‹ Une page d'histoire du gouvernement représentatif en PiémontChapitre 1 sur 8 · PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE

AVERTISSEMENT DE L'AÏÏTEUR

Le désir de contribuer pour ma part à faire connaître au dehors l'une des périodes les plus intéressantes de l'histoire du Gouvernement représentatif en Piémont, m'a décidé à écrire ces pages en français. Il m'a paru que, pour la mettre dans son vrai jour et en donner une idée complète, il fallait bien souvent reproduire des documents et des discours ayant trait aux faits que j'avais entrepris d'exposer. M'autorisant de l'exemple d'un maître de l'art d'écrire l'histoire, de l'exemple donné par M. Guizot dans son Étude sur sir Robert Peely j'étais d'autant plus heureux du parti que

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je prenais, que j# pouvais faire connaître au lecteur des harangues (celles de M. d'Âzeglio par exemple), dont un Parlement et un pays libre ont le droit d'être fiers.

Quoiqu'un auteur ne doive pas devancer le jugement de la critique, je me permettrai toutefois de dire que je ne me fais aucune illusion sur la manière dont on accueillera cet ëerit. Je suis sûr d'avance qu'il ne rencontrera l'approbation d'aucun parti. Il déplaira au centre gauche en ce que j'ai traité la droite avec beaucoup d'égards; il déplaira à la droite en ce que j'ai déclaré comme utile^ comme nécessaire l'alliance du comte de Cavour avec le centre gauche. Les libéraux m'en voudront parce que j'ai employé des termes de modération , de respect, voire même de déférence envers le Saint- Siège; le parti contraire m'en voudra pareillement parce que j'ai reconnu des torts à la Cour de Rome et que j'ai soutenu l'indépendance du pouvoir cévil vis-à-vis du pouvoir ecclésiastique. J'ai fait un livre qui mécontentera peut-être certains de mes amis sans désarmer aucun de mes adversaires. Aux yeux des uns comme des autres je passerai pour un esprit faible, incohérent, ne comprenant rien dans les faits que j'ai eu la prétention de juger.

Il me siérait mal de me plaindre d'une situation que je me suis faite de mon plein gré. 0» cfwftviendra toutefois que j'étais le maître de me

préparer un succès bien différent, si cela n'avait répugné à ma conscience. Quand j'écris, je m'imagine toujours que je vis dans une de ces anciennes républiques où dies lois pénales frappaient les citoyens qui n'avaient pas assez de courage pour faire connaître toute leur opinion. Il ne sera pas dit que je n'ai pas eu ce courage. Hélas! s'il me manquait, à quoi pourrais-je aspirer? Je suis donc obligé par une sorte de nécessité de m'en tenir à acquérir la réputation d'écrivain consciencieux, en ayant le courage de mon opiqion. Aussi, je le dis avec une pleine franchise, des louanges qui se rapporteraient à des mérites littéraires me toucheraient bien peu. J'ai la conscience de ne pas les mériter : je ne pourrais les attribuer qu'à une amitié bienveillante ou ^ un esprit d'adulation qui me fâcherait. Que mes critiques se rassurent donc sur ce point: je serai desi leurs toutes les fois qu'ils vaudront m'attaquer. Mais je ne dis pas de même pour ce qui concerne ma probité d'écrivain : je serai toujours sensible aux louanges qu'elle pourrait me valoir. G& sera le prix le plus agréable et le plus doux que je puisse désirer de mes travaux. Je n'ai cert^inem^t pas la prétention d'avoir dicté un ouvrage impartial. Je ne crois même pas qu'il soit passible de le f^ire ^n milieu des luttes politiques. Celui qui aurait cette prétention, n'aurait pas de l'impartialité; il aurait de ri9différenee. Il

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serait peut-être sans passion, mais il manquerait de sentiment. Or, il y a en politique un grand nombre de questions pour l'explication desquelles rintelligence ne suffit pas, et qui exigent d'une manière indispensable le sentiment. La vraie impartialité de notre siècle, doit être, à mon avis, la vérité. S'il est difficile de la trouver dans le monde des idées, il n'en est pas de même dans celui des faits. Mais c'est bien peu encore que de la trouver; ce n'est que l'affaire de la patience et de la diligence. Le vrai mérite, je devrais dire le devoir, c'est de la proclamer, surtout lorsqu'elle est défavorable à nos propres intérêts et qu'elle dérange nos propres combinaisons. Un livre est impartial quand il est vrai.

Tel est l'ordre d'idées que j'ai suivi en composant ce livre. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elles sont la règle de ma conduite. Quand je dirigeais une revue littéraire , j'avais pris pour drapeau l'éclectisme; je ne reconnaissais pas plus à une école qu'à une autre le droit de posséder la vérité, le talent. Je pensais que le mieux était de faire comme l'abeille, qui va butinant son miel de fleur en fleur. Les luttes que j'ai eu à soutenir pour ces idées ne m'ont point découragé. J'entre par ce livre dans l'arène politique, et j'y apporte tout ce qu'il est possible de ce même esprit que j'ai toujours eu en littérature. Je fais usage de cet éclectisme

pour juger les différents personnages qui passent sous mes yeux. S'il y en a quelques-uns dont je ne partage pas les opinions, ce n'est pas un motif pour que je méconnaisse la droiture de leur conduite honorable et pleine de dignité. Si j'avais à donner un vote dans une assemblée , je comprendrais les exigences d'un gouvernement parlementaire. La conscience, non l'esprit de parti, doit me diriger dans l'arrêt que je dois prononcer comme juré; car, simple écrivain, je n'ai pas ici à choisir entre la chute d'un Cabinet et l'avènement d'un autre. Je dois y apporter, non le jugement passionné de la polémique, ni la fougue brillante de la tribune, mais l'esprit équitable de l'histoire. (( Le moi est odieux; » a dit Corneille: je m'en aperçois et je m'arrête.

Turin, ce 1" mars 1858.

Louis Chiàlà.

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