transport l'avènement de la quatrième!

Hélas ! la République en France, c’est un rêve, un rêve pénible, un cauchemar; elle n’y vivra jamais, car elle n’y est jamais née, elle n’y naîtra jamais viable.

La base de la République est la vertu, a dit Montesquieu. Or, quatre-vingts ans de révolutions , les enseignements et les exemples donnés par trois Républiques et deux empires, la littérature et la presse athées et matérialistes, encouragées, soudoyées par de détestables gouvernements, la direction universitaire, etc., etc. ont étouffé, surtout dans les régions oflicielles, dans les classes dirigeantes et investies du pouvoir, les germes de la vertu et ont fondé le culte des jouissances et de l’or. La République est donc absolument impossible en France.

La Suisse — Les Etats>l!nls d'Amérique.

Les bénéficiaires de la République, qu’ils considèrent comme leur fief, citent sans cesse, comme modèles à suivre, la Suisse et les États-Unis.

Le citoyen suisse est religieux, chrétien, laborieux, sobre, esclave de la loi ; il remplit avec zèle, sans ostentation et sans rétribution ses devoirs privés et publics; il pratique avec dévouement la charité, la fraternité; il ne s’insurge point contre les autorités et contre le gouvernement ; sa république est de droit divin. Elle n’a de commun que le nom avec la République française, qui procède de l’orgueil, de l’ambition, de l’esprit de révolte, de l’insurrection et des passions infernales. Toute comparaison est donc impossible.

Les Etats-Unis sont un grand peuple; ils ne sont pas une nation, nati, car ils se composent presque ^uniquement d’étrangers recrutés par une immigration continuelle; c’est une vaste ruche composée d’éléments hétérogènes ; il y a encore d’immenses vides à remplir. La nation ne commencera réellement que lorsque tout l’espace sera occupé et que l’assimilation sera établie. Mais cette République vivra-t-elle un siècle ? Durera-t-elle jusqu’en 1 887 ? Il est permis d’en douter. La guerre de sécession étouffée, parla force, l’or et le sang versé abondamment ne recommencerat-elle pas avant dix ans ? Nos tristes diplomates du 4 Septembre avaient compté sur l’appui des Etats- Unis, oubliant que les républiques sont essentiellement égoïstes. Ils en reçurent des compliments et aussi des armes et munitions payées à beaux deniers comptants.

Aujourd’hui, les sympathies américaines sont acquises à la Russie et au nouvel empire allemand ; la force s’unit à la force et le despotisme au despotisme.

Les assises d’une République en France

Nous avons vu en 1868, 1870 et 1871 tous les républicains et socialistes, dans leurs discours, dans leurs écrits, par leurs prescriptions et leurs actes, bannir des écoles, de l’enseignement et de l’Etat tout entier la Divinité, la religion; or. malgré l’orgueil philosophique et démocratique, toute société humaine qui ne sera pas fondée sur cette base inébranlable sera promptement dispersée par l’ouragan.

Il semble que les événements, qui se sont déroulés depuis un an, les rudes châtiments qu’a subis la France, auraient dû ouvrir les yeux de ceux qui jusque là n'avaient pas su lire dans le livre de l’histoire et en tirer de salutaires enseignements. Et cependant rien n’est changé dans leurs opinions et leurs doctrines.

Le journal des Débats déplorait naguère, à l’occasion des élections du 2 juillet dernier, la mollesse et l’aveuglement* de la France. Mais les littérateurs qui le dirigent ne sont-ils pas eux-mêmes frappés de cécité ; ils voient la société française décomposée et disloquée, incapable de résister à l’ennemi étranger, de prévenir la guerre civile, et cependant ils continuent leur campagne voltairienne et quotidienne contre le catholicisme, contre le clergé, contre Rome ; la chute de la papauté leur cause des transports de joie. L'Opinion nationale, œuvre de Jérôme Napoléon, poursuit toujours de ses fureurs le christianisme et réédite ses doctrines économiques, phalanstériennes et socialistes. Le Siècle, auquel l’empire avait abandonné l’Eglise à la condition qu’il n’attaquerait le

gouvernement que par une opposition à degrés tempérés et presque sympathiques, le Siècle, allié complaisant et dévoué, en 1866, de l’ambition prussienne, à laquelle il avait prêté le concours et le patronage de son million de lecteurs, a vu, en 1870, les hordes prussiennes ravager le territoire français. En 1871, il a recueilli les dépouilles sanglantes de son rédacteur Chaudey, massacré avec de vénérables prêtres par les membres de la Commune, état-major tiré de son million de lecteurs, nourri de son pain quotidien, faisant la morale en action de la morale théorique du journal prêtrophobe. Eh bien 1 il respire toujours la même haine, il renouvelle les mêmes attaques contre les#disciples du Christ. Le Progrès, l’ Eclaireur , etc., etc. continuent de louer la Commune et d’excuser l’Internationale, ne comprenant pas, ne voulant pas comprendre que, si l’insurrection remportait de nouveaux triomphes , elle ne porterait d’abord au capitole les rédacteurs de ces journaux que pour les précipiter bientôt après du haut de la roche tarpéienne (style républicain). »

Supposons un instant que l’édifice républicain a été construit; examinons-le avec soin et comptons ses assises : commençons par le sommet , par la partie la plus élevée ; nous descendrons ensuite jusqu’aux fondations. Nous apercevrons :

1° Les républicains purs, théoriques, sincères, convaincus généralement éloignés du mouvement politique et de toute recherche des charges et des fonctions publiques, préférant à tout autre le gouvernement démocratique, croyant à la possibilité de le fonder et de le maintenir. Leur nombre est infiniment restreint; on en compterait peut-être quelques centaines;

2° Les républicains dits honnêtes et modérés. Ils ne se livrent pas aux agitations populaires ; ils ne conspirent pas, mais ils ont le sentiment plus ou moins exact de leur valeur ; ils ne brigueront pas hautement les distinctions et les emplois; mais, si leurs parents, leurs amis, leurs protecteurs s’occupent d’eux , ils n’opposeront point de refus aux offres qui leur seront faites, aux nominations qui auront lieu; ils accepteront avec empressement et bonheur l’occasion de servir la patrie et d’être utiles à leurs concitoyens ;

3° La presque totalité des athées, des matérialistes et de ceux qui rejettent la religion chrétienne et même tous les cultes sans distinction ;

4° La masse nombreuse de ceux qui suivent le vent et se laissent entraîner au torrent; ils ont crié jadis: «Vive le roi 1 Vive l’empereur! » En ce moment la République est en vogue dans certains milieux; ils crient : « Vive la République ! » mais ils ne sont pas entêtés dans leurs opinions ; ils pourraient demain crier : « Vive la sociale ! » et aprés-demain : « Vive Henri V ! »

5° Une autre classe également très - nombreuse d’hommes attaqués de la fièvre ardente de l’égalité à outrance. Comme Tarquin, ils voudraient abattre tous les épis qui s’élèvent au-dessus des autres ; toutes les supériorités sociales les importunent et les offusquent. Les noms anciens, les titres nobiliaires, toutes les supériorités les agacent. Comme Chamfort, ils détestent lesGrandeurs, lesÉminences; toutes ces inégalités, qu’ils appellent encore des privilèges, devraient disparaitre. Ils ne supportent pas même dans chaque carrière ceux qui, par la sympathie publique des services

rendus, des richesses sagement conservées ou honorablement acquises, ont obtenu une position hors ligne. Dans cette catégorie on trouve les lettrés,, peu soucieux de la morale et de la religion, tous les libres penseurs, un grand nombre de savants, de bourgeois, de commerçants, d'industriels; on en a vu qui refusaient de voter pour un candidat honnête de leur classe, parce que sa notoriété les importunait, comme la renommée de justice d’Aristide lassait le paysan d’Athènes. On en a même entendu qui disaient hautement :... «J’aimerais mieux être gouverné parles Prussiens que par Henri V.» Et ils se disent et ils se croient citoyens français 1

6° Une foule considérable d’ambitieux avides d’honneurs et de richesses et voulant y parveuir rapidement. Autrefois, ils se disaient libéraux, ils entraient dansles rangs de l’opposition, ils se qualifiaientde démocrates; aujourd’hui, ilsprennent le titre de républicains. Tels sont généralement les avocats politiques surtout ceux du barreau de Paris, un grand nombre de professeurs, d’orateurs, de savants, etc., etc.

Au-dessous d’eux se trouve un nombre infini de demi-lettrés, de demi-savants, pleins de vanité et de désirs; médiocrités notoires, avocats sans cause, médecins sans clients, lettrés ou poètes peu goûtés du public, avides de fortune et ne sachant pas ou ne voulant pas l’acquérir par le travail, Tordre et la patience. Tous ceux qui, par leur- inhabileté ou leur inconduite, ont mal géré leurs affaires ou sont menacés d’une ruine prochaine, tous ceux-là sont passionnés pour la République; ils la considèrent comme leur mère nourricière. Tous veulent avoir une part, et une large part, dans la fortune publique, au budget

de la nation. Certainement quarante milliards par an ne suffiraient pas pour satisfaire les appétits très-aiguisés de lafoule innombrable de ces diverses catégories d’individus non classés ou déclassés ;

8° Dans les villes, et surtout dans les grandes cités, la tourbe toujours croissante d’ouvriers paresseux , ivrognes, orateurs de cabarets, grévistes, proclamant sans cesse le droit au travail, ne comprenant pas et surtout ne pratiquant point le devoir du travail, laissant à la merci de la bienfaisance publique et de la charité privée le soin de nourrir une femme et des enfants sans pain, sans ressources, totalementou presque entièrement délaissés par le chef de la famille ;

9° La catégorie de ceux qui, surexcités par des sentiments pervers, des habitudes de débauche, par la lecture de livres et de journaux écrits et publiés pour enflammer l'imagination et les passions les plus dangereuses, révent des plaisirs et des jouissances qu’ils ne peuvent obtenir. Ils demandent et attendent avec impatience, et provoquent au besoin, des jours de désordre et de pillage qui leur procureront l’or et les richesses qu’ils convoitent si avidement pour satisfaire leurs désirs sans cesse irrités par le luxe et l’opulence qui s’étalent devant leurs yeux et leur rendent insupportable leur modeste condition ;

10° Tous ceux qui ont commis des délits et des crimes même ignorés, môme impunis, tous les repris de justice, tous les associés, toutes les bandes de filons, de voleurs et d’assassins.

La multitude est convaincue que l’empire des lois cesse ou du moins se relâche considérablement sous le régime républicain. On voit même des hommes honnêtes se livrer, contrairement aux réglements, aux

exercices de la chasse et de la pêche , se croyant assurés de l’impunité. Que doit-on donc attendre des républicains avancés de la dixième catégorie ?

41° Et enfin, tous les affiliés de l’Internationale. On sait quelle extension cette société a prise depuis quelques années en Europe et surtout en France. Sans doute un grand nombre d’entre eux appartiennent aussi aux catégories précédentes, mais il n’est que trop certain qu’un nombre considérable d’ouvriers laborieux, d’honnêtes pères de famille sont entraînés à s’enrôler dans cette milice souterraine parce qu’on leur persuade qu’elle n’a d’autre but que d’assurer l’amélioration légitime des classes laborieuses et indigentes.

Voilà à peu prés toutes les assises de l’édifice républicain que l’on veut construire en France. C’est dans les deux premières catégories que l’on devrait chercher les chefs de cette République honnête et modérée, mais ils seraient certainement bien peu nombreux. Auraient-ils le talent, la fermeté et l’expérience nécessaires pour bien diriger dans cette voie nouvelle une nation nombreuse ? Il est permis d’en douter.

Quelles seraient les bases de leur autorité sur les neuf classes inférieures? celles-ci accepteraient-elles cette autorité? Évidemment non.

Les plus capables, relativement, de diriger ce gouvernement ne voudraient pas ou ne pourraient pas remplir cette difficile mission.

Ceux qui auraient besoin de la tutelle gouvernementale, loin de l’admettre, voudraient au contraire gouverner eux-mêmes la nation.

Le régime républicain est donc impraticable en France. M. Thiers lui-même l’a reconnu en disant

qu’il fallait organiser la République sans les républicains.

En réunissant même toutes ces catégories, plus puissantes par leur ambition et leur audace que par leur nombre, on ne compterait encore que quelques millions d’individus. L’immense majorité, prés de trente millions d’habitants dont vingt millions d’adultes, maintiendraient leurs croyances religieuses et leur foi monarchique De quel droit sacrifierait-on ainsi la majorité à la minorité? Faudrait-il donc que toujours la vérité cède à l'erreur, la raison à la violence, une nation honnête à quelques cohortes d’aventuriers et de bandits.

