CHAPITRE X
L'HoiMTAi, CociiiN. — F()ii(l;iiioii (lo riinitilal |);ii- M, Cocliiii. — Difficultés (Mitro l(i Curé Aiitlicauino et l'exér-utouilestanioiiiair(' do M. Cochiii. — Lettres patentes. — Autonomie (le; l'Hôpital. — Ses ressources. — Sa i-éunion aux Hosj)ic(^s civils de Pai'is.
La Révolution. — Le Serment ecclésiastique. — La Charité des Pauvres. Déclaration de ses hiens et revenus ; la Connnission de Bienfaisance. — Derniers actes d'administration de M. Antlieaume. — Fin de l'Ancien Rég"ime. — Sort des biens ecclésiastiques: ce f|U(^ deviennent les fondations pour le culte, pour les pauvres, pour l'éducation. — Centralisation et nn'tiative privée.
Nous avons déjà parlé du zèle de M. Cochin pour le soulagement des pauvres. Les nialades surtout et les vieillards avaient sa prédilection : il conçut le projet d'établir un hospice destiné à recevoir les malheureux souffrants de sa paroisse. Sans attendre l'approbation royale nécessaire (nous verrons les difficultés que cette omission créera à son successeur), (1) il acheta dans le Faubourg Saint-Jacques, en face l'Observatoire, un terrain avec quatre maisons pour la sommede 17000 livres dont 8000 furent payées argent comptant avec l'aide de ses paroissiens, de sa famille et d'autres bienfaiteurs, et les
(1) V. Archives actuelles de la Fabrique: Documents antérieurs à 1803.
Voir aussi : Documents historiques sur l'Hôpital Cochin, par le D' Jacquet de la Tuffière (188G).
5.000 restant devaient être soldées par rentes viagères de 810 livres à la propriétaire, la demoiselle Biheron, et après elle de 300 livres à sa domestique : la Charité de la paroisse devait se charger de ces rentes (16 mars 1780).
Les bâtiments furent poussés avec activité sous la direction toute gratuite du jeune architecte Viel. Une partie du jardin de l'ancien Couvent des Capucins (V. leur translation, chapitre VI) contenant un arpent et deux tiers, était laissée à titre gratuit, mais précaire, à la disposition du nouvel établissement. En moins de deux années, grâce au dévouement de tous et à de généreux donateurs, tout était prêt pour recevoir les malades (juillet 1782). Le nouvel Hospice prit le nom de la paroisse : Hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas.
Les Sœurs chargées de la Charité paroissiale depuis la fondation de M. le Curé Desmoulins (chap. V), s'étaient transportées, avec tout leur mobilier et leur école, dans les nouveaux bâtiments. Un traité passé avec les Supérieures de la Maison-Mère des Filles de la Charité, augmentait de quatre leur nombre ainsi porté à huit, réglait tout ce qui concernait leur nouvel emploi, les dispensait de la visite des malades en dehors de V hôpital, ainsi que du soin de la « Mannitte des pauvres ». Elles devaient simplement préparer les remèdes pour les malades que les règlements empêchaient de recevoir à rhospice, (ceux qui étaient atteints de
maladies contai>ieuses ou déshoiinôtos, ot les femmes en couclies).
M. Cochiiî no jouit qu'un an à peine de la vue de son œuvre. A sa mort (.3 juin 1783), il léguait aux i)auvres tout ce (ju'il possédait, et chargeait son IVère, Claude Denis Cochin, payeur des rentes, d'exécuter ses dernières volontés, et son successeur de remplir les formalités nécessaires pour l'obtention des Lettres Patentes sans lesquelles l'Hospice ne pouvait subsister. (1) La situation financière de l'Hôpital, malgré la rajMdité de son établissement, n'était pas inquiétante. Sur 180.481 livres qu'il avait coûtées jusque-là, 135.929 livres étaient entièrement payées ; les revenus assurés par les dons et les fondations déjà contractées donnaient l'espoir de pouvoir, tout en entretenant l'œuvre commencée, solder dans un bref délai les 44.572 livres restées dues aux entrepreneurs. .
