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Le diacre Paris, (1) dont la tombe devint le rendez-vous des pèlerins crédules et des convulsionnai res de profession, avait demeuré à plusieurs reprises sur la [)ar()isse Saint-Jacques, avant d'aller terminer sa vie ascétique dans sa retraite de la rue de Bourgogne dépendant de la paroisse Saint-Médard. Entré au Séminaire Saint-Magloire et tonsuré à Noël de l'année 1713, il avait du retourner dans sa famille ; de retour à l'âge de vingt-quatre ans (1715), il fut associé aux catéchistes de Saint-Jacques et se lit remarquer par l'onction de ses discours; minoré la même année, il va habiter la paroisse Saint- Cùme ; on le contraint de se laisser ordonner sous-diacre (1719), puis diacre(1720) ; mais les instances du Cardinal de Noailles pour l'élever au sacerdoce et lui faire accepter la succession du Curé de Saint-Côme qui parlait de se retirer, furent inutiles : Paris resta diacre; et pour échapper à toute nouvelle sollicitation, il chercha à se cacher successivement dans la rue de l'Arbalètre, puis parmi les Ermites du Mont- Valérien, puis auprès du Val-de-Grôce, enfin dans la maison où il mourut. Son humilité et sa ferveur de janséniste l'avait porté à s'abstenir de remplir toute fonction ecclésiastique, et môme de s'approcher des sacrements pendant deux années : il fallut un ordre formel du Curé Poumart pour lui faire prendre place parmi les
(1) Vio ot luirar-los do M. Paris, avoe los Rcqiiêtos des Cuivs di; Paris i)nui' ongagei' l'arclicvôquo à puMiei' l'infoi'inaiioii cauoiiiquc faite [)ar le Cai'diual de Noailles, 1732.
clercs de Saint-Médard et l'obliger à se charger môme de leur direction (1725). Il mourut âgé de 26 ans en 1727, et fut enterré dans le cimetière paroissial.
Une telle vie offrait aux Appelants une excellente occasion de prouver la sainteté de leur cause. Aussi des prodiges de guérisons miraculeuses ne furent-ils pas longtemps sans apparaître. Le Cardinal de Noailles, toujours flottant entre les décisions du Saint-Siège et la cause du parti, avait ordonné une enquête. Lorsqu'il fut mort, après avoir enfin publié un mandement d'adhésion pure et simple à- la bulle Unigenitus (1729), son successeur, de Vintimille du Luc, parut plus préoccupé de ramener, par persuasion autant que par autorité, les âmes de bonne foi, que de se prêter aux entreprises de la secte. Tandis que les membres du Parlement protestaient violemment contre la soi-disant persécution, vingt-trois Curés de Paris, avec le Curé de Saint-Jacques du Haut-Pas à leur tête, signèrent successivement deux requêtes à l'Archevêque (13 août, 4 octobre 1731), pour le prier de sanctionner le résultat de l'enquête préparée par son prédécesseur, et d'en ordonner une nouvelle pour treize miracles récents, toujours attribués au diacre Paris.
En même temps la feuille janséniste, dont nous avons déjà parlé, soutenue par la caisse du parti, si célèbre depuis sous le nom de Boîte à Perrette, poussait si loin l'invective et la calomnie, que le Parlement lui-même crut
dovcHi' condaiiincr au ("ou (173lj les premières publications (i). Plusieurs évèqucs flétrirent les Nouvelles ecclésiastiques par des mandements ; celui de rArchevêque de Paris devait être publié ledimanclic limai 1732.
C'était une date bien gênante [xjur le nouveau Curé de Saint-Jacques. M. Courcault, [)récédemment desservant de Saint-Côme, avait pris possession quatre jours après le décès de son prédécesseur, à l'issue des premières vêpres de la fête patronale (30 avrilj. N'étant pas encore définitivement installé, il demanda à ses prêtres de lire publiquement le mandement; aucun n'y consentit. Beaucoup d'entre eux étaient entièrement dévoués aux Appelants. Plusieurs même, interdits pour leur opposition, avaient été heureux de trouver un refuge auprès de M. Desmoulins. Obligé de monter en chaire, M. Courcault commence son prône par l'éloge de la charité de M. Desmoulins écouté avec attention ; mais à l'instant où il prend le mandement, tous les paroissiens se iévent, et quittent l'église avec une telle véhémence qu'ils entraînent avec eux les exempts de police. Il ne reste qu'une trentaine de personnes, habitants de Saint- Côme.
Tel est le récit que nous rapportent les Nouvelles ecclésiastiques des 22 mai et 6 juin.
(1) C'était le nom de la servante de Nicole, premier fondateur, par un don de 40,000 livres, de ce fonds commun qui bientôt dépassait un million.
Cette mutinerie mérita des lettres de cachet diwx demoiselles de Guitaud (1) et de Montchal, paroissiennes des plus exaltées, qui reçuient l'ordre de quitter le territoire de Saint-Jacques.
Ce môme mandement donna lieu à une lutte de six mois entre la Cour et le Parlement. Vingtdeux curés de Paris avaient refusé de le publier ; le Parlement veut le condamner comme d'abus à cause des principes ultramontains qu'il renferme : défense lui est faite de connaître des causes ecclésiastiques sans une permission expresse. Le 18 août, le roi envoie un règlement dans lequel, tout en affirmant son intention de maintenir les droits de la couronne et de sauvegarder en particulier les libertés de TÉglise gallicane ainsi que l'usage des appels comme d'abus, il restreint à la seule grand'cbambre le jugement de ces matières. Il fallut un lit de justice (3 septembre) pour faire enregistrer ce règlement ; dès le lendemain les protestations deviennent plus véhémentes : l'exil des magistrats est encore une fois le seul moyen de les réduire.
M. Courcault ne paraît plus avoir eu de démêlés graves avec les Jansénistes jusqu'en 1749. 11 devait cependant régner une certaine défiance à son égard : nous en avons la preuve dans ce fait que tous les papiers de la Cure
(1) Niè(H' de M. de Pccli-Peirou do Connncnge, doyen do l'égliso )iio(i-oitoli(aino de Tours, exilé jtour son opposition*^à la Bulle Uncgenitus.
restèrent pondant tout le temps de son administration outre les mains de M. derKcaiile, [)rùtre hal)itué de la paroisse, à qui M. Desmoulins les avait confiôs i)0ur les l'omettre à l'abbé Bourgouin, son successeur présume. Ils furent rendus àM.Cochin.
