‹ Une Paroisse de Paris sous l'ancien régimeChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

^A CnARiTi': Paroissiale. — Son organisation : trôsorière des ])auvr('s, damos docliarité. — Fondations cmi ravcur do ci4t(^ onivro. — Les Sdîurs p;risos : ('colo des filles. — DésintéiH^ssement du Curé Marecl ; sa mort. — Cliaritc de son suceesseur, M. l^»sniouIins : fondations pour rétalilissenicnt de jeunes lillcs, pour les éeoles, pour l'Mpjirentissage des enfanls pauvres, pour la ninriiete des pauvres. — La Maison de Charité.

Les charges considérables de la Fabrique l'avaient pas empoché les paroissiens deSaintfacques du Haut-Pas de remplir le devoir de la îharité chrétienne envers leurs frères déshérités. Les pauvres, les malades, les vieillards, les enfants ont été de tout temps l'objet de la préoccupation des pasteurs et des fidèles. Comme lans toutes les paroisses de Paris, il y avait ici me Charité régulièrement organisée pour ceniraliser les aumônes et les distribuer. Le Curé în était le président ; sous sa direction une trésorière des pauvres disposait des secours, et des dames de Charité allaient les porter à domicile aux malheureux reconnus vraiment dignes d'intérêt.

Les paroissiens ne se contentaient pasde fournir à cette Charité les ressources nécessaires au jour le jour : des fondations nombreuses lui furent faites par l'entremise de la Fabrique : les

marguilliers en recueillaient le produit comme des autres fondations, et le remettaient au Curé, à qui il appartenait d'en surveiller l'emploi.

Dès 1G49, un fondateur assurait à la paroisse la disposition de deux lits à l'Hospice des Incurables. — Les Sœurs grises^ ou Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul, étaient chargées dès, 1684 du soin des pauvres malades à domicile. Madame le Bossu, trésorière des pauvres, ayant à cette époque offert une somme de 110 livres pour la construction de l'église, la Fabrique lui témoigna sa reconnaissance en votant la concession d'un banc aux Sœurs tant qu'elles s'occuperaient des malheureux de la paroisse : peut-être était-ce cette dame qui les avait attirées et installées à Saint-Jacques.

Lel9mailG86, ces Religieusessont appelées à prendre la direction d'une Ecole de Charité pour les pauvres filles de la paroisse : un contrat anonyme de 3.000 livrjs de principal, soit 150 livres de rente, est constitué pour cet effet au profit du Curé.

Monsieur Marcel avait donné l'exemple de la plus grande charité à ses fidèles. D'après les calculs faits par l'un de ses successeurs, M. Cochin, il avait offert de ses propres deniers 12.183 livres pour la construction de l'église et l'achat des ornements, sans compter l'abandon de ses droits curiaux. Les pauvres non plus n'avaient pas été oubliés. Quand l'archidiacre voulut faire remise de la part qui lui revenait dans la succession du Curé défunt, il trouva

pour tout mobilier un lit jivoe trois couvertures, un surplis en dentelle, une soutruie et un bréviaire.

La reconnaissance des paroissiens se manil'este dans l'épitaplio ((ui fut placée sur sa tombe au milieu du cliœur. En voici la traduction :

(( Ici attend la résurrection glorieuse Louis Marcel, pasteur très vigilant de cette église, qui, par un travail infatigable, l'a élevée depuis les fondements, et en a célébré la dédicace après l'avoir bâtie et ornée avec beaucoup de soin. Aimé de Dieu et des hommes, il a vécu pauvre pour lui-même, riche envers les pauvres qu'il a établis, avec son église, ses légataires universels.