Le nouveau Curé, M. Nicolas Antheaume, docteur en théologie de la Maison de Sorbonne, (né en 1720) avait à cœur de continuer les œuvres de charité si bien développées par ses prédécesseurs. Cependant la nouvelle
(1) L'édit d'août 1740, dont nous avons eu déjà l'occasion do parloi', interdisait toute fondation nouvelle d'établissements religieux ou cliari tables sans la « permission expresse eu Roi, portée par ses lettres patentes, enregMstrées dans Ids parlements ou conseils supérieurs, chacun dans son ressort. » Toute disposition testamentaire dans ce but était entachée de nullité, « même si cette disposition était faite à la charge d'obtenir les lettres patentes. » Cette dernière clause avait été adoucie par les Déclarations de 1762 et 1774 en faveur des établissements charitables, des paroisses et des fabriques.
fondation ne lui paraissait pas très bien comprise. L'abandon de l'ancienne Maison de Charité, voisine de l'église, et située au centre de la paroisse, le transfert de l'école des Filles dans un quartier presque désert, loin de l'œil vigilant du Pasteur qui en avait la responsabilité, et surtout avec le danger pour les enfants du contact des malades, lui semblaient desdispositions regrettables. D'autre part, l'attachement de la famille Cochin pour le prêtre si digne d'estime qu'elle venait de perdre avait portél'exécuteur testamentaire à agir peut-ôtre avec un peu trop d'indépendance vis-à-vis du nouveau Curé. Celui-ci crut devoir se plaindre à l'Archevêque de Paris. 11 lui adressa successivement deux Mémoires, où il comparait l'état ancien de la Charité paroissiale à la situation qui lui était faite parle nouvel établissement : outre les griefs que nous venons de formuler, il indiquait deux motifs de suspendre l'œuvre commencée : les charges matérielles imposées à la Charité pour le paiement des bâtiments et l'entretien des sœurs et des domestiques, et surtout le délaissement des six mille pauvres de la paroisse pour le profit d'une quarantaine de malades; ceux-ci d'ailleurs n'aimeraient-ils pas mieux recevoir, comme par le passé, des soins à domicile, plutôt que d'être enlevés à leur famille ?
De son côté, M. Cochin publiait l'état des charges et des revenus présents et à venir de l'hôpital. Il est vrai que dans ces revenus il comprenait certains titres de rentes que son frère
avait cru i)()uv<)ii' distraire des biens de la Charité paroissiale au profit du nouvel établissement. L'archevêque intervint : tout en désirant la conservation de l'hospice, on essaya d'assuvcv la continuation des services rendus par l'ancienne Charité.
Ici se pla3e un fait qui montre combien l'esprit parlementaire était vivant dans la paroisse c\ cette époque. Le 22 mai 1785, les Fabricicns, qui avaient pris fait et cause pour Monsieur Cochin, se réunissent pour examiner le projet de lettres patentes à présenter au Roi. M. le Curé avait fait partie de la commission chargée de préparer ce projet et d'étudier la situation financière de l'hôpital. Invité pendant la séance publique à donner son avis sur le projet, il répond simplement qu'il ne pouvait rien décider tant que l'archevêque saisi de l'affaire n'aurait [iSiS eœpn'mc son vœu. Tous les marguilliers présents, à l'unanimité, réclament immédiatement que la demande, objet du projet, soit faite au roi. Le rapporteur, M. Graffm, répond à ]M. le Curé (1) « que, nonobstant tout le respect qu'il porte à ^Igr l'Archevêque, il ne peut s'empêcher d'observer à la Compagnie que Mgr l'Archevêque n'a et ne peut avoir aucune voix coactive sur la présente affaire ni sur le gouvernement de la Fabrique^ la Fabrique ne devant connaître d'autre supérieur que Monseigneur le Procureur Général, étant le protecteur- Ci) Arcli. Nat. S. 3398
né des Fabriques de cette capitale. » A ces mots, M. le Curé quitte l'Assemblée. Lô Bureau, en témoignant ses regrets de la retraite de M. le Curé, a cru deoolr coiitltiucr ses délibérations.
