D' « UNE RUE DE PARIS ET SON HABITANT
Eu égard au peu d'étendue (Vine Rue de Paris et son Habitant, les métamorphoses de cette étude humoristique, pour n'avoir aucun rapport avec le célèbre ouvrage d'Ovide, n'en sont pas moins fort nombreuses aussi.
En effet, cette petite silhouette parisienne, de laquelle nous possédons une version autographe, n'est autre chose que le début, — très légèrement remanié pour lui donner une sorte de dénouement, — d'un important roman inédit de Balzac. Interrompu et repris plusieurs fois, cet ouvrage, dont la mort prématurée du maître empêcha seule le complet achèvement, devrait faire partie de la deuxième édition de la Comédie Hiunaine, que le
grand écrivain préparait en même temps qu'il terminait la première !
Néanmoins, Balzac, sollicité vers 1843 de collaborer au Diable à Paris, publication collective entreprise par l'éditeur Hetzel, lui remit comme un tout isolé les pages dont il s'agit ici. Nous en possédons aussi l'épreuve composée pour le livre cité plus baut, où pourtant elles ne furent jamais insérées. Nous ignorons pour quelles raisons elles n'entrèrent point dans ce recueil, dont le retentissement et le succès, si considérables à l'origine, ne sont pas encore éteints aujourd'hui.
Hetzel, cependant, désira, peu d'années après, tirer parti des manuscrits qu'il avait achetés à l'intention du Diable à Parns et qui n'avaient point fait partie de ces deux beaux volumes. C'est ainsi que le Siècle publia, sous la signature d'Alexandre Dumas père, une des premières productions de son fils : fAinazone^ dont le titre fut changé depuis en celui ^'Ilerininie, et qu'une autre nouvelle, la première aussi d'Octave Feuillet, intitulée : Histoire du Marquis de Girandole et de Jean Criquet, demeurée inédile dans les mêmes conditions, à son tour escorta, — anonymement
tlNE PAGE PERDUE DE HONORÉ DE BALZAC 170
toutefois, — l'œuvre d'un autre auteur, imprimée en Belgique pendant l'exil à Bruxelles du célèbre éditeur parisien.
C'est également le Siècle qui obtint la primeur à' Une Rue de Paris et son Habitant. Son texte tout entier, formant le premier chapitre d'une série de trois Études de mœurs par le même auteur, y fut donné aux lecteurs en un seul feuilleton. Il est \Tai que celui-ci ne comporte pas moins de neuf colonnes, divisées en trois par page. Les chercheurs et les curieux pourront donc retrouver dans le numéro du 28 juillet 1845, — il y a aujourd'hui même cinquante-trois ans! — la mise au jour originale du récit dont nous parlons.
Les deux autres chapitres de la série en question, primitivement destinés aussi au Diable à Paris, parurent successivement dans le Siècle des 19 août et 10 septembre 1845, sous les titres de: le Luther des Chapeaux, et : les Roueries d'un Créancier. L'un et l'autre entrèrent ensuite dans la Comédie Humaine, où le premier fut introduit dans les Comédiens sans le savoir , tandis que le second, devenu Un Homme d'affaires, y vint augmenter le nombre des Scènes de la Vie Parisiemie.
Mais l'esquisse de mœurs qui nous occupe n'a jamais pris place dans la Comédie Humaine^ et, du vivant de Balzac, ne fut même jointe à aucun de ses ouvrages avant l'année 1847, où nous la retrouvons enfin, complétant le troisième volume de la première édition i^^la Dernière Incarnation de Vahtrin. Nous pensons en conséquence que le grand Honoré n'avait pas abandonné son projet primitif, et que s'il eût vécu, ces pages eussent été rétablies en tête de son roman inachevé, dont les intéressants débris seront certainement mis tôt ou tard au jour. Depuis sa mort, elles ont été encore réimprimées deux fois avant l'artistique réimpression illustrée de 1898 ' : la première en 1852, à la suite de la première édition in-douze de la Dernière Incarnation de Vautrin, et la seconde en 1870, dans le tome vingt de l'édition définitive des Œuvres complètes de Balzac.
Villa-Close, 28 juillet 181*8.
^ Parue en décembre 1898, chez Téditeur Rouquetle, avec illustrations en couleur, de François Courboin. (Datée de 1899).