CHAPITRE COMPLI^JMENTAIRE
Apkrçu sur l'histoirk dk Saint-,) acquits du Haut-Pas DKPUis LA Révolution. — Les Oi'atoii-es privés. — Rônuvci'iuriî (le l'éiiliso ]);u'oissial(\ — M. Duvul ])i-(Miii(M' luiiiisUH» du Ciilto. — L(>s Coiistitutioiiucls ; les Tliéo- ])liilaiitliropos. — Hcoriiaiiisatiou après 1803; MM. les (iiivs (Icssoi'vaiits Duval ci Legros. — Déci-eCdo 180Î) sur l(\s Fal)ri(iu('s. — MM. Le Legard et Rémai'd. l)é('ouvert(> des Keli(}ues de saint Magloire. — Eiubellisseineiits dans rLgIise. — Les Offices ; la Maîtrise. — M. Martin de Noirlieu : Réfoi-ine de la Comptabilité. — M.Delx^auvais ; Déniend)renient de la Paroisse pour la fondation de la i)ai'oisse Notre-Dame des Champs ; Chapelle des Catéchismes; Oi-phelinat. — M. Hiron ; la (iuerre ; la Conmnnie. — M. Ducastel. — M. Lemaîti'e : laïcisation des ^coles. — M. Bernard : l'Ecole Normale ; Ecole des Sœurs de la rue Nicole ; Ecole des Frères. — La Ciiarité des anciens Paroissiens continué(> de nos jours.
Depuis le serment schismatique, les paroissiens qui avaient refusé de suivre leur malheureux pasteur, s'étaient réunis autour des prêtres tidèles dans les différentes chapelles de Communautés, ou dans les oratoires particuliers que laLoi n'avait pas encore supprimés ou aliénés. Le culte pouvait y être exercé sans entraves de la part de l'autorité, pourvu qu'il n'y fût prononcé c< aucun discours contenant des provocations directes contre la Constitution, et en particulier contre la Constitution civile du Clergé. »
Le peuple de Paris et sa Municipalité se
montrèrent souvent moins tolérants que ne semblait l'exiger la loi. Le samedi 19 mars 1791, le Procureur de la Commune, averti qu'une ordination allait se faire dans la chapelle du Séminaire des Anglais, rue des Postes, ordonne une perquisition dans cette maison : arrivé au milieu de la cérémonie, le Commissaire de police Simon n'ose cependant pas en empêcher l'achèvement ; il se contente de l'assurance écrite donnée par l'archevêque de Chartres, prélat consécrateur, qu'il répondait devant la Municipalité de tous les ordinands, et part en se faisant remettre la liste de tous ces clercs : ils étaient cloute prêtres, dix-neuf diacres et un sous-diacre de divers diocèses et appartenant aux divers séminaires de Paris. (Arch. Préfecture de Police, Sect. Observatoire).
Les 15, IG et 17 avril de la même année, le Commissaire dePolice delà même Section(ibid.) est chargé de notifier l'Arrêté municipal des 11-14 du même mois sur la fermeture des églises et chapelles qui n'avaient pas été conservées comme paroisses : les scellés furent en conséquence apposés à sa réquisition sur les chapelles de la plupart des maisons religieuses de la paroisse, à l'exception des Séminaires, des hôpitaux et des communautés de femmes non encore supprimées. Ce même arrêté voulait même (Art. Vil), pour ces dernières chapelles, en restreindre l'entrée aux seuls pensionnaires des établissements, et interdire la célébration de la messe à tout prêtre qui n'aurait pas une
mission parliciilière de l'évoque constitutionnel visée par le cui-é de la paroisse, laquelle mission n'aurait pu être accordée que sur la demande des supérieurs des maisons. La protestation fut générale contre ce dernier point, et l'Assemblée Nationale elle-même déclara (7-13 mai) qu'il avait là abus, t(^us les prêtres insermentés ayant la liberté de dire la messe dans tous les édidces laissés au culte.
Après la suppression des communautés séculières (1792), certaines chapelles moins en vue recevaient encore des ecclésiastiques réfractaires : c'est ainsi que, à la date du 28 mars 1793, le commissaire de police est informé que la messe était célébrée d'une manière habituelle dans la chapelle des orphelines de l'Enfant-Jésus (cul-de-sac des Vignes, rue Rataud) : la supérieure de la maison, obligée d'avouer qu'elle n'avait obtenu aucune autorisation pour cet objet, voit les scellés posés sur les portes de la chapelle ; la garde lui en ayant été inutilement proposée, fut remise à une citoyenne du quartier. (^Arcli. Police, Sect. Observatoire.)
Les derniers mois de 1793 virent profaner et fermer les darnières églises constitutionnelles. Le 23 du premier mois, an II (14 octobre 1793) le Conseil général de là Commune de Paris pi'end un arrêté interdisant toute cérémonie extérieure du culte, et proscrivant tout emblème religieux même aux enterrements ou dans les cimetières ; seule Vima^je du Somme il pouvait
être représentée sur le drap mortuaire et placée au milieu des lieux de repos. Le 21 du même 1*"^ mois, nouvel arrêté ordonnant aux commissaires de police de faire enlever le plomb, le fer et le cuivre des églises pour le service de la guerre. — ^ Le 3 frimaire (26 novembre), arrêté prescrivant la fermeture immédiate de toutes les églises ou temples de toutes les religions et de tous les cultes à Paris, et rendant les ministres ou prêtres personnellement responsables de tous les troubles provenant d'opinions religieuses ; quiconque demanderait la réouverture d'un temple serait regardé comme suspect ; — la Convention était priée d'ordonner, avec une surveillance très étroite des prêtres, leur exclusion de toute fonction publique.
Cinq jours après, le procureur de la Commune, Chaumette,se crut obligé, malgré la part qu'il avait prise aux scènes révoltantes d'athéisme et de profanation, de prononcer au Conseil général un réquisitoire en faveur de la liberté des opinions religieuses : la crainte de Danton et de Robespierre, dont les discours contre l'athéisme venaient de faire grand bruit, pouvait seule expliquer ce brusque changement. Cependant dans la même séance le culte de la Raison recevait une organisation officielle avec ses fêtes des décadis.
