‹ Une nouvelle apologie du gallicanisme; réponse à m.l'abbé LovsonChapitre 3 sur 37 · PAGE XXVI · texte numérisé non relu

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« Ceci n’est pas un exemple entre cent, c’est un exemple entre mille. Ab uno disce omnes. M.Gérin n’écrit pas l’histoire autrement. »

Or, qu’ai-je fait? Dans un chapitre intitulé : Les biens ecclésiastiques sous Louis XIV, je cite de nombreux exemples de l’intrusion du pouvoir civil dans le gouvernement de l’Église, et notamment dans le régime intérieur des ordres religieux. Après avoir parlé de l’abbaye

deCIuny et de communautés situées dans diverses parties du royaume, je donne deux lettres du P. de Sainte-Marthe, supérieur général de l'Oratoire, à Colbert, qui sont rapportées dans la Correspondance administrative sous Louis XIV , publiée par M. Depping, et desquelles il résulte que le Roi intervient dans les élections du Général et de l’Assistant de cette Congrégation. Elles sont ainsi conçues :

10 octobre 1672. •

Monseigneur, pas un de nos Pères n’eut jamais pensé à élire le P. du Breuil pour Assistant, comme il n’a pas eu une seule voix pour être Général, s’ils eussent su que les intentions du Roi s’étendaient à cette charge. Je ne pouvais penser que nos Pères eussent cette intention, car je proteste trèssincèreinent devant- Dieu que pas un ne m’en a parlé devant l’élection. Sitôt qu’elle lut faite, le P. du Breuil de bonne foi convint avec moi de s'en démettre, et j’ai accepté dès hier sa démission, et tout présentement je vais faire procéder à une autre élection qui était déjà résolue devant que j'eusse reçu les ordres du Roi.

20 oclobrc.

Suivant les ordres du Roi, nous avons procédé à une nouvelle élection, et le P. du Saillant a été élu de la plus belle manière du monde, dont j’ai eu parfaite joie. J'espère que S. M. agréera cette élection, car c’est assurément un trèshonnête homme.

J’insère dans mon livre la première lettre jusqu’à: je ne pouvais penser, et la seconde jusqu’à : j'espère; cela me paraissant suffire à prouver l’immixtion du Roi dans le gouvernement de l’Oratoire, et la soumission de cet

institut à ses volontés. Je n’ajoute aucune réflexion et je passe à une lettre analogue du Général des Dominicains. Que me reproche M. Loyson ?

« Qui ne croirait, dit-il, que le P. du Breuil fut déposé par ordre du Roi, et le P. du Saillant élu encore par ordre du Roi? M. Gérin sait pourtant bien le contraire ; mais il a retranché, en l’indiquant par des points dans la première lettre, et dans la seconde sans l’indiquer en aucune façon, ce qui devait éclairer la religion du lecteur sur une citation qui, présentée de la sorte, rend un faux témoignage. — La seconde élection, celle du P. du Saillant, ne fut point dictée par la cour. De plus, elle était déjà résolue avant la réception des ordres du Roi relatifs à celle du P. du Breuil, et ces ordres étaient sans doute bien fondés, puisqu’avant toute intervention du gouvernement, le P. du Breuil était déjà convenu de se démettre, et qi;c la communauté s’était déjà concertée pour son remplacement. »

Je mériterais assurément d’être repris si les passages omis changeaient le sens de ceux que j’ai conservés. Mais je ne crains pas de dire que tout lecteur impartial trouvera dans les phrases laissées de côté la suite et la confirmation de ce qui précède, c’est-à-dire la preuve que les supérieurs de l’Oratoire acceptaient trop facilement l’intervention royale dans leurs affaires intérieures.

