‹ Une page de l'histoire des écoles de ManitobaChapitre 1 sur 48 · Une page de l'histoire des écoles de Manitoba · texte numérisé non relu

Une page de l'histoire des écoles de Manitoba

Les écoles de Manitoba sont aujourd’hui l’objet de l’attention générale en Canada. Tous les jours, quelques-uns des organes de la publicité en entretiennent leurs lecteurs. Il n’est pas une assemblée politique de queloue importance qui ne soit forcée d’aborder la question, et cela se fait dans un langage qui trahit l’embarras que l’on éprouve, ou les espérances que l’on voudrait faire reposer sur de pénibles incertitudes. D’un côté, l’amour de la justice et de l’instruction chrétienne de l’enfance fait espérer

une solution avantageuse ; d’un autre, la haine de l’Eglise ou l’indifférence religieuse répudient les notions les plus élémentaires du droit commun et du respect pour les convictions des autres, fendant que, dans l’intimité du foyer domestique, on prie, on espère, on craint, ailleurs on affirme triomphalement que tout est fini, qu’il n’y a pas de remède, pas même de mal à guérir, que la minorité dans Manitoba doit nécessairement subir la volonté de la majorité et renoncer à ce qu’elle regarde comme un droit certain et une obligation sacrée.

Je suis de ceux qui croient qu’une question n’est réglée que quand elle l’est avec justice et équité. Je ne suis admirateur ni des techniques

subtilités légales ni des savantes combinaisons de fart des expédients. Je suis donc bien éloigné de croire que la question des écoles de Manitoba soit finie ou qu’elle doive se terminer dans l’injustice ; c’est pourquoi je pense que cette cause doit être encore étudiée même dans ses moindres détails, afin que ceux qui veulent l’apprécier puissent en faire un examen complet.

Pour auiourd’ni, je veux livrer à l’attention des hommes sérieux quelques renseignementshistoriques sur les différentes phases par lesquelles sont passées les écoles de la Rivière-Rouge, non pas dans les détails de leur action, mais bien dans l’ensemble de leur existence.

Cette étude historique embrasse trois quarts de siècle, elle remonte non-seulement au moment de l’établissement de la première école, sur les bords de la Rivière-Rouge, mais bien à la pensée généreuse qui a inspiré cet établissement.

Au commencement de 1818, la juridiction de l’évêque de Québec s’étendait surtout le Canada d’aujourd’hui, et c’est ce prélat qui envoya vers le Nord-Ouest les premiers missionnaires qui vinrent se fixer à Saint- Boniface. Un mois avant le départ de Messieurs Provencher et Dumoulin, Monseigneur Plessis leur adressa une série d’instructions, aussi remarquables par l’ampleur et l’élévation des devoirs indiqués que par la précision et la sagesse des détails.

C’est dans ce document, daté du 20 Avril 1818, et conservé aux archives de l’Archevêché de Québec, que l’on trouve les premières prescriptions, au sujet des écoles d’Assiniboia et du Nord-Ouest. Il y est dit à l’article sixième :

“ 6o Les missionnaires s’attacheront avec un soin particulier à l’éducation chré- “ tienne des enfants, établiront, à cet effet, des écoles et des catéchismes dans toutes “ les bourgades qu'ils auront occasion de visiter.”

Puis on lit plus loin :

“ llo. Les missionnaires fixeront leur demeure près du Fort Douglas, sur la Riviè- “ re-Rouge, construiront une église, une maison, une école ; tireront, pour leur subsistan- “ ce, le meilleur parti possible des terres qui leur seront données.”

C’est donc de Québec et d’un Evêque catholique qu’est venu l’ordre de construire la première maison d’école établie dans le pays qui forme aujourd’hui la province de Manitoba.

Tous les hommes tant soit peu versés dans l’histoire du Canada, savent que Monseigneur Plessis a illustré notre patrie par la puissance de son génie comme par l’éclat de ses vertus. Il est bien connu aussi que son autorité sur les fidèles, qu’il dirigeait, a puissamment contribué à conserver le Canada et le Nord-Ouest à l’allégeance de la Grande-Bretagne lors de la Guerre des Etats-Unis.

Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que les premières écoles de la

Rivière-Rouge soient dues aux instructions qu'il a données à ses missionnaires et que ces derniers ont suivies, au prix des plus grands sacrifices. Ce que tout le monde ne sait pas non plus, c’est que les services rendus à la Couronne par ce grand Prélat, lui avaient assuré un crédit puissant auprès des Autorités, qui recouraient à ses lumières, pour la direction des affaires publiques et secondaient son zèle, dans l’accomplissement de sa charge, comme on peut s’en convaincre facilement par la lettre suivante, donnée par le Gouverneur-Général, lorsque Monseigneur Plessis voulut envoyer des prêtres à la Rivière-Rouge, pour y établir des missions :

“ Son Excellence Sir John Coope Sherbrooke, C. S. B., Capitaine Général et Gouverneur

“ en chef dans et sur les Provinces du Haut et du Bas-Canada et Commandant des

“ troupes de sa Majesté dans icelles, etc., etc., etc.

“ A tous ceux qui les présentes verront.