L'église Saint-Jacques fut dévalisée comme les autres : des fouilles furent pratiquées pour enlever les cercueils de plomb ; les cloches, à part l'unique qui nous reste, envoyées à la
loiitc ; les œuvres d'art transportées, en i)artie (lu moins, au Muséi^ dos Pctits-Augustins. Les (\ïtalo(/ues (le Lriinir (I)(*itent ciuij laldeaux (|ui y lurent déposés le 13 florénl nu II Cl iriai 171)1): les Noces <lc Caiia (tableau (lorcntin, auteur inconnu) ; la Visitation^ médiocre copie (ra[)rès Sébastien dcl Pioudjo; autre Visitation attribuée ù un élève de I.cBrun ; \q Sftcrifice de la il/6's.s'e,et le Mariai je de Joseph uiéme école. — Deux estampes sous verre eurent le même sort : le Cardinal de Fleury et Vintiniille^ gravures de Brevet.
Déjà mémo (2) à la fin de 1792, ou au commencement de 179.'3, Lenoir indiquait parmi les tableaux à enlever un superbe La Hire (le Martyre de saint Barthélémy, dont nous avons parlé à la page 14G), avec cette mention : le remplacer par un autre.
Le 19 floréal, trois dessus de tal)le de marbre rance avec leurs pieds en bois doré furent envoyés au même dépôt ; le maître-autel ne put être retrouvé après la Révolution.
l^Qs Archives paroissiales furent également enlevées de la Chambre du Conseil les 12 et 13 floréal an II : cette mesure a eu, du moins, pour heureux résultat la conservation d'une partie très importante de ces papiers.
Le 3 ventôse, an III (21 février 1795) la liberté des cultes fut reconnue par la Convention, et son
(1) Arciiivos du Musée des uioiuuiieiits français, S'jDartio, p. 154 et 293.
(2) Item, iijid. p. 24.
exercice assuré, sans autre participation du gouvernenrient que la surveillance très étroite de la police. Dès ce moment, des prêtres courageux demandèrent l'autorisation d'exercer leurs fonctions dans des oratoires loués par eux à leurs nouveaux propriétaires : ainsi le citoyen Louis Paulus, (1) domicilié 10 rue des Postes, déclare, le 12 floréal, au Commissaire de Police de la Section, qu'il a loué la ci-devant chapelle de^ Eiidlstes pour y exercer le culte catholique romain, — Ce prêtre, ancien Curé non assermenté de Bruyères, sous le coup d'un mandat d'arrestation, avait reçu le 17 fructidor an II la visite du commissaire de police en ce même domicile : la perquisition n'avait donné lieu à aucune découverte suspecte.
La Vie de Madame de Soyecourt, ancienne religieuse Carmélite de la rue de Grenelle, nous donne des détails sur cette résurrection du culte dans la paroisse. U Église du Séminaire du Saint-Esprit, qui n'avait pas été profanée, fut vjlontiers mise à la disposition des paroissiens par le vénéré M. Boudot, qu'on avait laissé tranquille dans sa chambre. Vers Pâques de 1795, la religieuse vint habiter rue Saint-Jacques une maison à l'enseigne de la Vache Noire, où demeurait déjà le sulpicien M. Duclaux. Cette maison porte aujourd'hui le n° 218. Le propriétaire d'alors permit d'abattre quelques cloisons pour installer une chapelle. M. de Dam-
(1) Arcli. poli(?G, Soct. Observatoire.
pierre, vieaire-général de Paris, y établit des fonts baptismaux : tous les sacrements i)urent y être administrés ; les messes s'y succédaient de cinq heures jusqu'à midi ; les offices du dimanche y étaient célébrés, et les [)rédications données par des prêtres bien connus, comme l'abbé de Boulogne, depuis évù(iue de Troyes.
Lorsque après deux ans et demi. Madame de Soyecourt quitta cet asile pour aller avec ses stiuirs occuper une dépendance du couvent des Carmes de la rue de Vaugirard, qu'elle avait pu racheter, M. Emery y rétablit le Séminaire de Saint-Sulpice. Obligé de rester caché dans son appartement de la rue d'Enfer, il en laissait la direction à M. Duclaux. Les séminaristes habitaient dans les maisons voisines, ne sortant que par petits groupes, et ne se réunissant que pour les exercices communs. Le dimanche, ils allaient assister aux offices, d'abord à l'église Saint-Jacques, alors rendue aux prêtres catholiques, puis bientôt à l'Oratoire des Carmes, qu'était venu occuper l'ancien Curé de Saint- Sulpice, M. de Pancemont.
Citons parmi les élèves de cette époque MM. deQuélen, futur archevêque de Paris ; de la Croix d'Azolette, futur archevêque d'Auch ; Feutrier, futur évoque de Beauvais ; Le Tourneur, plus tard évoque de Verdun ; Liautard, premier supérieur du collège Stanislas. — fM. Frayssinous, le [)remier grand conférencier de ce siècle, y professait la théologie dogmatique.
Le Séminaire quitta la Maison de la rue Saint-Jacques en 1803 pour aller s'installer rue Notre-Dame des Champs, dans la maison qui devint l'année suivante le collège Stanislas.
Cependant Téglise Saint-Jacques était une des quinze désignées par l'arrêté du 8 juin 1795 (20 prairial an III), en exécution de la loi du 11 prairial an III, pour être mise à la disposition des catholiques. Un des anciens marguilliers, M. Collette l'aîné, se chargea des réparations urgentes, et le 24 juin de cette même année (et non de 179G, comme l'indique l'inscription placée dans l'église sous Monsieur le curé Hiron), l'office de Saint Jean-Baptiste put être solennellement célébré.
