LES MARCHANDS
Des pommes, des noix F Du tabac f Des livres, « A bas la Chemise ou le Retour de l'Age d'or » l
YORCKSIRE Allons-nous sur la scènfe?
KENT Attendons le lever du rideau.
GLENDOVER Que joue-t-on aujourd'hui ?
YORCKSIRE
Rien. Une fadaise f L'ouvrage d'un Anglais né à Londres. Les Anglais ne feront jamais rien qui vaille. Parlez-moi des Italiens.
KENT
Les Italiens î Ah f Quanto squisiti f o pompesi f
YORCKSIRE
Si gentili î si graziosissime l Une tempête dans une goutte de rosée, de la dentelle, une toile d'araignée de sentiments raffinés, des mots à s'agenouiller.
KENT
Des concetti f des tournures élégantes, des phrases habillées de velours et de soie, des expressions gantées de préciosité, des métaphores empanachées, enfin un style bien équipé.
JONSON (rudement)
Du jargon à la mode, un argot de blancs-becs, de freluquets et de courtisanes...
YORCKSIRE (la main à l'épée) Quel est ce rustre ?
JACK {le boxeur)
Faut-il, maître, lui casser la mâchoire ? (// lève la main sur Ben Jonson.) {Celui-ci saisit l'athlète au bras et l'immobilise, sans se départir de son calme.)
JONSON
Toi, si tu veux être emporté d'ici les os déboîtés, tu n'as qu'à faire un geste de plus I Stupide mangeur de boeuf, te crois-tu de taille à lutter avec moi ? J'en ai démoli d'autres. {11 repousse Jack et s'éloigne)
LA FOULE
Hourrah î Vive Ben Jonson f
MARLOW
Les brutes f Ils sifflent sa littérature et se pâment devant ses muscles de portefaix. Oh \
YORCKSIRE
Quel malheur d'être né sous un ciel barbare I Je me sens une âme toute étrangère. Ma mère a dû certainement tromper mon honorable père I Je suis un fils de la Méditerranée.
KENT
La Méditerranée ? C'est un beau nom f Etait-ce un gentilhomme français ?...
LÀ FOULE
Commencez I Commencez f Commencez I
Le rideau s'ouvre. L'acteur chargé de dire le prologue s'avance. Il est vêtu d'un tabart de héraut, parsemé de langues de feu, et il porte une branche d'olivier. On entend une sonnerie de trompettes.