PROMESSES DE L’HONORABLE THOMAS GREENWAY
“ Manitoba, Comté de Selkirk, savoir :
“ Je, le Très Révérend Joachim Allard, O. M. I., de la ville de St-Boniface, dans la Province de Manitoba, Vicaire Général de l’Archidiocèse de St-Boniface, déclare solennellement : —
“ Je suis maintenant et étais pendant toute l’année de Notre Seigneur mil huit cent quatre-vingt-liuit Vicaire Général du dit Archidiocèse de St Boniface, ayant ma résidence dans la résidence Episcopale de St. Boniface.
“Je me rappelle distinctement que pendant la première partie de la dite année de Notre Seigneur, mil huit cent quatre-vingt-huit, l’Honorable Thomas Greenway, que je ne connaissais pas alors personnellement, vint à la résidence Episcopale à St- Boniface, accompagné de Monsieur W. F. Alloway, que je connaissais personnellement, et le dit Monsieur Alloway m’introduisit alors le dit Honorable Thomas Greenway, et le dit Mon' sieur Greenway me fit alors savoir qu’il était venu pour voir Sa Grandeur l’Archevêque personnellement, pour affaire confidentielle. Sa Grandeur était alors malade et retenue au lit, j’en informai Monsieur Greenway, et lui dis que, comme Vicaire Général de Sa Grandeur, je pouvais recevoir toute communication confidentielle et la transmettre à Sa Grandeur.; et je lui ai alors assuré qu’il pouvait se fier à ma discrétion pour toute communication confidentielle qu’il désirerait faire, et que Monseigneur l’Archevêque respecterait aussi ses confidences.
“ L’Hon. Monsieur Greenway me dit alors qu’il avait été appelé pour former un nouveau Gouvernement dans cette Province, et qu’il désirait le fortifier en prenant dans son Cabinet parmi les membres Français de la Législature celui qui plairait à l’Archevêque ; là dessus je lui fis la remarque que je ne croyais pas que Sa Grandeur favoriserait l’entrée d'aucun membre Français dans la nouvelle administration, sans condition et sans une entente préalable, au sujet de certaines questions de grande importance pour Sa Grandeur ; Monsieur Greenway m’assura qu'il avait déjà parlé de cela avec ses amis et que lui, Monsieur Greenway, était parfaitement consentant à garantir, sous son Gouvernement, le maintien et la condition de ce qui existait alors au sujet.
“ lo. Des Ecoles Catholiques séparées.
“ 2o. De l’usage officiel de la langue Française.
“ 3o. Des Divisions Electorales Françaises.
“ Je reçus les assurances du dit Honorable Thomas Greenway telles que citées plus haut, et lui promis que je les ferais connaître à Sa Grandeur l’Archevêque, et lui dis de plus que je croyais que ses assurances ainsi faites rassureraient beaucoup Sa Grandeur.
“ Le dit Honorable Thomas Greenway offrit alors de revenir le lendemain, pour recevoir une répense, au sujet de la nomination du membre Français de son Cabinet ; je lui dis de ne pas se donner ce trouble, mais que le lendemain je le reverrais à Winnipeg pour cela ; et il fut convenu entre lui et moi que cette rencontre aurait lieu le lendemain matin dans l’office de Monsieur Alloway, à neuf heures. Ceci termina ma première entrevue avec le dit Honorable Thomas Greenway.
“ Pendant tout le temps qui se passa entre l’indroduction de Monsieur Greenway et la fin de la dite entrevue telle qu’énoncée plus haut, et son départ de la dite résidence ce jour là, Monsieur W. F. Alloway était personnellement présent et entendit tout ce qui se passa entre le dit Honorable Thomas Greenway et moi-même tel qu’énoncé plus haut par moi. Pour accomplir ma promesse, le dit jour de sa dite entrevue je visitai Monseigneur l’Archevêque dans sa chambre à coucher et lui rapportai en détail et fidèlement ce qui avait eu lieu dans la dite entrevue.
“ Sa Grandeur exprima sa satisfaction et me donna instruction d’assurer à l’Honorable Thomas Greenway qu’il ne mettrait aucun obstacle à son administration, et que je pourrais lui dire que Sa Grandeur n’aurait aucune objection à ce que Monsieur Prendergast fît partie du nouveau Cabinet comme représentant Français, et Sa Grandeur me demanda spécialement d’exprimer à Monsieur Greenway la satisfaction que lui donnaient les assurances et les promesses faites à moi par le dit Monsieur Greenway.
“ Le lendemain matin, conformément au rendez-vous, je suis allé à l’office de Monsieur Alloway, à Winnipeg, et là encore je rencontrai l’Honorable Thomas Greenway, et lui communiquai le message de Sa Grandeur, qui fut donné tel que relaté plus haut, et Monsieur Greenway m’exprima alors sa satisfaction personnelle pour le dit message et pour l’attitude de Sa Grandeur, et m’assura alors que tout serait fidèlement observé entre son Gouvernement et Sa Grandeur ; et alors, encore,, et en termes spécifiques, il me renouvela les assurances que :
“ Premièrement — Les Ecoles Séparées Catholiques,
“ Deuxièmement— L’usage officiel de la Langue Française,
“ Troisièmement — Le nombre des Divisions Électorales Françaises ne seraient pas dérangés pendant son administration.
“ J’avais promi de ne pas trahir la confidence de Monsieur Greenway en dévoilant les détails des dites promesses et assurances, et je gardai la dite promesse jusqu’au temps de la dénégation des dites promesses et assurances par le dit Monsieur Greenway dans la Législature, quoiqu'il eût violé ses engagements avant ce temps, et sans la négation par lui des dites promesses et sans ses fausses représentations de ce qui avait eu lieu, je ne me serais pas cru libre de les dévoiler.