La loi du 11 prairial en autorisant la réouverture d'un certain nombre d'églises non aliénées, chargeait les fidèles de toutes les réparations et de l'entretien nécessaires. Les ministres du culte qui voudraient y exercer leurs fonctions, n'étaient astreints qu'à une simple déclaration de soumission aux lois de la République. Cette déclaration put retenir beaucoup de prêtres par son sens vague. A Paris, les vicaires généraux de l'Archevêque exilé, MM. de Dampierre et de TEspinasse, M. de Milaret chanoine, et M. Émery, supérieur de Saint-Sulpice, ne virent aucune difficulté à la prononcer, dès lors que la soumission ne paraissait demander que l'abstention de toute démonstration extérieure contre le gouvernement de fait. Ils purent môme ramener au sein de l'Église bien des prêtres
assermentés : un registre, conservé plus tard à rarclievèclié jus((u'au pillage de 1830, était destiné à recevoir la signature de ceux <|ui rétractaient le serment schismatique après une pénitence exemplaire. Parmi les signatures données dans les premiers mois de 1795, (lit M. Picot dans ses Mémoires, se trouvaient celles de deux anciens vicaires épiscopaux du renégat Gobel : Girard, curé de Saint-Landry, et Mille, ancien curé d'Ebry, et de plusieurs curés de Paris, entre autres de M. Antheaume, curé de Saint-Jacques du Haut-Pas.
La Vie de Madame de Soyecourt donne à entendre que Téglise Saint-Jacques était, au moment de sa réouverture, entre les mains des prêtres constitutionnels. Peut-être le serment jadis prêté par M. Antheaume et plusieurs ecclésiastiques qui se fixèrent alors dans la paroisse, put-il induire en erreur : la rétractation qu'ils avaient faite était certainement connue des vicaires-généraux qui fréquentaient l'oratoire installé dans la maison de la Vache-Noire. D'ailleurs, depuis le 27 juillet 179G, les délibérations de l'iVssemblée des Economes ou administrateurs temporels de Saint- Jacques sont signées par M. DuvAL, premier ministre du culte, dont la même Vie se plaît à vanter les glorieux témoi^ gnages pour la foi : (p. 98, édition de 1849) c< M. DuvAL si souvent captif et confesseur du nom de Jésus-Christ » .
Nous pourrions invoquer encore le témoignage des Annales catholiques^ dont l'un des
premiers rédacteurs, l'abbé Sicard, directeur de l'Institution des Sourds-Muets, (V. chapitre VI) était plus à portée que tout autre de savoir ce qui se passait à Saint-Jacques. Or cette église est toujours indiquée [comme occupée par des prêtres catholiques, sans qu'il y ait eu lieu de signaler leur rétractation depuis la fondation des Annales (commencement de 179Gj, comme on ne manquait pas de le faire pour d'autres églises.
Les faits que nous allons rapporter confirmeront définitivement l'orthodoxie des ministres du culte de cette époque dans la paroisse.
La période de calme qui pi'écéda le Coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) permit aux catholiques, outre les quinze églises officielles, de reprendre possession, à titre particulier, de la plupart des anciennes églises, Il y en avait plus de quarante d'ouvertes à Paris à cette date. Un rapport, demandé au Bureau central du Canton de Paris par le ministre de la police Cochon (8 floréal an IV), donne trois églises pour la Section de l'Observatoire, dont les prêtres avaient fait la déclaration requise par la loi : Saint- Jacques du Haut-Pas avec quatre prêtres, la chapelle des Eudistes avec cinq prêtres, celle du Saint-Esprit avec dix prêtres. Une erreur d'indication ne nous a pas permis de retrouver cette pièce citée en grande partie par M. Sciout (1) : nous aurions désiré connaître les
(1) Sciout, Constctation civile, T. IV. p. 461-5.
renseignements qui doivent y être contenus surces différents ecclésiastiques.
Au lendemain du Coup d'État, un nouveau serment est exigé du clergé, celui de haine à la roi/auté et à V anarchie : les explications que reçut cette formule permirent encore de le prêter aux prêtres soucieux, avant tout, de ne pas abandonner les fidèles confiés à leurs soins. Mais, en même temps, le Directoire rentre dans la voie des persécutions ouvertes. La loi du 7 fructidor précédent, qui avait rapporté les mesures votées par la Convention contre les prêtres insermentés, est retirée ; et tous les ecclésiastiques, pour être admis à profiter de la liberté accordée par la prestation du nouveau serment, doivent justifier qu'ils ont fait celui de 1790-91, s'ils y étaient tenus, et qu'ils ne l'ont point rétracté.
D'autre part, une interprétation abusive de la loi du 7 vendémiaire an IV (28 septembre 1795) sur la police des cultes, porte l'Administration centrale de la Seine, sur les ordres du ministre de la police générale, à prendre un arrêté prescrivant la fermeture de tous les oratoires publics autres que les quinze temples accordés officiellement le 20 prairial an III : les oratoires privés ne pouvaient plus recevoir un nombre supérieur à dix personnes en dehors de celles qui occupaient l'appartement où ils étaient installés (14 floréal an V).
De leur côté, lesConstitutionnels, bien réduits par les apostasies ou la rétractation de nom-
brc d'entre eux, cherchaient à reconstituer leur Eglise : des élections furent faites à Paris pour donner un successeur au renégat Gobel. Or, sur les quinze églises publiques, sept seulement envoyèrent des représentants à l'élection : on en conclut que les huit autres avaient échappé au Clergé de 1791. Un ancien député, l'abbé Audrein, (1) qui venait d'être nommé évoque du Finistère, écrivit successivement à deux ministres de la police générale, pour leur dénoncer les prêtres en schisme avec les ministres républicains, et leur proposer des hommes sûrs pour réorganiser les huit paroisses suspectes : Saint-Roch, Saint-Nicolas des Champs, Saint- Gervais, Saint-Thomas d'Aquin, Saint-Philippe du Roule, Saint-Laurent, Saint-Eustache, Saint- Jacques du Haut-Pas.
Le 15 messidor an VI, le ministre de la police demande des renseignements aux municipalités des arrondissements sur le Clergé de ces diverses paroisses. La municipalité du XIP arrondissement envoie, le (j fructidor, le procès-verbal des réponses faites par les neuf -prêtres de Saint-Jacques. Tous ont en général montré des sentiments d'obéissance et de soumission aux lois, et aucun n'a ïn^ûà^rctractation qui soit contraire à ces lois. Dominique Louis Bliche, cidevant vicaire à l'Hôpital de la Charité, a prêté tous les serments prescrits, y compris celui de 1791, ainsi que Jacques Potier (81 ans), ci-
(1) Airh. Nat. FVII-7379. B. 5.
