CITATIONS TIRÉES OE MANUSCRITS
«M. Gérin ne dit pas un mot de ces documents qui occupent plus de cent pages dans le manuscrit de Saint-Sulpice ! »
Il s’agit ici de diverses pièces en forme de placets adressés au Roi et à la Reine, ne se rattachant à aucun personnage ni à aucun événement connu , que M. Loyson prend au sérieux, et qui seraient, selon lui, d’un ultramontain anonyme proposant à Louis XIV dese prononcer pour l’infaillibilité pontificale, afin d’établir plus solidement le pouvoir absolu de la royauté. En vérité! Et quelle réponse, monsieur, Louis XIV fit-il à cette supplique? — Je ne plaisante pas, cela est grave, très-grave. Ces deux factum ressassent perpétuellement la même idée : solidarité de l'infaillibilité pontificale et de l'absolutisme royal. — Pour ne pas accroître votre embarras devant ce public qui nous écoule, je vous accorderai que le Roi reçut ces papiers; mais vous, monsieur, vous auriez dû les laisser dans le panier où il les jeta en disant : Mes
gallicans me suffisent avec le premier de leurs Quatre Articles* !
Tenez, monsieur, puisque nous parlons du manuscrit de Saint-Sulpice , pourquoi donc maugréez-vous si fort contre moi, parce que j’y ai puisé un très-petit nombre de pièces? Vous m’en voulez surtout du nom que j’ai donné à ce fameux manuscrit de l’Arsenal pie j’invoque comme la loi et les prophètes , — dont je fais tant de bruit, — comme si je voulais le recommanda' par le nom d’une compagnie justement célèbre ! Ce nom , je vous assure, ne recouvre aucun dessein machiavélique. Un savant bibliothécaire de l’Arsenal m’indiqua ces volumes, et je reconnus que c’était un recueil de pièces sur 1682 , analogue à ceux qu’avaient faits toutes les maisons religieuses, tous les séminaires de Paris, et qu’on retrouve aujourd’hui dans toutes nos bibliothèques. Seulement il est beaucoup plus étendu que les autres, et contient plusieurs relations que je n’ai point vues ailleurs. Mais je n’y ai pas puisé au hasard, comme vous, monsieur. J’en ai tiré un petit nombre de documents assez importants, et c’est précisément pour cela que vous affectez de le mépriser. N’est-ce pas afin de le mieux décréditer que vous en avez extrait des pièces ridicules, comme ces placets au Roi dont nous parlions tout à l'heure? Vous m’en voudriez moins, si je n’avais pas in-
4 o Aveugles corrupteurs du pouvoir, ils rendaient un singulier service au genre humain, en donnant à Ixmis XIV des leçons d’autorité arbitraire, en lui déclarant que les plus grands excès du pouvoir temporel n’ont rien à craindre d’une autre autorité, et que le souverain est roi dans l’Église comme dans l'État! » J. de Maistre, de l’Église gallicane, liv. II, chap. iv.
séré dans mon livre ces relations sur la Faculté de théologie que je n’ai pas acceptées facilement , vous le savez bien ; au bas desquelles j’ai mis une sorte de commenlaire perpétuel, et dont j’ai constaté l’exactitude à l’aide des pièces les plus authentiques, lettres des ministres, Procès-verbaux du Clergé et papiers secrets de Colbert, remontant jusqu’à 1663. — Quant au nom, je vous ai dit, dans une note, pourquoi je l’appelle ainsi : c’est pour abréger. Au lieu de Bib. Arsenal, jurispnid. franç. ms. 51 bis, il est plus court de mettre Ms. S.-Sulpice. Et la désignation est exacte, parce qu’il appartenait à cette maison, qui en a été spoliée révolutionnairement comme de ses autres livres, et que j’en ai trouvé la description dans le catalogue de sa bibliothèque, conservé à la Mazarine.
« La liaison de Harlay avec Mazarin ne fut pas salie, comme le prétend M. Gérin, par l’envoi d’une note où l’archevêque réclame nettement pour prix de ses services une de ces quatre choses : une place dans le conseil du Roi, l'abbaye de Saint-Étienne de Caen, la grande aumônerie ou la promesse d’une présentation au cardinalat. »
Le mot salie est de M. Loyson.