« Mais, dit-on, pourquoi ne pas faire l’essai d’une république honnête et modérée? » Nous répondons : pourquoi tenter la quatrième épreuve d’une institution qui nécessairement nous aliène l’Europe, qui trois fois déjà nous a imposé la guerre civile et nous a deux fois poussés à la monarchie despotique des fils de la Corse, des Bonaparte, toujours suivie de l’invasion étrangère.

N’y a-t-il pas assez de sang versé, assez de milliards ' jetés dans le gouffre révolutionnaire, assez de désastres subis par les particuliers et par la nation ? Quel intérêt vrai et sérieux peut nous déterminer à risquer la tentative de cette quatrième édition. Cessons enfin d’être assez candides pour jouer de nouveau le jeu de nos ennemis, pour nous laisser séduire par leurs félines caresses et nous forger de nouveaux fers.

Ce sont les dictateurs du 4 Septembre, enhardis par l’impunité, disons mieux, par la haute faveur que le sous-mandataire de la France a accordée à ces ennemis de la patrie, qui viennent prêcher la République hon-

nête et modérée. Ce sont ceux qui, après avoir accumulé fautes sur fautes, désastres sur désastres, publient et font répandre partout ce programme fallacieux. Mais il ne pourra séduire que ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas comprendre les dures leçons de notre douloureuse histoire et en tirer des conclusions logiques. Ne retombons pas dans le piège que nous tendent ces aristocrates si avides du pouvoir, qui s’y cramponnent avec tant de ténacité, malgré l’opinion publique qui les repousse. Ces ambitieux insatiables, causes de tous nos malheurs, nous présentent vainement leurs dons empoisonnés. Ah 1 qu’ils se retirent dans la solitude, qu’ils y versent toutes leurs larmes, qu’ils demandent pardon à Dieu, à la France, à l’humanité des maux épouvantables et incalculables qu’a déchaînés sur notre malheureuse patrie leur présomptueuse incapacité.

A ces médecins qui, avec des paroles dorées, par la vertu d’un seul mot, d’un talisman, « la République », prétendent guérir tous nos maux, montrons à nu nos plaies et disons leur :

« Vos pères, en 1789, jaloux, orgueilleux, impieset égoïstes, voulurent détruire la religion, la royauté, la noblesse , les parlements, toutes les anciennes institutions sur la ruine desquelles ils devaient fonder la puissance de leur aristocratie perpétuelle. Pour accomplir cette œuvre néfaste ils employèrent le peuple de Paris payé à un écu par tête. Par les mêmes moyens leurs descendants provoquèrent successivement des révolutions dont ils recueillirent seuls les fruits. Aujourd’hui le peuple est las de ce rôle secondaire , d’un salaire médiocre de quelques francs par jour, suivi bientôt d'un licenciement général qui fait ren-

trer dans leurs foyers, sans récompense, sans bénéfice, ceux dont les frères ont perdu la vie, qui ont euxmémes reçu des blessures et versé leur sang pour la plus grande gloire et le plus grand bénéfice de ceux qui les ont appelés au combat. Ecoutez leur langage : » (M. Oscar Testut.)

L'Internationale; aon programme.

« Après trois révolutions aussi radicales que celles de 1789, 1830, 1848, les travailleurs se trouvent aujourd’hui dans le même état de gêne et d’oppression qu’autrefois, au point de vue politique comme au point de vue économique. Les travailleurs ont été trompés trois fois, le seront-ils une quatrième fois ? Depuis le commencement de l’histoire jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu encore de politique du peuple; il n’y a eu que la politique des classes privilégiées. Ces classes se sont servies de la force musculaire du peuple pour se détrôner mutuellement et pour se mettre à la place l’une de l’autre. C’est une nuit du 4 Août 1789 que nous voulons à notre tour.

« Nous voulons la liberté de tous et l’égalité de tous, c’est-à-dire la révolution sociale, c’est-à-dire la destruction complète des institutions bourgeoises et leur remplacement par d’autres. Les radicaux, les partis politiques, même les plus avancés, veulent simplement replâtrer l’édifice social, en lui conservant ses bases actuelles ; nous voulons, nous, à l’exemple de la Constituante de 1789 qui a aboli le régime féodal, faire

table rase et tout reconstruire à neuf Trois fléaux

continuellement en permanence existent pour ronger les productions de l’humanité : le prêtre, le soldat, le

rentier. Nous ne voulons plus de gouvernements ; les gouvernements nous écrasent d’impôts; nous ne voulons plus d’armées, car les armées nous massacrent ; nous ne voulons plus de religion; car les religions étouffent l’intelligence. — Le rentier, le bourgeois exploiteur, rapace, bête féroce, aristocrate doit disparaître. — La magistrature française est totalement corrompue ; — les idées de religion , de famille , de politique qui étaient autrefois la base des sociétés , saines et utiles peut-être à d’autres époques , ont aujourd’hui accompli leur mission et doivent disparaître. »

Et, traduisant leurs doctrines en articles de loi, ils les formulent ainsi :

« Art. 1 er L’Alliance se déclare athée; elle veut l’abolition des cultes, la substitution de la science à la foi et delà justice humaine à la justice divine ; l’abolition du mariage, en tant qu’institution politique, religieuse, juridique et civile.

« Art. 2. Elle veut avant tout l’abolition définitive et entière des classes et l’égalisation politique, économique et sociale des individus des deux sexes, et pour arriver à ce but, elle demande avant tout l’abolition du droit à l’héritage, afin qu’à l’avenir , la jouissance

soit égale à la production de chacun car celui qui

ne travaille pas ne doit pas manger; personne n'a le droit de consommer s'il n' a pas produit .

« Art. 3. Elle veut pour tous les enfants des deux sexes, dès leur naissance à la vie, l’égalité des moyens de développement, c’est-à-dire d’entretien, d'éducation et d’instruction, à tous les degrés de la science,

de l’instruction et des arts

« Art, 4. Ennemie de tout despotisme , elle ne re-

connaît d’autre forme que la forme républicaine. »

Voilà, en quatre articles, l’organisation sociale universelle arrêtée et décrétée par l’Internatio nale.

Es-tu content, Voltaire? Voilà- 1 -il pas un [beau tapage !

Es-tu content, Rousseau, de cette nouvelle édition de ton Contrat social, revue, corrigée et admirablement simplifiée ?

Et toi, Riquetti Mirabeau, si grand parmi des hommes que tu avais su rendre si petits en les soumettant à ton empire, relis le programme de Karl-Mark. Eh bien! qu’en dis-tu? les petits-fils et disciples sont-ils dignes de leur aïeul et maître ?

Et vous, libéraux, membres pour la plupart des sociétés secrètes, qui, en 1830, parle droit de souveraineté de deux cent vingt députés parjures à leurs serments, devîntes nos seigneurs et nos maîtres, voyez comme ces sociétés ont grandi par l’unité. Quel progrès ! contemplez et admirez !

Et vous, grands hommes de 1848 qui, par un tour de main, conquîtes la France en un seul jour, et, de votre bon plaisir, daignâtes nous octroyer la République , reconnaissez que vous n’étiez que des pygmées si l’on vous compare aux citoyens Assy, Billioray, Delescluze, Pyat, Raoul Rigault, Mégy, etc.

Quant à vous, successeurs de Napoléon III, superbes triomphateurs du 4 Septembre, serait-il vrai que vous ne fussiez pas restés complètement étrangers aux sombres mystères de l’Internationale, qu’elle compterait parmi ses affiliés deux d’entre vous? Serait-il vrai notamment qu’au mois de septembre 1869,M. Jules Simon correspondant avec la société lui témoignait une pro-

fonde sympathie et adoptait comme elle la suppression des armées permanentes, la liberté totale de la presse avec suppression du délit d’offense à la morale publique et religieuse, etc.

Et M. Xhiers, abusant du mandat que lui a donné la Chambre, impose à une nation catholique M. Jules Simon comme ministre de l’instruction publique ! Despotisme d’autant plus blâmable qu’il porte atteinte à la liberté des cultes, qu’il livre les enfants de plus de trente millions de catholiqnes à la direction de ceux qui sont hostiles, tout au moins indifférents et étrangers à leur culte. Neuf millions d’électeurs catholiques confieraient-ils par leurs suffrages le ministère de l'instruction catholique à un libre penseur? Non certainement. M. Thiers en élevant et en maintenant à ce poste M. Jules Simon, malgré des réclamations incessantes et presque unanimes, blesse donc toutes les règles du bon sens, de la conscience, de la justice et du mandat. Il use le pouvoir dont il fait un si monstrueux abus.

Enhardi par le succès du coup de main du 4 Septembre, l’un des chefs de l’Internationale, écrivait deux jours après : « Le rôle des ouvriers ou plutôt leur devoir est de laisser cette vermine bourgeoise faire la paix avec les Prussiens. Il faut profiter de toutes les libertés que les circonstances vont apporter pour organiser toutes les forces de la classe ouvrière. La bourgeoisie affolée de son triomphe ne s’apercevra pas tout d’abord du progrès de l’organisation. Au jour de la véritable guerre les travailleurs seront tous prêts. Le conseil général a écrit à tous les correspondants, afin que tous les efforts se concentrent pour agir avec ensemble au moment opportun et décisif, »

Les dictateurs étaient-ils informés de ces complots ? Connaissaient-ils les plans arrêtés pour surpendre la capitale pendant les sorties et les combats et les préparatifs faits à l’avance pour les journées du 31 octobre, du 28 janvier, du 1 8 mars ? Ont-ils été dupes? Ontils été complices, au moins par excès d’indulgence et par l’impossibilité où ils s’étaient placés d’agir avec fermeté et rigueur contre ceux qui les avaient portés sur le pavois?

Entre l’Assemblée élue le 8 février et l’Internationale, il y avait un abîme ; les élections du 30 avril et plus encore celles du 2 juillet suivies de la seconde nomination de conseillers municipaux à Paris, ont en partie comblé cet abîme. Cette réaction inattendue contre le vœu national est le résultat du plan arrêté par les hommes du 4 Septembre et la camarilla de M. Thiers et des habiles manœuvres de M. Picard. Il a réorganisé l’armée des fonctionnaires : il en a exclu systématiquement tous ceux qui ne professent pas les opinions républicaines. Lorsque tous les postes administratifs ont été complètement garnis des fidèles privilégiés du 4 Septembre, il s’est enfin retiré devant le flot de l’opinion publique. Le nouveau ministre de l’intérieur, M. Lambrecht, a promis alors de très-bonne foi une impartialité que n’ont point observée ses subordonnés, qui avaient reçu de M. Picard le mot d’ordre électoral.

On a prétendu que M. Thiers a dit qu’il fallait conserver la République sans les républicains ; mais ce qu’il a réellement mis en pratique, c’est l’amoindrissement progressif préparant l’annulation d'une Chambre religieuse et monarchiste par des légions d’administrateurs et de fonctionnaires généralement hostiles à ces

deux principes. C’est à leur concours discret, mais efficace, que sont dus les succès des candidats de l’Internationale. Nous avons aujourd’hui le revers de 1789: à cette époque, entraînés par la fascination satanique de Mirabeau, les députés aux Etats généraux trahissaient tout à la fois leurs serments et la France; seul, Louis XVI restait fidèle au vœu national. En 1871 , la majorité de la Chambre se conforme scrupuleusement au mandat que lui ont donné ses commettants ; le chef du pouvoir exécutif et le ministère, dirigé par les dictateurs du 4 Septembre, suivent malheureusement le funeste exemple de Mirabeau, organisent le gouvernement contre la Chambre, dont ils sont les mandataires récemment élus, et contre la France. C’est bien toujours « la nation à qui l’ont fait dire, à qui l’on fait faire ce qu’elle n’a jamais pensé. » C’est bien encore l’infime minorité qui domine et opprime l’immense majorité. Et M. Thiers se réjouit de ses succès, de la formation d’une gauche compacte, de l’appui qu’elle lui fournit contre la droite, du jeu de bascule qu’il pourra manœuvrer de nouveau comme aux jours de ses combats et de ses triomphes sous la monarchie de Juillet. Il ne comprend pas l’étonnement et les douleurs de la France, ou ne s’en, préoccupe point ; il ne semble pas entendre les accents de triomphe des journaux de l’Internationale qui, vaincue sur le champ de bataille, a, sitôt après, remporté des victoires successives sur le terrain électoral et qui s’apprête à conquérir la France entière dans un avenir prochain. Et, pendant que le mal social s’aggrave et fait présager la dissolution et la mort, le médecin appelé pour guérir la société malade, se frotte joyeusement les mains et s’applaudit hautement des succès

de ses ministres, de la marche des événements et de la puissance qu’il a acquise contre la Chambre, de laquelle il tient toute son autorité.