(l(n;nit curé (\c Gcrancourt, et Bonavciiturc niUAUi) (5)^ ans), aiicicMi Minimn de Paris. Remarquons que la déclaration, quelque peu évasive de ces prêtres n'indiquait nullement ((u'ils n'avaient pas en réalité rétracté le serment sur la Constitution civile du clergé, le seul condamné par l'Mglise comme scliismatique.
Les autres prêtres de la paroisse étaient en régie avec les dernières exigences de la Hépubli(|ue, sans avoir cependant prêté le premier serment. Les uns n'y avaient pas été astreints comme religieux non fonctionnaires : Jean Nizier Loyal (71 ans), ancien Bénédictin sousprieur de Troyes ; François Pilverdu^r (77 ans), ci -devant Cordclier, et ^laurice Atjdibkrt (65 ans), ci-devant Matliurin. Les suivants avaient courageusement abandonné leurs dignités : Jean Paul Mercier, chanoine de Chartres ((')0 ans) ; Jean Antoine Thomas (74 ans), chanoine de Saint-Marcel, et Vincent DiJVAL (70 ans), ci-devant curé do Saint-Germain et Saint-Jacques de Corbeil.
La déposition plus détaillée de ce dernier indique qu'il était particulièrement visé : il afdrmait avoir remis au Département de la Seine, le 2 septembre 1795, un extrait d'acte do prestation du serment de liberté-égalité faite par lui le 18 septembre 1792, au Comité de la division de Beaurepaire, à la maison des ci-devant Mathurins, et ce pour toucher sa pension; il avait également fait les déclarations exigées par les lois des 11 prairial an Ilïet 7 vendémiaire an IV,
sur la soumission aux lois de la République et la reconnaissance de la souveraineté du peuple^ du 19 fructidor an V (serinent de haine à la royauté et à l'anarchie).
Le ministre demande par lettre du 6 fructidor un supplément d'information sur M. Duval. C'était lui en effet qui était alors à la tête de la paroisse. On n'a pas pu nous procurer aux Archives Nationales la suite de cette affaire. Est-ce à ce moment que M. Duval fut emprisonné (1), comme l'indiquait le passage cité plus haut de la Vie de Mme de Sot/ecpurt "^ L*Si\3i\t-i\ été au moment de la Terreur ? Il n'y a de dossier à son nom, ni dans les papiers duTribunal Révolutionnaire, ni dans ceux de la Police générale.
D'autres difficultés attristaient encore les fidèles catholiques ainsi que leurs prêtres. La loi, en rendant un certain nombre de temples non aliénés, en assurait l'égale disposition à tous le§ cultes qui le demanderaient. Le culte de la Raison n'avait pas eu beaucoup de succès; une autre invention, appuyée par le gouvernement du Directoire, le remplaça : c'était la Théophilanthropie , qui vénérait à la fois un Dieu
(1) Peut-être trouvei-ait-on luic indication de cet emprisonncnient dans ce passage de la d(Mil)ération des administrateurs du culte du 27 octohre 1798 : « Le bureau, informé de la détresse où se trouve le citoyen Duval, a arrêté qu'il lui serait donné une sonnne de trente livres en reconnaissance des service -i qu'il a rendus à la paroisse. »
Le G juillet 1790, la même administration arrête d'envofjer au citoyen Duval 18 livrcvs 4 sols. — La signature du vénérable i)rêlre ne reparaît dans ces délibéraiions mensuelles que le 28 décembre 1799.
tout rationnel et l'humanité. Après de faibles débuts, ses partisans obtinrent bientôt le droit de partager tous les temples publies : les munici[)alités étaient eliargées de régler les heures où devaient s'exercer les cérémonies des différents cultes, surtout lorsque le décadi coïncidait avec le dimanche ; l'usage de l'orgue était assuré par l'Administration de la Seine (14 frimaire an VI) aux nouveaux venus. Un arrêté (brumaire an VII — octobre 1798) de la môme Administration s'occupa même de donner aux temples du canton de Paris des noms qui ne fussent pas désagréables aux novateurs : Saint-Jacques fut dédié à la Bienfaisance^ à cause des hospices qui se trouvaient dans le quartier.
De vives discussions se produisirent naturellement entre catholiques et théophilanthropes; en plusieurs églises, notamment à Saint- Thomas-d'Aquin et à Saint-Laurent, quelques prêtres catholiques payèrent de la déportation leur résistance énergique aux intrus. A Saint- Jacques, on finit par partager l'église : le chœur fut abandonné aux théophilanthropes, et la nef resta à la disposition des fidèles.
Cet état de choses dura jusqu'à l'époque du Consulat, où le nouveau culte disparut peu à peu ; le Concordat rendit enfin la paix à l'Eglise (1801). L'organisation nouvelle des paroisses fit de Saint-Jacques une succursale.
Suivant le règlement (2 thermidor an XI) du Cardinal de Belloy pour l'institution des fabriques, c( le 19 frimaire, an XII de la Républi-
que française (11 décembre 1803), les citoyens désignés par Monseigneur le Cardinal Archevêque de Paris et M. Frochot, préfet de la Seine, pour composer le conseil d'administration delà fabrique de l'église succursale de Saint-Jacques et de Saint-Philippe dite du Haut-Pas, se réunirent chez M. Dtival, desseroant, au nombre de cinq. » On procéda à l'élection d'un président et de trois membres du bureau : M. Silvestre de Sacy, alors absent, fut nommé président, et membres MM. Fauquet, Cochin et Le-pitre. Les deux premiers étaient connus par la part qu'ils avaient prise à l'administration paroissiale avant la Révolution; le dernier était un chef d'institution libre.