M Gilbert de Voisins, président du Parlement, marguillier d'honneur de Saint-Jacques, était absent à cette séance. Le projet lui est soumis ; et, sur ses observations, on fait quelques changements dans l'assemblée du 12 juin, à laquelle n'assistait pas M. le Curé. Deux membres sont chargés de porter à M. Antheaume la délibération à signer ; comme ils ne le trouvent pas chez lui, la Fabrique lui fait remettre (9 juillet) par ministère d'huissier^ à ce qiCil nen ignore^ la copie des délibérations de deux précédentes séances et du projet, avec les rectifications, de lettres patentes pour l'hôpital.
L'affaire ne fut terminée qu'en 1790. Une lettre de M. Gilbert de Voisins à M. Jolly de Fleury, procureur général, (1) du 3 février 1789, nous indique à quelles conditions le succès peut être enfin obtenu : les réclamations du curé avaient trouvé des partisans dans la portion peu fortunée de la paroisse : « S'il est absolument indispensable pour obtenir les lettres patentes d'avoir le consentement du curé et de la majeure partie de la Fabrique, jamais elles ne seront obtenues... La Fabrique n'est composée que de gens de la lie du peuple^ et le plus grand nombre est gagné par le curé ». Le seul remède, si le
(l) Bibl. Nat. Coll. Jolly de Fleury, iio 1243, f. 2GI-3.
vote de rassemblée est néeessaire, c'est l'aljaiidon des deux articles objet du litig-e : l" le projet de vente de raiiciomie Maison de Charité ; d'ailleui's les ouvriers ayant tous été payés, l'argent comptant qu'on espérait tirer de cette vente devient moins nécessaire; 2^^ l'affectation à l'hospice d'une partie des revenus de l'ancienne Charité : le curé n'aurait plus alors à compter sur les secoui's que l'hospice fournit actuellement aux autres pauvres de la paroisse.
Avouons, en passant, que le langage de ce Président du Parlement n'était guère digne de l'année 1789. On sait d'ailleurs comment les magistrats récompensèrent le peuple, sur lequel ils s'étaient appuyés dans leurs dernières luttes contre le pouvoir royal : la déclaration du 23 septembre 1788, convoquant les Etats-Généraux pour le mois de janvier 1789, ne fut enregistrée qu'avec la clause expresse, que l'on s'en tiendrait à la forme observée en 1014 ; c'était refuser d'admettre le doublement du Tiers-État, qui lui accordait autant de voix qu'aux deux autres ordres réunis.
Les retranchements prévus furent en effet acceptés. A la suite de la délibération du 21 février 1790, un mémoire fut présenté au gouvernement au nom des curé et marguilliers de Saint-Jacques du Haut-Pas, et de la famille Cochin représentée par Claude Denis Cochin, écuyer, payeur des rentes et administrateur de l'Hôpital-Général, frère et exécuteur testamentaire du curé fondateur. On y joignit le
rapport modifié de M. Graffin. Les lettres patentes de Louis XVI furent données au mois do mai et enregistrées au Parlement pendant les vacations. En voici la substance (1):
L'Article I confirme le testament de M. Cochin, ainsi que les legs et revenus attribués aux pauvres malades de la paroisse. — Les terrains, cour, bltiments et dépendances de l'établissement sont déclarés amortis.
IL — L'administration est confiée à un bureau composé ainsi qu'il suit : le curé et ses successeurs, les marguilliers en charge de la paroisse, pendant leur exercice seulement, sont administrateurs-nés ; avec eux, deux anciens marguilliers élus par le bureau de la fabrique pour deux ans, mais non rééligibles ; de plus cinq autrespersonneschoisies parmi lesnotables de la paroisse ; indépendamment de l'aîné mâle de la famille du feu sieur Cochin fondateur, qui sera à perpétuité administrateur-né, qu'il soit ou non habitant de la paroisse.
IIL — Sont approuvés les administrateurs choisis par M. Cochin, fondateur, et leur sont adjoints MM. Gilbert de Voisin, président du Parlement de Paris, J.-B. Colette, greffier au Grenier à Sel, Claude Christophe Courtin, ancien avocat au Parlement et administrateur de l'Hôpital-Général, Jean Denis Levé, écuyer, ancien échevin de Paris, et Claude Nicolas Leroy ancien négociant. — En cas de retraité de la
(1) Arch. Nat. X. 1 b. 9084.
paroisse, démission ou mort d'un de ces cinq administrateurs, un autre paroissien sera élu à la plur.ilitp des voix dans une assemblée générale du hmwiu d'administration, qui a môme le pouvoir, si besoin est, d'augmenter par semblable vote de deux le nombre des administrateurs.
