VOYAGES DE CARTIER ET DE ROBERVAL EN CANADA
eee ones ets 00 seigneur (M. de Roberval) avait su conquérir l’estime du roi par sa bravoure et par sa fidélité. Il n'eut pas de peine à obtenir le gouvernement des pays nouvellement découverts. Il en fut nommé, par lettres-patontes, vice-roi et lieutenant-général, avec des pouvoirs très étendus ; et Cartier fat nommé capitaine-général de l’escadre qui devait former l'expédition, avec ordre de faire toute la diligence possible pour le départ. Les lettres-patentes de ce dernier sont datées du 17 octobre 1540.
‘Cinq navires furent équipés à St. Malo. L’ertillerie, la poudre et les autres munitions que Roberval voulait emporter, et qu’il tirait de. la, Champagne et. de la Normandie, n’étant pas encore arrivées dans ce port, il ordonna à Cartier de faire voile avec les cinq vaisseaux. Il devait bientôt le suivre avec les choses qui manquaient. L’escadre partit le 23 mai 1841, et arriva dans la rivière Ste. Croix, en Canada, le 23 d’août, après avoir essuyé de grandes tempêtes, et attendu longtemps Roberval à Terreneuve.
Aussitôt après son arrivée, les habitants de Stadaconé vinrent visiter les Français, et demander des nouvelles de leur souverain, et de ses autres compagnons, qui avaient été emmenés avec lui en France, Cartier leur dit que Donnacona était mort, et que les autres vivaient comme de grands seigueurs où ils étaient, et n’avaient pas voulu revenir. Son but en leur cachant ainsi la vérité, était probablement de les empôcher de soupçonner qu’ils pourraient avoir été mis à mort d’une manière déloyale ; car en effet ils étaient tous décédés, excepté une petite fille.
Ils avaient été présentés au roi à leur arrivée en France. On les avait fait instruire ensuite dans la religion chrétienne qu’ils embrassèrent tous, et dans laquelle ile moururent les uns après les autres, dans la province de Bretagne où ils résidaient. Le changement de climat, de nourriture et de manière de vivre, abrégea les jours de ces habitants des forêts, accoutumés au grand air et à la jouissance de cette pleine liberté, qui ne connait aucune des règles imposées jusqu’à la moindre action de l’homme qui vit dans nos socités.
Cette nouvelle ne fut pas désagréable à Agona, qui demeurait souverain de la contrös par la inert du vieux roi en France.
Cependant la rivière au Cap-Rouge fut jugée plus commode pour recevoir l’escadre, que celle de Ste. Croix. En conséquence, on fit monter les navires jusqu’à son embouchure ; trois y furent mis en sûrèté vaur l'hiver. Les deux autres restèrent dans la rade, parce qu’ils devaient retourner en France dans l’automne. Ces deux bâtiments partirent le 2 de septembre, sous les ordres de Mare Jalobert et d’Etienne Noël, parents de Cartier. Le capitaine fit bâtir un fort en cet endroit, sur la cime du cap, et
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d’autres cuvrages au pied sur le bord de la rivière, pour protéger les navires ; il nomma ce lieu Charlesbourg-Royol. On fit aussi quelques défrichements, et l'on sema divers légumes qui vinrent très bien. Cartier partit alors avec plusieurs gentilshommes et autres, pour Hochelaga et les Rapides audessus, afin de reconnaître le chemin pour aller, l’année suivante, au Saguenay, pays dont les Sauvages parlaient toujours dans des termes qui en donnaient une haute idée. Ayant laissé le commandement de Charlesbourg-Royal au vicomte de Beaupré, il remonta le fleuve jusqu’au dessus de l’île de Montréal, et passa deux rapides; mais il fut obligé de s’arrêter au Saut St. Louis. Ce second voyage de Cartier, dans le haut du fleuve, ne contient rien de remarquable, II vit beaucoup de peuples qui lui firent le meilleur accueil, etauxquels il donna des présents ; mais il paraît que ces apparences de bienveillance cachaient des desseins sinistres : ces peuples tramaient déjà sa destruction, ainsi qu’il en fut informé par la suite. Les Français retournèrent à leur poste sur la rivière du Cap-Rouge. A son arrivée, Cartier apprit que les Sauvages n’apportaient plus de provisions au fort, et que Stadaconé était rempli de peuple de toutes les parties du pays. Le chef d' Hochelai, dans le voisinage des rapides du Richelieu, était descendu pour s’aboucher vec Agona, et délibérer sur ce qu'ils pourraient entreprendre contre ies Français. A cette nouvelle, ceux-ci mirent leur poste en si bon état de défense, que les indigènes perdirent toute idée de l’attaquer. Cartier passa l'hiver à Charlesbourg-Royal.