Je n’ai pas voulu dire autre chose, et je ne m’occupe spécialement ni du P. du Breuil, ni du P. du Saillant. Mais quand j’aurais voulu laisser entendre, comme le prétend M. Loyson, que la démission de l’un et l’élection de l’autre ont été déterminées par l’ordre du Roi, je n’aurais interprété ces pièces quecomme l’a fait M. Dep-

ping, à qui je les emprunte, et au savoir duquel M. Loyson rend un hommage mérité ; car voici la notice qu’il en donne lui-même, à la page 794 du même volume :

« 10 et 20 octobre 1672. Sainte-Marthe, général de la Congrégation de l’Oratoire, à Colbert :

« LE ROI n’ayant PAS AGRÉÉ LE P. Ï)U BREU1L, L’ORDRE A

procédé a l’élection d’un autre assistant. »

Ainsi, on ne peut trouver là l’ombre d’un grief quelconque, et l’on verra bientôt que je suis dès à présent en droit de retourner contre mon contradicteur ses propres paroles : « Ceci n’est pas un exemple entre cent ; c’est un exemple entre mille. »

Le lecteur vient de voir avec quelle sûreté de jugement M. Loyson interprète les textes : un second exemple fera tout de suite comprendre ce que devient sous sa plume la critique littéraire, et comment il en exerce les droits.

A propos du caractère trop pliant de Bossuet, j’avais rappelé d’après M. Sainte-Beuve, dont le goût était assurément fort délicat et qui avait une profonde admiration pour le grand évêque, le mot de M. de Tréville sur lui : Il n'a pas d'os. M. Loyson dit à ce sujet :

M. Gérin doit avoir lu Joseph de Maistre ; or voici

comment il relève le mot de M. de Tréville, que M. Gérin a fait sien :

« Cette platitude sacrilège est digne d’un athée sans goût ou d’un laquais sans religion. Les Français qui n’en l'ont pas

justice sont bien corrompus ou bien patients. » (Observations critiques sur une édition des Lettres de madame de Sévigné.)

Je connais assez bien mon J. de Maistre ; je me rappelais cette phrase, mais j’étais bien sûr qu'il n’avaitpu appliquer, sous aucun prétexte, à M. de Tréville les termes d 'athée, de laquais , de platitude sacrilège, et qu’en particulier le mot dont il s’agit n’avait pu exciter chez personne un tel éclat de colère et de mépris. On ne s’expliquerait pas davantage que M. Sainte-Beuve eût rappelé ce mot s’il eût été aussi indécent. J’ouvre donc le 2 e volume des Lettres et opuscules inédits (Vaton, 1851), p. 447, et je vois qu’il n’y est question ni de M. de Tréville, ni de son mot. Mais J. de Maistre, passant en revue les notes de Grouvelie sur les lettres de madame de Sévigné, arrive à celle où le nouvel éditeur, ancien Jacobin, frotté de littérature, s’exprime ainsi sur Bossuet et sur sa démission de l’évêché de Condom : « On pourrait dire de cette modération ce qu’on a dit dans une autre circonstance : Quand Jésus-Christ mourut le vendredi, il savait bien qu’il ressusciterait le dimanche. » Ce sont ces paroles qui arrachent aussitôt à J. de Maistre ce cri légitime d’indignation : « Cette platitude sacrilège, » etc.

Voilà les procédés mis en usage pour que le lecteur fasse un rapprochement entre les mots d'athée ou de laquais et un homme qui ne partage pas les opinions de Mgr Maret et de M . Loyson !

« M. Gérin cite la lettre de l’Assemblée de 1680 au Roi, d’après un texte mutilé et fautif, qu’il devait et qu’il pouvait facilement contrôler, mais qu’il a préféré copier, tel quel, dans l’Histoire de Bossuet, par le cardinal de Rausset. Il y a telles suppressions et surtout telle méprise qui, évidemment innocentes de la part de ce dernier auteur, reviennent trop au but et aux procédés habituels de M. Gérin, pour que nous ne nous croyions pas dans l’obligation de les signaler. Nous donnons le texte du document en notant les passages omis ou altérés :

M. Gérin met...

M. Gérin met...

La phrase suivante est supprimée par M. Gérin...

M. Gérin met...

M. Gérin met...

Les opinions du cardinal de Bausset nous répondent que cette erreur s’est glissée sous sa plume sans intention coupable. Mais n’oublions pas que M. Gérin se pose comme ayant fait des recherches.

