‹ Une page de l'histoire des écoles de ManitobaChapitre 2 sur 48 · COMPAGNIE DE LA BAIE D’HUDSON · texte numérisé non relu

COMPAGNIE DE LA BAIE D’HUDSON

La période dont il est ici question couvre un peu plus de cinquante années, pendant lesquelles la cause de l’éducation a fait des progrès qui peuvent paraître bien lents à ceux qui n’ont pas connu le pays à cette époque, mais qui ne peuvent pas manquer de frapper les hommes qui savent les difficultés de tout genre, dont ont été environnés les commencements de la colonie et les retards que ces difficultés ont apportés à ses développements.

Aux préjugés injustes de quelques-uns, je puis opposer le témoignage de deux hommes éminents, bien connus et tout-à-fait désintéressés : L’Honorable James W. Taylor, plus tard Consul Américain à Winnipeg, visita la colonie en 1859 ; le Très-Honorable Sir Charles Tupper la visita en 1869 ; tous deux m’ont répété souvent que leur plus grande surprise, lors de leurs visites ici, a été de constater par eux-mêmes l'excellence de l’éducation donnée dans nos établissements de la Rivière- Rouge, même à cette époque reculée ; et cela, je le répète, au milieu d’obstacles sans nombre, dans une colonie naissante, isolée et éprouvée par des revers multiples.

A cette époque, les écoles étaient toutes confessionnelles. Les dénominations religieuses les établissaient ; les parents aidaient dans une certaine mesure ; dans aucun cas ils n’étaient gênés dans leur liberté d’en faire bénéficier leurs enfants, ils n’étaient nullement tenus de détourner leur aide de ces écoles, pour assister d’autres institutions auxquelles ils ne pouvaient pas ou ne voudraient pas envoyer leurs enfants. Nos écoles d’alors n’existaient pas de par la loi. D’un autre côté, l’autorité civile ou l’Etat, loin d’enrayer en quelque chose l’action de ces écoles, les favorisait et les aidait.

C’est pour prouver cette assertion que je veux examiner la conduite des trois pouvoirs qui ont exercé leur autorité à la Rivière-Rouge pendant la période dont je m’occupe.

lo. — Lord Selkirk aida les Écoles.

Nous avons vu plus haut que c’est Monseigneur Plessis quia prescrit la construction de la première école à établir, sur les bords de la Rivière- Rouge. C’est avec ce même Prélat que Lord Selkirk traita de l’établissement permanent de missionnaires catholiques, dans sa colonie naissante. Dès l’année 1816, dans une lettre datée du 4 Avril, le fondateur d’Assiniboia

écrivait ce qui suit à l’Evêque catholique de Québec:

“ Je suis convaincu qu’un ecclésiastique zélé et intelligent ferait un bien incalcu- “ labié ; si Votre Grandeur veut choisir un sujet qualifié pour cetta œuvre, je n’hésite “ pas à lui assurer ma considération et à lui offrir tous les secours que Votre Grandeur *• jugera nécessaires. ”

En 1817, Lord Selkirk visita sa colonie. Les déplorables événements de l’année précédente, les craintes et les regrets des colons n’ébranlèrent pas ses espérances dans le succès final de l’entreprise qu’il poursuivait avec tant d’affection. D’un autre côté, les malheurs passés lui firent comprendre l’avantage et la nécessité de donner à sa colonie naissante les influences religieuses, qui seules pouvaient en assurer le succès et la stabilité. Aux colons Protestants il désigna du doigt, l’endroit où serait plus tard leur église et leur école. Il fit la même chose pour les Catholiques, en les assurant qu’il s’était déjà mis en relation avec l’Évêque de Québec. Il leur conseilla de rédiger une pétition qu’il appuierait et ferait parvenir au digne Prélat. La pétition fut signée et Lord Selkirk, en l’envoyant à l’Evêque de Québec, insista pour qu’elle ne demeurât pas sans effet.

Ces demandes furent accueillies favorablement ; le départ des missionnaires fut fixé au mois de Mai 1818; Messieurs Provencher et Dumoulin furent choisis par Monseigneur Plessis. L’illustre Prélat leur traça les instructions dont nous avons déjà parlé. Une copie en fut présentée à Lord Selkirk qui dans une lettre, écrite de Montréal en date du 8 Mai, en donne l’appréciation suivante :

“ Monseigneur, Monsieur Provencher m’a communiqué les instructions et autres documents dont il est muni, qui paraissent remplir tout ce que l’on pouvait désirer.

Que le lecteur veuille bien s’en souvenir, ces instructions prescrivaient aux missionnaires l’obligation d’établir des écoles* dans différents endroits, et leur enjoignaient de fixer leur demeure près du Fort Douglass, sur la Rivière-Rouge, et d’y construire “ une église, une maison, une école.'’

C’est après avoir pris connaissance de ces instructions, que Lord Selkirk n’hésite pas à dire qu’elles “ paraissent remplir tout ce qu’on peut désirer ; ” aussi le noble Lord donna cours à sa générosité et fit préparer de suite les contrats (indentures), qu’il signa le 18 du même mois, et par lesquels il céda à Monseigneur Plessis et à ses co-Trustees (fidei-commis-

saires) deux morceaux de terre. L’une de ces donations couvre une superficie d’environ 20 milles carrés et est située à l’est de la Rivière La Seine ; l’autre qui a une étendue de 22 acres ou 15 chaînes carrées, est située sur les bords de la Rivière-Rouge, près du Fort Douglas. Le tout pour aider les œuvres qu’entreprendront les missionnaires catholiques à la Rivière-Rouge.