IV. — Tous les administrateurs devront incessamment confectionner les règlements nécessaires pour les soumettre, si besoin est, à riiomologation du Parlement.
L'Hospice est déclaré capable de posséder tous les biens dans la mesure où le permet réditdel749.
Les Papiers et titres concernant l'Hôpital ou la Charité devront être déposés respectivement aux Archives de la Fabrique ou au bureau établi pour cet effet dans l'Hôpital, et la copie desdits titres et papiers dans celui des deux endroits où ne seront pas les minutes.
L'aîné de la famille Cochin aura droit à la disposition d'un lit pour un malade, soit dans la salle des hommes, soit dans C3lle des femmes.
Les biens et revenus fixes ou casuels affectés audit Hospice seront employés à l'usage et entretien d'iceluy sous la direction des administrateurs ; et en cas de destruction ou suppression de l'établissement, ils devront faire retour à l'ccuvre générale de la Charité de ladite paroisse pour être régis, gouvernés et administrés par les Curé et assemblée de Charité, conformé-
ment aux usages anciens de ladite paroisse et aux arrêts du Parlement sur ce intervenus.
M. Antheaume remit à M. Cochin les titres et papiers concernant spécialement C3t établissement. La nouvelle administration ne fonctionna que peu de temps : l'an III de la République, l'Hospice fut compris dans le nombre des établissements dont les biens furent attribués à l'Etat. Déjà il avait été soumis à la visite du Comité pour V extinction de la mendicité nommé par l'Assemblée nationale parmi les députés des trois Ordres : l'état en avait été trouvé satisfaisant : on constatait qu'on y avait reçu, de 1783 à 1790, 923 malades gratuits et 68 payants, plus 177 pensionnaires. Sur ce chiffre, il n'y avait eu que 280 décès, alors que les malades étaient presque tous âgés de plus de GO ans.Les 45.000 livres dues à la mort de M. Cochin avaient été remboursées et le revenu actuel s'élevait à 10.500 livres.
Le 28 Nivôse de l'an III (17 janvier 1795) un décret porta le nombre de lits à 80. Désigné sous le nom d'Hospice Jacques, puis d'Hôpital du Sud, il fut sous le Consulat (27 Nivôse an IX) confié, comme tous les Hôpitaux civils de Paris, à un Conseil général non rétribué assisté d'une commission administrative rétribuée composée de cinq membres.
Les biens de la Charité paroissialenedevaient pas avoir un sort plus heureux. Les difficultés créées par l'union avec le nouvel Hôpital étaient aplanies par les dispositions mentionnées dans
les Lettres patentes : la séparation des deux administrations y semble l)icii indiquée. Le livre de comptes ( 1 ) de la. Maison-Mére des Filles de la Cliarité, où l'on inscrivait les sommes données aux soeurs qui partaient pour une nouvelle fondation, fait mention, à la date du 10 octobre 1790, de ()00 livres reçues de M. le Curé de Saint-Jacques du Haut- Pas pour V établissement de trois siRui's dans la paroisse. En rapprochant ce fait des explications données par M. Antheaume dans sa déclaration des biens de la Charité paroissiale, on acquiert la conviction que ces trois nouvelles sœurs avaient repris intégralement l'exécution de la fondation de Monsieur le Curé Desmoulins.
Un rapport du commissaire de police de la Section de l'Observatoire du 17 septembre 1791 (Arch. Préfect.dePolice,Sect. Observatoire. 301) confirme pleinement cette conjecture. La Supérieure de la liaison de Charité du 219 rue du Faubourg Saint-Jacques, Marie Boulangier, vient porter plainte, avec la sœur Tireau, au sujet du vacarme fait pendant la nuit, à la porte de l'établissement, par deux gardes nationaux, pour les forcer à rallumer les lampions éteints par le vent, lors des illuminations du 14 septembre.