M. Gérin a supprimé le mot serviteurs (dans la formule finale). Celte suppression peut induire en erreur sur le vrai caractère de ces protestations qui ne sont que la formule usitée à la fin des lettres qu’on adressait au Roi.

M. Gérin a pour excuse qu’il a copié le cardinal de Bausset. Mais, outre qu'il est coupable de n’avoir pas vérifié, il l’est encore de n’avertir ses lecteurs ni de la source où il a puisé, ni de sa négligence ou de son attention à ne pas contrôler l’exactitude de sa citation. Il en résulte que, sous prétexte de citer les principaux passages de ce document, il en altère l’esprit et en fausse la lettre, » etc.

Voilà certainement une des plus étonnantes accusations de faux qu’on puisse imaginer ! Comment! Arrivé

à l’année 1680, et ayant à parler sommairement de la lettre de l’Assemblée du Clergé, qui a quarante-sept lignes de texte Irès-ûn, et qui est partout, je suis obligé de la reproduire tout entière! Mais il y a bien d’autres actes de ce genre que je n’ai pas donnés, à commencer par les Quatre Articles. Je ne reproduis ni les brefs du Pape, ni les Réquisitoires, ni les Arrêts, ni les Ordonnances épiscopales, qui devraient trouver place dans une histoire complète de l’Assemblée de 1682, mais qui sont nécessairement et systématiquement bannis de mon livre, destiné seulement à mettre au jour des pièces encore inconnues. Pour faire comprendre la suite des événements, je suis amené à citer de temps à autre les documents depuis longtemps publiés ; mais je le fais le plus brièvement possible. Voulant donner les principaux passages de la lettre du 10 juillet 1680, puis-je mieux faire que de les emprunter au livre excellent de M- de Bausset, si favorable à l’Assemblée, qui ne cite cette lettre que pour la louer, et qui en a extrait les endroits les plus favorables à son dessein ? Il se trouve que M. de Bausset a mal lu ses notes, et n’a pas collationné une dernière fois avant de faire imprimer: des fautes lui sont échappées, et c'est moi qui en suis coupable! — Si j’avais annoncé mon livre comme une histoire complète des événements de 1682, j’aurais été tenu de contrôler le récit des écrivains antérieurs et de ne point donner de citations de seconde main. — Si encore j’avais commenté et critiqué les passages empruntés à M. de Bausset, si je m’en étais servi pour appuyer un raisonnement, on pourrait me reprocher d’affaiblir ainsi

ma discussion ; mais me bornant à une simple mention, je ne puis mieux prouver mon impartialité et mon respect pour l’opinion contraire à la mienne, qu’en suivant sans défiance le plus honnête et le plus instruit des gallicans. — Je n’ai donc pas encouru le moindre blâme.

Ayant à parler de Guémadeuc, évêque de Saint-Malo, je ne pouvais pas ne pas citer le mot si connu de sa cousine, Madame de Sévigné, qui l’appelait une limite mi- Irée. M. Loyson veut que j’aie en même temps fait de lui un loup sanguinaire au milieu de son troupeau.

« Pour preuve, dit-il, on ne craint pas de produire une lettre de Mgr de Guémadeuc à Colbert, laquelle on mutile sans en prévenir en aucune sorte, et dont on change par là même complètement la portée. — C’est donc une pièce imprimée que M. Gérin traite ainsi ! »

Mais c’est précisément parce qu’elle est imprimée dans un recueil très-répandu, que j’en cite seulement les principaux passages. Je n’ai pas plus altéré le sens de ces pièces que celui des ieltres de Sainte-Marthe, dont il a été parlé tout à l’heure. Il en résulte incontestablement que Guémadeuc était un homme fort léger, trèsempressé de plaire au Roi, et qui ne joua en rien le rôle de defensor civitatis dans les troubles de sa province.

r. ni.

