MA NATIONALITÉ
Ceux qui ne peuvent rien voir de bon dans la race à laquelle me rattache mon origine, ont cru pouvoir me blesser en me reprochant d’avoir du sang français au cœur, d’aimer ]a langue dans laquelle ma mère m’a redit son affection, et ils m’ont méprisé parce que je suis Canadien-français et que je parle la langue de mes ancêtres, ne se doutant pas que je suis très fier de mon origine et de cette langue dont les accents les fatiguent.
Des Canadiens-français ne pouvaient pas, eux, me faire un pareil reproche, mais voulant, eux aussi, m’insulter, ils ont dit des choses dont je n’aurais pas de raison d’être fier, si elles étaient vraies. Ils ont dit que je n’aime pas mes compatriotes; que je néglige leurs intérêts spirituels, dans Winnipeg et ailleurs ; que mes complaisances sont exclusivement pour ceux qui parlent anglais ; que j’empêche qu’on enseigne le français aux petits sauvages du Nord-Ouest, et autres choses du genre.
Ces puérilités ne seraient que des enfantillages qui feraient rire, si elles n’étaient pas le résultat d’un système de dénigrement, imaginé et développé pour arriver à un but si déplorable que sa seule pensée devrait faire rougir tout Canadien qui s’inspire de pareilles idées ou qui court vers un pareil but.
On sait que mes compatriotes m’ont, en maintes circonstances, environné d’une considération que je ne méritais pas, mais qui, au lieu de faire du mal à qui que ce soit, ne pouvait produire que de bons résultats. On veut détruire cette favorable impression. Si des infirmités ne me retenaient pas au logis, je pourrais m’accorder le plaisir et l’utilité de revoir nos villes et nos campagnes du Canada. Il y a assez de sincérité dans ma voix et dans mon cœur pour gagner ou entretenir les sympa-
thies de ceux que je visiterais comme missionnaire, et parce que je suis un des leurs. Mais voilà que des hommes qui se disent Canadiens-français Catholiques ont la déloyauté d’abuser de l’abstention qui m’est imposée pour me représenter comme indigne de mon origine, comme traître aux traditions que j’ai le plus à cœur. Vous faites une triste besogne, Messieurs, en vous efforçant de ruiner la réputation de l’un des vôtres. Dans les circonstances actuelles, cette besogne devient un trahison indigne de patriotes sincères et intelligents, c’est même une disgrâce nationale.