Le refus public des sacrements à une demoiselle Tartarin, dont la famille était de[)uis longtemps dévouée aux Jansénistes, aurait pu amener de graves débats (1749). Quinze jours avant sa mort, s'il faut en croire \os Nouvelles ecclésiastiques, elle avait reçu la communion pascale des mains du sous-vicaire dans une chapelle de communauté voisine de sa demeure, la maladie rempôcliant de se rendre à Téglise paroissiale. Le mémo prêtre, appelé pour lui donner les derniers sacrements, voulut, comme c'était l'usage général des confesseurs en ce moment, lui faire promettre de renoncer aux disputes actuelles sur l'autorité de l'Eglise : ne pouvant l'y décider, il refusa les sacrements. Les Capucins mandés répondirent qu'ils n'avaient aucun droit d'administrer les malades sans une permission expresse du Curé. M. Courcault et son vicaire, après en avoir conféré, refusent leur ministère. Dix jours plus tard, le jour de la Fête patronale, le P. Ange, Augustin de Notre-Dame des Victoires, profite de ce fait pour donner en chaire une apologie très motivée de la Bulle Unifjenitus. Les Appelants surexcités pouvaient se laisser entraîner à de pénibles extrémités, comme le firent à la même époque leurs voisins
de Saint-Etienne-du-Mont (1) contre le Curé Bouettin plusieurs fois cité devant le Parlement, et mis en prison pour refus des sacrements à des Jansénistes impénitents : la désapprobation donnée à la conduite de la demoiselle Tartarin par son frère, Avocat général de la reine, empêcha de semblables excès. (2)
L'estime de la Cour, comme celle de ses Archevêques, était acquise à M. Courcault. Dès 1736, il avait reçu le titre d'Abbé commendataii'e de Charon : c'était une maison de Cisterciens (3) située sur les bords de l'Océan, à 3 .lieues au Nord de la Rochelle, dont le revenu de 1.200 livres pouvait suppléer à la médiocrité des ressources de Saint-Jacques. En 1749, on lui avait offert inutilement la cure de Saint-Roch. En 1751, il devenait supérieur pour Paris des Religieuses de Notre-Dame de la Congrégation du Bienheureux Pierre Fourrier : c'est en cette
(1) Les tribulations d'un ancien curé de Paris, par l'abbé Pinet. Letouzcy et Ané. 18V6.
(2) L'bistoire paroissiale no nous donnera plus occasion de parler des Jansénistes. Les familles, qui avaient pai'ta.ué leurs erreurs, ont depuis longtemps abandonné le parti, tout en conservant quelque chose de la sévérité des nuuL.rs qui n'était certes pas le point le plus répréliensible de ses adeptes. Les quelques amis survivants de la s. cte ont toujours reclierclié le voisinage de l'ancien Port-Royal. La Bibliotliè(|ue et la Boîte à Perrette doivent encore avoir asile dans notre paroisse. Il y a quelques années les schismatiques d'Utreclit ont essayé de fonder un établissement rue Nicole, dans la partie de l'ancien Carniel où se trouve conservé l'oratoire» de Madame de la Vallière. Les difficultés les ayant éloignés, ils se sont installés sur Saint-Médard, près de la jonction du bouliward d'Italie et de la rue de la Glacière : et là, tout est juis en œuvi-e pour recruter des partisans.
(3) Dictionnaire d'Expilly de ITOl.
qualité qu'il dut rd'usor les sacrements à la sœur Petit connue pour son attacheinont aux: doctrines des Appelants.
En 1742, l'orthodoxie du curé de Saint-Jacques s'at'linne dans une circonstance mémorable. Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, il fut appelé à donner son avis dans l'ai'taire de la thèse de Vabbé de Prades, et demanda la punition des trois Docteurs qui avaient laissé passer cet ouvrage sans le condamner. L'auteur, jeune prêtre de Montauban, était lié avec les philosophes de l'Encyclopédie, dontle rationalisme envahissant portait alors le ravage partout dans les âmes. Son travail présentait des propositions hardies, notamment sur les miracles, qui furent vivement attaquées, lors de la soutenance (18 novembre 1751). Une commission spéciale, chargée de les examiner, conclut à la condamnation par la Faculté ; Benoît XIV et le Parlement se prononcèrent également contre cette thèse. Exclu de la licence et exilé, l'abbé de Prades, se retira en Prusse, où Frédéric II sut l'accueillir comme tous les Français qui se réfugiaient alors auprès de lui ; il y publia l'apologie de ses intentions, et signa une rétractation qui lui valut la réhabilitation à Rome et à Paris.
Ces différentes fonctions n'empêchèrent pas M. Courcault de s'occuper de sa paroisse. L'église était achevée et suffisamment ornée ; mais le presbytère était dans un état de délabrement tel que M. Desmoulins avait dû le quit-
ter pour habiter avec ses prêtres dans une maison de location attenant à la Maison de Cliarité. Kn 1733, on en commença la reconstruction ; (1) M. Courcault offrit une somme de 1.000 livres pour l'agencement de fenêtres et de cheminées convenables. La môme année il donne à la paroisse un buffet d'orgue qui fut placé sur le tambour de la porte de la ruelle (place occupée actuellement par la chapelle Saint-Jacques). La Maison de Charité put être complètement payée les années suivantes ; et en 1735, on entreprit la reconstruction de la maison d'école des garçons (seconde aile du presbytère actuel). En 1740, on avait dépensé 20.438 livres pour les deux bâtiments, grâce aux quêtes et aux dons particuliers. En 1744, nouvelle dépense de 3.252 livres pour l'achat d'un orgue de tribune « de 4 pieds en montoir à 3 claviers » au facteur Thierry. En 1750, M. le curé et plusieurs particuliers contribuent à l'établissement, au tympan du portail, d'un cadran double en saillie sur la rue (Voir la gravure).
M. Doujat avait reparu comme marguillier d'honneur en 1736. Diverses requêtes durent être adressées par la Fabrique aux pouvoirs publics : au Parlement, cette même année, pour obliger deux marguilliers comptables à rendre leurs comptes; au Conseil Royal, pour réclamer
(1) La maison curiale dont il est ici question, située dans les jardins du no 250, fut aliénéo au moment de la Révolution ; la Ville de Paris la racheta pour y transférer les Sœurs de Charité en 1851 ; depuis la laïcisation, (^lle est occupée par une école de langues vivantes.
contre les injustes prétentions des ferniiers des junortissements ; au procuivMii* p^énérnl et au lieutenant civil, pour contraindre le sieur Marceau, marchand épicier, d'accepter la charge de marguillier du Saint-Sacrement. M. Doujat garda ses fonctions jusqu'en 1751. A sa mort, en 1753, il léguait 500 livres de rente pour les pauvres malades après l'extinction d'un usufruit de 250 livres pour sa domestique (Elle est décédée l'année suivante).
Cependant M. Courcault cherchait à se retirer. A la même époque, il voulut résigner ses fonctions en faveur de Messire Pierre Brillon, curé et cheffier de Sainte-Opportune ; mais celuici ne prit point possession. Enfin, le 31 décembre 1750, Monsieur Cochin, docteur en Sorbonne, précédemment vicaire à Saint-Etienne du Mont, cédait aux instances de l'archevêque et acceptait la cure de Saint-Jacques. Le vénérable démissionnaire vécut longtemps encore : en 17G9, l'assemblée de la Fabrique, apprenant qu'il était gravement malade, lui envoya exprimer ses vœux. M. Cochin et les Dames de la Charité firent célébrer un service à son intention, en reconnaissance d'un legs qu'il avait laissé pour les pauvres de son ancienne paroisse.