Et, en présence de cette marée montante qui, de nouveau, menace de tout submerger, quelle chance de salut reste-t-il à la France?

Qui peut sauver la France?... La République?

l’orléanisme? l'administration de U. Thier»?

Serait-ce la République ?

Le 22 juillet, M. Thiers traitant la question de l’indépendance de la papauté disait à la Chambre : « Lorsqu’en France une opinion s’élève, presque personne ne sait y résister. Tous les jours nous avons le funeste exemple de l’empire des idées du moment. C’est à cet empire que nous devons l’abandon de la politique traditionnelle de la France, abandon puni aujourd’hui par les plus cruels revers. » M. Thiers pouvait fournir un exemple personnel de cette fatale influence des mots et des opinions qu’il signalait à la tribune ; on lui a attribué ce mot « la République est j le gouvernement qui divise le moins » et ce mot est aujourd’hui colporté et répété comme un oracle. Cependant on a vu que M. Thiers avait dit en 1848 :

« La République est le gouvernement qui nous divise le moins, nous qui ne l’aimons pas et qui divise le plus ceux qui l’aiment. » Du reste, peu importe l’opinion de M. Thiers sur ce point; la toute puissance des faits, les événements et les exemples fie 1792 et 1793, de 1848 et de 1870 démontrent péremptoirement que le régime républicain en France divise tout, aigrit

tout ; qu’il engendre fatalement le trouble matériel et moral, la confusion, le désordre, les haines, les ambitions désordonnées, l’oppression des honnêtes gens,

!a domination d’hommes sans aveu, sans foi, sans loi, le pillage des propriétés particulières, la dilapidation des fonds publics, les guerres civiles, le meurtre, l’assassinat.

En 1870, les décemvirs qui avaient imposé la République à la France criaient : « La guerre à outrance, » et la multitude qui adopte toutes les idées qu’on lui jette comme des -dogmes indiscutables répétait partout :

« La guerre à outrance ! » Aujourd’hui, ces mêmes hommes, qui par leur effroyable incapacité ont couvert la France de ruines de toutes sortes et qui cependant veulent rester à tout prix ses directeurs et ses maîtres, ont adopté un nouveau programme : « La République honnête et modérée. » Pendant six mois, ils n’ont produit que le désordre et l’anarchie, désormais ils feront régner la concorde et l’âge d’or. Ah certes , sont bien naïfs et bien candides ceux qui répètent, après eux, cette sentence sans réfléchir, sans ouvrir les yeux, sans comtempler l’histoire contemporaine, l’histoire d’hier et celle d’aujourd’hui. Encore quelques élections semblables à celle du 2 juillet, et le mirage trompeur que l’on fait luire à nos yeux sera complètement évanoui ; la sombre et terrible réalité se présentera à nos regards épouvantés ; de nouveaux actes se dérouleront comme suite et complément du premier acte du 1 8 mars ; ils formeront un drame qui n’aura pas eu de précédents dans l’histoire des hommes, mate dont on pourra retrouver le type dans la lutte del’esprit des ténèbres contre l’esprit de la lumière, si bien décrite par le sublime génie de Milton.

En face de l’Internationale, la République soi-disant honnête et modérée reconnaîtra une sœur, lèvera la crosse en l’air et lui tendra une main sympathique. Le théâtre de ce grand drame ne sera plus seulement l’enceinte de Paris, ce sera le territoire entier de la France. Quelques cent milliers d’individus domineront une nation de trente-six millions d’habitants, feront couler des torrents de sang et joncheront le sol de décombres et de ruines.

Serait-ce l’orléanisme? Il n’est point un principe, il a été au contraire fondé sur l’oubli de tous les devoirs, sur la violation de tous les principes. Il n’a dû son origine qu’à l'égoïsme forcené de quelques ambitieux vulgaires et incapables, sacrifiant avec une impudente légèreté, sans inquiétude et sans remords, à leurs intérêts personnels, le repos, le bonheur et la gloire de la France. C’est la révolution ; or la révolution qui détruit tout si facilement ne peut rien fonder, rien conserver ; elle ne peut résister au temps qui entraîne fatalement tout ce qui ne repose que sur le sable mouvant des théories humaines.

Serait-ce un nouveau système inauguré par M.

Thiers? Personne ne contestera certainement la souplesse et les immenses ressources de son esprit. Mais a-t-il les qualités spéciales qui sont nécessaires pour éteindre les discordes civiles, rapprocher les esprits, les unir et les raffermir, pour élever les âmes sous le drapeau, hautement porté, de la loyauté et du dévouement sincère et absolu au bien public? S’est-il exercé à acquérir ces grandes qualités? Les a-t-il acquises dans le cours de sa longue carrière politique ?

Pendant plusieurs années, M. Thiers a vaillamment combattu la Restauration avec l’armè de la presse pé^

riodique; il a pu se compter parmi les vainqueurs de Juillet. Le 1t octobre 1832 il est nommé ministre de l’intérieur et du commerce ; le 4 avril 1 834 un nouveau cabinet est formé : il y occupe le poste de ministre de l’intérieur et des travaux publics ; enfin, le 22 avril 1 836 il compose un autre ministère qu’il préside comme ministre des affaires étrangères jusqu’au 15 avril 1837.

II est, à cette époque, remplacé par M. Molé qui, malgré son haut mérite et l’estime générale dont il jouit est contraint, deux ans après, de se retirer, victime de sourdes intrigues, « étranglé, disait-on, entre deux portes par des muets. » Le 1 er mars 1 840, M. Thiers * rentre au ministère et y reprend la position qu’il occupait en 1837. L’historien de l’empire propose et obtient une loi- qui ordonne la translation à Paris des restes de Napoléon I er . Cette évocation des souvenirs impériaux ranime l’ambition et les espérances du conspirateur de Strasbourg, Louis Napoléon Bonaparte. Trois mois après, neuf jours avant la fête de Napoléon, il fait à Boulogne une seconde tentative de restauration impériale ; il est arrêté, traduit devant la cour des pairs et condamné le 6 octobre.

De graves différends se sont élevés en Orient entre le sultan et le pacha d’Egypte. La France est sympathique au vassal de la Porte ; mais les quatre grandes puissances européennes se prononcent en faveur de la Turquie et se lient par un traité d’alliance. Ainsi exclue de la grande fédération créée en 1815, la France, pour la première fois depuis ving-cinq ans, est placée, dans l’isolement. Une ordonnance prescrit les fortifications de Paris. En présence de cette position assombrie, M. Thiers se retire (29 octobre 1840).

Les restes de Napoléon-le-Grand sont amenés à Paris

le 45 décembre 1840. Le ministre qui a provoqué cette mesure n’assiste pas à ces funérailles solennelles. L’étoile de la France a pâli, elle a retiré sa flotte des ports de l’Egypte, elle est isolée dans l’Europe; en perspective d’une nouvelle invasion elle fortifie sa capitale ; le neveu de l’empereur est détenu dans une prison de France. Quel singulier concours de circonstances! Toutefois, M. Thiers a ranimé la légende napoléonienne qui s’éteignait ; il a ravivé la foi et les espérances des bonapartistes ; il a préparé la restauration impériale, mais il est resté étranger aux fêtes du jour et, onze ans plus tard, il sera, lui, l’historien de l’empire, conduit en prison sur les ordres du second empereur, en ce moment captif dans la forteresse de Ham.

Toutes ces agitations, ces compétitions de ministère, ces fréquentes transitions de la vie privée aux grandeurs de la vie publique, ces mouvements alternatifs du jeu de bascule politique ont-ils bien pu élever M Thiers à la hauteur d’un grand homme d’Etat, le disposer à la restauration et à la recomposition d’une nation longtemps ballottée par les orages politiques, divisée et déchirée par des factions et des partis acharnés et implacables.

Ainsi, au moment où les dangers s’accroissent et se rapprochent de nous chaque jour, nous ne pouvons compter sur la résistance sérieuse et la protection efficace, ni des républicains ni des orléanistes ni de l’administration gouvernementale de M. Thiers. Il existe entre eux tous, issus de la révolution au degré primaire, et l’Internationale, qui est la révolution poussée à son plus haut degré de désorganisation sociale, un point commun d’entente, un trait-d’union : l’ab-

sence de tout principe supérieur, de toute foi religieuse et la proscription absolue et universelle de ce principe et de cette foi chez tous les peuples sans exception. L’aristocratie démocratique qui gouverne la société française, la presse avancée et radicale, qui porte partout ses funestes doctrines et ses déplorables enseignements], font une guerre acharnée au christianisme, livrent au ridicule ses préceptes et ses dogmes, insultent les catholiques sous la nouvelle dénomination de cléricaux, les ministres du culte et les évêques et suscitent contre eux les ressentiments et les colères populaires. Devenue maîtresse de nos grandes cités, l’Internationale proclame l’athéisme et en fait la base de l’instruction des générations nouvelles et du gouvernement des peuples; elle s’empare des couvents, des presbytères et des églises ; elle proscrit les prêtres, les emprisonne et les assassine. Les chefs des libres penseurs ont dressé les actes d’accusation et rédigé les réquisitoires ; ils ont indiqué les coupables et les ont signalés à la vindicte publique ; les agents de l’Internationale prononcent les verdicts sommaires et les exécutent sans appel ni recours. Entre ces deux juridictions antichrétiennes il n’y a que la différence hiérarchique.

Résultats de l'administration de la France depuis 1789

par les philosophes, les athées, les libres pensenrs', les matérialistes.

Depuis 1789, philosophes, athées, libres penseurs, matérialistes, vous avez, à diverses époques, conquis la France, vous lui avez inculqué vos doctrines, donné

des exemples en rapport avec vos systèmes. En lui enlevant toutes ses libertés, vous vous êtes arrogés le monopole de sa direction intérieure et extérieure ; vous lui avez sans cesse imposé des lois nouvelles ; elle n’a pu se mouvoir que suivant vos paroles, vos écrits, vos journaux, vos fonctionnaires et votre suprême volonté. Vous êtes responsables de son sort puisque vous en avez été les uniques arbitres. Vous l’aviez trouvée grande, noble, généreuse, loyale, aimée et respectée en Europe et dans le monde entier, quoiqu’en puissent dire les romanciers qui ont prétendu écrire l’histoire, tandis qu’ils ne présentaient que des fictions à leurs trop crédules lecteurs. Eh bien ! dites-nous maintenant ce que vous avez fait de votre conquête, ce que la France est devenue pendant votre longue administration.

Depuis qu’elle est en votre pouvoir, sa population est devenue stationnaire ; chaque année elle voit s’augmenter le nombre des idiots, des aliénés, des séparateurs de corps et de biens, des faillites, des infanticides, des suicides, des délits et des crimes, des récidivistes, etc., et voilà le progrès continu et accéléré par lequel vous conduisez à la décadence la noble France, si déchue, si dégénérée entre vos mains.

Vous preniez le titre d’esprits forts ; mais, lorsque vous avez voulu diriger à outrance la défense nationale contre les Prussiens, ils n’ont trouvé en vous que des cerveaux creux , des poumons sonores , des corps amollis et des âmes dégradées. Les bataillons que vous aviez formés, impuissants contre l’ennemi, n’ont retrouvé leur force et leur audace qu’après la guerre et pour combattre leurs compatriotes, leurs frères.

Et les malheurs de la patrie, la guerre étrangère, la guerre civile, les provinces perdues, les milliards payés ou anéantis, la fortune publique gravement atteinte n’ont amené aucun retour au bien dans les esprits ni dans les cœurs ; rien n’est changé ; les usurpateurs du 4 Septembre ont voté la déchéance de Napoléon III ; mais, quant à eux, ils ne sont pas déchus ; ils ont encore les postes lucratifs, la bienveillance sympathique et les faveurs du chef de l’Etat. Le 8 février avait prononcé leur condamnation, la sentence n’a pas été exécutée; ils ont reçuunbill d’indemnité. Ces hommes jadis si sévères dans l’opposition ne rendent aujourd’hui aucun compte des milliards qu’ils ont follement dissipés ou gaspillés pendant qu’ils ont été les souverains de la France. Les insurgés après une longue procédure sont enfin déférés à la justice ; devant elle comparaîtront Rochefort, l’un des décemvirs, Assy qui reproche à M. Picard et à ses collègues d’être la cause première des désastres de Paris et de la France. La démagogie abattue le 28 mai a déjà relevé la tête, elle a remporté la victoire le 2 juillet. Forte de son succès, elle acclame aujourd’hui M. Thiers, dont elle a naguère détruit l’hôtel et contre lequel elle a fait entendre souvent des menaces de mort. Elle annonce hautement, pour une époque rapprochée, une reprise d’armes qui sera dirigée contre la France entière.