Le dimanche suivant^ 26 frimaire, ces messieurs sont solennellement reçus dans l'église par M. le Desservant, à la tête de son clergé, et installés dans le banc qui leur est destiné par le règlement. Après la messe, nouvelle séance, où M Cochin est élu trésorier, M. Lepitre, secrétaire : M. Collette jeune est ensuite admis à remettre les comptes de la précédente administration, avecles divers papiers et l'état du mobil ier du culte; une somme de sept cent trentedeux francs restés en caisse est déposée entre les mains du nouveau trésorier. « Le Conseil arrête que deux de ses membres, MM. Cochin et Lepitre, se transporteraient chez j\L Collette jeune, pour le remercier du zèle infatigable avec lequel il a soutenu dans les temps les plus déplorables, l'exercice du culte catholique dans cet arrondis-
scrnent, et des soins qu'il n'a cessé de prendre l)Our améliorer le sort des ministres et rendre à l'Mglise l'éclat qu'elle avait [x^i'du. F.es mêmes membres olïriront aux anciens administrateurs le juste tribut de leur reconnaissance. »
]\I. Collette de Baudicour, maire du XI l'' arrondissement jusqu'en 1814, ne pouvait être élu membre de la nouvelle fabrique : il en était d'ailleurs membre de droit, et dès sa démission il devait y venir prendre place.
Le nouveau Conseil se mit résolument à l'œuvre. Des quêtes faites dans la paroisse permirent de pourvoir aux réparations urgentes que le Département ne pouvait assurer.
L'arrêté du gouvernement, du 7 thermidor, an XI, répartissait certaines sommes entré les nouvelles fabriques, pour les aider à la restauration du culte : M. le Curé reçut du ministre des cultes un bordereau contenant les principaux objets dont la sacristie avait le plus grand besoin , et une ordonnance de la somme de 1920 francs à toucher pour l'achat de ces objets.
Le carême de 1805 fut prêché à Saint-Jacques par le célèbre abbé Fournier, sulpicien, dont la véhémence oratoire avait inquiété les ministres Fouché et Talleyrand, au point de lui valoir près de deux années d'emprisonnement. Il devait être nommé l'année suivante à l'évêché de Montpellier. La fabrique le remercia de l'abandon des honoraires qui lui étaient dus pour la station.
M. Duval ne devait pas rester longtemps à la tête de la paroisse réorganisée. Son extrême
infirmité l'obligea à se retirer. Une pension fut assurée au vénérable démissionnaire ; il n'en jouit que peu de temps : il mourut l'année suivante sur la paroisse Saint-Médard, et la fabrique de Saint-Jacques se chargea des frais de ses obsèques.
Le 25 janvier (1) 180G, M. Li-: Guos, premier vicaire de Saint-Louis en l'Ile, est installé à sa place. Le nouveau pasteur continue l'œuvre de restauration de la paroisse. Deux vicaires secondent le zèle du curé. Le culte reparaît dans sa splendeur: la municipalité duXIL-arrondissement (aujourd'hui V^) est invitée à la procession de la Fête-Dieu ; le général de la Salle y apporte son concours par un détachement de sa garde et de sa musique.
Le chœur est transformé, la chapelle du Calvaire établie ; les murs de l'église et le portail reçoivent un badigeonnage nécessaire, mais qui 110 devait pas contribuer à faire goûter l'architecture du monument. L'orgue, œuvre du facteur Clicquofc, apporté de l'église Saint-Benoît en 1792, est réparé par Dallery. M. Le Gros ne voit pas la fin de toutes ces réparations : il meurt en 1809, emportant les sincères regrets de ses paroissiens. En présence de l'insuflisance de la fabrique, il a plus d'une fois contribué de ses deniers aux nombreux travaux entrepris : aussi ne laisse-t-il aucune ressource à ses parents âgés, et le conseil croit de son devoir de leur
(1) Désormais le calendrier républicain n'est plus employé dans les registres de la fabrique.
atti'ibuci" une somme de (juatrc cents livres à litre (rin(lenmi(('.
Le 30 octohi'e, inst;illa(i<>ii de M. Li; Lmcaih), pi'é(;édemment vieaire de ki Madeleine, lldev.ait i;()iiv(M'nei' la paroisse jus(juVi sa mort en \H:i2.
L'inauguration de Torique et la bénédiction de la Chapelle de la Sainte-Vierge, entièrement restaurée, par l'ancien évèque de Quimper, sont, avec la transformation du Conseil de fabrique conformément au décret de 1809, les événements importants de l'année 1810. Nous retrouvons toujours M. Cocliin comme trésorier. Il continua ses fonctions jusqu'en 1817, époque où sa nomination de Maire duXII^arrondissement l'obligea i\ donner sa démission de Membre de la Fabrique de Saint-Jacques. Il en devenait ainsi membre de droit comme des autres Fabriques de son arrondissement.
Les ressources de la paroisse ne peuvent augmenter facilement avec les travaux continuels de l'église : aussi la demande faite par M. le Curé d'un vicaire en plus doit-elle être ajournée. En 1811, le gouvernement fait don à Saint-Jacques de quatre tableaux ; le cardinal Maury, nommé archevêque de Paris, (il ne devait pas recevoir l'institution canonique du Souverain Pontife) offre de son côté un calice d'argent portant ses armoiries. Le 9 avril, un service est célébré « avec toute la décence et l'économie possible» pour le repos de l'Ame de Mgr de Juigné, ancien archevêque de Paris. Ce prélat avait envoyé sa démission au Pape
à l'époque du Concordat, pour lui faciliter la nouvelle organisation des diocèses de PYance ; et, depuis, il vivait retiré à Paris, très lié avec son successeur, le cardinal de Belloy, à qui il survécut deux années.
Les réparations continuent dans l'église et dans la sacristie, partie aux frais de la Fabrique, partie avec le concours de M. le Curé. C'est à cette époque que sont transportés dans la sacristie les petits tableaux du xvii^ siècle représentant différentes scènes de la vie de la Sainte Vierge, qui se voyaient auparavant dans la chapelle absidale. Nous ne mentionnerons pas les embellissements successifs de l'église ; on trouvera à la fin de ce travail un état des œuvres d'art qu'elle contient actuellemeiit, avec la date de leur acquisition.
