MARIE, CATHERINE, GUSTAVE, MILLER
MARIE
Il a beau faire; il v perdra son amour et son latin.
CATHERINE
Taisez- vous; vous êtes trop heureuse qu'un homme de génie fasse attention à vous.
MILLER
Ah ça, camarade, excusez-nous si nous vous avons un peu négligé. Mais les affaires de famille avant tout, voyez-vous?
Je serais fâché de vous gêner.
MILLER
Nous gêner? point du tout; faites ici comme chez vous.
CATHERINE (à part).
Il a une figure qui me revient tout-à-fait, ce soldat
GUSTAVE
Mes amis, c'est trop bien traiter un inconnu comme moi.
MILLER
Sachez qu'il n'y a pas un soldat de l'armée suédoise qui soit un inconnu pour nous, et que nous ne regardions comme un frère.
CATHERINE
Oui, monsieur le soldat, comme un frère.
MARIE (à Gustave).
Vous devez être accablé de fatigue. Voudriez-vous prendre quelque chose?
GUSTAVE
Je vous avoue qu'égaré depuis le matin dans des che-
3o UNE NUIT
mins impraticables, j'éprouve le besoin de réparer mes
forces.
MILLER
Nous pouvons, grâce au ciel, vous offrir un bon lit, et vous donner de bon vin. Marie, va nous en chercher une bouteille; de ce bon vin de France, tu sais?
Tout-à-l'heure. mon frère. {Elle va allumer une petite lampe.)
MILLER
Et puis, voyez-vous, c'est un de vos anciens camaïades qui vous reçoit, car j'ai été soldat aussi, moi.
CATHERINE
Ah oui ! il a pavé , comme vous , sa dette à son pays, et il serait encore sous les drapeaux si la mort de son pauvre père ne l'eût contraint à revenir au milieu de nous.
MILLER
Tenez, voici les marques de mon ancien état : Tépée, le casque, l'arquebuse (il la montre suspendue à la muraille). Elle ne me sert plus que pour la chasse, mais si vous m'aviez vu dans le temps!
CATHERINE
Ah ! il était superbe sous les armes !
(En ce moment Catherine s'aperçoit que Marie est restée à prêter l'oreille à la conversation ; elle la prend par le bras et la fait sortir devant elle. )
GUSTAVE
On se souvient toujours avec plaisir de ses anciennes campagnes.
MILLER
Je me les rappelle comme si c'était hier.
DE GUSTAVE WASA. 3i