Comment écarter ces pénibles préoccupations et ces sinistres conjectures? Les nations qui nous environnent ont conservé leur foi religieuse, le sentiment de l’obéissance hiérarchique et le respect de l’autorité. Elles sont devenues de plus en plus grandes, fortes et prospères ; et ceux qui gouvernent cette nation amollie et aveuglée qu’a dépeinte le journal des Débats, conti-

nuant Mirabeau et la révolution qu’il a créée à son image, suivent toujours, malgré ces rudes expériences et des châtiments inouïs, son programme infernal. Ils veulent nous sauver sans Dieu, sans culte religieux, sans principes sociaux nettement déterminés, sans convictions politiques clairement définies et hautement affirmées. Nous sommes vivement et sans telàche attaqués par l’armée démagogique ; nous serons mal défendus, (si même nous le sommes,) par l’aristocratie démocratique qui, mandataire de l’Assemblée et de la nation, veut imposer à la nation et à l’Assemblée, par la ruse, la duplicité et les sourdes manœuvres, l’obéissance servile, l’impiété et un régime matérialiste.

• Demande de prorogation des pouvoir* de IM. Thlera.

Le 13 août, M. Rivet, député, a lu à la tribune une proposition qui maintient à M. Thiers les pouvoirs qui lui ont été déjà conférés, les définit, les augmente et l’autorise à prendre le titre de président de la République. « Cette proposition, dit-il, a pour objet de répondre aux vœux du pays et de satisfaire aux intérêts les plus pressants de travail et de crédit. » C’est toujours le programme de Mirabeau : « On fera dire à la nation, on lui fera faire ce qu'elle n'a jamais pensé. La nation est un grand troupeau qu’avec de bons chiens les bergers mènent à leur gré. » Ce n’est point en effet la France qui demande en ce moment la prorogation des pouvoirs de M. Thiers, c’est la camarilla ennemie de la France, dont il est entouré. Ce qu’elle veut réellement, c’est la tranquillité, la fixité, la monarchie. Il lui faut le petit-fils dé Charles X ou le petit-fils de

Louis - Philippe ; si on les lui refuse, qu’on le sache bien, en désespoir de cause et poussée à bout, elle redemandera un Napoléon, car de deux maux elle écartera le pire, la République. Elle établira un monarque , sachant bien qu’on peut d’un seul coup abattre un tyran, mais qu’il est difficile, souvent impossible de renverser dix, cent, mille tyranneaux, témoins les dictateurs 4 du 4 Septembre, abattus le 8 février par un vœu national, et qui, aujourd’hui encore, bravant l’opinion publique indignée, se maintiennent audacieusement au pouvoir.

La proposition Rivet a pour but réel de faire régulariser et légitimer par une Chambre monarchique, mandataire d’une nation monarchique, l’existence de la République, créée par Gambetta et C e .

Elle donnera surtout les moyens de fortifier et -de consolider la République en réservant tous les emplois, toutes les fonctions, toutes les dignités aux démocrates, eussent-ils même quelque teinte démagogique. Dans trois ans, comme la lice de la fable, elle dira à la France monarchique, lorsque, à l’expiration de la présidence triennale, elle voudra reprendre possession de son autorité souveraine : « Retirez-vous ! je suis ici chez moi, j’ai la possession et je la garde. »

Cependant M. Thiers n’est pas suffisamment rassuré par le zèle de ses amis ; dans ce grand combat qu’il livre à la Chambre, à la France, il veut payer de sa personne et monte à la tribune. Il épanche d’abord tous ses sentiments de reconnaissance générale, soit envers ceux qui veulent gracieusement lui imposer le statu quo, soit à l’égard des partisans zélés qui tentent de l’élever au pouvoir suprême; puis il s’exprime ainsi : « Je vous prie de croire que c’est sans ma

participation, sans mon désir qu’une pareille question est soulevée... » Et, paraissant craindre que l’on doutât de sa sincérité, il ajoute : « J’espére que personne ne voudra élever un doute sur cette afiirmation... Je ne désire rien... mais, quand une question pareille est soulevée, il est impossible de ne pas la résoudre surle-champ... Repousser l’urgence, permettez-moi de vous le dire, ce serait écarter la proposition qui a été lue la première fois à cette tribune... Étouffer cette proposition, ce serait faire douter pour moi de la confiance de l’Assemblée... Le plus petit amoindrissement de cette confiance, le signe le plus légèrement douteux de cette confiance m’ôterait les forces dont j’ai besoin pour faire le bien. »

Ainsi procèdent toujours les révolutionnaires ! Il y a toujours urgence de voter sur les destinées des nations lorsqu'elles doivent leur être confiées. Douter, même légèrement, si l’on doit accorder à M. Thiers une confiance saus réserve, c’est lui enlever la possibilité de faire le bien, c’est perdre la France, que, seul, il est capable de sauver. Ce serait une étude instructive de comparer les despotismes de Louis XIV, de Napoléon I er , de Napoléon III et du successeur de ce dernier, M. Thiers.

Durée «1e l'influence de la cainarllla.

Il importe toutefois de remarquer que si le bénéficiaire de la proposition Rivet ne parait être que M. Thiers seul, elle a été cependant imaginée et arrêtée par toutes les cohortes de l’aristocratie démocratique du barreau parisien et des libres penseurs. Depuis 1789, suivant la fatale prédiction de Mar-

montel, « ces hommes ambitieux, partout en autorité de lumières et de talents, ont été, à tour de rôle, appelés aux fonctions publiques, et, seuls ou presque seuls, les législateurs de la France, d’abord ses premiers magistrats, ensuite ses souverains. » La France est, en effet, devenue leur proie, leur fief. Vainement elle a consacré de nouveau son roi en 1789, vainement elle a redemandé ses princes, de 1795 à 1799 ; vainement elle a voulu les conserver de 1815 à 1830; plus vainement encore, elle les réclame en 1871 ; les vampires qui l’étreignent et la sucent depuis quatre-vingts ans s’attachent toujours à elle, se cramponnent à elle et ne veulent pas l’abandonner tant qu’il lui restera quelques gouttes de sang dans les veines.

Non missura cutem nisi plena cruoris hirudo.

(Horace.)

Pourquoi ont-ils voué une guerre implacable aux rois?

Pourquoi ont-ils détruit la noblesse?

Pourquoi persécutent-ils sans relâche les frères de l'enseignement catholique, les religieuses, les jésuites, les dominicains, les prêtres, les évêques, le pape ?

Pourquoi sont-ils hostiles à toute illustration sociale ? Pourquoi rabaissent-ils, ravalent-ils tous ceux à qui leur naissance, leur fortune, d’anciens services, la considération publique assurent une certaine influence sur les habitants des villes et surtout sur les populations des campagnes ?

La raison en est simple : Leurs pères ont conquis la France le 10 août 1792; ils leur ont transmis ce magnifique héritage qui est la propriété de leur corps aristocratique continuellement recruté parmi leurs

adeptes, gorgés de science, vides de principes. Ils ne peuvent supporter aucune supériorité , aucune puissance autre que la leur; arriére les Majestés, les Altesses, les Éminences, les Grandeurs, les Saintetés; ils seraient humiliés et relégués au second degré, aux degrés inférieurs; leur orgueil s’indigne et s’irrite à cette pensée. Voilà pourquoi ils chassent Dieu du ciel, renversent les monarques du trône, abolissent la religion et suppriment ses ministres, abaissent toutes les illustrations sociales. Napoléon III leur a enlevé, le 2 Décembre 1831, le pouvoir qu’ils avaient usurpé en 1848; mais il a promis à tous ceux d’entre eux qui lui jureraient une obéissance servile, sa faveur et les emplois lucratifs; ils se sont précipités en foule à ses genoux et ont glorifié l’empire. Ceux qu'il n’a pas conviés au grand festin lui ont voué une haine implacable, l’ont continuellement harcelé dans une opposition féconde en déclarations de principes, avide de libertés et prodigue de promesses. Le i Septembre, elle a saisi violemment et brutalement le pouvoir qui la veille était tombé des mains de Napoléon. Mis à la porte le 8 février par la nation, ils sont rentrés le 19 par les fenêtres que leur avait largement ouvertes le chef du pouvoir exécutif, promu l’avant-veille par la Chambre à ce poste éminent.

• El c’est pour la plus grande gloire, pour le plus grand profit de ces avocats parisiens, de ces écrivains athées et matérialistes, de ces journalistes radicaux que la France, devenue le jouet de l’Europe, stvgmatisée du nom de « nation impie, » a été envahie, pillée et humilié par le Prussien, qu'elle] a perdu deux provinces et un tiers de sa fortune mobilière, qu’elle n’a plus d’alliés en Europe , qu’elle est déchue de son rang de grande puissance européenne. s

Philosophes, libéraux, républicains, socialistes, voilà vos œuvres !

Mais vous, pour vous consoler des désastres de la patrie, vous avez saisi les grandes charges de l’Etat; vous disposez entièrement de l’administration de la France; vous recevez les faveurs de M. Thiers, ses louanges chaleureuses et ses compliments écrits! vous êtes satisfaits !

Et aujourd’hui vous réclamez la dictature en faveur de M. Thiers !

Comment, du 8 février, êtes-vous arrivés au 1 3 août

Le 17 février, M. Thiers était nommé par la Chambre chef du pouvoir exécutif, président du conseil des ministres.

Le 18, il s’arrogeait le titre de Président, chef du pouvoir exécutif de la République française.

Le même jour, sur la réclamation de M. Journault, député, M. Grévy, président de la Chambre, rappelait le texte de la résolution du 17 février.

Le 19, M. Thiers outrageait la Chambre et la France, violait dans son esprit le mandat que la Chambre lui avait confié : il faisait entrer dans son ministère trois des dictateurs que la nation avait renversés le 8 février ; début de funeste augure !

La Chambre, voulant conserver à la nation toute sa liberté, n’avait pas prononcé le mot de République, et par conséquent n’avait pas maintenu, même provisoirement, le régime républicain édicté le 4 Septembre. Mais les nouveaux ministres inscrivent sans s«upule dans leurs titres la « République », ratifiant ainsi le crime du 4 Septembre, se jouant, tout à la fois, delà nation souveraine et de l’Assemblée constituante,

La Chambre avait voulu observer la neutralité entre tous les partis jusqu’au jour où la question relative à la forme définitive du gouvernement serait agitée et devrait être résolue. Les ministres, Favre, Picard, Simon, ne suivent pas cet exemple de loyauté, qui devait être pour eux un précepte ; sous une Chambre monarchiste, ils proscrivent les royalistes et n’appellent aux fonctions et au pouvoir que des républicains.

Tels sont les premiers signes d’incompatibilité entre la Chambre et M. Thiers ; cette incompatibilité se démontre de plus en plus chaque jour.

S’élevant à de hautes pensées, la Chambre veut soustraire la France au joug de Paris qui lui impose une révolution à chaque période de quinze à vingt ans; elle choisit pour résidence Orléans, M. Thiers refuse et n’accepte pas même Fontainebleau; il n’adopte Versailles que comme une étape qui le ramènera nécessairement à Paris. Il oublie la France, ne considère que son agrément personnel, ses habitudes, ses liens politiques et scs souvenirs affectueux d’historien et d’homme d’Etat.

La Chambre est sincèrement libérale, elle veut les anciennes franchises et libertés de la nation, la décentralisation, le gouvernement du pays par le pays, l'autocratie communale, départementale, provinciale. M. Thiers, au contraire, est centralisateur et despote; il est révolutionnaire ; pour lui l’Etat est tout, la nation n’est rien, et l’Etat, c’est la domination des girondins, des libéraux, des démocrates, des républicains, concentrée entre les mains de quelques chefs habiles. Aussi il repousse toutes les mesures proposées’ paf la Chambre, l’élection des maires par les conseils mu-

nicipaux, l’émancipation des conseils généraux, la dissolution des gardes nationales, etc. Ce que veut la Chambre il le rejette ; il lui impose ce qui lui répugne. Il ne faut pas, du reste, s’en étonner : la Chambre est religieuse, monarchique et libérale; M. Thiers est révolutionnaire, voltairien, autoritaire; il n’a pas de principes fixes et vit d’expédients.

