‹ Une nuit à Florence sous Alexandre de MédicisChapitre 10 sur 10 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

On ô'ait quel fut pour Florence le dénoûment du terrible drame dont nous venons d'esquisser les principales péripéties.

Une nouvelle preuve fut donnée au monde de celte grande vérité, que presque toujours le poignard iranchc, mais ne dénoue pas.

Comme, après la mort du vainqueur de Pomipée, Rome était passée de César à Octave, après la mort du duc, Florence passa d'Alexandre à ce jeune Côme P' dont il a été question au commencement de celle histoire et à qui la popularité de son père, Jean des Bandes-Noires, s£ jeunesse, sa beauté, l'habitude déjà prise, par les Florentins, de l'esclavage, aplanirent le chemin du trône.

Tl y monta moyennant le serment qu'il fît au cardinal Cibo d'observer religieusement quatre promesses :

La première, de rendre également la justice aux riches et aux pauvres.

La seconde, de ne jamais consentir à relever dans Florence l'autorité de l'empereur.

La troisième, de venger la mort du duc Alexandre.

La quatrième, de bien traiter les seigneurs Jules et la signora Julia, ses enfants naturels.

Côme jura, et prit pour devise cet hémistiche de Virgile :

• • Primo avulso, non déficit alter.

Mais il arriva pour Côme ce qui arrive pour tout homme qu'une révolution inattendue porte au pouvoir.

Sur le premier degré du trône, ils reçoivent des conditions; sur le (iernier, ils en imposent.

Les seules qu'il tint fidèlement furent celles qui avaient rapport à la vengeance.

Le lendemain de l'assassinat, au moment où le cardinal Cibo s'aperçut de la mort d'Alexandre, il comprit quel embarras allait être pour lui la présence de Strozzi et de ses compagnons dans la ville... Le duc mort, on ne pouvait les faire exécuter... Eux présents, ils n*eussent pas laissé proclamer un autre duc.

On alla donc les prendre au Bargello; on leur dit que le duc leur faisait grâce; on les conduisit jusqu'à la frontière et on les laissa libres de se retirer où ils voudraient.

Ils se retirèrent à Venise.

Ce ne fut que là que Strozzi apprit, de la boucha même de Lorenzino, l'assassinat du duc et la mort de sa fille.

Les premiers instants furtnt à la douleur.

Mais, lorsqu'ils virent Florence aux mains de

Côme P', lorsqu'ils purent apprécier le sombre et impitoyable génie du nouveau duc, ils réunirent autour d'eux tout ce qui restait de républicains en Toscane et résolurent de tenter ouvertement les hasards de la guerre.

Us furent battus, et se retirèrent dans la citadelle de Montemurlo, où Alexandre Yitelli les assiégea.

Après un combat sanglant qui dura plus de deux heures, les assiégeanîs, qui étaient des condottieri italiens ou espagnols, pénétrèrent dans le château, oii les républicains furent les uns tués, les autres faits prisonniers.

Philippe Slrozzi se rendit à Vitolli lui-même.

Côme fit venir les prisonniers à Florence, après les avoir rachetés au^. soldats qui les avaient pris, et les fit juger par le tribunal des huit.

Pendant quatre jours, quatre républicains eurent tous les matins la tète tranchée sur la place de la Seigneurie.

Mais le peuple ne put supporter ce spectacle. Il sentait que c'était le sang le plus pur de Florence qui coulait ainsi sous la hache du bourreau.

Les clameurs du peuple effrayèrent le duc.

Il envoya ce qui lui restait de prisonniers — et au nombre de ceux-ci se trouvait Nicolas Machiavel, le fils de l'historien — dans les prisons de Pise, de Livourne et de Volterra.

Ils y périrent tous en moins d'un mois.

Cinq furent conservés parmi les plus illustres.

Barthelemi Valori; Philippe Valori, son fils, un autre Philippe Valori, son neveu ; Antonio-Francesco degli Albizzi, et Alessandro Rondinelli.

Tous cinq étaient destinés à un grand exemple.

Ils devaient périr le 20 août, c'est-à-dire l'anniversaire du jour où, sept ans auparavant, ce même Barthelemi Valori, d'abord partisan d'Alexandre de Médicis, avait assemblé le parlement, violé la capitulalion de Florence, et soumis sa patrie à ces mêmes

Médicis, — qui le récompensaient comme les tyrans récompensent.

Tous cinq furent soumis à la torture, et conduits le jour annoncé à i'échafaud.

Ceux-là moururent comme traîtres à la république.

Restait Philippe Strozzi; comme il s'éiait rendu à Alexandre Vitelli, c'était à Vitelli qu'il appartenait. Or, Alexandre Vitelli l'avait enfermé dans la citadelle dont il était le maître et l'y traitait avec beaucoup d'égards, refusant de le remettre à Com3 de Médicis.

C'était une affaire de temps et d'argent, comme on le pense bien. Côme acheta le prisonnier, et Charles- Quint autorisa Vitelli à le livrer.

Mais, par malheur pour la vengeance de Côme, le jour où l'autorisation de livrer le prisonnier arriva, Philippe Strozzi, averti qu'il allait être livré, se coupa la gorge avec un canif, après avoir écrit des premitres

2oO UNE NUIT A FLORENCE

gouttes de son sang ce vers prophétique de VirgJ'e.

Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor.

Quant à Lorenzino, il fut trouvé assassiné dans les rues de Venise en io47, le jour aoniversaire de celui cil, dix ans auparavant, COme I^" avait fait serment de venger la mon du duc Alexandre»

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