« L’addition saute aux yeux. Là, M. Gérin cite exactement M. Dupin ; celui-ci a copié de confiance sur M. de Dausset. Cette addition est excusable, lorsqu’on n’en profite pas pour

attaquer. Mais M. Gérin avait pour devoir de vérifier, ce qu’il n’a pas fait, ou, s’il l’a fait, de corriger. Quel historien digne de foi en vérité ! »

Voici le passage de mon livre : — « M. Dupin, par exemple, cite après bien d’autres un passage de la circulaire royale, recommandant de choisir « les ecclésiasti- « ques les plus distingués par leur piété, leur savoir, leur « expérience et dont le mérite fût plus connu dans les pro- «vinces,»e t il ajoute avec une risible emphase : «Quelle « belle loi électorale !» — Ce sont les mots en italiques qui auraient été ajoutés innocemment chez M. de Bausset et M. Dupin, criminellement chez moi. Or, il n’y ad’addition chez aucun de nous. Celte formule avec les mots incriminés se trouve dans la supplique de la Petite Assemblée au Roi, pour obtenir la convocation de l’Assemblée générale ( Procès-verbaux , t. V, p. 360), et elle est reproduite, sans ces mêmes mots, dans la lettre du Roi aux Agents généraux du Clergé {ibid., p. 565). M. de Bausset, tout plein de son sujet, et venant de lire les deux passages, les fond en une seule phrase; il transporte au second, non-seulement la ligne finale, mais encore le mot distingués du premier, qu’il substitue au mot considérables. Si j’avais fait cela, ce serait double et triple faux par altération, transposition, substitution !

J’ai eu tort, dit-on, de reprocher au cardinal de Bausset, d’avoir gémi sur le zèle du Souverain Pontife pour une question aussi étrangère à la religion et à la morale que celle de la Régale.

« Ces mots soulignés, dit M. Loysou, ont la prétention

d’étre textuellement extraiis de M. de Bausset. M. Gérin commet d’abord un faux matériel par la substitution d’un mot à un autre. Le cardinal de Bausset a écrit : une question aussi indifférente à la religion et à la morale. M. Gérin lui fait dire : aussi étrangère. »

Il suffit de lire ma phrase pour voir que je fais allusion à un passage de M. de Bausset plutôt qu’une citation textuelle. Voici cette phrase: « D’autres gémissent volontiers avec M. de Bausset sur le zèle du Souverain Pontife pour une question aussi étrangère, etc., — et sur le blâme sévère que Sa Sainteté prononça contre la conduite d’un prince aussi religieux que Louis XIV, » etc. Tandisque le passage de M. de Bausset se lit ainsi : « On a peine à comprendre que cette réponse d’innocent XI... eût pour objet une question aussi indifférente à la religion, etc., et qu’elle censurât avec tant d’amertume la conduite d’un prince, etc. » Il est manifeste que je fais entrer dans ma phrase la pensée plutôt que le texte de M. de Bausset, et si je me suis servi du mot étrangère au lieu du mol indifférente , je doute que j’aie donné à un seul de mes lecteurs une autre impression que celle qu’il aurait reçue de la lecture de M. de Bausset luimême.

J’aurais doublement falsifié les paroles de cet écrivain, en les appliquant à la Bégaie tant spirituelle que temporelle, tandis qu’il ne s’exprimait ainsi qu’au sujet de la Bégaie temporelle, la Régale spirituelle ayant éternise hors de cause , selon M. Loyson, par l’édit de janvier 1682. Mais c’est précisément ce qui est en ques-

tion, et sur quoi je diffère d’opinion avec M. de Bausset. Le consentement du Clergé de France à l’extension de la Régale, et l’édit de janvier par lequel le Roi renonçait à ses abus les plus criants, étaient, selon moi, nuis en droit et en fait, par cette triple raison, que le Pape étant saisi decetteaffaire, les évêques de France étaient incompétents pour la régler sans son consentement ; — qu’ils s’étaient mis à la merci du Roi, qui pouvait reprendre le lendemain ce qu’il avait abandonné la veille ; — et qu’ils étaient en rébellion contre l’autorité Pontificale. Que l’on discute cette opinion, je le conçois ; mais je ne falsifie pas plus la pensée que le texte de M. de Bausset en soutenant un avis contraire au sien.