11 est mort le 4 novembre 1704, âgé de soixantedix ans, ayant gouverné cette paroisse pendant trente-neuf ans. Ses paroissiens, pleins de respect pour sa vertu et de reconnaissance pour ses bienfaits, ont fait poser ce monument à sa mémoire. »

Donnons un souvenir à l'un de ses vicaires, M. Chandon, qui, après quarante-deux ans de ministère à Saint-Jacques, devait le suivre dans la tombe quelques années plus tard, le

12 mai 1710. Son épitaphe, placée dans le sanctuaire de la chapelle de la Sainte Vierge, vantait sa sagesse, son ardeur, sa vigilance, sa douceur, son humilité, sa prudence, son zèle contre le libertinage et les scandales. — Le neveu de ce pr.Mre, portant le même nom que lui, remplissait

depuis 1692 les fonctions de clerc de l'œuvre ; il devait lui succéder dans la charge de vicaire.

Jean Desmoulins, docteur en théologie de la Faculté de Sorbonne, échangea sa cure d'Argenteuil contre celle de Saint-Jacques du Haut-Pas. Il hérita de la charité de son prédécesseur, et il sut en donner des preuves pendant les vingt-sept années de son ministère paroissial. Son exemple encourageait les fidèles: les fondations pour la charité paroissiale se multiplient sous son administration comme celles qui étaient destinées au culte. Le 31 décembre 1709, 110 livres de rente sont données pour permettre de doter annuellement deux pauvres filles. En 1716,1a Demoiselle Marie Le Bret, veuve de Louis de Rome écuyer, fait à la Fabrique, sauf la jouissance d'un double usufruit, un legs sur lequel on devait d'abord prélever une rente de 600 livres destinée à subvenir par portions égales à l'entretien des écoles de charité^ au soulagement des pauvres malades^ et au paiement de l' apprentissage de pauvres enfants de la paroisse. En 1719, nouvelle fondation de 200 livres de rente, après extinction d'usufruit, par Mademoiselle Dreux de Croaches, en faveur des écoles et des apprentissages. En 1731, fondation Regnault de 354 1. de rente pour la Marmite des pauvres malades (nous dirions aujourd'hui le Fourneau).

Monsieur Desmoulins ajouta lui-même à cette liste de donations, où aucun des besoins

des indigents n'est oublié, le legs personnel d'une maison, à l'enseigne du Chapeau-Rouge, qu'il avait achetée pour y installer les Sœurs grises avec leurs écoles et les œuvres dont elles avaient la direction. Par acte passé devant MM'^'' Riclier et Laideguive, notaires à Paris, le 11 août 1712, M. Desmoulins donnait à la Charité paroissiale cette maison à la charge d'y loger trois Sœurs de Saint-Lazare ; ou, si Tonne s'arrangeait pas avec la supérieure de ladite congrégation, toute autre personne de piété et capacité requise, r|ui serait au choix et nomination dudit Sieur Jean Desmoulins, curé de la paroisse, et de ses successeurs, en sorte néanmoins que Icsdites sœurs de Saint- Lazare fussent toujours préférées. Ces religieuses devaient tenir dans ladite maison l'école des pauvres tilles de la paroisse, y faire le bouillon des malades, préparer les remèdes, et distribuer le pain, bois, potages, linge, habillements et autres choses nécessaires. Le prix d'achat n'avait pas été entièrement payé au moment de la mort du fondateur, en 1732 : il restait à solder la somme de 5.600 1. à divers intéressés, sans compter les 52 livres due sannuellement au Trésor Royal pour tenir lieu du droit d'indemnité. Un arrêt du Conseil du 25 février 1710 avait bien exempté du droit à' amortissement les fondations ou legs faits en faveur des pauvres malades des paroisses et des écoles de charité ; mais, à partir delà déclaration 21 du novembre 1724, cette dispense n'en-

traînait pas celle du droit à' indemnité (Arrêt du28avrill739j.

Nous verrons sous M. Cochin les différentes œuvres déjà établies se développer encore durant la période la plus brillante de l'histoire paroissiale. La charité rachète les erreurs des sociétés comme des individus : nous ne l'oublierons pas en racontant la part trop ardente prise par plusieurs des fidèles, et même des prôtresde Saint-Jacques, dans les tristes affaires du Jansénisme. Mais auparavant nous devons donner quelques indications sur les nombreuses Communautés établies depuis un siècle dans la paroisse, et dont l'influence amena plus d'une famille à se fixer sur son territoire.