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CHAPITHM IX
Lr Curh Cochin. S;i r;iiiiill(\ Sa diaritô ; ooiivrc'. d'assistaiico pai* le travail. — Nouvolles fondations cliai-ital)l(^s. — Les catécliisnies ; les écoles. — Science de M. Cochin ; ses oiivi'aL>"es si)ii'ituels ; son Jounial de la |)ai'oiss(\ — Situation d(^ ri\i;iise de France en 1757. Les contributions ecclésiastiques ; déclaration des hiens de la Fabrique et de la Cure. — Construction de la maison neuve et de la chapelle des Fonis. Ornementation de l'Eiilise. — Le Culte. Services pour l(i dauphin, le i-oi la r(^ine. — Bénc'uliction de nouvelles cloches.— Epitaphe de M. Cochin.
Le nouveau Curé appartenait à cette bourgeoisie parisienne « patiente et fière, laborieuse et indépendante, où les traditions de famille, l'honneur du nom, se conservaient intacts comme dans les plus illustres maisons ». (1) Dès le XIII'' siècle, les Cochin apparaissent dans l'administration de la Ville; nous les retrouvons aux xvir- et xviii*' siècles attachés à la direction de l'Hôtel-Dieu ou de l'Hôpital-Général. Le Parlement comptait parmi les avocats les plus en renom de la première partie duxviii'' siècle Henry Cochin, le premier qui ait introduit l'improvisation au barreau. Le père du Curé de Saint-Jacques résumait dans sa personne toutes ces traditions de famille : la lettre d'invitation à
(1) Le Comte de Falloux : Augustin Cochin.
ses funérailles lui donne les titres suivants : «Messire Claude Denys Cochin, écuyer, doyen des anciens juges consuls, doyen des anciens échevins de Paris, doyen des grands messagers jurés de l'Université, doyen des quarante porteurs de la chasse de Sainte-Geneviève, doyen des commissaires des pauvres, doyen des marguilliers de la paroisse Saint-Benoît. »
Jean Denys Cochin était né à Paris le 17 janvier 172C), Sa santé délicate et les remontrances de son père purent seules l'empêcher d'embrasser la vie religieuse à l'âge de seize ans ; mais il entra au séminaire Saint-Magloire pour se disposer par de fortes études à recevoir le sacerdoce. Prêtre à vingt-six ans , et Docteur en théologie après une thèse brillamment soutenue en Sorbonne, il fut attaché comme vicaire à Saint- Etienne-du-Mont. Il avait trente ans lorsque l'Archevêque de Beaumont le contraignit d'accepter la cure de Saint-Jacques du Haut- Pas.
Parmi les qualités pastorales de Monsieur Cochin, la plus populaire est bien sa bonté pour les pauvres. On a rapporté des traits nombreux de cette charité pleine de condescendance, celui-ci si connu entre autres. Pressé d'arriver à l'église pour monter en chaire, il est arrêté dans la rue par une personne âgée qui lui demande l'aumône : « INIais je n'ai rien sur moi, lui ditil. — Monsieur le Curé, les boucles d'argent de vos souliers suftiraient à me faire vivre plusieurs
jours! » Le Pasteur retire aussitôt ses boucles, va les vendre pour qu'on n'accuse pas la nnallieureuse de les avoir dérobées, et lui en remet le prix. Le l'ait raconté simi)lement au commencement du sermon, i)our excuser son retard, produit une profonde impression ; et la quote qui suit lait recueillir au charitable prêtre, avec les pièces ordinaires de monnaie, des bourses pleines, des chaînes, des bijoux pour ses pauvres.
La charité du Curé ne peut pas se contenter des qualités même extraordinaires qu'elle peut rencontrer chez les simples fidèles. Père de tous ses paroissiens, et des plus déshérités en particulier, il est obligé de se donner à tous avec un égal dévouement. Sa bonté, pour être digne de sa charge, doit se montrer communicative et industrieuse : communicative pour engager les plus fortunés à l'aider dans les secours à porter aux pauvres ; industrieuse dans le choix des moyens les plus propres à soulager toutes les misères sans les^blesser, et tout en sauvegardant, autant que possible, les grandes lois de la famille, du travail et de la vertu. Telle fut bien la charité pastorale de Monsieur Cochin. Nous aurons à parler plus particulièrement dans le chapitre suivant de la fondation de l'Hôpital qui fut comme le couronnement de son dévouement envers les malheureux. Quelques extraits de la circulai^re envoyée (février 1790) aux paroissiens pour leur communiquer le projet de cet établissement nous donneront le résumé
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le plus exact des inventions charitables du zélé curé. ^
« La paroisse Saint-Jacques-Saint-Philippe du Haut- Pas renferme huit à dix mille habitants, * dont plus de la moitié est habituellement assistée par la charité, ou exposée à lui demander des secours lorsque la cessation du travail ou la maladie lui enlève le seul moyen de subsister. —
« Ce grand nombre de pauvres, comparé à la modicité de la cure, qui n'excède pas trois mille livres, aux charges indispensables qui absorbent la meilleure partie de ce faible revenu, et au petit nombre des paroissiens qui jouissent de quelque fortune, serait effrayant pour un curé, si l'esprit de piété et de charité qui anime les fidèles de cette paroisse, ne leur inspirait de faire en faveur des pauvres les efforts les plus généreux.
« La divine Providence a toujours mis les curés de Saint-Jacques du Haut-Pas en état de subvenir aux besoins les plus pressants; et celui qui dessert actuellement cette cure depuis près de 24 années, en rendant hommage à cette Providence bienveillante, croit devoir lesplus grands témoignages à la charité de ses paroissiens. Ils l'ont aidé dans toutes les entreprises qu'il a faites pour le soulagement de ses pauvres. C'est par leur libéralité qu'il distribue toutes les années pour 14.000 livres de pain ; qu'il fournit des habillements et du bois dans les ffoids rigoureux, et des aliments pour le
(',arôin(\;<iu'il entreiiciit luijlhufc capiiblo do procurer un travail lucratif à |)lus de (juatre-vin^ts ramilles, et de fournir tous les autres ménages avec assez d'abondanc^e.