Le seigneur de Roberval, qui devait le suivre en Canada, ne put partir de France la même année. II ne fit voile de la Rochelle que le 16 avril suivant, avec trois navires portant deux cents personnes, tant hommes que femmes et enfants. Plusieurs personnes de qualité l’accompagnaient, entre autres, MM. Saine-Terre, son lieutenant, l’Espinay, Guinecourt, Noire-Fontaine, Dieu-Lamont, Frotté, La Brosse, François de la Mire, La Salle, Royèze, de Villeneuve, et Talbot. Jean Alphonse, Saintongeois, était son pilote. Des tempêtes et des vents contraires retardèrent tellement sa marche, qu’il n’arriva que le 8 juin à St. Jean, en Terreneuve, où il trouva dix-sept navirespêcheurs. Pendant qu’il était dans ce port, Cartier arriva du Canada, avec tous ceux qui l’avaient suivi l’année précédente. Dès qu'il eut appris la présence de M. de Roberval, il alla le visiter. II lui montra certains diamants (quartz de roche) et une quantité de paillettes d'or; et luidit qu'il avait trouvé celles-ci dans le sable de la rivière du Cap-Rouge, et les diamants dans le flanc de la montagne. La principale occupation des Européens de ce temps-là, dans leurs voyages de découvertes, c’était la recherche des métaux précieux. Quoique les Français parussent attacher moins d’importance que d’autres nations à ces richesses, dans les pays qu’ils visitaient, Cartier s’empressa néanmoins d’exhiber ces échantillons, afin de rehausser la valeur de ses décou. vortes. Il'ajouta cependant qu’il avait été obligé d’abandonner le Canada, pareequ'il se sentait trop faible pour résister aux Sauvages, qui le molestaient. Ces barbares, rôdant continuellement autour de son eamp, l’avaient obligé de les surveiller attentivement pour être toujours prôt à repousser toute agression de leur part. M. Roberval qui avait des forces suffisantes, voulut lui faire rebrousser chemin pour retourner en Canada; mais Cartier qui voulait peut-être s’assurer la priorité de ses découvertes, fit voile seerètement dans la nuit pour l’Europe.
M. de Roberval fut retenu encore longtemps à St. Jean. Enfin il en partit le 30 de juin, et vint jeter l’ancre à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge. Le débarquement du monde et des effets opéré, il choisit un lieu commode sur la pointe du Cap et qui commandait le fleuve, pour le fortifier, et se mettre à l’abri des attaques des Sauvages, si toutefois il teur prenait envie de l’inquiéter. Il ne parle point des travaux de défense que Cartier avait fait faire l’année d’auparavant. Peut-être les Indiens les avaient-ils détruits. Peut-être aussi M. de Roberval ne fit-il que les continuer et les
renforcer, comme le pense l'Editeur Canadien de son voyage. Quoi qu’il en soit, il rendit ce poste très fort. II édifia aussi au pied du cap des magasins, dont une partie servait d’habitation. (Cartier avait nommé ce lieu r een il le nomma France-Roy.
Il envoya deux navires en France, dans le mois de septembre, pour informer le roi de son arrivée, et demander des secours en vivres pour l’année suivante, parce qu’il était arrivé trop tard pour faire aucune espèce de semailles, et qu’en outre, un autre projet paraissait l’attirer ailleurs, comme l’on va voir tout-à-l’heure. II n’avait pour la subsistance de la plantation que ce qu’il avait apporté avec lui, et l’on s’apperçut bientôt que ces provisions ne seraient pas suffisantes pour l’hivernage. On avait peutêtre compté, en partant, sur la récolte qui aurait pu être préparée par les travaux des gens. de Cartier. Mais ce capitaine était arrivé aussi trop tard en Canada, année précédente, et aucun grain n’avait été semé.
