SCÈNE III
MARIE, CATHERI>E, SOTMAN, GUSTAVE, MILLER.
MILLER
Un étranger l'accompagne.
SOTMAN [conduisant Gustave enveloppé dans son manteau).
Par ici, camarade, par ici. [S'approcliant de Catherine.) Bonsoir à l'aimable voisine et à la charmante Marie. Vous voilà toutes deux aux détails innocents du ménage. Ne les prendrait-on pas pour les deux sœurs? En vérité, quand vous êtes ensemble, on dirait deux roses sur la même branche.
GUSTAVE (àpart).
L'imbécile!
CATHERINE
Ah! ah! monsieur Sotman! {J part.) Qa il a d'esprit!
MARIE
Qu'il est ennuyeux!
CATHERINE ( Montrant Gustave ).
Quel est cet homme?
SOTMA>.
Belle maman, c est un soldat de l'armée suédoise qui s'est trouvé éloigné du camp de Gustave , et que le mauvais temps a contraint de chercher un asile pour cette nuit.
MILLER
Soyez le bien venu !
SOTMAN.
J'ai pensé que la société d'un ancien militaire , comme monsieur Miller, lui serait plus agréable que celle d'un maître d'école comme moi, et c'est ce qui m'a décidé à vous l'amener. {A part.) En outre, je trouve moyen par-là de ne me compromettre avec aucune des puissances belligérantes.
MILLER {à Gustave).
Les défenseurs de notre pays sont tous nos amis.
MARIE [qui s'est approchée de GustaX>e , dit à part).
Ah mon dieu, le pauvre honime ! il est tout mouillé. [Haut, a Gustave.) Voulez- vous me donner votre manteau, monsieur le soldat? [Elle va pour le prendre.) GUSTAVE {l'aidant à le poser sur une chaise).
Ne prenez donc pas tant de peine, ma belle enfant.
SOTMAS.
Vous avez toujours eu un faible pour le parti de Gustave, monsieur Miller.
GUSTAVE
C'est bien, mon brave: jamais d'alliance avec les ennemis de son pays.
SOTMAN.
Sur-tout quand ils ne sont pas les plus forts. Et l'on dit que ce Gustave, à la tête de ses intrépides Dalécarliens , a déjà plus d'une fois battu ces maudits Danois. [Prenant
la main de Gustave.) Ah! brave guerrier! quelle joie ces succès font éprouver quand on sent un cœur vraiment suédois battre dans sa poitrine !
GUSTAVE
A qui le dites-vous!
CATHERINE
Voyez-vous cette jeunesse? eh bien! ces enragés Danois lui ont pris jusqu'aux bouquets qu'elle portait au marché !
SOTMAN [a Catherine).
Les barbares! Voisine, j'ai un reproche à vous faire: je vous avais prévenu qu'il y avait du danger. [A Marie.) Ah! lorsque vous serez ma femme, je ne vous exposerai pas ainsi..., chère petite ! ( // s'avance comme pour l'embrasser.) Voyons, à quand la noce?
MARIE
Ah! ça ne presse pas.
Je le vois, vous répugnez à allumer le flambeau de
l'hymen, au moment oiila discorde En qub discordia
cives....
MARIE
Je ne vous entends pas.
GUSTAVE (à Miller) .
Voilà un plaisant original !
SOTMAN.
Mais je perds ici un temps précieux, la chose publique me réclame. Je vais m'informer des nouvelles du jour, et je reviendrai vous en faire part. Adieu, voisine. Adieu, Marie.
SCtXE IV.