CHAIM'IKM': VI

CV>MMrx.\UTî:s I^cci-ksiastk^iiiùs kt Rruoikuses dk i,a Paroissk. — L(» Cîii'dinal (U^ Bôi'ullo ; In Ciirincl de la rue Sanit-Jacqucs ; fondation do l'Oi-aloiro ; lo Sônn'naii'(* Sain(-Mii.aIoii'(* ; la Maison d'Inslilution. — L(\s b'cuiilanls. — La Visitation. — Les Ui-sidinc^s. — Les l<'(Miillant nés. — Les l^iMK'dictins An.ii'lais. — l.(; \i\\ de Ciràcc. — Los Caijucins. — Port-Royal.

Le commencement du XVIP siècle nous fait assister en France à une vraie i^énovation religieuse. La paix rendue après les graves désordres des guerres de religion, permet aux saints personnages suscités de Dieu, de travailler à la correction des abus, et de fonder un grand nombre d'œuvres nouvelles appropriées aux besoins du temps. Saint François de Sales, Saint Vincent de Paul, le Cardinal de Bérulle, M. Olier vont être à Paris en particulier les instruments choisis de la Providence.

Par sa situation au sommet de la Montagne Sainte-Geneviève, par ses larges espaces encore inoccupés, par son voisinage des grandes écoles, la paroisse Saint-Jacques du Haut-Pas, devait attirer les âmes désireuses de trouver le calme de la solitude, tout en conservant la facilité d'entretenir les relations nécessaires avec le milieu intelligent de la grande ville. Aussi voyons-nous dans l'espace d'un siècle s'y établir

un nombre relativement considérable de communautés ecclésiastiques ou religieuses.

Il n'entre pas dans notre plan de raconter l'histoire (1) de ces communautés. Nous nous contenterons, après avoir indiqué les faits concernant leur fondation, de rappeler quelles furent leurs relations avec la paroisse ; nous terminerons en montrant, autant que possible, le sort de chacunes d'elles après la tourmente révolutionnaire.

La première de ces fondations fut celle du monastère des Carmélites réformées par sainte Thérèse. Dès le règne de Henri III, un jeune gentilhomme, Jean de Brétigny, et la maréchale de Joyeuse avaient essayé d'introduire en France des religieux et des religieuses de la réforme espagnole. Les troubles de la Ligue et la guerre avec Philippe II ne leur permirent pas de réussir. A la mort de la maréchale (1595), M. de Brétigny tenta avec M. Gallemant, curé d'Aumale, sous la conduite duquel il s'était mis pour SG disposer à recevoir les saints ordres, l'établissement d'un monastère dans la paroisse môme de ce pasteur.

Mais c'était à Mademoiselle Acarie (2), la Bienheureuse Marie de l'Incarnation, béatihée

(1) Nous avons été aidés dans la rédaction do ces notes pai- les renseignements que différentes communautés ont l)ien voulu nous communiquer : qu'il nous soit permis de leur expi-imei- ici notre reconnaissance.

(2) Voir les Vies de la Bienheureuse Marie et de l'Incarnation \ràv Du Val et Bouclier ; et l'ablM' lT(>ussaye : M. de Bêrulle et les Carmélites.

j.nr Pio VI en 1791 , rju'étnit rôsorvéc In, f(^n(lntion (lu pi'eniier Carmol (1(^ l'^rniico. lliio apparition de sainte Thérèse, qui lui révéla ce clioix (l(i Dieu, fut jugée digne de créanc^e par son confesseur, Dom Bcaucousin, ciiartreux, et une assemblée (IGOl) composée des deux personnages que nous connaissons déjà, auxquels s'étaient joints M. de Bérulle, ordonné prêtre deux ans auparavant, M. Du Val, docteur de Sorbonne, et le P. Pacifique capucin. Cependant les difïicultôs de Henri IV avec la Cour d'Espagne ne permirent pas encore de mettre le projet à exécution. — Une nouvelle apparition, sept ou huit mois après, dans laquelle la sainte assurait que les obstacles n'empocheraient pas le succès, détermina les premiers confidents, ainsi que saint François de Sales, alors prédicateur à Paris, A se prononcer pour l'établissement immédiat d'un premier monastère dans cette ville.