À l’aide de leur armée de fonctionnaires soigneusement choisis, les ministres du 4 Septembre font entrer dans les conseils municipaux et à la Chambre des candidats républicains et socialistes, même des communards.

Voilà comment M. Thiers, mandataire de la Chambre, a brisé la majorité compacte qu’elle présentait le 18 février; il s’est servi pour affaiblir son autorité des pouvoirs qu’elle lui a conférés le 17 février. Ainsi procèdent les révolutionnaires ; ainsi s’étaient comportés envers Louis XVI les ministres Servan, Roland, Claviére ; M. Thiers a' écrit leur histoire : ilia met en pratique aujourd’hui. Loin de concevoir des scrupules en de telles occurences, les disciples de Mirabeau s’applaudissent de leur habileté et s’énorgueillissent de leurs succès.

M. Thiers, député, a donné d’énergiques conseils et de rudes leçons à Napoléon III; il continue de donner des leçons à la Chambre, il lui enseigne la sagesse et réprime ses excès de libéralisme; mais il n’admet ni conseil ni interpellation ni observation: il ne faut pas s’en trop étonner: ceux-là retiennent plus fortement le pouvoir qui ont fait plus de chemin pour y parvenir.

Par ses tendresses ultra - démocratiques , par ses habiles manœuvres le mandataire de la Chambre en a brisé la solide majorité ; le moment tant désiré

est enfin venu. D’accord avec lui, l’aristocratie démocratique présente un projet qui lui accorde un pouvoir triennal, et qui par ce bail concédé à la République doit lui assurer une ferme perpétuelle.

Si M. Thiers fut devenu premier président d’une cour d'appel, depuis cinq ans il aurait été condamné à la retraite.

Premier président de la cour de cassation, il se préparerait à un repos nécessité par quinze lustres prochainement accomplis. Et ce vieillard, qui ne pourrait plus continuer les paisibles fonctions de la magistrature, sera déclaré capable de supporter toutes les immenses fatigues que cause inévitablement le gouvernement d'une nation de trente-six millions d’habitants, au milieu des plus terribles complications qu’elle ait jamais rencontrées dans sa vie intérieure et dans sa vie extérieure. On lui décernera un brevet d’assurance contre la maladie , la décrépitude, l’affaiblissement des facultés physiques, intellectuelles et morales. Quelles clameurs furibondes n’exciterait pas au sein de la gauche radicale une prétention analogue , manifestée à l’égard de l’un d’entre eux par les royalistes; quelles railleries, quelles insultes, quels outrages seraient lancés à ce candidat ultraseptuagénaire ! Mais tout est bien, qui est utile à la révolution! Qu’importe d’ailleurs la décadence, même la sénilité, même la mort de M. Thiers. La camarilla qui couronne si bien ses vieux jours n’est-elle pas prête à lui donner un successeur, dès que la nécessité s’en fera sentir? M e Gambetta, qui courtise le vieillard, n’aurait-il pas dit gaiement : «C’est un oncle à succession. » Ainsi le pouvoir souverain sera indéfiniment conservé à l’aristocratie démocratique.

ta prédiction de Marmontel ne doit-elle pas s’accomplir jusqu’à la consommation des siècles?

Réorsantaatton de la France par de nonvelle*

lois.

C’est vers la Chambre qu’il faut tourner nos regards et nos espérances ; nous l’avons dit, et nous le répétons, elle est le cœur de la France actuelle, profondément émue, prudente et recueillie; M. Thiers est l’esprit de la France libérâtre et orléaniste.

Qu’elle continue donc résolument l’œuvre réparatrice qu’elle a entreprise et poursuivie jusqu’à ce jour. Après s’être dégagée dos questions politiques, elle aura à résoudre encore de grandes questions sociales. Nous noterons les principales :

l°La substitution d’un ministère d 'éducation publique au ministère d’instruction publique ; on formera alors tout à la fois le cœur et l’esprit des enfants, au lieu de leur donner uniquement la science, une fausse science. On mettra à la tête de ce ministère un chrétien, un catholique, puisqu’il s’agit d’une nation catholique. C’est une audace des aristocrates de la démocratie, c’est un outrage à la France de donner ces importantes fonctions à un libre penseur. Il est temps de respecter l’immense majorité d’une grande nation.

2° La reconstitution des corporations ouvrières, leur organisation intérieure par la nomination de syndics exerçant, comme des pères de famille, sur tous les associés, des droits de surveillance, de discipline et de police. Nul ne serait électeur avant vingt-cinq ans; nul ne pourrait être élu syndic avant l’âge de cin-

quante ans ; nul ne pourrait être affilié à une société secréte.

3° L’organisation des conseils cantonaux qui seraient un trait-d’union entre les conseils d’une commune et ceux du département.

4° L’organisation de conseils provinciaux auxquels seraient déférés, suivant les conditions réglées par la loi, les recours contre les décisions des conseils de préfecture et d’autres attributions administratives.

5° Réduction considérable des emplois publics ; elle résulterait, du reste, nécessairement de la décentralisation.

6° Gratuité d’un grand nombre d’emplois conformément à nos anciens règlements et aux usages des autres nations. La démocratie française, égoïste et avide, réclame et met en pratique, dès qu’elle est au pouvoir, la multiplication des emplois et l’élévation des traitements. Les avantages quelle procure ainsi à quelques-uns de ses membres se traduisent en accroissements considérables d’impôts, qui sont payés en grande partie par des travailleurs agricoles ou industriels et à la sueur de leur front. Car, ce que les démocrates aiment le plus du peuple, c’est son argent consacré à la solde de leurs faciles occupations entremêlées de beaucoup de loisirs. Du reste, en choisissant sur place, comme la raison et le droit l’exigent, les employés et fonctionnaires, ils seront satisfaits, même en ne recevant que la moitié ou les deux tiers des traitements actuels.

Il faudrait aussi établir de sages réglements pour l’admission des candidats aux emplois et l’avancement des fonctionnaires ; mais il importerait surtout de ne pas se borner à l’examen de la capacité ; il serait indis-

pensable de s’assurer avant tout de la moralité, du caractère et des antécédents de chaque candidat. Il serait fort utile que. dans chaque carrière, des conseils ou comités bien composés et indépendants fussent appelés à dresser chaque année des listes d’avancement.

7° Il conviendrait qu'à l’avenir le culte de trente millions d’habitants ne fût pas livré à la discrétion de ses ennemis déclarés, que des évêques ne fussent pas choisis par des non-catholiques, par des libres penseurs, voire même par des athées. Cet outrage à une nation entière ne se voit qu’en France depuis l’usurpation de l’aristocratie démocratique impie et audacieuse ; il est temps que cette insulte faite par une poignée d’individus à l'immense majorité des français cesse enfin et ne se reproduise plus. Le ministère des cultes ne peut et ne doit être donné qu’à un catholique. Et qu’on ne parle pas de l’oppression possible de la minorité! Les minorités religieuses, ou plutôt antireligieuses et politiques n’ont cessé, depuis quatre-vingts ans, d’exercer leur tyrannie, elles sauront bien toujours, surtout par la voie delà presse, faire respecter leurs droits, s’il étaient menacés.

8° On a, sous l’empire, dirigé contre la magistrature de vives attaques ; nous n’admettons pas qu’elles fussent fondées. Si cependant elles renfermaient quelque vérité, ne devrait-on pas considérer que depuis quarante-un ans la magistrature attristée ne reçoit pour chefs que des avocats politiques, jadis orateurs d’opposition. Censeurs ardents des abus lorsqu’ils montent à la tribune, ils les aggravent et les multiplient par des choix de parti ou de faveur , lorsqu’ils ont escaladé le ministère de la justice, leur rêve favori. Que

l’on respecte enfin les convenances et la dignité de la magistrature et l’intérêt public! que le ministère de la justice soit dorénavant réservé à des magistrats et à des magistrats soigneusement choisis, en dehors du favoritisme et de la politique, parmi les plus capables, mais surtout et avant tout parmi les plus dignes parleur honorabilité et par l’indépendance de leur caractère ; ce sera une juste et nécessaire réaction contre des abus prolongés et surtout contre la déplorable administration du citoyen Crémieux, deux fois usurpateur des sceaux de la justice française.

9" Les fautes de l’empire, les fautes plus grandes encore des dictateurs du 4 Septembre, du ridicule diplomate Jules Favre, de l’inepte ministre de la guerre, Gambetta, ont ruiné nos finances. La recherche de nouveaux impôts semble mise au concours. Un point de vue général devrait être admis : l’obligation de soumettre à une égalité proportionnelle les nombreux milliards de fortune mobilière éclos depuis cinquante ans. Mais cette fortune est possédée par les Parisiens, par les habitants des autres grandes villes, par les grandes compagnies, par les grands industriels. Or, si l’on a aboli les grandeurs nobiliaires, si l’on attaque sans cesse les grandeurs religieuses, nul ne se permet d’élever trop hautement la voix contre les princes de la finance. Ils sont les grands pontifes du culte du veau d’or, créé par l’aristocratie philosophique ; ils sont les idoles de la démocratie bourgeoise. Leur régne, menacé dans l’avenir par la démagogie, par l'Internationale, subsiste encore dans toute sa force, et ils repoussent vivement les impôts qui les atteindraient. On n’augmente pas, il est vrai, l’impôt direct sur la propriété territoriale ; mais elle sera forte-

ment grevée par les impôt indirects, auxquels échapperont plus facilement les industriels et les financiers. Ainsi, l’enregistrement obligatoire de tout bail, sans distinction, est une funeste mesure; elle nuira aux baux de longue durée et à l’agriculture.

Nous proposerions un impôt qui consisterait dans l’enregistrement obligatoire, moyennant un droit fixe d’un ou de deux francs au plus, des expéditions d’actes notariés. Elles acquerraient ainsi une date certaine et seraient de plein droit assimilées aux minutes, dans les cas et suivant les conditions prévues par la loi. Cette mesure préviendrait aussi dans la pratique des abus qu’il n’est pas nécessaire de signaler, car tout le monde les connaît.

10° La dissolution des gardes nationales, réclamée par toutes les classes honnêtes et paisibles de la nation, est vivement repoussée par les affiliés de l’Internationale, par les conseils municipaux qui proclament l’athéisme, par tous les anciens communards, par tous les organes de la presse démagogique et, il faut le dire avec une profonde douleur, par le chef même du pouvoir exécutif. Que la Chambre fasse son devoir sans hésiter, elle sera soutenue par tous les hommes d’ordre, par tous les gen« de bien; le repos public sera gravement compromis si le licenciement des gardes nationales n’est pas immédiatement prononcé. Il faut enlever aux agents des révolutions ce tout puissant auxiliaire.

11° Réorganisation de l’armée. Elle est bien simple, nous dit-on ; profitons de la leçon que nous avons reçue. Les Prussiens nous ont vaincus par leur organisation militaire ; adoptons-la, nous serons bientôt aussi forts qu’eux et nous pourrons les vaincre

à notre tour. Erreur et illusion! Ce qui fait la force du soldat prussien, ce n’est pas seulement l’organisation et la discipline inaugurées par Frédéric II, continuées et perfectionnées par ses successeurs : elle provient surtout du caractère germanique, qui a de puissants ressorts : l’esprit religieux, l’honnêteté des mœurs, le respect de la hiérarchie civile et militaire, l’obéissance passive, le dévouement aux chefs, l’attachement sincère et inaltérable au souverain, le sentiment intime du devoir, la modération dans les désirs et l’acceptation sans regret et sans murmure d'une position modeste et subalterne longtemps prolongée. Combien de ces qualités peut-on retrouver chez le soldat français tel que l’ont préparé, jusqu’en 1831 , l’irréligion, le matérialisme, la fausse instruction, la jalousie, l’insubordination, le mépris du devoir modeste, la soif d’avancement rapide par des coups d’éclats, par quelques instants de valeur ou de bonheur, la vie énervante des garnisons, l’oisiveté, les plaisirs, l’ivrognerie, etc., etc.; tel surtout que l’a, pendant vingt ans, dirigé et poussé aux dernières limites de la décomposition militaire le second empire, l’influence dissolvante de la corruption napoléonienne. Si, dansées mêmes conditions, toute la population virile est appelée au service militaire et obligatoire, ne .risquera-t-elle pas d’être, avant dix ans, complètement gangrenée et plus impuissante encore qu’en 1870 et 1871 . Que l’on étudie avec soin les conditions religieuses et morales du soldat allemand, qu’on les applique en France, alors seulement les réformes militaires deviendront efficaces, sinon on dépensera encore des milliards, non pour régénérer nos armées, mais pour compléter et pousser au dernier degré l’es-

prit de corruption et de dissolution, qui l’a fatalement perdue et qui a entraîné sa ruine et la nôtre.

