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Si, dans le conflit actuel, les chefs de la nation canadienne, après avoir expressément réservé les principes que je viens de rappeler, et sans reconnaître aucune obligation, nulle devant l’histoire, la Constitution et le Droit naturel — Je vrai, — s'étaient bornés à demander au parlement et au peuple canadien de prêter main forte à :a France, à la Beigique et à l'Angleterre; — s'ils avaient proportionné cette aide rux ressources du pays ct aux besoins réels Je ces nations, et surtout des plus éprouvées : j:. France et la Belgique; — s’ils avaient adopté les mesures les plus urgentes et les plus élémentaires pour maintenir la vis économique du pays et empêcher l'Allemagne de s'alimenter largement à n2s dépens; — s'ils n'avaient pas grotesquement dénaturé les causes réelles du conflit et la nature véritable des relations de la France et de l’Angleterre: — s'ils avaient fait tout cela, ils auraient obtenu facilement l’appni sincère de la masse du peuple canadien, même pour l'envoi d’un nombre raisonnable de troun : au lieu d’un acquiescement muet et trompeur à des mesures mal p::- i faussement motivées et appuyées d'aucune précaution propre à periettre au pays de soutenir à Ja fois son effort mili. taire et la crise économiqne qui l’accompagne.
Au lieu de dépenser cent à cent cinquante millions pour enrôler et maintenir sur pied pendant des mois, des années pevt-être, un grand nombre d'hommes mal vêtus, mal chaussés st pas disciplinés, Îls auraient, avec la cinquième partie de cette somme, organisé un contingent convenable de soldats bien disciplinés et parfaitement équipés.
Au lieu de faire cadeau, tout d’un Coup, en vrais quéteux à cheval, à la très riche Angleterre, de millions de sacs de farine et de meules de fromage, — qui pourrissent aujourd'hui sur les quais de Liverpool parce que les Anglais ne savent qu’en faire, tandis que des millions de Belges crèvent de faim et que des milliers de Canadiens ont à peine de quoi manger, — ils auraient organisé avec intelligence et méthode la produetion économique et agricole du Canada: ils auraient contrôlé avec vi- &ilance l'opération des tarifs de transport; ils auraient veillé avec soin
À empêcher tout accaparement de vivres; lis auraient dirigé l'exportation des produits canadiens et même les dons de la charité publique ou individuelle, de manière à répondre aux véritables besoins, à soulager les vraies misères, au lieu de donner tout au riche et rien au p: ivre; et surtout, ils auraient adopté des mesures propres à soutenir jusqu'au bout l'endurance de l'effort des nations dont ils se prétendent les amis.
Mais non, il fallait à tout prix que l'aide du Canada prit une forme puffiste, tapageuse, sonore, digne des parvenus cossus et ventrus qui dominent la Haute Finance, le Gros Commerce et la Grande Politique de la Nation Canadienne. 11 fallait aussi qu'elle profitât surtout aux boodlers, aux vampires, aux fournisseurs de pots-de-vin et de souscrip- Cons électorales, aux trafiquants de bottes en peau de vache fraîche et de rasoirs made in Germany.
Gloire à l’Empire!
A mesure que la lumière se fait, que les conséquences de l'impéritie corrompue de nos pouvoirs publics se dessinent, le peuple s'aperçoit qu’il a été trompé, trahi et volé — sans profit pour l'Angleterre et ses alliés. Les haines couvent, les rancunes s’amoncellent, les réactions se préparent.
Les gens haut perchés, qui ne prennent pas un contact journalier avec la foule, n’ont pas encore entendu le grondement de la colère qui monts,
Ils l’entendront plus tard — trop tard peut-être.