« Les secours en argent ne manquent point aux pauvres honteux ; les vieillards et les enlants trouvent tout ce qu'exigent leur âge et leurs intirmités ; les femmes sont encouragées à nourrir elles-mêmes, par des soulagements propres à les dédommager du travail dont cette occupation les détourne; et plusieurs d'entre elles préfèrent les assistances qu'on leur donne pendant la durée de la nourriture au profit que leur offriraient des nourrissons étrangers. Les hôpitaux ont plus d'une fois rendu à la paroisse le témoignage que le soin qu'on y prend des personnes âgées ou infirmes les réduit rarement à la dure nécessité d'aller chercher, dans ces dépôts publics de la misère humaine, des secours que la charité de leurs frères leur fournit avec plus d'abondance
« Pour le traitement des malades, un médecin habile de laFaculté de Paris, ancien et expérimenté dans son art, attaché à cette charitable fonction depuis près de trente années, plus par honneur et par religion que par intérêt (M. Bideault, docteur-régent de la Faculté), visite tous les jours ceux des pauvres qui sont menacés de quelque danger. Il ordonne les médicaments, les sœurs de la Charité les exécutent, les administrent, et visitent les malades avec ce
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zèle et cette piété qui sont le caractère propre de leur précieuse congrégation. »
Cependant les abus et les inconvénients du soin des malades peu fortunés à domicile, les charges considérables imposées à la charité par la nécessité de nourrir les familles tout entières lorsque le père et la mère se voient contraints d'interrompre le travail, l'un par la maladie, i'autre par l'obligation de soigner celui qui est atteint, avaient depuis longtemps donné au pasteur le désir de fonder un hôpital paroissial où « à moins de frais, avec plus de facilités, sans sortir de sa paroisse, sous les yeux de ses parents et amis, sous ceux de son curé et de son confesseur, » les malades pauvres ou sans ressources suffisantes pourraient trouver des soins aussi dévoués, et toujours plus éclairés, que dans leur propre demeure. Déjà, faisant contribuer la charité même au secours de la charité, le pasteur avait mis à part une partie du linge nécessaire ; le^i/a^ye qu'il entretenait habituellement, lui fournirait pour la suite toutes les toiles nécessaires à l'enretient de ce linge. . .
« On rendra à M. le Curé la justice que, dans les temps les plus durs, // ne s est jamais présenté dans aucune maison pour i/ solliciter du secours ; et c'est une nouvelle preuve de la vérité du témoignage qu'il rend ici. Plus les temps ont été difficiles, plus il a eu à se féliciter de pouvoir répandre dans le sein du pauvre, non de ces aumônes arrachées par la vexation
et riniportimitc, mais iiispirôos j),ir la di.Mi'ito la ])Iiis pure. Aussi, dans cotte circonstance, malgré l'empressement qu'il éprouveà accélérer cette 1)011110 œuvre, il no se [)ermettra aucune démarche qui puisse fatiguer les riches, ou les eml)arrasser, s'ils étaient disposés à quelque refus. 11 se contente do leur indiquer ce moyen d'exercer leur bon cœur, et attendra de Celui qui dispose des volontés et des fortunes, le succès de cette tentative. ... M. le Curé promet de garder le plus profond silence quand des raisons de prudence, de modestie et d'humilité exigeront que les engagements (do contributions périodiques) restent secrets. »
Cette longue citation n'a pas besoin de commentaires : la question sociale serait bientôt résolue si tous les malheureux avaient de tels avocats, et si ces derniers rencontraient toujours des chrétiens si bien disposés à les comprendre.
Les fondations charitables des paroissiens devaient nécessairement s'augmenter sous l'administration de Monsbcur Cochin. En 1758^ ]^|mc yvc ^Q Pestalozzi fait un legs de 12.000 livres à Saint-Jacques du Haut-Pas et à Saint- Étienne du Mont \:)0\xv faù^e apprendre métier à trois pauvres filles de chacune de ces deux paroisses. Le Parlement ayant réduit ce legs de moitié, les revenus ne permirent plus de s'occuper que d'une jeune fille par paroisse.
En 17G4,Messire Christophe Nicolas Accarin de la Vigne, écuyer, commissaire des guerres,
propose à la Fabrique de lui donner une maison située à THay pour les malades pauvres et honteux. La déclaration royale d'août 1749 ne perniettant plus aux gens de mainmorte d'accepter de biens-fonds (V. chapitre VII), on dut le prier de transformer lui-môme sa fondation en contrat de rente. La condition imposée à ce don de^72 livres de revenu, nous montre que les tendances parlementaires et irréligieuses avaient fait des progrès à cette époque : il était stipulé que seuls les marguilliers, en dehors du Curé, pourraient disposer de cette somme. M. Cochin tout en engageant les fabriciens à accepter le don pour le bien des pauvres, protesta contre une clause si injurieuse pour ses successeurs comme pour lui-môme : l'assemblée crut de son devoir de députer plusieurs de ses membres pour aller représenter au Sr Accarin sa confiance en M. le Curé, dont la charité et la piété étaient connues de tous.
En 1776, la fondation pour une retraite annuelle à donner dans l'église pendant les dix jours qui séparent l'Ascension de la Pentecôte, réservait 36 livres pour les pauvres les plus nécessiteux de la paroisse.
M. Cochin ajouta à tous ces revenus de la Charité un don de 89 livres de rente pour encourager les enfants des catéchismes par des distributions de récompenses. Le rapport de M. Graffin sur la situation des biens de la Charité en 1785 lui attribue de plus une fondation de 960 livres pour l'œuvre des catéchismes.
Déjà il devait, coinincson prédécesseur louer, à la ral)ri(|ue la maison d'éco/c /xjiir les f/a/'ço/is 200 livres pai* an, et entretenir les enfants de cIkihu' [)ar moitié avee les marguilliei's. Ces dépenses et ces dons n'étaient pas les [)lus difficiles à imposer à son caîur [)aternel.
On a. vanté la science lliéolofjiqae du curé de Saint-Jacques : le succès de sa thèse de doctorat n'avait étonné ni ses condisciples ni ses maîtres de Saint-Magloire, témoins de la facilité de son éloquence et de son travail. Quelques recueils d'exhortations faites par lui sur les sujets habituels de prédication nous ont été conservés, ainsi qu'une explication détaillée, sous forme de prônes, des cérémonies de la Messe. Rien dans ses écrits ne paraît révéler de complaisance pour les erreurs partagées par un trop grand nombre de ses paroissiens. Le choix de M. de Beaumont semble d'ailleurs écarter tout soupçon sur sa doctrine. La satisfaction des Jansénistes, lorsqu'ils le virent succéder i\ M. Courcault, peut s'expliquer simplement par l'esprit de conciliation qu'ils lui connaissaient, et dont il fit preuve en se chargeant lui-môme d'assister à leurs derniers moments plusieurs des vieillards exilés que M. Desmoulins avait autrefois accueillis dans son église et sa communauté.
La science du Pasteur s'alliait très bien avec les qualités pratiques de raf//7i//i/s^ra^ei/r. Son esprit d'ordre apparaît dans toutes ses entreprises, comme dans les comptes rendus
qu'il « se faisait une loi » d'en produire devant ses paroissiens.