M" Les réformes du suffrage universel. Rien n’est sacré pour les révolutionnaires : la Divinité, le culte, le droit naturel, l’équité, les règles elles principes séculaires admis par toutes les nations ne sont pour eux que de légers obstacles, qu’ils renversent comme en se jouant. Mais, dès qu’il s’agit de leurs propres institutions, de gardes nationales, de suffrage universel, tout est sacré, nul ne peut y porter la main. Quels sont ceux qui ont établi en France le suffrage universel tel qu’il fonctionne aujourd’hui ? Des hommes que l’on peut bien justement qualifier de nullités politiques : Lamartine, Ledru-Rollin , Crémieux, Arago, etc., etc. Et, devant ces usurpateurs du droit national, ces ambitieux incapables, ces pionniers de la démolition, de la guerre civile, il faudrait se courber et proclamer leur infaillibilité. Ces hommes, qui auraient dû être déférés à la justice nationale et subir les peines qu’ils avaient si justement méritées, seraient reconnus les législateurs perpétuels de la France! Leur code politique régirait et enchaînerait à jamais les générations présentes et futures! A ces souverains de contrebande, nommés dans des heures d’agitation et de désordre par des inconnus, parla lie de la populace parisienne, peut-être par des repris de justice,* opposons les législateurs antiques vraiment dignes de ce nom, les Solon, les Numa, les Tullius Servais. Consultons même aussi nos ennemis ; ils nous donneront d'utiles avertissements. Les démagogues, les communards, les affiliés de l’Internationale proclament tous le dogme de l’infaillibiilté du suffrage électoral; ils le déclarent sacré ; ils tirent un parti admirable de

l’instrument qu’ont placé entre leurs mains les ineptes vainqueurs du 24 Février 1848. Les conseils municipaux de Paris et des grandes cités sont leurs fiefs déjà acquis ; ils en ont conquis d’autres récemment dans les petites cités, même dans les communes rurales; ils guettent les conseils généraux; ils réclament déjà la dissolution de la Chambre. La nouvelle Assemblée sera une convention nationale ; elle sera présidée par Assy, peut-être par Karl Mar x ; la Prusse aura une seconde fois conquis la France. Que deviendront alors les Favre, les Picard, les Simon, les Crémieux, le superbe Gambetta et même le tout-puissant Thiers? Tous seront renversés en un jour, en une heure ; ils n éprouveront ni repentir ni remords; l’orgueil philosophique a proscrit cette antique vertu du retour au bien. Comme le joueur qui a perdu la partie, ils rechercheront par quelle conbinaison plus ingénieuse, plus sûre ils auraient pu conserver leur pouvoir. Que la Chambre, en sauvant ces orgueilleux téméraires qui jouent imprudemment avec la poudre, sauve en même temps nos familles, nos institutions et la France entière si gravement menacées! Qu’elle s’inspire des principes consacrés par les républiques d'Athènes et de Rome, admis jadis en France et maintenus dans toute l’Europe ! Ils se résument en cette régie fondamentale : celui-là doit voler l’impôt qui le paie ; dès lors, le vote doit être proportionnel comme l’impôt ; le suffrage est plus ou moins étendu selon que l’on suppporte une contribution plus ou moins considérable. Pourquoi la France mépriserait-elle la raison universelle des peuples. En 1870, on lui disait, il est vrai, qu’elle était la plus grande, la plus civilisée des nations: en 1871, soyons plus modestes el

ne jouons pas légèrement avec notre existence nationale. Ecoutons ce qui a été écrit, le 21 août 1871, dans le journal de M. de Girardin, la Liberté, journal qui, assurément, n'est ni royaliste ni clérical ni réactionnaire, mais qui a enfin ouvert les yeux : « Tout ce qui est né de la révolution, c’est-à-dire d’un mouvement désordonné, est condamné h périr. » Qu’il soit donc permis, en laissant la vie au suffrage universel, de lui imposer de sages et indispensables réformes.

On pourrait établir ces réformes sur les bases suivantes : Considéré comme un devoir plutôt que comme un droit, le suffrage électoral serait obligatoire ; on le retirerait à celui qui, sans motifs et excuses légitimes, ne prendrait pas part au vote. — Co droit ne serait exercé qu’à la grande majorité, à vingtcinq ans révolus. — On établirait des conditions de domicile. — Le droit électoral comprendrait tous les membres d’une famille, le mari, la femme et les enfants âgés de plus de sept ans, il serait exercé par le chef de famille suivant cette base variable. — Le chiffre des impôts serait également pris en considération ; le droit du vote serait, suivant certaines bases fixées par la loi, plus étendu pour ceux qui payent plus, moins considérable pour ceux qui supportent moins de charges. — Ne devrait-on pas môme, comme en Belgique, exiger de tous une contribution de dix francs. Celui qui, à vingt-cinq ans, refuserait de la payer, serait presque toujours un citoyen inactif ou vicieux ; ses votes seraient plus nuisibles qu’utiles au bien public. — Des causes de radigtion pour défaut d’indépendance, inconduite ou indignité pourraient être établies et seraient appliquées chaque année par un conseil de révision formé par le conseil municipal de

chaque commune et composé en partie de ses membres.

13° Il est indispensable d établir dans une ville centrale, à Bourges par exemple, une administration et des autorités permanentes qui puissent prévenir de nouvelles révolutions, en amortissant l'effet des coups d’Etat ou des coups de main réalisés soit à Paris, soit à Versailles ou ailleurs. Dans ces cas là et aussitôt après, la représentation nationale, chassée, mutilée ou dispersée serait, de plein droit et de suite, provisoirement remplacée par une assemblée composée de cinq membres de chaque conseil général pris dans l’ordre du tableau. La convocation serait faite par une commission provisoire composée des conseillers généraux du département du Cher. Le commandant supérieur d’un corps d’armée, résidant à Bourges ou dans les environs, nommé chaque année, deviendrait immédiatement commandant général de toutes les armées de France. En cas de mort, de captivité ou d’absence du chef de l’Etal, ses pouvoirs seraient exercés momentanément par une comission exécutive nommée par la nouvelle assemblée. D’autres mesures analogues assureraient la résistance à l’insurrection et l'indépendance sociale. On mettrait ainsi un terme aux révolutions périodiques qui ont si promptement amené la décadence et la ruine de la France.

Mais ces mesures de précautions ne se rapportent qu’à une situation provisoire, et il faut se préoccuper d’une solution définitive.

Non relie phase; vote delà proposition Rivet.

La France vient d’entrer dans une nouvelle phase gouvernementale. La proposition Rivet, le rapport de

M. Vitet, les discussions ardentes et les votes des 30 et 31 août ont-ils éclairé et raffermi la situation sociale? L’ont-ils, an contraire, obscurcie, compliquée et faussée?

Le 8 février 1871, la France retrempée par le malheur, rajeunie par des luttes stériles pour le présent, mais fécondes pour l’avenir, avait recouvré son indépendance, sa vitalité et sa grandeur morale. Mais, presque aussitôt, elle a vucommenceret se dérouler un drame à jamais déplorable.

1 er acte. — 17 février : Surprise de la Chambre par la ligue sourde des doctrinaires de juillet et des usurpateurs du 4 Septembre, par la proposition Dufaure et C*. Urgence imaginaire, coup de théâtre ; attribution à M. Thiers, sans examen, sans discussion sérieuse, d’un pouvoir suprême, vague, indéterminé, et du libre choix des ministres.

2 e acte. — Le 18 février, M. Thiers usurpe le titre de président de la République, qu’il est immédiatement contraint de rétracter. 11 ne prend dans la majorité qui l’a nommé qu’un seul ministre, M. de Larcy ; il livre trois portefeuilles importants à trois des décemvirs condamnés onze jours auparavant par le vote national. Il devait les déférer à la justice et à la sévérité des lois ; il les associe à son pouvoir suprême. Tout homme clairvoyant comprend que M. Thiers ne vent pas être le mandataire de la Chambre; il est son ennemi, il deviendra son tyran. En légalisant le crime du 4 Septernbre, en amnistiant les coupables, il réhabilite le 2 Décembre. La France était entrée dans la voie de la franchise et de la vérité ; par la confusion du bien et du mal, il égare les esprits, trouble les consciences et répand dç nouveau le brouillard du doute, de l’éclec-

tisme et de l’aveuglement intellectuel. Il replace la nation sous le joug de l’aristocratie démocratique et impie qui, depuis 1789, n’a cessé de la dominer et de l’opprimer.

3 e acte. — Les ministres ont reformé tous les cadres de l'innombrable armée des fonctionnaires publics ; en présence d’une Chambre monarchique ils n’ont placé que des républicains. Les hommes du 4 Septembre sont fidèles au culte de leur grand pontife Mirabeau ; pour eux, comme pour cet apôtre du matérialisme, le mandat est un vain mot. Les commettants ne sont rien, les mandataires sont tout; à l’aide du concours actif, mais discret de leurs délégués, les conseils municipaux sont envahis le 30 avril par les factions dé ■ magogiques.

4 e acte. — Enhardie par ce succès, l’Internationale, qui compte au moins un de ses affiliés parmi les dictateurs du 4 Septembre, prépare sourdement, avec une habileté infernale et la discrète complicité de l’administration, les élections du 2 juillet. Ses candidats ont presque tous triomphé; on les qualifie républicains modérés. Ils ont pris pour drapeau officiel le programme de M. Thiers ; ce sont des recrues destinées à renforcer la gauche qui, seule, possède dans la Chambre toutes ses affections et a le monopole assuré de ses faveurs.

5? acte. — M. Thiers veut reconquérir le titre de président de la République, qu’il n’a pu garder qu’un seul jour; les hommes de l’émeute veulent faire reconnaître et légitimer par la France cette République bâtarde née le 4 Septembre de leur fol orgueil et leur convoitise effrénée qui, pour se satisfaire, necraint pas de sacrifier la France entière. Le drame qui a

constamment marché au dénouement, finira, comme il a commencé, par un coup de théâtre et par le mensonge officiel. « La France, dit-on, est inquiète et troublée; elle n’ose pas reprendre ses travaux (très-actifs cependant, soit dans les champs, soit dans les ateliers) ; elle demande, elle exige que l’on place sur le front de M. Thiers la couronne présidentielle ornée de quelques lauriers. Aussitôt après, on verra renaitre la confiance, l’industrie se développer, la concorde régner dans les esprits et refleurir l'âge d’or. » Ainsi parlent les doctrinaires de la Révolution qui relisent chaque jour le bréviaire de Mirabeau, lequel a enseigné aux générations futures l’art de faire dire, de faire faire à une nation ce qu’elle n’a jamais pensé. Une proposition signée de M. Rivet et autres partisans de M. Thiers, bénéficiaires de la République, est déposée sur le bureau de la Chambre ; elle a pour objet de faire nommer M. Thiers président de la République, en prorogeant ses pouvoirs pour trois ans. Comme le M février, on demande l’urgence; même comédie, les destinées de la France sont en jeu ; quelques retards mettraient la société en péril, M. Thiers, qui ne se fie pas entièrement au zèle ardent, incandescent de ses fidèles, monte lui-même à la tribune ; ce vieillard jaloux, qui doute toujours de la fidélité de la Chambre on parait en douter pour la lui rendre plus obligatoire encore, lui demande, selon son habitude, un nouveau témoignage de tendresse et d’amour.

