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LES

LECTURES DE « MERGADET »

A LA COMËDIE-FRANQAISE

A Monsieur Adolphe Aderer '.

Voici, je crois, la vérité, relativement aux lectures successives du Faiseur devant le comité de la Comédie-Française.

Le 17 août 18 i8, Balzac lut certainement lui-

^ A l'occasion de la reprise de Mercadet à la Comédie- Française (30 janvier 1899, M. Adolphe Aderer consulta les archives du théâtre, notamment pour la période où M. Lockroy le dirigea. Il fut frappé par cette circonstance que la pièce, admise d'abord à riinanimitc le 17 août 1848, — et cela malgré Tabsence de son dernier acte, qui fut improvisé séance tenante par Balzac, — n'avait plus été reçue qu'à correction, après une nouvelle lecture complète divisée en deux journées, celles des 14 et 15 décembre suivants.

Les pages que voici confirment et précisent les intéressants détails donnés sur ce fait anormal par M. Aderer dans le Temps du 26 janvier 1899. M. Edmond Biré, dans son remarquable ouvrage : Honoré de Balzac (1 vol. 189T avait déjà donné les mêmes renseignements que M. Aderer.

même sa pièce en présence de cet aréopage, présidé par M. LôcivToy. C'est sans doute lors de cette première lecture que le dernier acte de l'ouvrage fut seulement « mimé )> par le grand écrivain, circonstance qui, malgré l'acceptation de Foeuvre, dut rendre nécessaire une seconde lecture du Faiseur, complété et terminé.

Mais cette seconde lecture ne fut à coup sûr pas faite par Balzac, car dès la fin du mois de septembre il était reparti pour Wierszchownia, après avoir adressé à M. Lockroy le billet inédit suivant, dont nous devons la communication à M. Alfred Bégis, l'auteur des intéressants travaux que Ton sait sur la Révolution française :

« Mon cher directeur,

« Je pars lundi. Voulez-vous m'envoyer Régnier dimanche matin? Et venez me voir, en me prévenant de rheure. Je vous remettrai un exemplaire de la pièce, avec mes instructions, et nous conviendrons de nos faits.

(* Mille compliments.

Quelles qu'aient été les conséquences de celte

dernière entrevue, — a-l-elle eu lieu,il"ailleurs? — Balzac quitta Paris sans qu une solution définitive se fût produite. Il chargea donc son ami Laurent Jan de régler en son absence tous les détails de la représentation di\Faisev7% et lui remit à cet effet la procuration générale que voici, dont Tautographe est en ce moment sous nos yeux :

« Je déclare avoir investi M. Laurent Jan de tous mes pouvoirs, en tout ce qui concerne la littérature. 11 usera de mes droits pour la distribution des rôles, présentera ou retirera mes pièces. Jl pourra faire les coupures ou les ajoutés, enfin, tous les changements nécessaires. Il assistera aux répétitions, distribuera les billets des premières représentations et donnera les bons à tirer aux imprimeurs. Enfin, il me représentera entièrement.

u Paris, ce 19 septembre 1848.

On le voit, c'est évidemment par l'intermédiaire de Laurent Jan que les deux séances consacrées à la lecture du Faiseur, corrigé et complet cette fois, eurent lieu les 14 et 15 décembre sui-

186 U\E PAr.K P KRDllE DE HONORÉ DF. BALZAC

vanls. On n'a pas oublié (]ue Balzac ne reparut en Trance qu'en mai 1850, trois mois seulement avant sa mort.