Mais l'inquiétude, qu’on avait à cet égard, fut dissipée par les Indiens, qui com. mencèrent à visiter le fort et À y apporter du poisson. Il est probable qu’ils conti. nuèrent à fournir aux colons des denrées, pour lesquelles ils recevaient en échange des haches, des couteaux, etc., qu’ils convoitaient beaucoup ; car les Français ne paraissent pas avoir souffert de la disette durant tout le temps qu'ils furent au Cap-Rouge.
Dans le cours de l'hiver, une maladie cruelle éclata parmi les colons; elle affectait les jambes, les reins et l’estomac, et le malade paraissait comme s'il eut perdu l'usage de ses membres. Elle emporta cinquante personnes. L'usage d'envoyer un médecin avec les émigrés qui allaient former des établissements dans les nouvelles contrées, était inconnu alors, et le fut encore longtemps après. Si une maladie se déclarait dans l’établissement, personne n’était en état de la soigner ; et comme ordinairement cette maladie avait un caractère particulier, dû au climat du nouveau pays, et à la manière de vivre nouvelle du colon, celui-ci se trouvait totalement désarmé contre elle, et tombait facilement victime de ses ravages. Presque toutes les premières colonies de l’Amérique ont été ainsi décimées par des maladies qui devenaient épidémiques, parce que l’on n’avait personne pour les arréter à leur début.
Le printemps étant venu, le seigneur de Roberval se prépara pour aller à la recherche du pays tant célébré du Saguenay. Donnacona et les autres Indiens en avaient fait une description des plus brillantes, et à leur dire, suivant Cartier, e il y avait infini or, rubis et autres richesses. » Dans un endroit d’une carte du Canada, faite par ce fameux navigateur, se trouvaient ces mots, éerits par lui-même : « C’est ici où est la terre du Saguenay, laquelle est riche et abonde en pierres précieuses, »(*) Cet endroit, suivant M. Jacques Noel, son neveu, qui a vu cette carte, était « audessus de celui où la rivière se partage en deux, au milieu des deux branches de la dite rivière, et quelque peu plus proche de la branche qui court vers le Nord-Ouest. » Cette contrée, d’après la description qu’on vient de lire, ne peut être que l'immense angle que forment le St. Laurent et la rivière des Outaouais, et dont le sommet se trouve dans le voisinage des saulis, ou rapides, qui sont, au rapport de M. Noel, par le 44e degré de latitude,
M. de Roberval partit pour ce pays fantastique, le 6 juin 1543, avec une flotille de 8 embarcations, sur laquelle il n’y avait pas moins de 70 personnes. Il n’en laissa que 30 à France-Roy, sous les ordres du sieur de Royèze, qu’il nomma son lieutenant,
(*) Voir la lettre de Jacques Noel, neveu de Cartier, à Jean Growte.
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aveo la permission de retourner en France après le premier de ju lui-même de retour de son expédition à cette époque. Deux détach é cette expédition, revinrent cependant dans le mois même de son départ, et le dernier apportait l'ordre aux habitants de France-Roy de retarder leur départ pour l’Europe jusqu’au 22 juillet.
Le reste de la relation du voyage de M. de Roberval en Canads, d’où nous avons tiré tout ce que nous venons de dire, est perdu. Ce fragment si important pour cette partie de l’histoire du pays, se trouve dans le troisième volume des voyages de Hackluit, et l'existence en a été ignorée de tous nos historiens jusqu’à ce jour. L’authenticité de ce voyage ne peut être mise en doute; elle s’accorde avec l'histoire du troisième voyage de Cartier, et est en outre corroborée par le Routier de Jean Alphonse, premier pilote de M. de Roberval, en 1542, qui se trouve également dans l'ouvrage de M. Hackluit.