La Chambre mécontente, mais partagée entre son indignation et son patriotisme , répond à M. Thiers par l’organe de son rapporteur, M. Vitet : « Pourquoi, sans nécessité, venez-vous agiter ainsi le pays qui commence à jouir du calme et du repos dont il a été trop

longtemps privé? Vous voulez opposer votre pouvoir à notre pouvoir, qui est celui de la France ! Eh bien ! nous le déclarons et nous l'affirmons de nouveau, nous sommes une Assemblée constituante. Vous exigez que l'on vous donne le titre de président de la République, le titre qu’a porté Napoléon III. Pour éviter des conflits périlleux, pour maintenir la tranquillité publique, nous voulons bien condescendre à vos désirs. Soyez président de la République, mais sachez bien que ce n’est qu'un nom, un protocole; la République n’est ni un principe, ni un fait, ni un droit. Nous sommes, le 30 août, ce que nous étions le 17 février. Vous êtes, ainsi que vos ministres, responsable devant l’Assemblée qui est l’autorité supérieure et souveraine. Vous voulez, contrairement aux régies élémentaires, conserver le droit de vous présenter dans l’Assemblée . et de prendre part à ses délibérations; c’est faire une constitution pour un homme et non pour un peuple. Conservez toutefois cette faculté qui vous est si chère. Usez de la parole, mais n’en abusez pas ; épargneznous un peu les leçons de sagesse et de modération que vous prodiguez outre mesure à vos commettants : ne les inquiétez pas sans cesse par la menace trop réitérée d’une retraite qui vous serait plus pénible encore, quoi qu’en disent vos imprudents amis, qu’à la Chambre et à la France. »

M. Thiers, toujours gracieux, répond : « Je suis profondément ému de votre bienveillance et de la touchante unanimité de vos souhaits et de vos conseils; les uns m’engageant à conserver les douceurs du stntu r/uo ; les autres me provoquant à la gloire de la marche en avant. Cependant je ne puis pas vous dissimuler que j’ai cru remarquer quelque froideur dans votre

langage; veuillez, je vous en conjure, accentuer d’avantage l’expression de la confiance que vous réitérez complaisamment, toutes les fois que je la réclame. »

Combien les temps sont changés! Jamais un duc de Richelieu, un de Serres, un de Villéle n’eût préparé l’établissement de son pouvoir par l’échafaudage d’une coterie d’ambitieux médiocres et vulgaires ; jamais il n’eût accepté le pouvoir offert dans des termes sévères, qui ne dissimulent point un blâme positif et trèsaccentué. Mais aussi combien il y a loin des hommes d’Etat de Louis XVIII aux personnages politiques de la troisième et de la quatrième République.

Hélas! tout se rapetisse, tout se décompose aujourd'hui. Nous voilà ramenés aux petits manèges, aux sourdes intrigues de 1 830, à la chasse aux portefeuilles.

M. de Larcy a quitté un ministère où il faisait tache ; car il représentait seul la Chambre et la nation fran- . çaisc. Déjà M. Picard veut reconquérir un ministère ;

M. Gambetta aspire à la survivance de M. Thiers. Ce dictateur du 4 Septembre, qui a commis un rapt sur la France, qui, envers et contre tous, a conservé sa proie jusqu’au 8 février, vient avec son superbe orgueil demander la dissolution de l’Assemblée qui, ce jour là, a condamné son usurpation. Ne se trouvera-t-il personne qui dépose un acte d’accusation contre ce grand coupable ?

La France, vaincue par les Prussiens le 3 septembre, conquise le 4 Septembre 1870 par l’aristocratie démagogique, insidieusement enveloppée au mois d’août 1871 dans les mailles d’un filet artificieusement tressé, se relèverait -elle jamais de toutes ces défaites? Pourrait-elle être sauvée et régénérée par le président de la nouvelle et quatrième République? Nous

répondons avec la plus profonde conviction : Non î non! non ! M. Thiers a tous les talents, tous les défauts qui précipitent la dissolution des Etats; il n’a ni les convictions, ni les principes, ni la hauteur de vues, ni l’élévation d'âme qui peuvent assurer la réorganisation d'un grand peuple, ballotté, déchiré depuis plus de quatre-vingts ans par les ouragans venus des régions les plus opposées. Le génie de Mirabeau a commencé la désorganisation de la France ; le fatal esprit de M. Thiers semble prédestiné à consommer sa ruine. La nation avait donné sa confiance et la gestion de ses destinées aux hommes d’ordre, aux hommes pratiques, à ceux qui vivent auprès des populations, qui voient par eux-mêmes leurs maux, leurs souffrances, leurs besoins et leurs aspirations. Réagissant contre ce vœu national, M. Thiers leur a enlevé le pouvoir, ne leur a donné pour représentant dans son cabinet que le ministère des travaux publies, livrant tous les portefeuilles importants à trois usurpateurs, à trois dictateurs renversés et condamnés par le grand jury national. Il ne s’entoure que d’avocats, de parleurs, d’écrivains ultra-démocratiques, de journalistes radicaux, d’habitants des villes pour lesquels les cités sont tout et les campagnes ne sont rien ; il est doucereusement plus absolu, plus tyrannique que Napoléon III. On lui a donné un mandat et tous ses actes ont été la négation formelle et systématique de ce mandat.

La décision du 31 août est, en réalité, une haute censure prononcée au nom de la grande majorité de la Chambre par la voix mesurée, mais digne et ferme, du rapporteur, M. Vitet. L’âme du pays a inspiré son remarquable discours, devant lequel se serait autrefois

incliné tout homme politique qui aurait eu le sentiment d'un profond respect de la nation et de lui-mème. Mais, depuis une année (nous écrivons ceci le 4 septembre 1871, jour anniversaire d’une des plus fatales époques de la France), les familiers de M. Thiers n’ont-ils pas sans cesse bravé la Divinité, le droit, la justice, l’opinion publique et la France? Ces hommes, dont le chef « fut un dictateur incapable et uu menteur officiel » (les Débats), qui ont manié, dépensé et livré à la dilapidation d’agents corrompus et infidèles des milliards de francs; qui, par leur inhabilité et leur incurie, ont stérilisé la valeur et le dévouement d’un million de vaillants citoyeus; qui ont fait périr plus de cent mille d’entre eux par la faim, le froid , le défaut d’abri contre les pluies, les neiges, les glaces, n’ont encore rendu aucun compte de cette administration qu’ils n’ont reçue que de leur audace et de leur féroce égoïsme. Vainqueurs et conquérants de la France, au milieu de ses désastres, par la force brutale d’une populace sans nom, ils sont encore victorieux aujourd’hui à l’aide de sombres et mesquines combinaisons, de basses intrigues de sérail, de coteries doctrinaires et libérâtres. Leur réapparition sur le théâtre du pouvoir par la proposition Rivet, leurs paroles hautaines et provocatrices sont un malheur et une humiliation pour la France, un immense scandale pour elle. Elle ne peut pas, elle ne doit pas accepter cette honte. Ce n’est pas sur les bancs ministériels que les auteurs du 4 Septembre devraient s’asseoir, mais sur les bancs où prennent place en ce moment à Versailles leurs complices du 4 Septembre, leurs imitateurs du 18 mars.

En réalité, la journée du 31 août a été funeste à

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M. Thiers et à ses partisans, elle a détruit leur pres-^ tige; mais l’orgueil philosophique sait composer avec les échecs et même les transformer en triomphe. Ils ont obtenu un président de la République et un baiser Lamouretle; ils célébreront hautement leur victoire, le triomphe de M. Thiers, le vote de confiance et la presque unanimité des suffrages. Comment seraientils découragés? Ne sommes-nous pas promptement revenus du vote loyal et sincère du 8 février aux mensonges officiels, à la presse officielle ? L’Agence Havas n’a-t-elle pas toujours des fils très ductiles qui célèbrent aujourd'hui l’illustration du président de la République, de même que, pendant vingt ans, ils ont porté au loin les gloires impériales?

Et combien de temps durera donc encore ce retour périodique des empires et des Républiques qui couvrent toujours la sénilité des âmes et l’abaissement des caractères, et nous livrent à la funeste domination des ambitieux, lesquels parlent toujours de la liberté en forgeant sans cesse les fers des natious. M. Thiers est impuissant, d’une impuissance radicale, à jamais fonder en France des institutions solides et durables. 11 l’a reconnu lui-même en s’abstenant de tout programme, autre que la promesse , sans cesse violée , d’une complète neutralité entre les partis qui divisent la Franco.

Le jeu de bascule, doux souvenir de ses jours de puissance, voilà sa science théorique, son habileté pratique. Dans ses messages, sa personnalité occupe toujours une large place ; quelques déclarations banales sur lesplaies du pays, sa réorganisation, la pacification intérieure et extérieure, l’affranchissement de l’occupation étrangère, complètent aujourd’hui l’œuvre pré-

sidentielle. Mais il n’y est fait aucune mention de Dieu, du christianisme, du culte, du respect de l’autorité, des devoirs des citoyens, des vertus républicaines pratiquées dans les premiers temps du paganisme, du dévouement sincère et désintéressé qui est dû à la patrie, des anciennes libertés françaises, de leur rétablissement parla décentralisation, etc.

Qui pourrait douter aujourd’hui que si Napoléon III eût donné à M. Thiers la présidence de ses cabinets, l’historien de la République et de l’empire aurait fortement consolidé, au bénéfice du nouveau souverain, les principes d’autorité, d'absorption et d’absolutisme que comportent toujours en France les régimes créés par la Révolution ?

Député depuis 1863, il avait constamment stygmatiséles candidatures officielles qui lui avaient imposé une trop longue retraite, et la docilité des chambres trop dévouées à l’empire par le vice de leur origine. Imitant le second empereur, mais plus audacieux encore, il a brisé le mandat que lui avait donné une Chambre qui, seule depuis quarante ans, représentait véritablement la France; par un tour de force machiavélique qui dépeint l'abaissement du niveau moral dans notre malheureuse patrie, il n’a accordé à cette Chambre qu’un seul portefeuille dans le ministère, qu’il composait à son gré et à son image. Il a exclu des fonctions publiques tous ceux qui auraient été sympathiques à l’Assemblée et à la nation ; il les a réservées presque uniquement aux hommes que la France a repoussés par son vote du 8 février, à leurs complices et à leurs favoris. Et voilà comment elle est traitée par celui auquel elle a imprudemment confié ses destinées et sa régénération. Voilà comment les républicains pratiquent leurs devoirs envers leur patrie.

M. Thiers, adversaire implacable pendant sept années de Napoléon III, est devenu depuis sept mois son disciple, son imitateur et son trop heureux émule. Aussi a-t-il obtenu toutes les sympathies du chancelier de l’empire allemand qui voit avec une vive satisfaction l’affermissement de son pouvoir. Frédéric II avait compris la puissance de Voltaire ; il se serait bien gardé de lui confier l’administration de la moindre de ses provinces ; mais il l’encourageait fortement à s’emparer de la direction de la France, et Voltaire avait surpassé ses espérances. Faut-il s’étonner maintenant si M. Thiers, fidèle disciple de Voltaire, obtient les tendresses du trop habile ministre du grand empereur Guillaume , petit neveu du prince qui, à la fin du xvm e siècle, régnait sur le petit royaume de Prusse, de récente origine.

Dans ce siècle d’orgueil titanique et d’égoïsme féroce, les personnalités s’imposent comme des nécessités du destin ; au fond de son âme, chacun de ces favoris de la fortune et du jour se dit: «l’Etat c’est moi. » Tels furent Mirabeau, Lafayette, Robespierre, Napoléon I er , Lamartine, Ledru-Rollin, Napoléon III. Tel s’affirme aujourd’hui M. Thiers dans ses discours et dans ses messages; tel le présentent chaque jour ses fidèles.

Le 31 août, à la Chambre, l’un des funestes dictateurs de 1870, l'audacieux M. Picard, s’écriait majestueusement : « J’ai toujours combattu la dictature » (ajouter... jusqu’au 4 Septembre), et il ne craignait pas de déclarer qu’il serait impossible à l’Assemblée de remplacer M. Thiers. C’est ainsi que les héros du mensonge officiel trompent les nations.

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Immlnrnrr d’an catacljime «mUI ; unique remède : restauration de la royauté.

Nous voyous sans cesse s’élever la marée de la démagogie et de ( Internationale; chaque jour ses flots s’avancent vers nous et menacent de tout submerger.

Que peut-on lui opposer? Où trouvera-t-on une digue suffisante pour la contenir? Dans l’armée? Elle s’userait dans une lutte incessante engagée dans les rues, au milieu des décombres et à la lueur des incendies. Dans les efforts et le dévouement des fonctionnaires? Un grand nombre d’entre eux, loin d’élever les digues, renverseraient celles que d’autres mains auraient formées. Dans nos institutions provisoires?

Secours impuissants. Dans l’habileté de M. Thiers?

Que l’on n’oublie pas que, sans s’en douter, il aurait livré l’Assemblée à l’émeute par un retour précipité à Paris si la Chambre ne l’en eût empêché ; que cette Chambre, par son énergie, a prévenu les défaillances que lui auraient causées son tempérament révolutionnaire, sou désir de popularité, ses tendresses et ses affections pour les égarés, les fédérés, ses dispositions à une imprudente et dangereuse conciliation.

Ne resterait-il donc à la France aucun espoir de salut ?

Naguère, une voix se faisait entendre, simple, noble, majestueuse, empreinte de vérité; elle a frappé tous les Français, amis ou ennemis, car elle différait complètement du langage pompeux, emphatique, sonore, mais creux, des Bonaparte et des républicains. Elle a charmé les véritables Français, elle a été respectée même par ceux qu’ont séduits les passions et l’esprit de parti.

