SCÈNE III
MARIE [accourant hors (T haleine)^ ÉRIC.
ÉRIC
Eh bien ! ma chère Marie, que t'est-il donc arrivé?
MARIE
Je n'en puis plus, je crois qu'ils me poursuivent encore.
fi UNE NUIT
ÉRIC
Qui donc?
MARIE
Ces maudits Danois. J'en ai rencontré une douzaine , et ils m'ont pris les fleurs et les fruits que je portais au marché voisin.
ÉRIC
Est-ce là tout?
Mon dieu non.
Comment?
MARIE
ÉRIC
Us ont voulu m'emmener dans leur camp.
ÉRIC
Les enragés! ils sont aussi méchants que leur roi Christiern.
MARIE
Oui , mais heureusement qu'il est survenu un détachement de soldats de Gustave Wasa; ils ont attaqué les Danois : je me suis vue au milieu des lances, des épées; les balles sifflaient à mes oreilles. Je n'ai jamais eu une pareille frayeur. Oh mon dieu! la vilaine chose que la guerre!.... Enfin les Danois ont pris la fuite, et je suis restée libre.
ÉRIC
Ah! puisse-t-on les chasser de même de toutela Suède! ... Mais toi , ma chère Marie , pourquoi t'exposer à aller seule au marché dans un pareil moment? 11 faut que ta mère soit bien intéressée.
MARIE
liC magister du village, monsieur Sotman , lui avait
pourtant dit que les ennemis étaient en force; mais, tu sais, il annonce toujours de mauvaises nouvelles, qui ne sont jamais vraies, et ma mère n'a pas voulu le croire; c'est jouer de malheur pour une fois qu'il dit la vérité.
ÉRIC
C'est donc toujours le Benjamin de ta mère que ce monsieur Sotman?
MARIE
Ah mon dieu oui! mais va, ce n'est pas le mien. Ma mère l'aime parcequ'il est riche. Il a une école qui lui rapporte gros; avec cela il barbouille à chaque instant du latin, et ma mère le prend pour un savant.
ERIC
Il serait ton mari! je te verrais maîtresse d'école, et tu t'appellerais madame Sotman! oh! non, morbleu!
MARI E
Oli! ne m'en parle pas; mais comment veux-tu que je m'en défasse?
ÉRIC {souriant).
Dis-lui de venir passer l'eau, et s'il ne sait pas nager. .
MARIE
Fi donc! est-ce qu'il faut dire ça? Va, prends patience, aime-moi toujours, travaille pour t'enrichir, peut-être le ciel aura pitié de nous.
ÉRIC
Puisse-t-il t'entendre !
MARIE
Tu sais bien que mon frère t'aime assez.
ÉRIC
Oui; mais c'est pour ça que ta mère me déteste.
MARIE
Bah! bah! ça pourra peut-être s'arranger. Allons, il se fait tard, conduis-moi à l'autre bord.
ÉRIC
Tu t'en vas déjà?
Il le faut bien. {Après avoir fait quelque pas vers le bateau.) Ah mon dieu! il pleut.
ÉRIC étendant la main.
Eh oui vraiment. Tiens, vois -tu comme le ciel est noir?
(Pendant la fin de ce dialofjue le ciel s'est obscurci par degrés, et la musique qui sert d'introduction au duo exprime l'effet d'un orage lointain. )