L'édifice matériel ne pouvait faire oublier les besoins spirituels de la paroisse. En 1818, le nombre des vicaires est élevé à quatre. En 1821, une mission est prèchée pendant les mois de novembre et de décembre ; pour permettre aux pauvres et aux ouvriers d'en retirer tout le fruit désirable, une remise est faite à la fermière des chaises, qui devra se dispenser de réclamer aucune rétribution à tous les exercices de cette mission.
M. Le Legard meurt l'année suivante (1822), entouré du respect et de la reconnaissance générale. M. Rhmard, vicaire des Missions Etrangères, lui succède le 7 novembre.
Malgré les nombreuses dépenses faites pour
la restauration de l'église, il y avait toujours une restitution très importante à obtenir. Les trois grandes chapelles latérales du côté de l'épître, qui forment aujourd'hui les chapelles des Fonts-Baptismaux, du Purgatoire et de Saint-Denis, avaient été aliénées i)endant la Révolution, en même temps que les divers bâtiments appartenant à la Fabrique ; la Sacristie elle-même, avec les logements situés au-dessus, n'était mise à la disposition de la paroisse que moyennant un loyer de 300 francs. Depuis longtemps des pourparlers avaient été engagés avec le propriétaire de ces immeubles, M. Picot, sans pouvoir aboutir. Enfin, le 25 octobre 1823, le Préfet de la Seine signait l'acte d'achat de la Sacristie et dépendances, des trois chapelles, des deux maisons et de la cour qui forment le [)resbytère actuel, au prix de 85,000 francs, sur lesquels la Fabrique s'était engagée à fournir en cinq années 20,000 francs. Un excédent de recettes de 11,300 francs et la location des logements acquis assureraient ce paiement. Les prêtres de Saint-Jacques ne profitèrent de la gratuité de leur habitation qu'après l'extinction de cette dette.
L'état satisfaisant des finances de la Fabrique permet de continuer les réparations dans l'église. De nouveaux ornements sont achetés ou donnés. Quelques mois avant la Révolution de 1830, Madame la Dauphine, duchesse d'Angoulême, offre un fauteuil pour le célébrant et deux tabourets en bois doré a recou-
verts d'une tapisserie à points garnie de fleurs et brodée de la main même de S. A. Royale. »
Parmi les acquisitions de l'église, il faut citer le maître- au tel en marbre. Le donateur, M. Collette de Baudicour, avait succédé en ISK), comme membre du Conseil de Fabrique, à son père, dont nous avons indiqué le rôle à l'époque de la Révolution, et qui fut sous l'Empire, maire du XII*' arrondissement. D'abord secrétaire, il avait été appelé à la présidence en 1830. Cette charge s'est d'ailleurs perpétuée depuis dans sa famille.
La construction de l'autel donna lieu à une découverte intéressante. En enlevant les boiseries de l'ancien autel, les ouvriers aperçurent des ossements posés sur des coff'res, à demi consumés par l'humidité, renfermant eux-mêmes des ossements. Les prêtres de la paroisse informés transportèrent ces restes dans la sacristie, et prévinrent l'autorité diocésaine. Une enquête fut ordonnée ; le promoteur de l'Archevêché, assisté d'un médecin, vint examiner les diflérents objets découverts. Un procès-verbal, renfermé dans chacun des coffres, indiquait la date où avaient été déposés les différents ossements. Le P. Tournaire, dernier supérieur du Séminaire Saint-Magloire, avant de quitter cet établissement, avait enterré dans le jardin les insignes reliques que les Bénédictins de Saint-Magloire avaient emportées avec eux dans 1 eu rs différentes translations. (1) Un frère oratorien,qui l'avait
(1) V. chap. I.
assisté dans ce |)ieux devoir, voyant le culte rôta- 1)11 à réglise Saint-Jacques, avait l'Ctirô les reliques de leur cachette pour les déposer sous le maître-autel de la paroisse. Le procèsverbal de ce dépôt, daté du 9 septembre 1797, portait les signatures de M. Duval « 1''" ministre de la paroisse » et des deux frères Collette alors administrateurs du temporel de Saint- Jacques. Les signatures furent parfaitement reconnues par la famille du président de la fabrique.
L'examen attentif des différents ossements renfermés dans les deux coffres amena à constater qu'ils avaient appartenu à dix-huit personnes d'âge différent ; pour dix-sept d'entre eux, les données de l'enquête concordaient parfaitement avec les renseignements historiques que l'on possédait sur les saints apportés à Paris à la fin du x^ siècle. Quant au dix-huitième personnage,, on savait que la Chapelle de Saint- Magloire possédait aussi des reliques du martyr Candide, officier de la Légion Thébéenne : c'étaient donc bien des reliques de l'ancien séminaire Saint-Magloire que Saint-Jacques se trouvait dépositaire. Les ossements trouvés en dehors des coffres appartenaient au même saint Victor dont les restes étaient exposées depuis longtemps dans l'église : une bande enroulée autour d'un de ces ossements portait d'ailleurs ce nom.
L'enquête terminée, et l'Archevêque s'étant prononcé pour l'authenticité de toutes ces reliques on les enferma dans des reliquaires, et la
translation s'en fit solennellement le 25 octobre 1835. Depuis^ les reliquaires ont été plusieurs fois changés ; des portions d'ossements ont été extraites pour être données à différentes églises; des procès-verbaux dûment scellés par les commissaires archiépiscopaux indiquent ces différentes transformations. La paroisse obtint dès lors de célébrer solennellement tous les ans la fête de saint Magloire (23 octobre), qu'elle a pris pour patron secondaire.