Je ne cite pas la pièce qui est très-longue, j’en donne le résumé; j’indique où l’on peut la trouver. M. Loyson dit que ce n’est pas assez. Il en cite des fragments, et notamment la fin qui est conçue en ces termes :
« Que si Son Éminence se trouve encore engagée à cela, voudrait-elle donner à l’archevêque de Rouen la nomination
au cardinalat?... Car s'il ne peut lui donner une place a» Conseil, ni la grande aumônerie, ni l’abbaye de. Saint- Étienne de Caen, que peut-il espérer de considérable qui soit un témoignage de son amitié? Voilà tout ce qu’il peut attendre de la générosité de S. Ém., de laquelle il lui ferait tort de douter et d’en attendre rien qui ne fût digne et proportionné, tant à celui qui destine les grandes choses par son bienfait, qu’à celui qui se prépare à le recevoir. »
Est-il possible d’être plus exact que je n’ai été? Mon appréciation n’est-elle pas même trop modérée? El comment s’expliquer queM. Loyson ajoute aux paroles que j’ai déjà citées de lui cette censure finale :
« Sans doute, ce mémoire n’est pas d'une àme désintéressée de toute ambition ; mais c’est encore moins une note où l’archevêque réclame nettement le prix de ses services. Qualifier le mémoire de la sorte, en s’abstenant de le produire, c’est le dénaturer, c’est calomnier celui qui l’a écrit. »
Or, je n’ai rien cité de plus déshonorant pour ce prélat que les fragments ci-dessus publiés par M. Loyson : et mon critique se trouve même avoir atteint, non pas un, mais deux membres du C-lergé, car il nous apprend que Harlay chargea l’évêque de Conscrans de faire son marché avec Mazarin !
La falsification du document est flagrante.
Je cite, p. 1 7 i, une Jpièce des Archives portant que Harlay de Champvallon était parvenu à faire renoncer
les députés du second ordre à leur voix délibérative, tant par ses caresses que par des espérances de bénéfices qu’il leur donna ; et j’ajoute : « Un lecteur de cette pièce, blessé sans doute de ce qu’il avait sous les yeux, a tracé une légère rature qui va du mot tant au mot bénéfices. »
M. Loyson prétend que cette rature est manifestement de la même main que l’écriture, et que j’ai rétabli le texte contre l’évidente intention de l'auteur. J’ai trouvé cette pièce; j’ai dit en quel endroit elle est gardée; que l’auteur en est inconnu ; que les mots les plus fâcheux pour la mémoire du Harlay ont été rayés par la main d’un lecteur. M. Loyson croit qu’ils l’ont été par celle de l’écrivain lui-même qui avait sans doute regretté l'injustice de ce membre de phrase. Soit; il n’en est pas moins certain, d’après cette pièce, que des contemporains de Harlay lui ont attribué le fait en question : c’est tout ce que j’ai voulu constater.
Je n’ai donc rien falsifié, rien rétabli.
« Sans en avertir en aucune sorte, M. Gérin a eu soin de retrancher deux mots dans la première phrase du premier avis, ainsi conçu : « Le premier qui est celui du P. C. tendait... »et de supprimer l'alinéa suivant qui termine cette pièce : On assure que le Pape a condamné le catéchisme des Jésuites, qu’ils enseignaient dans la Chine, » etc.
Pourquoi M. Loyson ne me reprochc-t-il pas aussi d’avoir supprimé les quarante premières lignes de la même pièce qui renferment un abrégé du bref du
27 décembre 1079, et cette réflexion du rédacteur anonyme : « On a oublié d’ajouter qu’il y avait des ministres auprès du Roi, lesquels, quoiqu’ils tirassent de grands biens de l’Église, étaient les premiers à l’opprimer? » La vérité est que je n’ai donné de cette pièce que ce qui se rapporte à mon sujet.
Si je n’ai pas mis les mots qui est celui du P. C., c’est qu’ils m’ont paru sans intérêt et inintelligibles. Je ne me souviens pas d’avoir vu abréger ainsi le nom du P. delà Chaise. L’abréviation usitée a trois ou quatre lettres : d. 1. C. ou P. d. 1. C. Pourquoi aurais-je ménagé le P. de la Chaise? N’est-ce pas moi qui ai révélé le fait le plus affligeant de sa vie, en publiant la pièce d’où il résulte que l’acte d’appel au futur Concile de 1688 a été rédigé en sa présence, par le Procureur Général, dans la chambre du Roi ? Les Notes de Fleury ne nous ont-elles pas appris depuis longtemps qu’il fut un des promoteurs de l’Assemblée de 1682?