L'historien, pour le reste de l’expédition des Français au Saguenay, et ce qu’ils firent ensuite, est laissé à lui-même, entièrement livré à ses conjectures. Aucun document n’a été découvert jusqu’à présent pour jeter du jour sur ce point obscur de notre histoire. Cependant, nous avons cru trouver un indice, qui peut mettre sur la voie de la vérité, dans un passage de Lescarbot. L'on se rappelera que M. de Roberval avait renvoyé deux de ses navires en France, l’année précédente, pour informer le roi de son arrivée, et demander des secours en vivres. Lescarbot rapporte que “ le “ Roy occupé à de grandes affaires qui pressaient la France pour lors, il n'y eut ‘* moyens d envoyer de nouveaux rafraichissements de vivres à ceux qui devaient avoir “ rendu le pays capable de les nourrir ;...et que le dit de Roberval fut mandé pour “ servir le Roy par de 9d: car je trouve par le compte du dit Quartier, qu'il employa % huit mois à l’aller quérir, après y avoir demeuré dix-sept mois. Ce passage viendrait combler la lacune que laisse la perte de la fin du voyage de M. de Roberval en Canada, et nous apprendrait un fait nouveau ; c’est que Cartier serait venu une quatrième fois dans ce pays. Cette assertion positive de l’historien précité nous paraît concluante, et s’accorde d’ailleurs avec les événements qui se passaient en Europe, C’est en cette même année, 1543, que la guerre se ralluma entre François I, et Charles-Quint soutenu d' Henri VIII d'Angleterre. Cette guerre, qui menaçait de devenir dispendieuse, obligea le roi d’augmenter incontinent les impôts, et de retrancher les dépenses qui n’étaient pas d’une absolue nécessité. La nouvelle colonie se trouva par-là, dès son début, privée de tor secours extérieur. Les colons suivirent probable. ment leur chef, et rentrèrent en Freue avec lui; car celui-ci ayant entrainé le plus grand nombre à sa suite, à la recherche du pays du Saguenay, les défrichements et les semailles à France-Roy, durent être peu considérables, et insuffisants pour produire de quoi nourrir la colonie jusqu’après la moisson de l’année suivante. D’après le passage précité, Cartier serait arrivé à France-Roy vers septembre, attendu qu'il y est dit que M. de Roberval y avait demeuré dix-sept mois ; et ce Seigneur avait fait voile de la Rochelle le 16 avril 1542. L'arrivée tardive de Cartier explique la longueur de son voyage, en supposant qu'il soit parti d'Europe de bonne heure le printemps, comme c'était l’usage à cette époque, lorsqu'on allait en Amérique.
Nous ne serions pas entré dans ces détails, qui seraient fastidieux dans l'histoire, qui ne veut que des faits importants, si nous n'avions eu à rétablir la vérité historique de cette époque, étrangement défigurée par Lescarbot, Charlevoix et les écrivains postérieurs. Nous avons voulu, en outre, entourer nos témoignages de tont ce qui pouvait servir à faire éclater leur vérité d’une manière précise et palpable ; et rien n'était plus propre, pour atteindre ce but, qu’une énonciation circonstanciée des faits.
Ainsi finit la première tentative de colonisation, sauf celle du Baron de Léry quelques
années auparavant, qui fut faite dans l'Amérique Septentrionale, il y a 800 ans. Com-
bien d’insuocoès de cette nature l'hiitaire de o continent eut à enrégistrer avant que
les Européens pussent s’y asseuir d’une mauière solide et permanente !
Après avoir étudié attentivement !’histoire de la découverte du Canada par Jaoques Cartier, et sa conduite dans les divers voyages qu’il fit dans cette contrée, on demeure pénétré de respect pour sa mémoire. Son courage n'a été surpassé peut-être que par sa prudence ; et l'estime que l’on a pour lui,s”aceroit encore de la justice et de la bienveillance avec lesquelles Il en a agi avec les Sauvages. Oe qu'il fit pour le souverain
souffrant d’Hochelaga témoigne de son bon our. Auoun navigateur jusqu’à lui, n'avait !
pénétré bien avant dans l’Amérique : iI est le premier qui s'avantura, par un fleuve
inconnu et rempli de dangers, jusqu'à près de trois cents lieues de 1’Ooéan, dans le centre d’une contrée peuplée de nations barbares, et qui ona demeurer au milieu d'elles, !
et y passer un hiver aussi long que rude emprisonné sous les neiges. Mais si l’on doit
apprécier ce que l'on peut regarder comme un acte de véritable courage, à une époque ! où une pereille entreprise était nouvelle, il faut encore plus priser son extrême prudence avec les Indigènes, que l’on connaît si susceptibles, et qui ond même souvent ! cherché en secret à se défaire de lui et des siens. Son habileté sut toujours découvrir : et conjurer ces orages ; et pas une goute de sang n’a été répandue, pas même uns querelle sérieuse en apparence ne s'est élevée entre eux et lui, dans tout le temps
qu'il a été dans leur pays.
qu'à lui, n'avait !
re, par un fleuve | l'Océan, dans le
au milieu d'elles, !
Mais si l’on doit je, à une époque !
on extrême prumeme souvent !
jours découvrir pas même une „ tout le temps