“ Monsieur W. F. Alloway était présent à son office pendant la seconde entrevue avec le dit Honorable Thomas Greenway tel que relaté plus haut, et demeura dans le dit appartement où nous étions réunis pendant une grande partie de la dite seconde entrevue*
“Etje fais cette déclaration solennelle croyant consciencieusement que la dite déclaration est vraie et en vertu de l’acte concernant les serments extra judiciaires.
(Signé), J. ALLARD,
“ Déclaré devant moi dans la ville de St-Boniface, dans le comté de Selkirk, ce premier jour d’Avril, A.D. 1892.
“ (Signé), ALEX. HAGGART,
“Commissaire en B. R., etc. ”
Manitoba, Comté de Selkirk, Savoir :
“ Je, William Forbes Alloway, de la ville de Winnipeg, dans le comté de Selkirk, banquier, déclare solennellement : Que j’ai vu et lu la déclaration régulière du Très Révérend Vicaire Général Allard, faite par devant Alexandre Haggard, un Commissaire en B. R., etc., ce premier jour d’Avril, A.D. 1892, et je dis que j’étais présent, tel qu’énoncé par lui dans les occasions mentionnées par lui, et dans la dite première occasion j’ai introduit l’Honorable Thomas Greenway au Vicaire Général, et je dis que le rapport de la dite entrevue, tel qu’exposé dans la dite déclaration du Vicaire Général, est vraie en substance et en fait.
“ J’étais présent pendant toute la dite entrevue, et entendis tout ce qui s’est passé entre Je Vicaire Général et le dit Thomas Greenway.
“Je dis de plus que j’étais présent à mon office de banque le lendemain, lorsque le Vicaire Général et le dit Honorable Thomas Greenway se rencontrèrent comme il en avait été convenu le jour précédent, et j’ai entendu la plus grande partie de l’entrevue qui eut lieu entre eux ce second jour, et je dis que les promesses et engagements tels qu’exposés dans la dite déclaration du Vicaire Général ont été répétés dans la dite seconde entrevue, et le dit Greenway s’exprima comme étant très satisfait de l’attitude prise par Sa Grandeur l’Archevêque envers son Gouvernement, et exprima cette satisfaction non seulement alors, mais encore après en ma présence.
“Etje fais cette déclaration solennelle croyant consciencieusement que la dite déclaration est vraie et en vertu de l’acte concernant les serments extra judiciaires.
“ (Signé), W. F. ALLOWAY.
“ Déclaré devant moi ce 1er jour d’Avril, A.D. 1892, dans la cité de Winnipeg, dans le comté de Selkirk, susdits.
“ (Signé), J. STEWART TUPPER.
“ Commissaire en B. R., etc. ’r
Ce qui précède prouve bien clairement que les chefs de l’opposition ne sont arrivés au pouvoir qu’en promettant de la manière la plus formelle et la plus positive le maintien de l’usage officiel cle la langue française «t des écoles Catholiques telles qu’elles existaient alors et avec l’appui qu’elles recevaient. Il est aussi et de plus bien certain que l’Hon Thomas Greenway lui-même avait bien voulu, avant de compléter son cabinet, répéter et donner à cet égard des assurances et des promesses aussi formelles et encore plus explicites que celles ds son lieutenant l’Hon. Joseph Martin.
2o. — Incidents qui ont Suivi ces Promesses.
L’époque que je con-idère comme la quatrième phase de l’histoire de nos écoles à été bien féconde en évènements de toute sorte et a enrichi nos annales d’incidents aussi variés que nouveaux.
Pendant les huit premiers mois de l’année 1888, il n’y eut pas moins de trois convocations de l’Assemblée Législative. La première se fit le 12 Janvier pour la 2ième Session du 6ième Parlement.
Le Septième Parlement fut convoqué pour le 28 Août et redemandé pour sa deuxième Session le 28 Novembre, Pendant ces quelques mois le Lieutenant-Gouverneur dut monter au Trône nas moins de dix fois ; lire trois discours d’ouverture, trois de clôture, et en dehors de cela donner la sanction Royale à quatre reprises différentes. Il n’y eut pas moins de huit prorogations et la dissolution du sixième Parlement après sa seconde Session. Les trois Sessions durèrent collectivement deux cent soixante -et quatre jours, au cours desquels il n’y en eut que soixante et dix-sept consacrés aux réunions et cela, en comptant les séances auxquelles l’Orateur était seul et dut s’ajourner lui-même. Les Législateurs ne siégèrent donc que soixante-dix jours. Ils y firent pourtant beaucoup de travail puisque le Lieutenant-Gouverneur donna son assentiment à quatre-vingtquinze mesures nouvelles.
Parmi ces mesures il y en eut trois pour amender les actes des écoles. On venait de promettre d’en respecter le caractère distinctif et on le fit. Les amendements portèrent surtout sur des matières administratives ; par exemple le Gouvernement enlevait au Bureau d’Education toute responsabilité pécuniaire, il se constituait lui-même le trésorier du Bureau et paierait lui-même tous les comptes sur réquisitions des Surintendants. C’était comme on le voit la centralisation mêlée d’une teinte de défiance, que du reste on exprima bien clairement. Le Bureau, qui avait été habitué à certains égards ne put pas ne pas voir de suite qu’il était tombé sous un régime absolu et qu’il relevait d’hommes dont la courtoisie n’était pas excessive. Quoi qu’il en soit du mode, il n’y avait point là de question de principes et la section catholique ne manifesta aucune opposition.