M. Loyson continue :
« C’est sans doute dans la même intention que M. Gérin Tait précéder cette citation de ces lignes : Un mémoire manuscrit du temps renferme d'intéressants détails sur ce qui fut agité et résolu entre le Roi et ses ministres. Ce mot ministres est une précaution de plus pour assurer la réussite de l’escamotage par lequel les initiales du P. de la Chaise ont été soustraites. »
M. Loyson veut-il dire par là que je suppose arbitrairement qu’il s’agit de délibérations du Roi et de ses ministres, et que ce peuvent être tout aussi bien des entretiens de Louis XIV avec divers confidents ? Je cite la
pièce ; je dis où je l’ai trouvée ; et je dis qu’elle rapporte les avis du lloi et de ses ministres, parce qu’elle porte en marge ces mots : « Abrégé de ce même bref et les avis du Con el (abréviation constante de Conseil) sur ce bref. »
« A celte première infidélité s’en ajoute une seconde. Le troisième parti est donné comme résolu, tandis que le manuscrit dit seulement : qu'on croit avoir été suivi. »
11 n’y a pas plus de seconde que de première infidélité. Ce parti fut en effet résolu et suivi. Louis XIV feignit d’entamer une négociation avec le Pape qui en accueillit les premières ouvertures avec cordialité. L’envoi du cardinal d’Estrées fut annoncé au mois de juin suivant; mais le cardinal se fit longtemps attendre, et quand il fut rendu à Rome, il se contenta de répéter à Innocent XI ce que lui avait déjà dit son frère l’ambassadeur, conformément aux résolutions du Conseil, à savoir, quels motifs avaient porté le Roi à faire sa déclaration de 73. Et, dans un bref du 21 mars 1681, le Pape se plaignit avec raison à Louis XIV de cette négociation ainsi tirée en longueur, comme on l’avait décidé à Paris.
« Quanquam enim, disait-il, ut ex ejusdem sermone conjicere potuimus, non aliud mandaium videtur habere quarn explicandi causas et rationei in quibus innitur decretum (de 1673) quod diximus. »
Je n’avais précisément cité cette pièce, dont l’origine est inconnue, que parce que j’y avais vu l’indication d’un fait confirmé dans tous ses détails par les documents officiels. ( Recherches , p. 51.)
Je ne suis donc en défaut sur aucun point.
« M. Gérin donne cette lettre (de Colbert à l’archevêque de
Paris 16 juin 1681), avec une ponctuation de fantaisie
il rattache arbitrairement un membre de phrase, etc... mais l’occasion était si bonne de dénoncer la pression administrative sur les assemblées provinciales ! »
M. Loyson donne alors le texte de la lettre avec la ponctuation de la copie conservée aux Archives. Or cette pièce, qui a seize lignes et demie de lexle très-fin, n’a que deux virgules et le point final. J’ai suppléé de mon mieux à la négligence du copiste, comme tout autre eût fait à ma place ; et, en admettant que ma virgule ne soit pas bien placée, M. Loyson avoue lui-même qu ’ après tout , de quelque manière qu'on la ponctue , la lettre contient, entre autres choses, un grand désir (de Colbert et du Roi) de voir régner dans les procurations une uniformité importante au bon et rapide fonctionnement de l’Assemblée générale. C’est là précisément, selon moi, une pression administrative , suivant le mot deM, Loyson; il est d’un autre avis, soit; mais je garde le mien. — Je maintiens d’ailleurs que ma ponctuation est très-exacte.
Des notes mal écrites ou mal lues, comme il est arrivé à Bausset et à bien d’autres, me donnent la phrase suivante :
« On dit que le pape Innocent XI a manqué dans la procédure, et qu’il devait donner des commissaires sur les lieux ; mais celte objection n’est pas démonstrative; »
Au lieu de celle-ci :
« On dit que le Pape Innocent XI a manqué dans la procédure et qu’il devait donner des commissaires sur les lieux, suivant le Concordat. C’est la raison la plus spécieuse, mais elle n’est pas démonstrative. »
Si cela se trouvait dans le cardinal de Bausset !
