MARIE, SOLDATS DANOIS
RODOLPH {à Brandt).
Placez deux sentinelles à cette porte, et qu'on garde bien les avenues. (^ Miller.) Vous avez bien de la peine à vous décider.
4o UNE NUIT
MILLER (ajustant ses vêtements comme un homme qu'on vient dç rév e ille?' ) .
Que diable, messieurs, vous arrivez au milieu de la nuit! il faut qu'on s'éveille, quon s'habille....
B R A N D T ( apercevant Marie ).
Eh bien! voilà une jeune fille qui se trouve mal!
CATHERINE
Pardine! vous entrez si poliment; ce n'est pas étonnant qu'une jeunesse ait peur.
RODOLPH
Elle est gentille.
CATHERINE [le repoussant ainsi que Bj'andt , et quelques soldats qui s' eynpressent autour de Marie).
Doucement! doucement! {A Marie.) Allons, allons, reviens à toi; il n'y a pas de danger.
MARIE ( regardant vivement la fenêtre ). Vous croyez, ma mère?
RODOLPH
O mon dieu! n'ayez pas peur, la belle enfant; nous ne venons demander que quelques bouteilles de vin , et un abri pour attendre le jour.
CATHERINE
Messieurs, vous aurez l'un et l'autre; vite, Marie, aide-moi.
RODOLPH [après avoir parcouru la chambre des yeux ).
Ne pourrais-je pas me reposer quelques heures ici? Dans cette chambre?.... [Ilmontre celle où est Gustave.)
MILLER
Pardon, mon capitaine, elle est remplie de grains, de
DE GUSTAVE WASA. 4f
farines; vous en aurez une autre à côté de la mienne. Allons , ma mère , donnez à ces messieurs du vin tant qu'ils en pourront boire.
(Marie et sa mère s'occupent à garnir la table. )
RODOLPH [à Bi'andt).
Parbleu! il faut avouer que nous avons manqué là une belle capture!
MILLER
Et laquelle?
RODOLPH
Celle de ce maudit Gustave, qui a déjà fait éprouver de si cruels revers à nos armes.
MILLER
Vraiment !
BR ANDT.
Il y a mille ducats de récompense pour ceux qui le conduiront au camp.
RODOLPH
Dites plutôt à la mort, car Christiern n^épargnera pas ce dernier rejeton d'une famille qu'il a juré d'éteindre!... Mais il est impossible qu'il n'ait pas traversé ce village.
BRANDT
Sans ce maudit batelier il était pris.
RODOLPH
Au reste, nous avons du monde sur toutes les routes, et il ne saurait nous échapper.
CATHERINE
Messieurs , vous êtes servis.
RODOLPH
C'est bien, la mère. [J sa troupe.) Allons, camarades,
approchez -vous. [A Miller et a sa famille.) Vous avez
soupe, vous autres?
CATHERI\E.
Ah! il y a long-temps que c'est fait.
(Us se groupent autour de la table, de manière que les Danois tournent le dos à la porte de la chambre où est Gustave. Marie reste debout derrière eux.)
MILLER (à part^ en s' approchant de la table pour boire av>ec les Danois).
Eric m'a dit de gagner du temps... [Haut, à Marie, qui reste immobile en 7'egarclant vers la chambre. ) Eh bien ! puisque tu ne fais rien, Marie, chante quelque chose à ces messieurs.
RODOLPH
C'est cela, mon brave.
BRANDT
Ah! vous chantez, jeune fille?
CATHERIN E.
Oui, elle chante; et quoique ce soit ma fille, jose dire qu'elle ne s'en tire pas mal.
RODOLPH
Allons, mon enfant, nous vous attendons.
MARIE
M'y voilà, messieurs.
HONDE.
Assis à l'ombre d'un ormeau , Irvin disait à son amie :
Euseigne-moi cet air nouveau Que tous les soirs dans la prairie Tn vas chantant au son du chalumeau.
Allons, Marie, Je l'en supplie ; Cette chanson est si jolie !
— La, la, la, la, la, la.
— Ah ! ce n'est pas cela ;
Plus tendrement. — La, la, la, la, la, la. ' — C'est bien cela, c'est bien cela. Lors un vieux pâtre passant par-là Dit à la belle : Tu chantes, bergère , Mais à ton troupeau Veille bien, ma chère.
Car j'ai vu naguère Le loup rôder près dii hameau , Le loup, le loup, près du hameau.
Tous les personnages répètent le refrain en chœur. )
Marie avait à son corset Gentille fleur à peine e'close.
Ah ! dit Irvin , le beau bouquet !
Il vaut pour moi plus qu'une rose , Bien qu'il ne soit que d'un brin de muguet.
Chère Marie ,
Je t'en supplie, Ah! cette fleur est si joUe !
— La, la, la, la, la, la;
— De grâce, accorde-la
A mon amour. — La, la, la, la, la, la.
Et puis Irvin la détacha.
Lors un vieux pâtre passant par-là Dit à la belle, etc.
Quand il fut maître de la fleur, Irvin, dans sa brûlante ivresse.
Voulut , pour combler son bonheur.
Un nouveau gage de tendresse ; A la bergère il demanda son cœur.
Chère Marie ,
Je t'en supplie ;
Je t'aimerai tonte la vie.
— La, la, la, la, la, la.
— Fais avec moi ce serment-là Bien tendrement. — La, la, la, la, la, la.
La pauvrette cent fois jura.
Lors un vieux pâtre, etc.
BRANDT
Bravo! bravo!
RODOLPH
C'est charmant.
( On entend du bruit à la porte. )
MARIE {à part).
Ah ! si c'était Eric !
UNE SENTINELLE {placée à la porte en dehors).
Qui vive ?
RODOLPH
Qu'est-ce que c'est que ça ?
CATHERINE
Messieurs, c'est un de nos voisins , le prétendu de ma fiUe.
RODOLPH
En ce cas, faites entrer.
MILLER
Que vient-il faire à cette heure?