Le présent et l'avenir n'absorbaient pas d'ailleurs toute son attention : il aimait à étudier le passé de la paroisse pour y retrouver la source de traditions honorables. C'est un devoir pour nous de rendre hommage à un travail historique dont nous avons amplement protité dans le cours de cette étude. Rentré en possession des papiers de la Cure soustraits à son prédécesseur, M. Cocliin s'occupa de les revoir, de les classer par ordre de matières ; il fit plus : deux volumes manuscrits in-folio, conservés aux Archives Nationales (LL-793, 4) nous en ont transmis le résumé chronologique le plus précis sous le titre a d'Etat en forme de Journal des papiers concernant la Cure et Paroisse de Saint-Jacques Saint-Philippe du Haut-Pas, des origines Jusqu'en 1770 » : délibérations des assemblées de fabrique, comptes annuels, titres de possessions ou de fondations, récits de cérémonies extraordinaires, en un mot tout ce qui intéresse l'histoire paroissiale est indiqué là, toujours accompagné en marge du renvoi aux sources. La fidélité scrupuleuse de ce résumé, que nous avons pu constater pour les nombreuses pièces qui existent encore, soit aux Archives Natio-.^ nales, soit aux Archives actuelles de la paroisse,^r nous permet de ne pas regretter outre mesure la disparition d'un certain nombre de documents. Le second volume se termine par une table des
inati('M'Cs disposées par ordre alphabétique, rjui est elle-incine coinnio une reproduction de tout l'ouvnif^e.
La dernière i)artie de ce second volume, et la suite du travail (1) pour la période de 1771 à 1780, ont pour nous la valeur de véritables mémoires, bien que l'auteur ne se mette jamais en cause; ajoutons que le renvoi continuel aux [)ièces ofMcielles est un gage de la plus entière véracité. Avec un semblable guide, il ne peut être difficile de rapporter les faits principaux de l'administration paroissiale de 1756 à 1783.
Au moment où M. Cochin prenait possession de sa cure, la France, et Paris en particulier, ne jouissaient guère de la paix religieuse si propice nu. développement des œuvres chrétiennes. La lutte avait été pénible entre le Roi et les assemblées précédentes du Clergé. En 1750, tandis que les députés ecclésiastiques protestaient avec la plus respectueuse énergie contre Tédit de 1749 (V. Chapitre VII), — qui réservait au pouvoir civil l'approbation des nouveaux établissements religieux, et tendait à restreindre le plus possible la propriété foncière des anciennes fondations en ne leur permettant plus de recevoir que des rentes mobilières, — ■ la liberté de consentement aux do/is gratuits avait été sur le point d'être enlevée à l'Eglise de France. En même temps que les commissaires royaux venaient intimer l'ordre de voter un nouveau don
(1) Arcliives actuelles.
de 7 millions 500 livres, une déclaration royale était envoyée au Parlement et enregistrée le 17 août, sans môme que le Clergé en eût été informé, pour demander l'étatdétaillé de chaque bénéfice, afin d'établir une répartition plus équitable des charges.
Les remontrances succédèrent aux remontrances contre ces empiétements continuels sur l'autorité ecclésiastique, jusqu'au 15 septembre, où une lettre du monarque annonça qu'il allait ordonner la levée d'office du secours demandé, tout en consentant kXdÀ^SQV au Clergé le soin de la répartition et de la perception, et enjoignit à l'Assemblée de se séparer le 20. Le 19, dans la dernière réunion, les députés firent \ une dernière déclaration : pour l'acquit de leur conscience, ils persistaient dans les remontrances précédemment adressées au roi, afin que rien ne pût préjudicier aux droits et immunités de l'Eglise.
Le langage des commissaires royaux se montra moins arrogant à l'Assemblée de 1755 : ils demandaient un nouveau don gratuit de 16 millions et le renouvellement du contrat de rentes sur rHôtel-de-Viilc, et exprimaient le désir d'un remaniement du département des contributions par diocèse. Tout fut accordé. En revanche, les députés avaient à obtenir une compensation difficile : c'était le temps où les Parlements, soutenant lesjansénistes, ne craignaient pas de décréter de prise de corps les prêtres obligés par devoir de refuser les sacrements aux
sectaires impénitents ; rArclievo(|ue de Paris lui-mènic était alors exilé A Conllans. Louis XV, après une résistance souvent voisine de la faiblesse, avait cru arrêter tous ces abus en prescrivant de nouveau la loi du silence (1754). Les remontrances (1) faites à ce sujet n'obtinrent que des réponses ôvasives. Un bref de Benoît XIV (lu IG octobre 1750 louant la conduite des évê- «(ues, et les réclamations plus instantes de l'Assemblée de 1758 devaient amener une améliora^ tion dans cette pénible lutte.
Cependant la réforme promise en 1755 pour la répartition des contributions du clergé, s'était opérée. Les diocèses avaient été taxés d'après le chiffre du revenu actuel, et les bureaux diocésains étaient chargés du même travail pour leurs différents bénéfices. Une délibération de la Chambre ecclésiastique de Paris, du 12 août 1756, demandait, pour s'éclairer, une
(1) La citation suivante nous donne un exemple de la libei'té de langage avec laquelle le clergé de France savait pai'Ier au roi sans manquer au respect toujours sincèi'e pour sa personne comme pour son autorité : « Votre Majesté daigne, Sire, nous faire connaître à ce sujet, des intentions favorables à l'I'^glise et à ses Ministres : mais ])Ci-mettez-nous de vous le dire avec une sainte liberté : Dieu exige quelque chose de plus des Rois, et surtout d'un grand Roi connne vous. Il veut. Sire, non seulement riiomuiage de voti-e cœur, mais encore que vous usiez de toute la puissance qu'il vous a domiée pour le faire respecter dans la pei-sonne de ses nn'nistres, pour mainten'r dans tousses droits la Religion sainte qu'il a établie; pour (Mupêclier (ju'on enlève à son Kglise aucune portion du dépôt qui lui a été confié. Ce devoir de protection pour la lieligion est, Sire, U> devon* le plus indispensable des Rois et ils en rendront à Dieu le plus terrible compte »
déclaration des biens et revenus de chaque établissement et de cliacun des titulaires. La Fabrique de Saint-Jacques du Haut-Pas envoyait la sienne en 1757 : la moyenne des comptes des dix dernières années donnait un total de recettes s'élevant à 8.333 livres et les dépenses à 8.518; elle payait annuellement 21 livres 15 sols de contribution pour les décimes. Une déclaration semblable de 1772 accuse une assez forte augmentation de cette dernière contribution : elle montait alors à 119 livres.