« Mais cette mutilation soigneusement cachée, dit M. Loyson, ne peut avoir pour but que d’écarter la question du Concordat, de laquelle dépend, comme nous l’avons déjà dit, la moralité de la convocation et de l’Assemblée des évêques. »
Mais que m’importait de {te pas prononcer le mot de Concordat? Dès qu’on parle de procédures canoniques contre un évêque et de commissaires sur les lieux, qui ne sait que c’est une application du Concordat de 1516 ? — M. Loyson me reproche de ne pas donner la date de cette pièce. Elle n’est pas dans le manuscrit et je ne la sais pas. Mais, me dit-il, pourquoi ne pas citer un autre fragment qui nomme un des successeurs d’innocent XI et qui prouve ainsi que la pièce n’est pas antérieure à l’Assemblée de 1682? Cela était parfaitement inutile. Renaudot, premier commis des affaires étrangères, rédigeant ce mémoire officiel, aurait mis simplement le Pape , s’il eût parlé du Pape régnant. Dès qu’il nomme Innocent XI, c’est que celui-ci est mort. Cela résulte même de l’autre fragment que cite M. Loyson: « Il s’agit de savoir,
1° Si le Pape est en droit de demander satisfaction ;
2° Si le procédé d'innocent XI est canonique, etc... » Or, Innocent XI étant mort en 1689, il résulte claire-
ment de mon texte que la pièce est de longtemps postérieure à 1682. Je n’avais rien à cacher, et je n’ai rien caché en effet.
M. Loyson me reproche de n’avoir pas, en indiquant le nombre des docteurs de la Faculté de théologie de Paris en 1682, donné les. mots suivants qui se trouvent dans la pièce citée par moi : Sur quoi (735) il en faut retrancher 152 qui n’ont pas fait leur résumpte. »
« Au moins, dit-il, faudrait-il être exact dans les calculs.
La pièce originale fait une soustraction dont
M. Gérin a tenu si peu de compte qu’il l’a entièrement passée sous silence. »
On va voir que je devais omettre soigneusement cette annotation, comme j’ai laissé de côté bien d’autres chiffres ou calculs que renferment les mômes pièces. A l’endroit cité de mon livre, je recherche par qui étaient professées en 1682 les opinions dites ultramontaines. Je donne le nombre total des docteurs de la Faculté de Paris, et je crois établir que les adversaires des maximes gallicanes sont les plus pieux, les plus savants elles plus nombreux. Pourquoi ne me serais-je occupé que des docteurs ayant fait leur résumpte , c’est-à-dire ayant passé, après six ans de doctorat, cette dernière épreuve qui leur conférait le droit de voter aux assemblées, de présider aux thèses, etc,? Qu’un docteur ait ou n’ait pas encore le droit de suffrage, il n’en a pas moins des opinions qu’il répand autour de lui, et j’ai le droit de le
faire entrer dans mon calcul. Combien celte critique de M. Loyson est imprudente, et comment n’a-t-il pas vu que j’ai simplement imité Colbert lorsque, en 1665, il se faisait informer par ses confidents de l’opinion des membres de la Faculté? J’ai même été bien plus discret que lui, car il comptait non-seulement tous les docteurs, après ou avant leur résumpte, mais encore les licenciés et les bacheliers en théologie, comme on peut le voir dans un des appendices de mon livre ! Et moi, je m’en suis tenu aux docteurs.
J’ai à régler avec M. Loyson une autre affaire de rciumpte, et pour ne pas donner au lecteur le temps d’oublier ce que signifie ce terme suranné, j’y arrive aussitôt.
« Chose inouïe, dit M. Gérin, car six Augustins, cinq Jacobins et quatre Cordeliers avaient signé (la fameuse requèteau Parlement, en 1682, pour obtenir la permission détenir les assemblées delà Faculté), tandis que chacun de ces ordres n'avait que deux voix. Que M. Gérin nous permette de le lui dire, un magistrat devrait être moins prompt à accuser le Parlement d’avoir menti dans un arrêt. Ce que le Parlement a voulu dire et ce que M. Gérin aurait compris avec un peu plus de rétlexion et peut-être avec une connaissance moins incomplète des usages de la Faculté, surtout avec le souvenir de ce qu’il a si loyalement retranché dans la supputation des docteurs, c’est que tous les signataires de la requête avaient fait leur résumpte, que par là même ils avaient tous droit de suffrage dans les assemblées.