« Pour justifier l’expression de Pape d’en deçà des monts, M. Gérin renvoie aux Mémoires de le Gendre. Or, voici ce qu’on y lit : «... Peu s’en faut que les évêques n’essuyassent aussi la censure de M. de Noaillcs, et que, se regardant connue le Pape d’en deçà des monts, il ne les obligeât à garder plus exactement la loi de la résidence. » Et, en note, d’une autre écriture , cette réflexion : « Précédemment, l’abbé le Gendre a accordé, sans nul effort, ce titre de Pape d'en deçà des monts à M. de Harlay. » Qu’on apprécie la valeur de la source indiquée par M. Gérin, et la moralité de l’usage qu’il en fait ! »

Quelle valeur? quelle source? quelle moralité? Je ne comprends qu’une chose à ces mois, c’est qu’ils veulent exprimer une pensée malveillante. — La note que j’ai citée est au bas de la page 208 des Mémoires de le Gendre. Que veulent dire les mots d’une autre écriture? La

noie est imprimée en plus petit leste, comme dans tous les livres, et elle est de l’éditeur des Mémoires. Cette ap. pellation de Pape d'en deçà de * monts a quelque chose de piquant et corresjiond à celle de )l. de Rome , que certains évêques français donnaient quelquefois au Pape. C’est pourquoi je l’ai relevée, et je n’y ai pas attaché d’autre importance.

« Que dire, lorsque nous voyons le même historien magistrat, pour achever son œuvre de dénigrement, s’emparer du portrait de Harlay, par Saint-Simon, non tel que Saint-Simon l’a tracé, mais d’après une contrefaçon mutilée et inexacte, prise nous savons où, et nous pourrions le dire? Les Mémoires de Saint-Simon sont-ils donc introuvables? — Ce qui rend M. Gérin encore plus inexcusable, c’est qu’il renvoie .à Saint-Simon, t. I, ch. xvn, comme s’il donnait le texte véritable. »

Mais c’est précisément parce que les Mémoires de Saint-Simon ne sont pas introuvables que j’aurais pu n’en donner que des fragments plus courts encore. Je cite au moins vingt-cinq lignes, qui renferment précisément le plus bel éloge qu’on puisse faire de Harlay. J’indique que ce sont seulement des fragments; et veuton savoir ce que j’ai omis? Plusieurs phrases qui concernent les persécutions réelles ou prétendues qu’il aurait subies de la part du P. de la Chaise ou de madame de Maintenon, et tout le passage sur sa liaison avec la duchesse de Lesdiguières et sur sa mort scandaleuse! De sorte que, sauf les mots de mœurs galantes d’une '

des phrases conservées, à lire mes extraits, on croirait que j’ai voulu faire le panégyrique de l’archevêque. Voilà ce que M. Loyson appelle^ contrefaçon infidèle , inexacte , mutilée ! Comment ces mots peuvent-ils aller ensemble? Quel est le sens de ceux-ci : contrefaçon prise nous savons où, et nous pourrions le dire? Comment une pareille critique peut-elle être imaginée, c’est ce qu’il est impossible de comprendre.

Quoi de plus connu que les lettres de Bossuet à Dirois et au cardinal d’Estrées, en 1681 , sur son sermon d’ouverture de l’Assemblée? Une allusion suffit pour les rappeler au lecteur: si l’on en cite quelques phrases, il est parfaitement inutile de multiplier les renvois. J’en cite deux à la suite l’une de l’autre, et il n’y a qu’un renvoi au bas de ma page. Je les cite uniquement pour proclamer, après les justes reproches que l’Église doit adresser à Bossuet, la part d’éternelle reconnaissance qu’il mérite aussi des catholiques. C’est en cet endroit que je dis : « Le Pape n’ignorait pas les difficultés qu’avait à vaincre l’évêque de Meaux, ef quand il l’entendait dire à ses collègues : Tremblez à l’ombre d’une division avec le Saint-Siège, il se rassurait et applaudissait. » Mais je n’ai fait qu’un renvoi au lieu de deux! mais je n’ai pas donné toute la lettre !