Que se passa-t-il lors de cette seconde lecture? Le maître n'étant plus là pour faire pénétrer dans tous les esprits, grâce à sa puissante force de conviction, l'imperturbable confiance que lui inspiraient invariablement toutes ses œuvres, leFaiseiu^ fut vraisemblablement discuté, et, grâce à son cinquième acte (c lu pour la première fois >s — puis, sans doute, reçu seulement « à correction », — cette situation dut déterminer Laurent Jan à retirer la pièce entière. On peut lire du reste dans la Correspondance de Balzac les lettres adressées à ce moment par lui à sa sœur, à Laurent Jan et à Michel Lévy. Elles précisent les alternatives par lesquelles passa l'ouvrage, depuis son retrait de la Comédie-Française jusqu'à la mort du grand écrivain ^

Seul, M. Gol pourrait faire connaître aujourd'hui les curieux détails de ces lectures successives du Faiseur -. Rappelons, à ce sujet, qu'à la Comé-

* Voir Correspondance cV Honoré de Balzac, tome deux, in-douze, pages :{30, ;j53, 359-361 et 371. 2 M. (iot n'est mort quVn mars 1901, deux ans après la

die-Française Balzac avait absolument tenu à confier le personnage de Mercadet à M. Régnier, lequel, avec une grande modestie, se défendit pendant longtemps d'accepter ce rôle, le prétendant au-dessus de ses forces. D'autre part, une lettre adressée par Augustine Brolian à l'auteur, lettre fjue nous avons entre les mains, lui exprima le regret de ne pouvoir assister à la lecture de l'œuvre. En voici le texte :

„ {• M. .'-if r^i^i.

({ Monsieur,

« J'apprends avec un vif désappointement que vous lisez votre pièce aujourd'hui au Théâtre-Français. Ma mauvaise chance m'oblige à partir ce matin même pour la mer. Si j'avais pu, j'aurais reculé mon voyage, car c'est un grand plaisir dont je me prive de n'assister pas à cette lecture, depuis si longtemps attendue et désirée.

(( M. Lockroy m'a dit, il y a deux mois, que vous m'aviez destiné un rôle. C'est pourquoi, à tout hasard, et en courant même la chance que vous ayez changé d'avis à cet égard, je tiens à vous

première publication de ces notes. Mais il n"a jamais répondu à cet appel.

18<S IJNF. PAOK PERDUE DE HOISOHÉ DE BALZAC

(lire (|ue depuis le momeiil où j'ai eu l'immense plaisir de vous lire et de m'associer en idée à ces types merveilleux que vous faites vivre, et revivre encore après les avoir créés, je suis possédée du désir de me voir revêtue d'une de leurs gracieuses formes ; Madame Marnefje, par exemple, était pour moi un type de séduction dont je ne saurais vous donner idée. Jugez donc de mon immense plaisir à la pensée de me voir bien et dûment habillée par vous-même d'une de vos gracieuses figures, et, en même temps, de mon chagrin de me sentir enle- YéQ par un affreux chemin de fer, loin de cette assemblée heureuse qui va vous applaudir en admirant.

u Pardonnez-moi de vous écrire ainsi, mais je vous sais par cœur, bien que vous ne me connaissiez pas encore. Dernièrement, j'ai été revoir la Marâtre^ cette magnifique reproduction d'un des cent mille intérieurs de Paris, et j'emporte avec moi pour passer quinze maussades jours à Boulogne, l'l7nitation de Jésus-Christ et Eugénie Grandet !

« Que ma place vide dans le Comité de lecture aujourd'hui vous rappelle une des plus grandes

admirations dont vous soyez l'objet, et que mon souvenir soit pour^ vous un souvenir de sympathie.

<( Agréez, je vous prie, mes bien vifs et bien sincères compliments.

« Brohax,

« De la Comédie-Fmnçaise. »

Les épreuves du Faiseur, provenant de l'imprimerie Lacrampe où la Marâtre venait d'être composée, furent corrigées par Balzac très peu de jours avant son départ pour la Russie. Ainsi s'explique la phrase principale de son billet à M. Lockroy. Mais le retrait de l'ouvrage ayant naturellement empêché sa mise en vente, la composition en fut distribuée avant tout tirage. C'est néanmoins cette première impression qui constitue la véritable édition originale du Faiseur. Ses exemplaires sont plus que rarissimes. Voici, à titre de curiosité, l'intitulé de l'ouvrage, puis la distribution des rôles telle que la Comédie-Française l'avait arrêtée :

J!H) UNE PA(;E PERDUK DK honoré I)K bai/zac

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