«De ce que chaque ordre n’avait que deux voix, il ne s’ensuit nullement que chaque docteur régulier qui avait fait sa résumpte ne fût pas personnellement apte à voter. Beau-
coup de légèreté, doublée de beaucoup d’assurance, peut seul tomber dans de telles méprises et y ramasser de telles calomnies. »
Je ne renvoie, ni d’intention ni défait, ces gros mots à mon censeur. Je lui dis simplement qu’il se trompe. La résumple ne lui porte pas bonheur. — Je ne dis pas que le Parlement ait menti, je dis qu’il a violé les règles dont il était lui-même l’auteur. — Je sais bien qu’un docteur régulier ayant fait sa résuinpte est apte à voler , mais je dis que, le Parlement et le grand Conseil ayant réduit à deux le nombre des voix de chaque ordre religieux, la requête, qui était un des actes les plus graves que la Faculté pût faire, n’aurait dû être signée que par deux Augustins, deux Cordeliers, etc. Et je ne suis pas le premier à faire cette critique de l’arrêt du Parlement : les contemporains m’ont devancé, et la relation par moi tirée du Ms. de Saint-Sulpice s’exprime ainsi :
« On a fait signer autant de religieux qu’on en a pu gagner, de sorte qu’il s’en trouve quatre des Cordeliers, cinq des Jacobins et six des Augustins, quoique, selon le règlement et l’usage de la Faculté, il n’y en ait que deux de chaque ordre qui aient droit de suffrage. — Au reste, ce nombre de 162 docteurs, qui paraît si considérable, ri’est que la quatrième partie des docteurs qui composent la Faculté de Paris. Car il y en a plus de 700, dont une bonne partie demeure à Paris, et ainsi il se trouve qu’il y a plus de 500 docteurs qui n’ont pas signé la requête. »
Donc, je n’ai montré ici ni beaucoup de légèreté, ni
beaucoup d’assurance; je n’ai pas commis de méprise, et je n’ai calomnié personne. J’ai été un narrateur parfaitement exact.
M.Deppingne pouvait commettre cette bévue. Elle était réservée à M. Gérin qui, toujours dominé par l’esprit de parti et peu attentif aux manuscrits, affirme résolûment : 1" que cette pièce n’est pas l’œuvre du Procureur général ni de M. de Croissy, mais des prélats interrogés par ce ministre ; 2° qu’elle est la réponse complaisante de ces prélats au mémoire de M. de Croissy. — P. 500. Ici commence ce que M. Gérin donne pour la réponse des archevêques. — P. 502. Ici finit, avec le mémoire de M. de Croissy, la méprise de M. Gérin.
Bévue , méprise , fausse attribution de pièce : c’est beaucoup à la fois ! Et justement il va se trouver que M. Gérin a seul raison, et plus encore qu’il ne l’avait cru d’abord. Il s’agit d’une pièce relative aux négociations sur le refus des bulles, que j’avais attribuée à l’un de ces trois personnages, Ilarlay de Champvallon, le Tellier ou Nicolas Colbert.
Or, j’avais dit deux choses à l’endroit critiqué, l’une exacte, l’autre erronée. M. Loyson s’approprie bien vite l’erreur, et ne songe pas à profiter de l’utile conjecture que j’avais faite. La seqje inspection du volume où sont ces pièces révèle qu’il n’est pas facile d’en déterminer l’origine, si l’on n’a pas une certaine clef. Elle est trouvée maintenant, cette clef, et il n’y a plus rien d’obscur. Le volume 3 des Mélanges Colbert renferme les papiers particuliers de Nicolas Colbert, archevêque de Rouen.
Cherchez ses autographes les plus certains, par exemple dans le 155 e volume de la même collection, et tout s’expliquera. Le 3' volume contient un grand nombre de pièces écrites par ce prélat ou par ses secrétaires, et des lettres à lui adressées par M. de Croissy, son oncle. Or, la pièce que M. Loyson attribue à ce ministre est précisément de son neveu. Cela résulte d’une lettre de M. de Croissy, du 2 novembre 1691 , à Nicolas Colbert, lui parlant du mémoireque ce prélat 1 uia précédemment envoyé, et lui annonçant qu’il ne lui enverra pas le sien. Le mémoire de l’archevêque de Rouen, commençant par ces mots : Je ne crois pas qu'il soit à propos , n’est dans ce volume qu’en copie; mais celte copie porte une lettre et un chiffre indiquant le troisième paragraphe, qui sont incontestablement de la main de ce prélat.
Et voilà comment on éclaircit peu à peu les problèmes historiques en étudiant les pièces avec calme, et comment on les embrouille en portant dans cette élude le désir de trouver un auteur en faute.