De son côté M.Cochin présentait un mémoire à Mgr l'archevêque et à MM. les Députés de la môme Chambre. On avait demandé au curé de Saint-Jacques : en 1755, 141 livres pour les décimes, 200 en 1750, et 207 en 1757, Or le revenu moyen de la cure pour les dix dernières années s'élevait à 3.051 livres; mais les charges étant de 2.253 livres (y compris les 207 livres de contributions),il ne restait plus que 798 livres, sans parler des frais de location d'une salle et d'un jardin payée aux marguilliers, des appointements de l'organiste et de l'entretien des enfants de chœur auxquels le titulaire devait pourvoir en commun avec la Fabrique. Il paraît que les autres curés du diocèse n'étaient pas" moins chargés, puisque la réponse de la Chambre fut encore une augmentation de contributions pour l'année suivante.
Si nous rapprochons de cette déclaration celle faite par le curé Anthlaume les 25 févriei*
1790 et 19 mai 1791 (Ijccnlormément aux décrets de l'Asseinhlée nationale, nous verrons que la situation de la cuvo n'avait guère changé : le casuel, puisque les reocnns fixes n'existaient pas, s'élevait à 3.088 livres par an, et les charges 788 livres, savoir : 328 livres pourlelogenientà des prêtres delà paroisse, 200 livres pour celui du maître d'école, (2) 1()0 livres pour les prédicateurs, 100 livres pour l'employé chargé d'avertir les ecclésiastiques pour les sacrements. — Il n'en résultait, ajoute la Déclaration, «ac^m actif pour la Nation.
Si les curés de Saint-Jacques ont employé leur zèle actif à développer les ressources de la paroisse, à augmenter les biens des pauvres, on ne peut les accuser d'avoir trop pensé à leurs intérêts personnels.
Les Finances du Trésor Royal à cette époque ne paraissent guère en meilleur état que celles du clergé. La guerre de Sept-Ans avait fait disparaître une grande partie du numéraire français. Après avoir lui-môme envoyé sa vaisselle à la Monnaie (26 octobre 1759), et engagé les particuliers à l'imiter, moyennant la remise de ses droits seigneuriaux et du droit de contrôle, Louis XV autorisait, par lettres patentes du 8 février 1700, les fabriques paroissiales à agir de môme pour l'argenterie qui n'était pas absolument nécessaire au culte. Les
(1) Areh. Nation. S. 3.39G A.
(2) La direction de l'école des garçons était confiée à un ecclésiastique sous la surveillance du Curé.
marguilliers de Saint-Jacques, après s'être prudemment assurés que les autres paroisses de la ville s'étaient rendues à cette invitation, contribuèrent pour 1299 livres à l'échange demandé.
Les ressources de la paroisse avaient besoin d'augmentation : un calcul intelligent démontra que le moyen d'y parvenir, c'était défaire d'abord les dépenses nécessaires pour l'amélioration des maisons de la fabrique, dont on pourrait ainsi tirer un revenu plus considérable. La démolition des deux vieilles masures, à Venseigne de X Image Saint-Nicolas et du Petit-Cerf, attenantes à l'église, et la construction sur leur emplacement d'une maison de plusieurs étages fut décidée (1761) : tous les ans on devait affecter 2.000 livres à ce travail, somme qui bientôt fut élevée à 4.000. Une partie du rez-de-chaussée devait être réservée à l'installation d'une chapelle des Fonts-Baptismaux ayant la môme largeur que celle du Bon-Pasteur. Dès 1703, un vicaire est logé dans la Maison- Neuve. En 1704, M. le curé, qui s'était chargé de toucher le montant des loyers, recueille 1 .550 livres. La chapelle des Fonts achevée et décorée est bénite par M. de Beaumont, que nous voyons encore le 23 juin 1705 donner la Confirmation dans l'église Saint-Jacques.
Le compte rendu des recettes et des dépenses pour les travaux entrepris, donné la même année par M. le Curé, accuse 21.791 livres de recettes et 21.023 livres de dépenses. Le montant
t(^tal (les mémoires était de r)0.301 livres; le reli({uat fut payé les années suivantes.
Les travaux d'onibellisscment de l'église devaient continuer longtemps encore: les six piliers du sanctuaire Curent revêtus de bois sculpté et doré en 1705; les autres piliers du chœur purent recevoir le môme ornement, grâce au legs de 800 livres du théologal d'Auxerre, Touvenot, ancien vicaire exilé de Saint- Jacques (1772) ; la grille d'appui de l'entrée du chœur fut remplacée à la môme époque.
Des tribunes construites au-dessous des grandes orgues et sur les tambours des différentes portes augmentaient les revenus de la paroisse, de même que la concession des différentes chapelles à des familles recommandables.
Ainsi, en 1707, la chapelle Saint-Louis, récemment échangée contre la chapelle de la confrérie de Sainte-Anne, était donnée à la Maréchale de Lautrec, avec faculté d'ouvrir une porte sur la ruelle.
En 1768, on autorise Très Haut et Très Puissant Seigneur Marie Louis Caillebot, marquis de la Salle et général des armées du roi, gouverneur de la Haute et Basse-Marche, à placer une inscription en l'honneur de la Marquise sa mère, inhumée dans le cimetière « au milieu des pauvres qu'elle s'était toujours appliquée à imiter par sa simplicité et à secourir par sa charité.» La même année, M"^"^ Chalmette, veuve d'un ancien marguillier d'honneur du temps de
M. Courcault, reroit la permission de percer, pour sa commodité, une porte dans le mur mitoyen qui sépare l'appartement dont elle est locataire dans la Maison Neuve, de la maison voisine appartenant à la veuve d'un ancien marguillier comptable, Boitel. (1)
L'élection desmarguilliers d'honneur, abandonnée depuis la mort de M. Doujat, recommence en 17G8 en faveur de M. Lericlie, chevalier, seigneur de Cheveighé, La Frette et autres lieux, conseiller en la grand'cliambre du Parlement. Après sa mort (décembre 1768), le choix des paroissiens se porte sur Très Haut et Très Puissant Seigneur Mgr Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly, duc de Chaulnes, Pair de France, Vidame d'Amiens, baron de Péquigny et de Briot, seigneur de Vignancourt, Flexi- ; court et autres lieux, qui avait installé son hôtel, rue d'Enfer, entre les Carmélites et Saint- Magloire. Lorsqu'il eut donné son assentiment, l'assemblée fabricienne « le remercia très humblement de l'honneur qu'il avait bien voulu faire à la Compagnie en acceptant cette place. » Enlevé bientôt à la reconnaissance de la paroisse (novembre 1769), il eut pour successeur, un prince du Saint-Empire, Son Altesse Sérénissime Charles Otton de Saîm-Salm, tils aîné du prince souverain de ce nom, qui garda ses fonctions
(1) Il est justo (le citci' ici lo nom dos familles qui donnèi-ent à la Fal)riqiie la plupart d(^s niai'guilliei's coniplal)les : Baudin, Coquelart (nienuisiei's), Houdouart, Hoitel, de Launay, de la Noue, Cai'din, Cainbault (maçons), Bontbommc (serrui-ier), l'Etolfé, Fauquet (épicier).
jus(|ii'en 1775. Mais ses IViMjuentes et longues absences décidèrent les fabriciens à lui envoyer une lettre pour lui faire agréer la nomination d'un marguillier d'honneur coinini'.pariniôrun. Son consentement obtenu (1), « la Com[)agnie arrêta qu'elle enverrait chez M. Gilbert de Voisins (2), [^résident du Parlement, à l'elfet de lui demander son heure et son jour pour lui demander la permission de l'élire marguillier d'honneur. » L'élection eut lieu le 19 mars ; cette charge devait être conservée par le môme personnage jusqu'à la Révolution.