« Et de cette lettre ou a retranché tout ce qui pouvait éclairer le lecteur sur celte appréciation mensongère : « Bossuet avait, ce jour-là, trompé l’espoir de ceux dont les intentions n'étaient pas droites comme les siennes : M. de llarlav, dit Ledieu dans ses Mémoires, chicana sur le discours

(de l' Unité), qu’il trouvait trop favorable à Rome. 11 en fallut venir à une explication devant le Roi, qui fut persuade des raisons du prédicateur. «Ledieu a au moins l’excuse d’avoir pu se tromper, mais quelle excuse a celui qui, sachant par la lettre de Bossuet que son discours fut lu, deux jours avant d’être prononcé, à M. de Paris et à M. de Reims, qui tombèrent d’accord qu’il n’y avait rien échanger, abuse du passage de Ledieu, qu’il sait inexact, et de ce mot chicaner, qu’il sait avoir dans la lettre de Bossuet une valeur tout autre, et qui affirme que, le jour où Bossuet prononça ce discours, il trompa l’espoir deM.deHarlay? Il faudraitavoir une foi bien robuste dans l'aveuglement de M. Gérin pour penser que le témoignage de Ledieu a été substitué par inadvertance à celui de Bossuet ! »

Ah ! si le bon Dominie Sampson de Walter Scott lisait par-dessus mon épaule ce que j’écris ici, combien de fois encore il s’écrierait : « Pro-di-gi-ous In — Si M. Loyson, avant de me critiquer, avait ouvert les livres justement estimés d’Émery et de Bausset, il y aurait vu que ces deux auteurs ont les premiers interprété comme moi la lettre de Bossuet. Il y eut deux lectures du sermon sur l'Unité, l’une avant qu’il fût rononcé, et que Harlay de Champvallon laissa passer sans contestation; la seconde, quand il fut question de l’imprimer. Et c’est lors de la dernière que l’archevêque de Paris éleva les critiques dont parlent Bossuet dans sa lettre du 1 er décembre 1681, et Ledieu dans ses Mémoires. M. Émery (p. 283, Opuscules de Fleury, édit, de 1818j cite la lettre de Bossuet, cl, après le mot quelqu’un, il met entre parenthèses : l'Archevêque de Paris. M. de Bausset insère aussi la même lettre, et il affirme en-

corc mieux la même opinion. Le mot quelqu’un (p. 565, t. P', édit. Besançon, 1846, in-12) est suivi de ceuxci : L’Archevêque de Paris, M. de Harlay. En citant Ledieu, j’ai rappelé une des preuves de l’opinion que j’exprime après Émery et le cardinal de Bausset. J’ai donc eu raison d’indiquer Harlay comme un de ceux dont Bossuet trompa l'espoir , et qui trouvèrent son discours trop favorable à Rome.

C’est M. Loyson qui a mal lu et mal compris la lettre de Bossuet, quoiqu’il la cite tout entière, et qui accuse à tort Ledieu d’inexactitude. Il voit donc que l’insertion intégrale des documents est moins utile qu’il ne pense, et il ferait bien de ne pas l’exiger de moi avec tant de rigueur.

« L’histoire de ces démêlés (l’affaire des Corses, à Rome, en 1 G62) est faussée par M. Gérin comme tant d’autres choses. »

M. Loyson rappelle la citation empruntée par moi à Sismondi pour établir qu’aux yeux des protestants euxmêmes les franchises des ambassadeurs à Rome étaient la cause des plus affreux désordres, et il me reproche de n’avoir pas cité encore les lignes suivantes du même auteur :

« Les cardinaux, les princes romains avaient imité les ambassadeurs. On aurait été considéré à Rome comme un homme sans dignité, sans crédit, si on n’avait pas étendu sa protection sur un certain nombre de clients, voleurs, assassins, contrebandiers, débiteurs faillis qu’on dérobait à la justice. »

M. Gérin est tellement coutumier du fait, qu'il serait superflu d’insister sur ce mode, plus qu’étrange, de citation.

Je crois au contraire que mon mode de citation est parfaitement régulier, et que ce n’est pas supprimer que de s’arrêter quand il faut. Ce que vient de citer M. liOyson concerne des sujets du Pape, à l’égard desquels il fait ce qu’il veut, sans que les princes étrangers aient rien à y voir; et en rapportant le passage où Sismondi raconte que les princes romains avaient imité les ambassadeurs , mon censeur prouve lui-même que la suppression des franchises par le Pape était légitime, et que je n’ai nullement faussé l’histoire de ces démêlés.

