SCENE IV
HENRY, MARGUERITE, CHARLOTTE, sur le
balcon.
HENRY
Oui, ma belle reine, oui, je me rappelle avec plaisir un dicton du pays que me répétait souvent mon vieux précepteur, ce bon et brave La Gaucherie, quand je me plaignais du mauvais temps, ou d'avoir été malheureux en chasse... Patience, Henriot, me disait- il :
c< Après jours nébuleux, « Beau soleil radieux!... »
MARGUERITE
Vous trouvez donc, sire, que votre vieux précepteur avait raison?
HENRY
Oui, le beau soleil a chassé les nuages... il est là... il m'éclaire, il m'éblouit... Cet aveu que j'ai surpris hier, m'a mis pour la vie de l'ivresse au cœur... Pardon, pardon, Marguerite, d'avoir douté de vous, de
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n'avoir pas su deviner sous des traits si doux une âme plus belle encore.
MARGUERITE, SOUriant.
Je dois donc cesser d'être votre alliée, sire?
HENRY
Oui... pour devenir ma femme, ma femme adorée... Car, croyez-le bien , Marguerite, cette indifférence qui vous blessait, elle ne venait que de mon orgueil... je pensais que, dans votre cœur, il n'y avait rien pour moi que du dédain... du dédain pour ce pauvre Henriot de Navarre... et ma fierté se révoltait à laisser paraître mon amour... Par fierté, je cherchais à ne point passer pour un époux rebuté qu'on aurait honni dans cette cour railleuse... et, par fierté, mais non par amour, je portais ailleurs mes regards, que j'aurais voulu arrêter sur vous seule... De l'indifférence pour vous, Marguerite, pour vous, si noble, si enviée, si belle !... Ah ! ma bonne Catherine aurait raison, je mériterais Vincennes, ses cachob et ses oubliettes!... De l'indifférence pour vous !... mais la vôtre avait glacé mon cœur... j'étais mort... et voyez, voyez, ma douce amie... (// lui 'prend la main qu'il place sur son cœur.) maintenant que je sais que l'on m'aime... vive Dieu! je me sens ressusciter.
MARGUERITE
Vous m'aimez donc, mon roi?...
HENRY
Plus que la vie, plus que le ciel!
marguerite, souriant»
Ne cherchons pas des preuves si haut.
henry, amoureusement et lui baisant /a main. Voulez-vous me ramener sur la terre, ma divine Marguerite?
MARGUERITE
Oui, sire; car si mon amour n'est plus jaloux, il est inquiet, et je crains toujours qu'il ne se trame quelque complot contre vous.
HENRY
Vous pourriez bien avoir raison... ma génie bellemère a juré de se venger... (En confidence.) Aussi, ma douce Marguerite, j'ai dessein de ne pas laisser àMmeCatherine le temps de mettre en œuvre toutes ses bonnes intentions à mon endroit... (Plus bas.) Et, si vous voulez me seconder, dès ce soir nous serons libres ; nous quitterons ensemble cette cour trop brillante pour moi, et où l'air... parfumé... qu'on y respire ne vaut pas l'air de mes montagnes.
MARGUERITE
Ali ! je vous suivrai partout, monseigneur, et je ne serai tranquille maintenant que lorsque je me verrai avec vous loin d'ici, loin de ma mère.
Henry, toujours à demi-voix.
Et cescra bientôt, ma chère belle... Déjà, par les soins d'un ami dévoué, tout est disposé pour notre (uite... Cette chasse aux flambeaux seconde merveilleusement nos projets; et cette nuit même, au lieu d'attendre mes amis, c'est moi qui veux aller les retrouver à Mantes. marguerite, à part, comme frappée d'un souvenir
pénible.
A Mantes... grand Dieu!... et moi qui avais oublié...
henry, l'examinant.
Qu'est-ce donc, Marguerite, vous pâlissez!...
Non, non, sire... 11 faut fuir, il faut hâter notre départ... (A pari.) Pauvre Lérac... je ne le verrai pas...