A la mort de sa mère (1780), M. Gilbert de Voisins demande à la Fabrique l'autorisation de faire construire, t\ ses frais, un caveau pour toute sa famille sous la chapelle qu'il tient à bail, de telle manière que ce caveau puisse s'étendre sous la partie du cimetière adossée à ladite chapelle. « La Compagnie, désirant donner à AL le Président, tous les témoignages possibles de sa reconnaissance et de son respect, . . . arrête qu'il serait passé entre lui et la Fabrique tel acte qu'il jugerait convenable,. . . laissant à M. le Président à arbitrer les conditions, fondations ou redevances qu'il croirait devoir faire en cette occasion,... convaincue que ces conditions lui seront toujours inspirées par son amour de la justice, son respect pour
(1) Le prince de Sahii-Salin mourut dans ses Etats en 1778.
(2) Il lial)itait, rue d'Enfei-, un hôtel situé à l'eniplaeenient du numéro 97 actuel du boulevard Saint-Michel.
la religion, et ce sentiment naturel de bienfaisance dont cette église possède des témoignages tout récents. » — La suite de cette histoire nous dira si M. Gilbert de Voisins mérita toujours ces éloges des marguilliers.
Le respect et la reconnaissance de l'Assemblée paroissiale pour les grands personnages qui lui faisaient l'honneur d'accepter la charge de premier marguillier, ne l'empêchaient pas de réclamer au besoin l'exécution des traités passés avec eux. Le compte rendu de la séance du 13 octobre 1776 nous en donne un exemple : « Sur ce qu'il a été dit par le sieur Denis (marguillier comptable) qu'ayant envoyé à l'hôtel du prince de Salm-Salm une quittance de 49 livres . 10 sols pour les deux places que ce Prince occupe dans l'église et l'enceinte de la balustrade du chœur, ses domestiques avaient fait réponse que le Prince n'entendait payer que la redevance de 30 sols, et refusait de payer celle de 48 livres pour le restant de ladite place, il a été arrêté qu'il serait fait une lettre en forme de mémoire, où les motifs de la concession faite au Prince seraient exposés, et que ladite lettre serait adressée et envoyée au Prince dans ses Etats, afin que, par la réponse qu'il jugerait à propos de faire, il pût être pris par la Compagnie le parti qu'il conviendrait. — Le résultat a été que le Prince a donné ses ordres à l'effet que ladite somme de 49 livres 10 sols fût payée, comme en effet elle a été payée. »
Dans la plupart des travaux dont nous avons
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l)arlé, M. le Curô se chargeait dos dépenses comme de la surveillance, et la Fabri(|ue se contentait de lui restituer une somme convenue clia(iue année. C'est en vertu d'un semijlable ari'angement que, dès son arrivée, M. Cochin avait pu assurer le renouvellement des ornements sacrés, et [)lus tard, il agit de même pour la lingerie. Grâce à cette sage administration, le budget de la Fabrique, qui n'était que de 8,200 livres en 1755, s'élevait à 17,700 livres en 1708, et 19,755 en 1772.
L'attachement des curés et des marguilliers pour les droits de leurs paroisses respectives ne s'était pas relâché à la fin du xviii^ siècle. Nous en avons une double preuve dans l'histoire de Saint-Jacques : d'une part, une lutte de plus de dix années avec Saint-Sulpice et Saint-Etienne du Mont pour la juridiction à exercer sur les maisons des nouveaux boulevards ; d'autre part, en 1771, des dillicultés avec Saint-Hippolyte au sujet « d'une sommation signifiée au sieur Leguay, locataire d'une maison du Clos des Capucins, ouverte par la rue de la Santé, à l'effet de lui faire rendre le pain à bénir ; et de l'opposition faite entre ses mains par les sieurs Curé et Marguilliers de Saint-Hippolyte à l'effet de l'en empêcher. » L'arrêt de délimitation des paroisses de 1655, invoqué par la Fabrique de Saint-Jacques, lui fit donner raison dans cette dernière affaire.
Le soin du temporel ne faisait pas oublier à
M. Cochin les intérêts spirituels de ses paroissiens. Le culte divin, toujours digne dans la paroisse, ne pouvait le laisser indifférent. De zélés fidèles assurèrent d'ailleurs par leurs dons, le développement et la multiplication des réunions pieuses. Nous avons déjà indiqué la fondation d'une retraite annuelle pour les dix jours qui séparent l'Ascension de la Pentecôte (1777). En 1772, une demoiselle Jeanne Jacquelot, veuve de Louis Magu, bourgeois de Paris, bien que paroissienne de Saint-Sulpice, avait demandé l'établissement d'un salut à Saint-Jacques tous les vendredis de carême, à condition qu'on le terminerait par un De Profundis pour son mari, et pour elle-même après sa mort. Le Saint- Ciboire devait être exposé avec quatre cierges ; les chants même étaient déterminés : O Sacrum convivium avec verset et oraison, Stabat Mater et Domine Salvum chacun avec son verset et son oraison, et VEcce Panis pendant la bénédiction. En 177G, nouvelle fondation de M. Lavocat de Sauveterre pour les saluts des premiers jeudis de chaque mois.
De tristes événements arrivés dans la famille royale donnèrent à la paroisse l'occasion de « témoigner la part qu'elle savait prendre à l'affliction publique. En 17GG, à la mort du Dauphin, père de Louis XVI, un service solennel est célébré le mercredi 15 janvier. La Fabrique envoie des billets d'invitation dans les principales maisons, et les fait afficher aux portes de toutes les églises situées dans les Hmites de
la paroisse. La modicité des revenus ne permet cependant pas de s'adresser aux jurcscrieurs(l) pour les tentures de deuil, comme on l'avait fait en d'autres circonstances, notamment au moment du dccùs du roi Louis XIV. Il n'y a pas non \)\\is àQ rcj)résciitatioii , « n'étant pas possible de représenter dignement les obsèques du Prince qui est l'objet de cette triste cérémonie. » Toutes autres dépenses sont d'ailleurs autorisées pour le luminaire de l'autel, et le nombre de chantres nécessaires pour la solennité et la décence du service. Les registres de délibérations conserveront l'ordre et le détail des cérémonies.