Les besoins des pauvres avaient augmenté cette année avec les misères du temps. Les administrations financières, laCaisse d'escompte
(1) Archives Nationales H. 3726.
en particulier, avaient cru devoir venir en aide aux déshérités : l'Assemblée générale des représentants de la commune de Paris (20 février 1790) donna l'ordre aux trésoriers des différents districts de distribuer les secours ainsi reçus. Les districts du Val-de-Grâce et de Saint- Jacques du Haut-Pas devaient renfermer un bon nombre de pauvres, à en juger par l'allocation de 5.300 livres qui leur fut assurée, somme trois fois plus forte que pour la majorité des autres districts.
Cependant la Révolution avait déjà commencé son œuvre. Les premiers enthousiasmes, soulevés par des réformes depuis longtemps désirées, avaient fait place à de grandes inquiétudes chez les chrétiens sérieux. Déjà les droits les plus sacrés de l'Eglise avaient été ouvertement attaqués, les privilèges du clergé abolis, les dîmes et le casuel supprimés en principe (août 1789) les biens ecclésiastiques mis à la disposition de la nation (2-1 novombro 1789), les vœux religieux abolis (13-19 février 17;).')), la constitution civile du clergé enfin votée (12 juillet-24août) : c'était leschismeimminent daa^ l'Eglise, puisque son autorité spirituelle y était atteinte dans l'exe.cice le plus incommunicable de sa juridiction. Après bien des hésitations, le foi avait fini par céder ; et les dimanches 9 et 16 janvier 1791, tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics, eurent à choisir entre la prestation pure et simple du serment de lidélitè à cette constitution ou l'abandon de leur ministère.
A Paris, tout fut mis en œuvre pour porter le clergé c\ prêter ce serment : [)romesses et flatteries les jours précédents, intimidation le jour niénio. C'était à la grand'messe que devait avoir lieu la cérémonie en présence des commissaires (le la municipalité ; les bandes déjà trop connues de la populace avaient envahi les églises, i)rètes à faire du scandale. Malgré tout, le chiffre des courageux fut plus considérable que celui desjureurs, bien qu'on eût pris soin d'attirer pour faire nombre tous les ecclésiastiques, même simples tonsurés, et les religieux sortis de leur couvent. 220 prêtres ayant les pouvoirs de confesseurs, sur un peu plus d'un millier, eurent le malheur de prêter serment. A Saint- Jacques du Haut-Pas, la défection fut considérable :1e Curé, le premier vicaire M. Duclos, M. Feret prêtre approuvé, M. Genin prêtre approuvé et sacristain, M. Renouard prêtre approuvé, M. Cornu prêtre diacre d'office, M. Durand diacre, se soumirent. Seuls MM. Menessier, deuxième vicaire, et Roy de Kervisic, prêtre chargé de l'administration des Sacrements, résistèrent. — Monsieur le Curé Antheaume « avait l'air quand il a prêté serment d'un patient que l'on traîne au gibet, » nous dit une relation du temps.
Faut-il invoquer comme circonstances atténuantes, l'âge de ce vieillard de 71 ans, les influences d'un milieu trop imbu de cet esprit parlementaire qui trouvait son châtiment comme son triomphe dans l'adoption de la Constitution
civile? Nous pourrions le croire à voir la fidélité des paroissiens à leur pasteur prévaricateur jusqu'auxjours de la Terreur. La lettre suivante, insérée dans le Moniteur Universel du samedi 15 janvier 1791, nous monti'3 combien les autorités municipales se félicitaient de compter le curé de Saint-Jacques parmi les prêtres assermentés : c( 11 vient, Monsieur, de me tomber sous la main une petite feuille imprimée, ayant pour titre : Liste des Curés qui n'ont pas prêté le serment civique ] j'y ai vu avec autant de surprise que d'indignation qu'on avait mis ;;u nombre des réfractaires M. Antheaume, curé de Saint-Jacques du Haut-Pas; j'atteste que ce vénérable pasteur a prêté ce serment entre mes mains, dimanche dernier, à la seconde messe paroissiale, à la tête de son clergé, en présence , du président et du comité de sa Section, du Commandant de bataillon et de tous ses paroissiens, qui lui en ont témoigné leur satisfaction par des applaudissements réitérés. Il est important que le public connaisse et distingue les ecclésiastiques vraiment chrétiens qui ont donné l'exemple de leur soumission à la loi et de leur amour pour la paix, qui n'est autre chose que l'amour du prochain si recommandé par leur divin Maître.» — *S/V//^é Jallier, officier municipal, électeur de 89 et 90.