C'est sous l'administration de Monsieur Rémard que fut établie la maîtrise paroissiale. Une maison située rue d'Enfer (39 ancien) avait été léguée à la fabrique en 1827 par M""" Coussin, à la condition que les revenus en seraient « consacrés à un établissement utile à la paroisse, soit pour des écoles de Frères de l'Ecole chrétienne, soit pour des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, soit pour des Clercs. y> Comme il existait déjà des écoles de Frères et de Sœurs, on résolut de fonder une maîtrise pour la formation des Clercs destinés au service de l'autel. Le sort de cette maîtrise a varié plusieurs fois : dirigée tantôt par un ecclésiastique, tantôt par des Frères des Écoles chrétiennes, tantôt unie à l'Ecole paroissiale, elle a donné un certain nombre de prêtres à l'Église de Paris. La maison de la rue d'Enfer fut expropriée au moment de l'ouverture du Boulevard Saint-Micliel. Le produit de la vente fut placé en rentes sur l'Etat, dont les arrérages sont toujours employés suivant les intentions de la légatrice.
Monsieur Martin dk Nonujiir, jM'ôtrc do Chnlons, clianoiiK^ li<>ii(>r;ui'(^, do Pnris, succôdn i\ Monsieur Ixénmrd déniissionnairc, le l()se[)tenibre 1<S1(). I/état linancicr de Iji labriquc n'était plus aussi prospère de})uis quelques années : le Conseil municipal avait même dû se charger de combler plusieurs fois le déficit. Aussi les marguilliers chen^lièrent-ils ù rendre leur administration plus fructueuse. Malheureusement des mesures vexatoires i)our le Clergé furent votées ; le second vicaire eut en [iarticulier à lutter contre une comptabilité exagérée qu'on voulait lui imposer ; le Curé luimême, malgré la générosité traditionnelle des pasteurs de la paroisse, fut parfois obligé de défendre ses droits. — Il est juste de dire que le président et le fi'ésorier se montraient à l'envi pleins de générosité pour assurer à l'église et au presbytère l'absence de tout voisinage inquiétant. Le trésoi-ier, M. Gibon, avant d'entrer (1) dans les ordres (il mourut aumônier à Suez en Egypte), fut lieureux de céder l'ancienne maison curiale (250 rue Saint-Jacques) où il tenait une institution, pour y transférer l'établissement des Sœurs de Charité (1851).
Une excellente mesure avait été prise par
(1) Le Cliauoiiu' (îossin, décédé en 1895, Supériour de riiifinucric Maric^-TIiérèse et Diroetoiu-ii'éiiéral de l'Œuvre de Suiiit-Fraii(;oi8 de Sales, avait aussi fait pai-tie du Conseil de Fabrique de Saint-Jacques du Haut-Pas avant d'entrer au Sénnnaire.
Le Cardinal Meignan, ai-clievêque de Toui'S fut un des vicaires de M. Martin de Noii'lieu à Saint-Jacques. (1843-44)
Tautorité diocésaine à la suite des pétitions réitérées de la paroisse : la partie ouest de la rue d'Enfer et le côté adjacent de l'ancienne rue de l'Est (aujourd'hui portion du boulevard Saint-Michel) avaient été détachées de Saint- Sulpice et réunies à Saint-Jacques en 1846. Cet agrandissement devait, quelques années après (1854-58), avoir une compensation dans le démembrement nécessité par l'établissement de la nouvelle paroisse Notre-Dame des Champs : Saint-Jacques perdit alors tout le territoire du XIV*' arrondissement actuel situé à l'ouest de la portion de la rue d'Enfer comprise entre le Carrefour de l'Observatoire et la barrière d'Enfer.
Après les événements de 1848, M. Martin de NoiRLiEu est transféré à la Cure de Saint-Louis d'Antin; M. Debeauvais, chanoine honoraire, 1^'" Vicaire de l'Abbaye-au-Bois, lui succède (22 janvier 1849). Sans négliger l-'entretien de l'église, le nouveau pasteur s'intéressait particulièrement au sort des enfants et des pauvres. L'orphelinat paroissial des Sœurs lui doit sa fondation. Son œuvre fut surtout la construction de la Chapelle des Catéchismes, pour laquelle il s'engagea personnellement pour 8.000 francs auprès de l'administration municipale. La première pierre, posée le 22 octobre 1850 par le préfet Bei'ger, est bénite par M. Surat, vicaire-général (l'une des victimes de la Commune). Bâtie sur remplacement de l'ancien cimetière par l'architecte Baltard, elle
ne tarda pas à être achevée. Les travaux d'embellissement ne cessèrent point dans l'église jusqu'au départ de M. Debcauvais pour Saint-Thomas d'A(|uln.
M. HiRON, chanoine honoraire, promoteur métropolitain et vicaire général de Versailles, son sucsseurce (19 juillet 18()0), trouvait Saint- Jacques dans une situation pros[)ére. 11 sut encore la développer. Son administration a laissé chez tous ceux qui l'ont connu, prêtres et fidèles, d'excellents souvenirs. Aidé d'un personnel nombreux, avec six vicaires et plusieurs prêtres habitués, avec une maîtrise dont on a dû depuis diminuer la composition, il donnait au culte divin une splendeur qui attirait de loin, quelquefois même de la Cour impériale, de nombreux spectateurs. Les prédicateurs en renom se faisaient entendre dans cette église où avaient paru les grands évcques du xvii^ siècle, et plus récemment des religieux comme le P. de Ravignan. Deux des plus illustres fils de Lacordaire, les PP. OUivier et Didon, y firent leurs débuts à Paris en [)rôchant, l'un le Carême, l'autre l'Avcnt de l'année 18G7. Les ornements et la lingerie furent alors entièrement renouvelés. On achevait les peintures de la Chapelle de la Sainte-Vierge à la veille des événements de 1870.
Les désastres de la guerre, les souffrances du siège, pendant* lequel le clergé de Saint- Jacques sut noblement partager les dangers des troupes de Paris, la fuite forcée pendant la
Commune, tout cela avait agi péniblement sur M.Hiron :lGsforces lui manquèrent ; il demanda à quitter sa paroisse ; et le 19 juillet 1872, il était remplacé par M. Dljcastel, curé de Puteaux.
Ancien sous-ofticier, le nouveau Pasteur avait conservé les allures de franchise un peu brusque qui s'allient si facilement à la bonté du cœur chez les vétérans de l'armée. Son passage au milieu de la population malheureuse de Puteaux avait encore développé la vivacité de sa charité. Aussi, pendant les quatre années de son séjour à Saint-Jacques, fut-il par dessus tout le père des pauvres: l'ovation qu'ils lui firent à ses obsèques (1876) prouva qu'il avait su gagner leur affection et leur reconnaissance.