En terminant le récit de la Petite Assemblée, je rappelle la citation du passage bien connu d’Yves de Chartres, que le Tellier appliquait à ses collègues et à lui-même : « Des hommes plus courageux parleraient peut-être avec plus de courage. De plus gens de bien pourraient dire de meilleures choses ; pour nous, qui sommes médiocres en tout, » etc.

« M. Gérin, dit M. Loyson, invoque à l’appui les Procèsverbaux du Clergé et les Mémoires de d’Avrigny. Pourquoi les Procès-verbaux du Clergé? Si M. Gérin les a lus, il a dû s’apercevoir que le passage d’Yves de Chartres est en latin, et que la version qu’il donne, fût-elle de d’Avrigny, est fautive. Entre ce texte et la traduction de M. Gérin, il n’y a qu’une nuance, une nuance délicate, mais enfin une nuance est une nuance. »

J’ai fait pour cette citation comme pour toutes celles qui appartiennent au sujet. Je l’ai donnée comme on la trouve partout, dans les Mémoires de d’Avrigny, dans

Y Eglise gallicane de J. de Maistre, etc. La traduction ne plaît pas à M. Loyson? Il aurait dû la corriger et nous montrer sa nuance.

« M. Gérin affirme que cette citation termine le rapport de le Tellier. C’est faux. Elle termine simplement le rapport du premier chef, c’est-à-dire de la question de la Régale. Si M. Gérin ne le fait pas sciemment, c’est qu’il n'a pas jeté les yeux sur les Procès-verbaux. Mais alors quel historien est-ce donc? Voilà comme on était loÿal dans le temps, et comme on ne devrait plus l’être aujourd’hui. »

Que la citation soit au commencement, au milieu ou à la fin du rapport, qu’est-ce que cela fait? En citant le texte d’Yves de Chartres, le Tellier n’a-t-il pas confesse ses scrupules et ceux des autres évêques ? Je ne voulais pas dire autre chose. J’ajouterai seulement avec le P. d’Avrigny et Joseph de Maistre : ci L’application ne pouvait être plus juste. »

« M. Gérin, qui se garde bien de donner la Déclaration en langue vulgaire, n’oublie rien pour accréditer cette erreur, — que les Quatre Articles sont une monstrueuse prostitution de la puissance ecclésiastique aux pieds des pouvoirs politiques.

P. 372. M. Gérin a pu écrire un gros volume sur l’Assemblée de 1682 sans donner le texte entier de la Déclaration. Et ce qu’il en donne, il le donne en latin, aussi bien que les six propositions de Sorbonne. Ceux qui ne savent pas le latin, ou qui ne se soucient pas de traduire, pourront croire à des monstruosités et haïr tout à leur aise une doctrine qui leur restera parfaitement inconnue. »

S’il m’est permis d’user ici d’un langage familier, cela s’appelle me chercher une mauvaise querelle. Et si j’avais traduit vos Quatre Articles, comment auriez-vous traité ma traduction ? C’est alors que vous m’auriez dit qu’après tout une nuance est une nuance! Comment pourrais-je trouver jamais celles qui vous plaisent? — Pour parler sérieusement, monsieur, cette suppression des Quatre Articles n’aurait-elle pas dû vous faire comprendre que je n’écrivais pas une histoire de l’Assemblée de 1682? Voulez-vous bien me permettre d’ajouter que ce qui vous offusque tant dans mon livre, c’est ce que j’y ai mis, et non ce que j’y ai omis?