Les Archives de Saint-Jacques possèdent les comptes de l'administration fabricienne continuée jusqu'à la fermeture définitive des églises même constitutionnelles. La paroisse avait en
eiïct été maintenue lors de rétablissement de la nouvelle circonscription (4 février 1791). Nous nous contenterons de donner la dernière pièce ofticielle adressée par le Bureau de Liquidation des afTaires ecclésiastiques du département de Paris : « Au Citoyen Antlieaume,cy-devantcuré de la cy-devant paroisse Jacques du Haut-Pas li Paris. — Tu es prié, citoyen, de passer au bureau de liquidation situé maison du cy-devant Saint-Esprit, près la maison commune, relativement à la créance que tu as sur la cy-devant paroisse Jacques du Haut-Pas et rapporter le récépissé qui a été donné de tes titres de créance. Signe Gobillon. » — Le récépissé dont il est ici question constate que « le 4 frimaire, an troisième de la République française une et indivisible, le citoyen Antlieaume a remis au bureau les pièces servant de titres au Compte des Recette et Dépense et pièces justificatives en qualité de cy-devant curé de la paroisse Jacques du Haut-Pas. » — Notons que dans ces comptes il est fait mention pour l'année 1793 d'une dépense de 54 livres pour les pains d'autel « à l'usage des messes et pour la Communion des fidèles ; » ce qui suppose la pratique des sacrements encore assez répandue, même sous ce culte constitutionnel! MM.Ducloset Renouard sont nommés dans ces comptes comme vicaires et trésoriers.
La défection temporaire du clergé paroissial fut d'ailleurs compensée par le martyre d'un des deux prêtres réfractaires, M. de Kervisic,
victime des massacres de septembre 1792, ainsi que le supérieur et onze Eudistes ou pensionnaires des Eudistes de la rue des Postes (voir au chapitre VII).
Arrêté le 23 août au Collège de Boncourt, il fut massacré le 23 septembre au séminaire Saint-Firmin où il avait été interné.
Dès maintenant nous éprouvons le besoin d'indiquer la rétractation du serment par M. Antheaume après les misères de la Terreur.
Il nous faut revenir à la Charité paroissiale ; là non plus le concours des paroissiens ne fit pas défaut au curé. Une loi du 25 mai 1791 attribuait à la municipalité de Paris la perception et la distribution de la totalité .des revenus appartenant aux pauvres de la ville ; et le 5 août suivant, le Corps municipal désignait M. Vallet de Villeneuve, trésorier de la Ville, pour s'en occuper sous le contrôle et la surveillance de la Commission municipale de bienfaisance. Les curés (constitutionnels) des 33 nouvelles paroisses devaient faire partie de cette commission avec plusieurs autres citoyens de chaque paroisse.
Déjà, le 18 janvier de la même année, M. Antheaume avait dû faire la déclaration des revenus et charges des pauvres de la Charité de Saint-Jacques. L'actif se montait par an à 18.271 1., 2 s. 3 d. et le passif à 22.000 livres. — Les biens-fonds consistaient : 1° en une maison habitée, rue Saint-Jacques 219, par trois sœurs de Charité, dont l'une s'occupait de l'école des
lillos (une centaine d'enfants), une seconde du dispensaire, et la troisième de la visite des pauvres malades ; 2° en une petite terre affermée à Fontenay-aux-Roses produisant 18 livres de revenu. 8,2 titres de rentes ou contrats sur la Ville, sur le Clergé, sur les Ktats de Languedoc, Bourgogne et Bretagne, provenant des différentes fondations, donnaient 15.871 l.,2s.l d.^ Les aumônes annuelles du Roi (accordées depuis 1733 d'une manière plus ou moins régulière) s'élevaient en moyenne à 2.400 livres. — Parmi les dépenses, il y avait 1.289 1.14 s. 9 d. à payer à des usufruitiers, et 57 1. 15 s. pour des messes de fondations. Le pain seul distribué pendant une année revenait à 7.000 livres. — Le déficit était comblé par les aumônes des paroissiens.
