LA. MONARCHIE HÉRÉDITAIRE
Entre la république et la légitimité se trouvent , peut-être encore, les princes d’Orléans; mais, ainsique les Bonaparte, ils ne peuvent être qu’une forme de l’idée révolutionnaire, et n’oftrent par conséquent aucune garantie de stabilité; si une révolution les portait au trône, leur origine leur défendrait d’invoquer en leur faveur le principe de la légitimité, même dans le cas où la mort de M. le comte de Chambord les rendrait ses héritiers naturels. Les républicains pourraient, dans ce cas, leur répondre, avec raison, qu’ils ont renoncé au bénéfice de ce principe en acceptant une couronne donnée par la révolution, et bien des légitimistes, forts de ce même argument, les regarderaient comme déchus. Leur opposition, peut-être sans danger immédiat, deviendrait une cause de désunion et, dans un jour de crise, pour le pouvoir, un véritable péril.
Quand au principe de l’hérédité, il est très-facile de l’inscrire en tète d’une constitution, ainsi qu’on l’a fait en 1830 et en 1852, mais il est moins facile à un roi qui doit son trône à l’élection de le transmettre à son fils, et ainsi que ledit M. Edmond About dans son livre du Progrès : « Si nous
avons légitimement remplacé une dynastie par une autre, personne ne peut nier que nos fils après nous n’aient le droit d’en faire autant. »
L’intérêt des princes d’Orléans était donc de se l’approcher franchement de M. le comte de Chambord, et de donner ainsi à la France un grand exemple de concorde, de dévouement au bien public et de patriotisme, se rappelant le mot célèbre de M. de Talleyrand : « La légitimité est un principe, tout le reste est une intrigue. »
La monarchie héréditaire peut donc seule sauver la France. Avec elle la stabilité qui assure l’ordre public et l’ordre moral, qui permet de relever les ruines amoncelées sur un sol dévasté et d’appliquer toutes les réformes sages et fécondes; avec elle, et avec elle seule, le retour de la confiance de l’Europe et des alliances sûres et solides.
La monarchie héréditaire c’est la France s’accroissant sans cesse jusqu’en 1789; la monarchie héréditaire c’est l’Angleterre arrivant sans secousse à l’accomplissement de toutes les réformes intérieures, consolidant les institutions les plus libérales.
La monarchie héréditaire apporta à la France en 1814 la liberté et mit fin au despotisme impérial . En 1871, elle peut réparer une fois de plus les immenses ravages de l’invasion. Elle succédera à l’anarchie, au désordre moral et politique ; étant, d’une façon régulière et permanente , l'expression élevée du droit, elle le consolidera partout, le fera respecter au foyer ; chez tous les représentants du pouvoir et dans toutes les hiérarchies sociales; elle substituera au trafic des consciences, au parjure, à la vénalité, à la doctrine de l’intérêt, l’honneur, la foi, l’indépendance des caractères, le règne des lois librement acceptées, et l’empire d’une autorité forte, tempérée par de sages libertés ; elle ouvrira à la France une ère de durable prospérité ; elle assurera la transmission pacifique du trône, et au-dessous de ce pouvoir serein, la société pourra
LA MONARCHIE HÉRÉDITAIRE $o
*e réformer, se modifier; ces transformations successives ne devront pas l’ébranler, et la perpétuité du pouvoir, dans une race nationale, épargnera à la nation ces commutions violentes <jui épuisent un peuple et le laissent sans énergie pour le tra- \ ail fécond de la civilisation.
Le prince héréditaire doit nécessairement songer à l’avenir: dominé par cette pensée de laisser à son successeur un héritage accru ou amélioré, il travaille à la prospérité et à la gloire de son royaume avec la sollicitude d’un père de famille; pour cela, il ne recherche pas seulement la force matérielle, mais avant tout la force morale, puissance bien autrement grande, et qui réside dans le respect qu’inspire une constante honnêteté, qui impose la confiance et permet de diriger et souvent de maîtriser les événements.
Le deuxième empire ne nous a que trop prouvé la différence qui existe entre un souverain d’aventure et un prince vraiment français, entre le mercenaire et le pasteur du peuple.
S’il est vrai que toutes les fois que notre pays est en révolution, l’Europe est agitée, il est vrai aussi de dire que notre souverain exerce une influence considérable sur tous les autres princes. Ainsi avons-nous vu l’empereur Napoléon III enseigner le mépris du droit et la violation des traités à tous les hommes politiques de son époque : MM.de Cavour, de Bismarck et Prim sont certainement de son école; aussi ont-ils entraîné leurs maîtres sur cette voie fatale des manœuvres hypocrites et des usurpations criminelles.
Aujourd’hui un saint Louis ou un Henri IV assis sur le trône de France aurait une influence énorme sur l'Europe entière, et pourrait préparer la solution des grands problèmes européens.
Le retour en France du représentant du principe monarchique serait accompagné des sympathies de toutes b>s grandes puissances. Frère et aiué de tous les rois, il repren-
•M DÉ PASSÉ ET DK L’AVENIR DE LA FRANCE <lrait la suite des traditious françaises et renouerait les relations diplomatiques de la Restauration; son gouvernement, en s’appuyant sur un priucipe accepté par toute l’Europe, représenterait l'ordre solidement établi et inspirerait la confiance; il pourrait suivre une politique nationale, de concert avec une ou plusieurs puissances, car la France, grande, mais respectant le droit commun, est une sauvegarde pour le monde. M. de Maistre écrivait, le 28 octobre 1794, ces observations qui s’appliquent merveilleusement à notre temps :
« La France a toujours tenu, et tiendra longtemps, suivant les apparences, un des premier rangs dans la société denations ; d’autres nations, ou, pour mieux dire, leurs chefs, ont voulu profiter, contre toutes les règles de la morale, d’une fièvre chaude, qui était venue assaillir les Français, pour se jtter sur leur pays et le partager entre eux; la Providence a dit que non ; toujours elle fait bien, mais jamais plus visiblement, à mon avis...
« L’empire de la coalition sur la France et la division de ce royaume serait un des plus grands malheurs qui puisse arriver à l’humanité *. »
La monarchie héréditaire est notre garantie vis-à-vis de l’Europe, et l’unique moyen d’y reprendre notre place. A l’intérieur, elle n’est nullement hostile aux idées modernes et peut convenir parfaitement, ainsi qu’en Belgique, à une société démocratique; elle se rapproche même en bien des points de la véritable idée républicaine, surtout par le développement qu’elle veut donner aux libertés locales. M. Le Play a dit dans un de sesouvrages : « Les moindres communes avaient au treizième siècle une autonomie vers laquelle nos grandes cites n’oseraient élever leurs pensées dans leurs plus vives revendications. > Cette appréciation, qui est celle d’un grand nombre d’écrivains consciencieux, est confirmée par de nombreuses
1 Lettres et opuscules inédits de J. de Maistre, p. 31.