Bossuet, suivant les Mémoires de Ledieu, s’est exprimé ainsi au sujet de la lettre de rétractation des évêques en 1695 :

« Cette lettre n’est rien, puisqu’elle ne touche pas au fond de la doctrine, et elle n’a aucun effet, puisqu’elle n’est que de quelques particuliers contre une délibération prise dans une assemblée générale du Clergé et envoyée par toutes les églises, et dans toutes les universités, sans qu’il se soit rien fait au préjudice. »

« M. Gcrin, dit M. Loyson, ne cite pas en entier, mais supprime, sans en rien dire, tout ce que nous avons souligné.

Or, les mots qu’il souligne sont :

1° Elle ne touche pas au fond de la doctrine ;

2° Et dans toutes jusqu’à la fin.

« Les derniers mots, dit mon critique, sont cependant bien importants pour entendre exactement la pensée de Bossuet. M. Gérin renvoie à M. de Bausset ; mais M. de Bausset a cité le passage intégralement. M. Gérin a donc, du même coup, mutilé et Bossuet et M. de Bausset. »

Les derniers mots n’ajoutent rien, selon moi, au sens général de la phrase: eussent-ils plus de portée, cette citation est tellement banale, lorsqu’on parle de ce fait historique, que j’aurais pu l’abréger sans inconvénient et sans crime. C’est même parce qu’elle est dans Bausset que je pouvais la supprimer tout à fait.

Quant aux mots elle ne touche pas au fond de la doctrine, qui sont fort importants, et que M. Loyson me reproche encore d’avoir omis, ils se trouvent dans mon texte! '**

Lorsque j’ai omis une partie des injures que vous m’avez adressées, monsieur, et qui, venant d’un prêtre, sont toutes graves, je vous ai vraiment mutilé ; mais ici, je n’ai mutilé ni Bossuet ni Bausset.

« M. Gérin, comme tant d’autres écrivains de bonne foi, fait sonner bien haut 1 ’Abeat quô libuerit ; mais, comme eux, il retranche toujours le mot Declaratio et n’achève jamais la citation. C'est un péché d’habitude. Tronquer les documents et leur faire dire ce qu’ils ne disent point, quelle ressource lorsqu’on soutient une thèse historiquement fausse! »

Je crois n’avoir rappelé que deux fois YAbeat quo libuerit dans mon livre : d’abord à la page v de la

préface, puis «à la page 298, mais justement j’ai mis le mot Declaralio! Voici ces passages :

1° « Bossuet borna ses vœux à prouver que les Quatre Propositions n’étaient pas hétérodoxes ; il écrivit le fameux Abeat Déclaratif) quà libuerit; et cette vaine apologie, qui ne put même pas paraître de son vivant, reçut de lui pour titre définitif les deux humbles mots Gallia orlhodoxa. »

Loin de vouloir induire le lecteur en erreur, en abrégeant la citation, n’ai-je pas au contraire formellement indiqué, parle reste de la phrase, le manet imoncussa et censuræ omnis expert?

2° « Bossuet sent lebesoinde se défendre; il ne parlera plus qu’avec amertume de la Déclaration et de ses principaux auteurs. Jl* suffit de rappeler le fameux Abeat Declaralio quà libuerit, et ses paroles à ses familiers en 1700, » etc.

Est-ce quejpes phrases comportaient une citation plus longue? D’ailleurs cette citation est une de celles qui reviennent souventdans les écritsou dans la conversation, et qu’on désigne par quelques mots, comme le Causa finita est de saint Augustin, le Quod ubique quod semper de saint Vincent de Lérins, YUbi Peints de saint Ambroise, etc ; et il n’est jamais venu à la pensée de personne d’appeler cela tronquer des documents.

Cette critique termine le volume de M. Loyson aussi heureusement que l’a commencé la fameuse falsification des lettres de Sainte-Marthe! Qualis ab incœptol... Fautil achever le vers pour éviter une nouvelle accusation de faux?

Voilà les faux commis, au grand jour, dans les livres imprimés. Je passe à ceux que j’ai accomplis, dans l'ombre, sur les manuscrits.

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