CASIMIR, FERDINAND
FERDINAND, paraissant mystérieusement à la porte entr* ouverte a droite^ et à voix bas<6.
Casimir!...
CASIMIR, à voix basse.
Ah!... c'est toi!... Chut!... l'aCaire vabien!... De ce que nous dirons elle ne perdra rien.
i6tt LE CHATEAU BASQUE
FERDINAND^ cnlrenl en ficéne.
Est-elle soucieuse, enfin?...
CASIMIR
Ton éqiiipée.
Si je ne fais erreur. Ta fort préoccupée...
Elle est là!...
FERDINÀIIO.
Bien!... dort-elle?...
CASIMIR
Une fenune dormir...
En pareil cas!... oh! non!...
FERDINAND
Écoute j Casimir...
Pousse de longs soupirs, là, devant celte table; Et fats un monologue en style lamentable.
CASIMIR
Je comprends... que dirai-je?
FERDINAND
Eh!... du vieux, du nouveau.
Tout ce qui tombera dans ton vaste cerveau.
CASlMll^, «prèc plusieurs sonpin et à haute 'voix.
Une vient pas I ... J'attends ! . . .j'attends ! . . . Follejeanesse! . . .
LE GHATEA0 BASQUE 2»7
Encore, sll paraît avant que le jour naisse!... Oh !... qui pourrait nie dire en quel secret recoin 11 vit?... Fort près, peut-être, et peut-être bien loin!...
(La croisée du petit pavillon s'ouvre, et Delphine paraît avec précaution et écoute. Casimir, bas à Ferdinand.)
Aimes-tu mon début ?. . .
FERDINAND. '
Pas trop... niais continue...
Descends dans les enfers, et perds- toi dans la nuo... ViseàreiTetî...
CASIMIR, bas.
Suffit»
•ÎHaUt.)
' JPauvre enfant!... jeune fouf...
En ce: moment, peut-être, il erre. Dieu sait où!... Lui, noble et confiant, plein de feu, mais timide, 11 suit comme Renaud quelque nouvelle Armide, Ou bien quelque Andalouse au teint bruni, qui sort De Barcelone, à l'heure où tout le monde dort. Quelque fée, aux ioux bras, amante souveraine. Qui le ravit encor de sa voix de syrcne. Se penche à son oreille, et lui dit : Viens; allons Ecouter ce que dit le torrent aux vallons; Respirer ce qu^exhale au Jardin que j'arrose La fleur qui fait aimer : le jasmin ou la rose ;
• 2o8 LE CHATEAU BASQUE
Puis, sous Tacacia qui chante aux environs.
Mes cheveux dans les tiens nous nous endormiron?.
C'est très-bien ! ... va toiy ours ; va donc ! . . . '"
CASIMIR, bat.
« . • Mon camarade,
Parle à ton tour. Je suis à bout de ma tirade..
FERDINAND, bat. •«
Pousse un grand cri de joie I . . .
CASIMIR, haat.
Ah! môh cher Ferdinand! ..
Tu t'es donc échappé des mains du revenant ?
FERDINAND
Ami, je viens du cielj j'ai rencontré mon rêve!... * Sous l'arbre du jardin Adam a vu son Eve !.. . Quelle femme !... Sa voix n'est rien, c'est sa beauté Qui m'a ravi, qui m'a séduit et transporté.
Le peintre Murillo Tinvenla poiu: ses vierges. Pour la faire adorer entre deux rangs de cierges, ' Pour la couvrir de fleurs, pour la faire bénir, '^
Dans les jours du présent et ceux de l'avenir.
{Ici Delpliine se retire do la croisée et 1^ ferme.)
Je vais m-^p^ouir^ là-bas^ dans une allce ; Il iaut^ àTnir des nnit^ que mon âme exhalée^ D'un bcaume souverain rafraîchisse mes sens; Il faut* que jé^i'eiîionte aux cieux d'où je descends. Oh f je veux réjHÎler qu'efle est divine et belle. Ici^ j'ai rendez-vous dans une heure avec elle. Quand elle paraîtra^ viens m'appeler, j'accours. Pour rendre les moments moins cruels et plus courts. . . Je vaia»p^nser à l'ange et rêver «^ son aile; Toi, reste aux 'environs, et sois ma sentinelle.
^ (Ils sortent.)