“Attendu que les Révérends Joseph Norbert Provenclier, Sévère Nicolas Dumou- “ lin et Guillaume Etienne Edge ont été nommés par le Révérendissime Evêque Catho- “ üque de Québec, pQur se rendre à la Rivière-Rouge et aux Territoires Indiens y adja- “ cents, en qualité de Missionnaires, pour y répandre la religion chrétienne, et procurer “ aux habitants l’avantage de ses rites, sachez donc que désirant favoriser une oèuvre “ si pieuse et si utile, et accorder aux personnes qui y sont engagées toute la protection “ et le soutien qui sont en mon pouvoir, j’enjoins par ces présentes à tous les sujets de “ Sa Majesté, civils et militaires, et je requiers toutes autres personnes quelconques à “ qui ces présentes pourront parvenir, non-seulement de permettre aux dits mission- “ naires de passer sans obstacles ou molestation, mais aussi de leur rendre tous les bons “ offices, et leur prêter assistance et protection toutes les fois qu’ils le trouveront néces- “ saire pour procéder dans l’exercice de leurs saintes fonctions.

“ Donné sous mon seing et le sceau de mes armes, au château Saint-Louis, dans la “ Cité de Québec, le vingt-neuvième jour d Avril dans l’année de Notre-Seigneur, mil “ huit cent dix-huit, et dans la cinquante-huitième année de Sa Majesté.

“ (Signéj, J. S. SHERBROOKE,

“ Par ordre de son Excellence.

“ (Signé), A. W. COCHRAN,

“ Secrétaire.”

Une pareille preuve de respect et de confiance, de la part du représentant de Sa Majesté le Souverain d’Angleterre, se comprend facilement,, quand on sait ce qu’enseigne l’Eglise catholique ; enseignement que Mgr Plessis rappelait à se^ missionnaires dans les instructions dont la neuvième se lit comme suit :

“ 9o. Les missionnaires feront connaître aux peuples l’avantage qu’ils ont de vivre “ sous le gouvernement de Sa Majesté Britannique, leur enseignant de parole et “ d’exemple, le respect et la fidélité qu’ils doivent au Souverain, les accoutumant à “ adresser à Dieu de ferventes prières pour la prospérité de Sa Très Gracieuse Majesté, “ de son Auguste famille et de Son Empire.

L’établissement des écoles de ce pays a donc été décidé dans des circonstances où la meilleure entente régnait entre les autorités civiles et religieuses, par des hommes qui reconnaissaient à l’Eglise et à l’Etat le droit de se mouvoir librement dans leurs sphères respectives et qui

avaient à cœur de faciliter tout ce qui peut assurer le bonheur des peuples, non-seulement dans l’ordre matériel, mais bien aussi dans les légitimes aspirations de l’âme et du cœur.

Demandons à l’histoire les phases diverses par lesquelles a passé la question de nos écoles, depuis l’époque dont je viens de parler. Les plus saillantes de ces phases sont au nombre de cinq.

La 'première est l’établissement des écoles d’Assiniboia, et leur maintien sous le régime de l’honorable Compagnie de la Baie d’Hudson.

La deuxieme phase est celle des difficultés et des négociations qui se sont terminées par la création de la province de Manitoba et le transfert du pays à la Puissance du Canada.

La troisième phase des écoles est celle pendant laquelle les autorités législatives et administratives de Manitoba ont établi et maintenu, de par la loi, des écoles en harmonie avec les convictions religieuses des deux sections de la population.

La quatrième phase est celle pendant laquelle on a établi un nouveau système scolaire, qui peut sourire au plus grand nombre, mais qui fait violence aux convictions religieuses de la minorité.

La cinquième phase de nos écoles est celle où le pays s’agite depuis plus de trois ans, parce que ceux qui se sentent blessés demandent un remède aux maux dont ils souffrent, à l’injustice dont il sont les victimes.

Je vais examiner brièvement quelques-uns des faits les plus remarquable de l’histoire de ces cinq évolutions, pour justifier les conclusions suivantes :

Premièrement. — Avant V union du Nord-Ouest avec le Canada, diverses classes de personnes y jouissaient de par la coutume de certains droits et privilèges en matière déduc dion, et les autorités civiles sanctionnaient ces droits et privilèges, en aidant des écoles confessionnelles.

Deuxièmement. — A l’époque de l’union ces droits et privilèges furent reconnus par les Autorités fédérales qui, pour les sauvegarder, ajoutèrent dans l’Acte de Manitoba, en faveur de la minorité de la nouvelle province, une protection nouvelle et plus ample que celle exprimée, dans l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, 1867, en faveur des minorités des différentes provinces de la Puissance.

Troisièmement. — La Législature du Manitoba, familière avec les anciennes coutumes, et guidée par la constitution de la nouvelle province a placé explicitement, sous la protection de ses lois, les écoles confessionnelles en usage dans le pays, avant son union avec le Canada.

Quatrièmement. — La révolution scolaire, opérée par les lois de 1890, est simplement le rejet de la coutume qui a toujours prévalu dans la colonie d’Assiniboia ; la violation des conditions du pacte conclu, lors de

l’entrée de cette colonie dans la Confédération ; et la destruction du système des écoles séparées, tel qu’établi par la Législature de la Province, après l’union.

Cinquièmement. — La minorité de Manitoba a le droit et l’obligation de chercher un remède aux maux dont elle souffre, en matière d’éducation ; ce remède elle le demande à tous ceux qui ont voix dans les conseils de la nation et c’est dans ce sens qu’elle a adressé ses pétitions au Gouverneur- Général en Conseil.

Page 1