— La veille, à midi, le service sera annoncé par trois volées de cloches, comme pour les enterrements de fjraiid c/icei^r; de trois heures à quatre heures, son des Vêpres et des Vigiles comme aux annuels, et chaque coup suivi de volées ; à 4 heures, chant des Vêpres, des trois Nocturnes et des Laudes. — Mercredi, à 7 heures, trois volées ; de 9 à 10 heures, son pour la Grand'Messe comme la veille pour les Vêpres ; à 10 heures, Grand'Messe solennelle avec prêtre assistant et indut, et les deux encensements solennels ; l'autel sera paré comme aux annuels; après la messe le Libéra sera chanté entièrement, mais sans reprise, sans encensement et sans eau bénite, attendu qu'il n'y a pas de repré-
(1) Agents de PomiDes Funèbres do lV'poqii.\
sentation. — La dépense totale ne dépassa ])as 48 livres.
Le 15 juillet 17(>8, le même cérémonial fut observé au service célébré pour la reine ^larie Leczinska, sauf pour les tentures en partie fournies gratuitement par les jurés-crieurs, dont un ancien marguillier, M. Harouard, faisait partie; il y eut une estrade à trois gradins, surmontée d'un dais de velours, avec la couronne et son carreau ; au portail tentures avec bandes de velours et armoiries.
En 1770, la paroisse demande deux messes, l'une d'action de grâces, l'autre de Requiem, « à l'occasion des accidents arrivés la nuit du 29 au 30 mai, rue Royale, au feu d'artifice fait en réjouissance du mariage de Monseigneur Louis Auguste, Dauphin de France ».
Le service pour le roi Louis XV est réglé (mai 1774) conformément à ce qui avaitété décidé pour celui du Dauphin en 1706.
Une cérémonie soigneusement préparée, et célébrée avec le plus grand éclat, fut la bénédiction de trois nouvelles cloches, le 2 décembre
La première cloche ayant été cassée le jour des SS. Patrons, la visite des autres cloches fit conclure à la nécessité de les refondre toutes, sauf la plus petite qu'on destinerait à servir de timbre à l'horloge. Pour la recevoir, on décide c( de faire élever sur la tour un petit donjon dans
lo goût de celui qui se voit sur la tour do Saiat- Eticnnc-du-Mont, et de faire environner la tour (jusqu'alors restée sans balustre) d'une espèce de parapet en taide figurée en balustrade. » Des quêtes à domicile permirent de supporter les frais de ces travaux.
La reconnaissance pour les bienfaiteurs présents ne fit pas oublier les anciens donateurs ; avant le détail du cérémonial observé à la bénédiction, que les Fabriciens voulurent conserver sur le livre des délibérations « pour l'instruction de leurs successeurs en la place de Marguilliers, » il fut convenu qu'on transcrirait les inscriptions des anciennes cloches. (C'est cette précaution qui nous a permis de les donner plus haut.)
Une plaque de marbre fixée à un des piliers de l'église, rappela le souvenir de tous ceux qui avaient contribué à la dépense, et particulièrement « despersonnes distinguées qui avaient bien voulu nommer les cloches : la première, appelée Pierre-Marie, et la troisième, Anne-Pauline, avaient eu pour parrain T. Haut et T. Puissant Seigneur Pierre Gilbert de Voisins, chevalier, marquis de Villenne, de Saint-Priest, de Saint- Etienne et autres lieux. Président du Parlement, Marguillier d'honneur, et pour marraine Très Haute et Très Excellente Dame Marie Anne, princesse de Salm-Salm, duchesse del Infantado, grande d'Espagne de première classe. La seconde, Pierre d'Alcantara- Marie, et la
quatrième, Emmanuelle -Henriette, avaient été nommées par Très Haut et Très Excellent Seigneur Pierre d'Alcantara Toledo et Silva, duc dcl Infantado, grand d'Espagne de première classe, gentilhomme de la Chambre du roi d'Espagne, et grand'croix de l'Ordre de Charles III, et par Très Haute et Très Puissante Dame Anne-Marie Henriette de Merle, épouse de Très Haut et Très Puissant Seigneur Gilbert de Voisins, etc. ..
La cloche destinée pour l'horloge, ayant été fêlée au moment de la descente des autres cloches, dut être à son tour refondue : elle fut bénie le 7 mars 1779. M. Cocliin lui donna pour parrain et marraine son père et sa sœur : Messire Claude Denis Cochin, écuyer, ancien échevin, etc., et dame Marie Jeanne Cochin, épouse de Messire Charles Constantin Despeignes, payeur des .rentes. — Cette cloche est la seule qui ait été conservée à la Révolution, lorsque les autres furent employées à la fonte des canons ; c'est encore l'unique cloche de Saint-Jacques.
Un livre, imprimé tout exprès, rapportait tous les détails de la première cérémonie. L'espace compris entre la nef et le chœur, où étaient placées les cloches, fut réservé au clergé ainsi qu'aux parrains et marraines, aux marguilliers et aux dames de considération de la paroisse. Un des côtés de l'église avait été gardé pour les pauvres. Six suisses, avec celui
(lo la paroisse, assuraient l'ordre ; dix-liuit archers du ^uet occupaient les portes du grand [)ortnil et de la ciiapelle de la Sainte-Vierge laissées seules ouvertes. — « 11 a été élevé au milieu dos cloches un dais en forme de balda- (|uin, dont les quatre rideaux venaient couronner chacune des cloches. L'enceinte réservée était tapissée du haut des piliers à la corniche; et les appuis des enceintes étaient aussi revêtus de tapisserie. »
Monsieur Cocliin, d'une santé délicate, ne s'était pas épargné les fatigues au milieu de tous ces travaux. La fondation de l'hôpital dont nous allons bientôt parler, acheva de l'affaiblir. Vers la fin de 1782, il demanda à M. de Juigné, le nouvel arclievèque de Paris, de lui donner un successeur. Celui-ci le pria de désigner luimôme son remplaçant : l'humilité l'en empocha. Peu après il mourait, universellement regretté. L'inscription suivante (1) rappela ses mérites et l'affection qu'il avait su inspirer à tous.
(1) Eu voici la Ntraduction : D. O. M. Ici reposent les restes mortels de Jean Denys Cocliin, docteur en sacrée Théologie, et curé de cette église pendant vingt-six ans. Exemple pour son ti-ou[)eau pai' la saintetcî de ses mœurs, lumière i)ar sa doctrine, pasteur par sa sollicitude, père |)ar ses aumônes; déjà épuisé par les travaux ri la maladie, il connnença de ses propres deniers la construction d'un hospice particuliei' pour ses pauvres ; il l'acheva avec le secours de la bienfaisance S})Ontanée des fidèles. L'd'uvre a })eine terminée, appelé à posséder le royaume })réparé aux miséi-icordieux dès l'or.gine du monde, il s'endormit dans le Seigneur, le troisième jour de juin, l'an du Seigneur mil sept cent quatre-vingt-trois, le cinquanteseptième de son âge. La paroisse attristée à son excellent pasteur !