Le 19 du même mois de Mai 1818, les deux prêtres accompagnés de M. Guillaume Edge, qui devait les aider à instruire les enfants , s’embarquèrent sur un canot d’écorce, frété en partie aux dépens de Lord Selkirk, et le 16 Juillet ils arrivaient au Fort Douglas. De suite, les missionnaires commencèrent une construction qui tout d’abord devait être “ une église , une maison, une école. ” Ils la placèrent précisément sur un des lots de terre donnés par Lord Selkirk. Ces humbles commencements se développèrent, malgré les plus pénibles épreuves et les plus grandes difficultés, pour devenir graduellement l’important établissement de Saint-Boniface. Après 75 ans d’existence, au milieu de bien des vicissitudes, mais sans interruption, c’est encore sur ce même lot de terre que se trouvent l’église devenue Métropole, la maison devenue demeure archiépiscopale ; l’école, devenue d’un côté le collège de Saint-Boniface et l’Académie Provencher, pour les garçons, et de l’autre le Pensionnat et l’Académie Lâché, pour les filles. Encore aujourd’hui, les terres, données par Lord Selkirk, aident à soutenir les établissements d’éducation.

On voit, dans cette fondation de la première école de la Rivière- Rouge, la part prise par l’autorité civile, Y Etat d’alors.

Lord Selkirk éîait Ecossais et Presbytérien, cependant il crut de son devoir et de son intérêt d’agir comme il l’a fait. Fondateur et directeur d’une colonie dans laquelle il y avait des Canadiens, des catholiques, il pria un évêque canadien de lui donner des prêtres pour pourvoir aux besoins spirituels de ses colons et pour instruire leurs enfants. Il avait assez de sens pratique pour comprendre que, quand on veut la fin, on veut les moyens légitimes et efficaces ; que le moyen le plus certain d’assurer le succès de son entreprise était d’appeler à son aide des missionnaires, dont le zèle et le désintéressement ne pourraient manquer de lui être utiles. Lord Selkirk n'agita pas la question de l’union de l’Eglise et de l’Etat; il n’adopta ni ne répudia cette théorie; il comprit tout simplement que l’action combinée des pouvoirs civil et religieux, que leur bonne entente ne peuvent qu’être favorables au développement d’un pays, ainsi qu’à li prospérité véritable et au bonheur de ses habitants. Les troubles qui avaient eu lieu, dans sa colonie naissante, lui avaient fait co nprendre la nécessité des salutaires restreintes qu’imposent la religion et ses enseignements. Il se persuada facilement qu’il en coûte moins à favoriser la

construction des églises et des écoles, voire même à aider les missionnaires, qu’à lever des troupes et à entretenir une armée de gendarmes. Lord Selkirk était colonisateur: il voulait des colons, des immigrants ; il savait qu’un moyen puissant de satisfaire ceux qu’il possédait et d’en attirer d’autres était de leur faciliter l’éducation de leurs enfants, sans violenter leurs consciences. L’expérience ne lit que nourrir ces convictions dans le fondateur de la colonie d’Assiniboia. Aussi, quinze jours avant sa mort, le 22 Mars 1820, ses agents à Montréal écrivaient à Mgr Panet, à Québec :

“ Nous demandons la permission, de la part de Lord Selkirk, de vous offrir toute “ l'assistance en notre pouvoir pour le voyage de ces messieurs, (un prêtre et un institu- “ teur) et nous vous prions de nous dire quand ils seront prêts et de nous indiquer l’aide “ dont ils pourraient avoir besoin. ”

Cette faveur fut la dernière reçue du noble colonisateur par les missionnaires catholiques. Lord Selkirk mourut le 8 Avril suivant.

2o. — Aide donnée aux Ecoles par la compagnie de la

Haie d’Hudson

Après la mort de Lord Selkirk, la compagnie de la Baie d’Hudson rentra en possession des terres qu’elle lui avait cédées et se chargea de la direction de la colonie. Cette Compagnie, par suite d'une entente avec la “ Church Missionary Society, ” donna passage, de Londres à York Facto ry, à un ministre de l’Eglise d’Angleterre. Le Révérend M. West, en compagnie d’un instituteur, M. Harbridge, se rendit à la Rivière- Rouge à l’automne de 1820 ; il construisit sur le terrain donné par Lord Selkirk, une maison en logues qui, elle aussi, fut à la fois une église, une demeure, une école, devenues depuis *• the Bishop’s court, the cathédral and the college of St. J ohn. ”

Bientôt après, la compagnie de la Baie d’Hudson et celle du Nord- Ouest mirent fin à leurs rivalités et réunirent leurs intérêts. En face de cette situation nouvelle, Lady Selkirk qui avait toujours partagé les vues et la générosité de son digne époux, écrivait à l’Archevêque de Québec, en date du 27 Juillet 1821 :

“ Monseigneur, j’espère que l’arrangement dernièrement fait par la Compagnie de “ la Baie d’Hudson, au lieu de nuire aux intérêts de la mission, lui donnera beaucoup de “ facilité, en améliorant la manière de conduire le commerce avec les sauvages. ”

Ce vœu de la noble Dame ne fut pas formulé en vain.

L’honorable Compagnie de la Baie d’Hudson, seule maîtresse dans le pays, a toujours favorisé les écoles soit catholiques, soit protestantes ; et cela de plusieurs manières, parmi lesquelles j’en citerai trois : des octrois de terre ; des passages sur les embarcations et des subsides en argent.

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