Pour établir une répartition équitable des biens des pauvres, la Commission municipale demanda le dépôt dans ses Bureaux de tous les titres de rentes et de contrats des Charités : }yL Antheaume résista plusieurs mois, malgré les lettres pressantes du Procureur de la Commune. Enfin, le dimanche 29 janvier 1792, l'assemblée extraordinaire des marguilliers, convoquée à cet effet, l'autorisa à faire la remise demandée, « pourvu qu'on lui en donnât un récépissé bien en règle, et que la municipalité exécutât ce qui est porté dans les dits titres et contrats selon leur forme et teneur. »
Le récépissé est daté du 28 février, et la décharge de la municipalité fut envoyée le 30 mars.
Le Curé et quelques paroissiens continuèrent jusqu'en octobre 1793, d'administrer les biens des pauvres avec le titre de membres de la Commission provisoire de bienfaisance de Saint-Jacques du Haut-Pas. Le dernier compte, examiné par les citoyens Collette aîné et jeune dans la dernière assemblée du S*" jour du deuxième mois de la seconde année de la République française une et indivisible, nous montre deux Filles de la Charité continuant successivement leurs soins aux malheureux. Le Curé-trésorier était autorisé le même jour à verser le reliquat de ses recettes entre les mains du trésorier général de la commission centrale, Vallet-Villeneuve.
Telle fut la fin de l'ancienne administration fabricienne : aussi soucieuse du bien des pauvres que de celui de l'Eglise ou de ses ministres, elle avait, pendant plus de deux siècles, fait preuve du zèle le plus constant et le plus dévoué pour les intérêts qui lui étaient confiés. Sincères représentants de la paroisse, les marguilliers de Saint-Jacques nous ont montré les qualités de cet esprit de famille, si rare de nos jours, qui attachait alors chacun des fidèles à la société dont il se sentait un membre actif. Sans doute les défauts inhérents à toute association humaine se sont parfois révélés ; l'union de tous fit, en plus d'une rencontre, prendre parti pourles torts de quelquesuns ; il n'en est pas moins digne de notre admiration le spectacle de cette paroisse se créant
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tentatives au siècle dernier, avait bien disparu.
Quant aux charges nombreuses dont étaient grevés presque tous les biens ecclésiastiques, qui pouvait désormais les acquitter? hQ^ prières sollicitées par tant de fondateurs se sont trouvées tout à coup supprimées. Les institutions charitables ont presque toutes subi le môme sort; et celles que l'Etat a bien voulu conserver, peuton dire qu'elles atteignent le but que s'étaient proposé leurs auteurs, alors que presque partout la charité y a fait place à une philanthropie au moins sans religion? La même réflexion s'impose pour les innombrables établissements d'éducation supérieure, secondaire, ou primaire : les sommes considérables prélevées au budget sont loin de remplacer les bourses et autres fondations que leur avait assurées l'initiative aussi intelligente que bienfaisante de nos chrétiens d'autrefois. (1)
La fin de l'Ancien Régime devrait marquer la limite de notre travail. Il est pénible de terminer par de si tristes événements. L'épreuve, l'expiation ne devaient pas durer longtemps, si cruelles fussent-elles : l'activité paroissiale devait bientôt cherchera reprendre ses droits au grand jour pour réparer les ruines amoncelées. Dans un chapitre complémentaire^ nous donne-
(1) On peut voii' les cliifitVes donnés par ditlerents auteurs : Taine: Les origines de la France contemporaine, T. I. p. 218 et seq. ; — Albert Duruy : V Instruction publique et la Rcvoliitlon^
rons quelques détails sur cette résurrection diflicile durant les dernières années d(i la Révolution, et nous ajouterons un aperçu sommaire sur l'histoire de la paroisse depuis le Concordat de 1801 jusqu'à nos jours.
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