Que noas reste-t-il des oeuvres entreprises, depuis 1789, par les philosophes, les économistes, les orateurs, les avocats politiques, les littérateurs, les poètes, les hommes d'épée? Rien, absolument rien, moins que rien, car le territoire est jonché de décombres et de ruines, qu’ils y oui accumulés tour à tour. Les trois républiques, les deux empires et l’orléanisme n’avaient eu d’autre origine et d’autre principe que la force; à un jour donné, la force s’est retirée d’eux et ils sont tombés. Pourquoi ne remonterait-on donc pas aux grandes assises de 1789, aux cahiers des Etats généraux? Pourquoi ne resserrerait-on pas la chaîne des temps en rattachant les comices du 8 février 1871 aux Assemblées primaires de 1788 et 1789? Pourquoi ne reprendrait-on pas le drapeau blanc, le drapeau véritablement national qui, pendant tant de siècles, a conduit les Français à la victoire, qui a salué nos durables conquêtes, gages de l imité de la France, qui a si longtemps ombragé l’Alsace et la Lorraine et qui, en 1830, llotta radieusement sur la citadelle d’Alger, symbole éclatant de l’abolition de la piraterie, de la délivrance des chrétiens et de l’adjonction à la France d’une magnifique colonie? Pouvons-nous bien aujourd’hui regretter le drapeau tricolore qui fut, il est vrai, témoin des grandes victoires remportées sous la République et sous l’empire, mais qui a vu ensuite tant de douloureuses défaites. Dans la France envahie, les Prussiens ont saisi des centaines de ces nouveaux étendards, qui ornent maintenant les palais de l’empereur Guillaume et les temples de Berlin. Ils ont dû aussi, pendant plusieurs mois, s’abaisser dans quelques cités devant le drapeau rouge, emblème de la guerre civile et de la terreur, Le drapeau blanc a

vu de nombreux triomphes et n’a pas subi de telles humiliations ; le patriotisme bien entendu conseille de le reprendre, car il n’évoque point de tristes souvenirs.

Dans son magnifique programme, Henri V a convié tous les Français à l’union, à la concorde; il a déclaré qu’il serait le roi de la France et non d’un parti, le roi de la grande famillo réunie et groupée autour de lui. Louis XVIII et Charles X ont donné à la France, pendant quinze ans, le repos, l’ordre, la liberté, la loyauté, le développement des forces intellectuelles, malheureusement égarées ensuite par les passions et l’esprit de parti, l’aisance générale, une grande prospérité intérieure et un rang élevé parmi les nations de l’Europe , Qu’est devenue entre les mains des usurpateurs de tous genres, la malheureuse France de 1789 à 1815, de 1830 à 1870? Que l’on compare les résultats et que l’on juge !

Menacée sur tous les points par l'Internationale, la France sera-t-elle défendue contre celte redoutable association par le gouvernement actuel et par ses fonctionnaires? Ne compte-elle pas parmi eux de nombreux affiliés à cette société souterraine? La bourgeoisie, de 1789 à 1792, a détruit les corporations ouvrières et industrielles, les Etats provinciaux, les parlements, la noblesse, le clergé, la royauté, toutes les institutions qui reliaient ensemble solidement les diverses parties du corps social et le mettaient à l’abri des surprises, des coups de inain, des tentatives d’émeute et d’insurrection. Depuis cette époque, loin de remplir le rôle fortement défensif qui était assigné à ces éléments sociaux, elle a elle-même, surtout par l’organisation de la garde nationale, prêté la main à toutes les arobi-

lions, elle a laissé passer toutes les révolutions. Aujourd’hui , en face de la puissance colossale d’une société dont elle a fatalement préparé la fondation par ses fausses doctrines, par l’oubli et le mépris de tous les principes religieux, moraux, sociaux, politiques, elle est impuissante, complètement impuissante à résister à l'invasion de ces hordes de nouveaux barbares, qui méditent un assaut général et prochain contre la société française. Aussi reste-t-elle inerte, désarmée, comme affolée devant cette nouvelle terreur, qui dépassera de beaucoup les proportions de 1793. Elle ne sait pas même se servir de l’arme électorale; elle reste honteusement dans ses foyers pendant que les bataillons ennemis se pressent autour de l’urne, qu’à chaque lutte ils s’emparent d’un nouveau fort vigoureusement attaqué, mollement défendu, trop souvent même abandonné par la plus grande partie de la garnison.

Lacamarilla, qui, depuis le 19 février, s’est empaére du gouvernement, qui veut s’y fortifier et s’assurer la possession de ce fief, ne recule point devant les dangers de l’agitation des esprits et des discordes civiles, pourvu qu’elle consolide sa puissance. Plus prudente, complètement nationale parce qu’elle est désintéressée, la majorité redoute les divisions de partis qui’ pourraient la détourner du but qu’elle se propose d’atteindre; elle fait quelques sacrifices à la vanité qui s’étale, aux ambitions qui l’obsèdent, mais elle n’admet pas la nécessité fatale de M. Thiers ; la France n’est pas tombée si bas que son sort soit fixé à un cheveu d’une tête ultra-septuagénaire. M, Thiers fait souvent un imprudent appel à l’histoire; s’il disparaissait en ce moipent, elle lui composerait cette épi-

taphe : o II reçut la confiance d’une Chambre librement élue, religieuse, monarchiste et homogène : six mois après, il avait lui-même brisé cette majorité, recomposé les partis et partagé en deux fractions la représentation nationale. » Voilà l’œuvre deM. Thiers, de ses amis, de sa coterie 1 œuvre perfide ! œuvre néfaste !

M. Thiers a rallumé les feux du volcan que la Chambre s’efforçait d’éteindre ; il a ranimé les espérances et l’audace de la démagogie, abattue et attérée le 8 février 1871 ; l’ Internationale relève la tête, honore le pillage, le meurtre et l’incendie, inédite de nouveaux combats et attend de prochains triomphes. Voilà les bienfaits de l’administration du chef du pouvoir exécutif 1 Que le président de la République ose donc encore célébrer ses succès et sa gloire ?

La Chambre, par l’organe de M. Vitet, a rendu à M. Thiers, dans un langage mesuré mais ferme, les leçons de sagesse qu’il lui avait si souvent prodiguées sans les pratiquer lui-même. Qu’il se rappelle et signale aux ambitieux qui l’obsèdent et le détournent de sa voie sa véritable position. II est mandataire de l’Assemblée et de la France. Mandat oblige, et ceux qui, comme Mirabeau, le foulent aux pieds sont de grands coupables et encourent le blâme général. La nation française est chrétienne, et plus de trente millions de ses habitants sont catholiques. Que sont devenus les philosophes, les girondins, les montagnards, qui ont voulu détruire son culte. Comment ont fini ces Napoléon si audacieux et si puissants qui se sont heurtés à la papauté. Que ces sévères exemples, que ces rudes châtiments, soient médités par les libres penseurs qui *e pressent en foule dans les régions supérieures du

pouvoir présidentiel. Que la France soit gouvernée par elle-même et pour elle-même ; que la magistrature reçoive pour chefs des magistrats ; que le clergé ne voie pas, comme sous l’empire, le choix de ses pasteurs et de ses chefs livrés aux caprices, aux railleries et au sourire sardonique de ministres des cultes mécréants et libres penseurs. Que l’éducation forme avant tout des hommes honnêtes et religieux, ce qui n’exclut pas l’instruction et qui, au contraire, l’épure et l’élève, ainsi qu’on le voit en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne. Que le respect de l’autorité, que le sentiment du devoir soient profondément gravés dans le cœur des générations nouvelles, qu’il y remplace le stupide orgueil. la basse jalousie, la profonde incapacité qui ont été abondamment semés dans nos écoles depuis 1830 et qui ont produit les fruits amers que nous avons recueillis en 1870 et 1871. Cette utile, cette nécessaire direction est malheureusement contraire aux systèmes et aux tendances de M. Thiers et de ses favoris. Que la Chambre, au nom de la France régénérée par nos désastres et dont elle est la mandataire et l’image, contraigne cette faible minorité qui veut continuer à suivre les traditions de Mirabeau et des libérâtres, à respecter enfin la volonté d’un grand peuple !

Mais cet état de choses, qui a réduit en servitude depuis 1789 une puissante nation, qui a permis aux despotes de la parole et du sabre de se disputer tour à tour cette grande proie, de se l’arracher périodiquement et de s’en approprier la possession et les bénéfices, qui n’a eu de trêve que de 181 5 à 1830, du 8 février au 49 février 4871 , qui pèse encore lourdement sur la France, cet état de choses qui exténue et épuise la France, doit enfin trouver un terme. Il est temps de fermer

définitivement l’ére des révolutions qui nous trouva grands et glorieux en 1789, qui nous a conduits, par l’abaissement et l’impuissance, à 1870 et 1871. Nous avons une planche de salut toute prête : mais les ambitieux, les incapables, les menteurs ofïiciels qui se sont emparés de notre patrie, qui la retiennent encore, se disent : « qu’elle périsse plutôt que notre domination ! » Eh bien ! que tous les citoyens désintéressés et dévoués à leur patrie se réunissent et se concertent. Ils savent qu’il existe une famille, dont les destinées ont été intimement liées aux destinées de la France, qui l’a recomposée en réunissant peu à peu toutes ses parties séparées , qui lui a donné avec l’unité la force et la grandeur. La nation l’avait en quelque sorte consacrée de nouveau en 1789 par l'unanimité de ses suffrages. Elle avait acclamé Louis XVI en lui donnant le titre de « restaurateur des libertés publiques. » C’est contre ce vœu solennel, au mépris de toutes les lois divines et humaines et des intérêts nationaux, que des ambitieux superbes, égoïstes, gonflés de paroles vaines et de pompeuses déclamations, les girondins et les montagnards intimement unis en 1792 et au début de 1 année 1793, consommèrent l’œuvre néfaste de l’abolition de la royauté et le meurtre du meilleur des rois, ami de son peuple et aimé de son peuple! Depuis cette funeste époque, sinistre présage de notre décadence et de nos malheurs, la France a couru comfhe un navire privé de sou lest, ballotté par les orages et se heurtant sans cesse à de nouveaux écueils. Pendant quinze années, elle retrouva, avec ses rois, le calme, la dignité et la grandeur.... Mais le brutal égoïsme de cette phalange ambitieuse et impie qui se disait libérale et qui n’était que libérâtre, chassa en-

core cette race de rois qui, en partant pour l’exil, laissait comme adieux à la France de nombreux alliés et la magnifique conquête de l’Algérie. Quarante ans se sont écoulés et le virus de l’ambition, de la convoitise, du sensualisme et de l’impiété, a été officiellement inoculé à la France par toutes ses veines. Et maintenant elle est seule, délaissée par l'Espagne veuve de ses rois, par l’Italie violemment unifiée «à l’aide de la ruse, de l’or et du sang de la France honteusement vendus par le corse Napoléon III, privée de ses princes bien aimés, dépouillée de son précieux joyau, du trône pontifical, reconnu par deux cent millions de chrétiens. Pie IX est captif en face de la ville éternelle. Et la France, au nom de laquelle on a fait toutes ces fautes politiques, commis tous ces crimes, la pauvre France s’est vu arracher l’Alsace et la Lorraine ; sa fortune publique est amoindrie, sa grandeur a disparu, sa gloire est humiliée; cinq cents drapeaux tricolores ornent les palais et les temples de Berlin, elle héberge et solde les armées prussiennes I Elle est de partout qualifiée de nation impie, elle n’a ni alliances ni sympathies en Europe. Voilà ce que lui ont valu les républiques et les empires.

Ouvrons enfin les yeux à la lumière; Napoléon III est tombé, mais ses lieutenants et ses imitateurs se disputent encore la proie qui lui est échappée.

Eh bien! disons tous : arrière nos ennemis, dans quelques rangs qu’ils puissent se trouver ! Arrière les aristocrates, Rouher, Ollivier, Duvernois, Picard, Simon, Favre, Gambetta! Qu’ils aillent dans la retraite pleurer les maux incalculables qu’ils ont causés à la France. Et nous, citoyens honnêtes, étrangers aux passions et aux bénéfices des partis politiques, qui

n’avons d’autre but que la régénération et le bonheur de la France, unissons-nous tous, et reprenant le drapeau du 5 mai 1789, aussitôt que les lois organiques auront été votées par la Chambre, écrions-nous d’une voix unanime :

« Vive le restaurateur des libertés françaises ! Vive Henri V, roi de France ! »

Mombrisun, 1 septembre 1871.

DU PASSÉ

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