M. Lemàitre, précédemment premier vicaire de Saint-Thomas d'Aquin, consacre les premières années de son administration au développement spirituel et matériel de la paroisse. Mais bientôt une nouvelle voie s'ouvre aii dévouement et à la charité des Curés. La laïcisation commence son œuvre de destruction : les religieux sont chassés des écoles, des hôpitaux, des maisons de secours. M. Lemaître se met résolument à l'œuvre : en deux mois, il achète un immeuble pour les Sœurs de Saint- Vincent de Paul, en loue un autre pour les Frères des Ecoles Chrétiennes ; et le jour de la laïcisation arrivé, tout est prêt pour recevoir, d'une manière au moins strictement suffisante, les maîtres et les élèves. Les ressources, il les
ti'ouvc, comino vont le faire ses successeurs, dans sa génôrosité personnelle et dans celle de ses paroissiens.
M. Bernaui), victime lui-même do la laïcisation, quitte ri^^cole-Normale, désormais privée d'aumônier, pour la paroisse Saint-Jacques. - M. I.omaîtro, après plusieurs refus respectueux:, avait du accepter un nouveau [)oste,rim[)ortante cure de la Trinité, où il continue depuis son ministère (1882). Le soin des petits et des pauvres ne devait pas faire oublier à M. Bernard la société intelligente au milieu de laquelle il avait passé sa vie. Ce qu'il ne pouvait plus à l'École- Normale, il entreprit de le continuer à Saint- Jacques : les Conférences de la messe de 11 heures, où il sut, avec l'aide d'un excellent ami, l'Abbé Charles Perraud, puis d'un jeune vicaire, ancien normalien, que nous apprécions tous, attirer l'élite du monde universitaire ; le catéchisme de persévérance des jeunes filles, où il se réservait une part très active : telles furent ses œuvres de prédilection. Un service annuel pour les anciens élèves, dû à la généreuse initiative de S. Em. le Cardinal Perraud, évèque d'Autun, acheva « d'hospitaliser » (1) l'École Supérieure dans notre église.
M. Bernard ne devait pas assister aux cérémonies du Centenaire (1895), qui auraient été sa suprême consolation. Une maladie pénible, qui se faisait sentir depuis de longues années, déve^
(1) Ex[)rcssioii (la cardinal Perraud.
loppée encore parjes soucis que lui causaient les écoles paroissiales, le conduisit au tombeau (septembre 1893). Voyant la mort venir, il s'était hâté d'assurer la fondation de la nouvelle école des Sœurs (rue Nicole) : un terrain de 111.000 francs était acheté ; un autre, contigu au premier, loué pour vingt ans, et les bâtiments près de se terminer ; toute la fortune du pasteur fut léguée pour achever son œuvre.
Les successeurs de M. Bernard n'auront point pour cela à songer au repos. L'école des Sœurs terminée, il faut l'entretenir, payer le loyer du terrain où sont construites les classes, sans parler des fournitures scolaires à donner aux enfants les plus pauvres.
Les Frères des Ecoles chrétiennes, d'ailleurs, sont toujours dans leur local provisoire et fort peu salubre du 175 de la rue Saint-Jacques : où trouver un terrain dans un quartier entièrement peuplé'? Telle est la première question à résoudre : celle des ressources pour l'acheter et le bâtir viendra ensuite. M. de Bonfils, dans son court séjour à Saint-Jacques, n'a pu, malgré ses efforts, trouver une solution définitive. Une occasion s'est rencontrée du moins, sans sortir du provisoire, d'améliorer un peu la situation matérielle de l'école des garçons. L'école Lacordaire, récemment(189()) transférée à Passy, laisse inoccupés les bâtiments des anciens Bénédictins Anglais : le Père Didon, encore locataire pour deux ans, veut bien consentir à céder, pour cette période, une partie du
local, moyennant un loyer de 4.000 (Vancrs par an : M. GiMiNniu conclut les négociations cmnmencéespar son [)rédécesseur.
Au moment où cette dernicru i>a^c va être livrée à rim|)rcssion, avis ncjus est donné que la maison des [Bénédictins Anglais doit recevoir une nouvelle destination dans un délai très rapproché : il y a donc urgence de chercher un nouvel asile i)our nos Frères et leurs enfants. Puisse-t-il se trouver des Ames charitables qui aident le pasteur A assurer enlin l'établissement définitif d'une œuvre si importante pour la paroisse !
Le passé ne nous permet pas de redouter l'avenir. L'histoire de Saint-Jacques aux siècles précédents nous a prouvé qu'on avait su comprendre ici, mieux que partout ailleurs, la solidarité qui doit exister entre les membres de la famille paroissiale. Ce sont les paroissiens, avec leurs curés, qui ont bâti l'église, le presbytère, les écoles, la maison de Charité, Thôpital Cochin; qui ont assuré l'existence de ces différentes œuvres par des fondations et des dons sans cesse multipliés.
La Révolution détruit presque toutes ces œuvres, ou les enlève à l'administration paroissiale : le calme revenu, on les renouvelle sous une forme presque identique. L'Ltat et la Municipalité, pour réparer les spoliations passées, offrent longtemps un concours efficace : quand il leur plait de cesser ce concours, la foi et la charité des pasteurs et des fidèles trouvent de
nouvelles ressources. Rien n'est abandonné : les écoles chrétiennes libres s'élèvent à côté des écoles communales laïques ; la Conférence de Saint-Vincent de Paul, les œuvres des Dames de Charité, du Vestiaire, des Pauvres Malades, suppléent à l'insuflisance des Bureaux de bienlaisance.
Les paroissiens de nos jours auront à cœur de suivre les traces de leurs devanciers ; pour cela, d'ailleurs, ils n'auront qu'à rester semblables à eux-mêmes ; et malgré les menaces et les appréhensions, nous avons la confiance que ni le culte, ni les œuvres charitables, n'auront à souffrir du malheur des temps.