Il fallait trouver une personne de qualité qui pût, en prenant le titre et les charges de fondatrice, obtenir l'agrément du roi. — La duchesse de Longueville accepta cette mission; et, après quelques difficultés, elle obtint de la Cour pour la nouvelle congrégation le Prieuré de Notre-Dame des Champs, dont nous avons parlé au chapitre P''.

Les lettres patentes de Henri IV sont du 18 juillet 1G02. Le prieur commendataire, François Choisnin, n'avait rien à perdre à cette cession de son monastère ; les religieux du

prieuré devaient être transférés au collège de Marmouticr près la Sorbonne, les revenus seraient désormais attachés à ce collège avec le titre conservé de Notre-Dame des Champs ; (1) et pour indemniser de l'abandon des immeubles, une rente de 300 livres tournois, raclietable au capital de 4.500 livres, devait être payée chaque année par les nouvelles religieuses. Cependant il fallait l'assentiment et du Cardinal de Joyeuse, abbé commendataire de Marmouiier, dont dépendait le prieuré, et des Bénédictins de cette abbaye. Le premier, qui avait vivement désiré comme sa mère l'introduction en France de la réforme de sainte Thérèse, consentit ù la translation après quelque opposition ; le Chapitre général fut plus tenace : les désirs du roi ne suffirent point, il fallut presque un ordre formel, et les pressants avis de M. de Bérulle, pour le décider à céder.

Malgré toutes les oppositions, et grâce à l'intervention de saint François de Sales, la bulle d'érection put être obtenue de Clément VIII le 13 novembre 1603 ; elle consacrait les arrangements précédents. La duchesse de Longueville fut autorisée à donner 2.400 livres de rente pour l'entretien de quinze religieuses. Le nouveau monastère, complètement exempt de la juridiction épiscopale dans la mesure où le permettaient lesdécrets du Concile de Trente, et de celle

(l)Le titre du Prieuré deNotre-Dame des Champs devait être en 1671 réuni au Séminaire d'Orléans.

desCarines rnilif;cs de Franco, l'ut soumis à la visite (lu Prieur ^éuéral des Chartreux on attendant l'arrivée des Religieux de la réforme es})agnole. Cette maison devait être (îhef'd'ordre.iïour tous les (îouvents du royaume.

Le prieur des Cliartreux donna sa démission avant d'exercer les fonctions de visiteur. Le \^\{VQ àQ cliej d ordre étant contraire aux constitutions des Carmélites réformées, ne fut jamais admis par ce premier monastère. Grégoire XV et Clément IX ne lui ont conservé que la primauté d'honneur.

Des anciens bâtiments Téglise seule fut conservée. Le chœur des Religieuses et le monastère furent construits sur le plan des couvents de Carmélites. Madame Acarie voulut elle-même surveiller les travaux avec un soin minutieux. La reine, qui s'était réservé le titre de première fondatrice, la duchesse de Longueville et la princesse d'Estouteville, sa sœur, secondes fondatrices, se chargèrent de fournir l'argent nécessaire.

Les difficultés furent grandes en Espagne pour obtenir l'envoi de quelques religieuses réformées: M. de Brétigny et plusieurs religieuses françaises n'ayant pas réussi, M. de Bérulle dut s'embarquer avec M. Gaultier, avocat général au Grand Conseil (janvier 1603) et, n'arriva qu'avec peine à décider le général des Carmes ; enfin il put reprendre le chemin de France avec six religieuses le jour de Saint-Bernard de la

même année. Elles arrivèrent à Paris le 15 octobre IGOl, et prirent possession des bâtiments provisoires de leur monastère le lendemain, après avoir été communier à Montmartre, au lieu môme du martyre de saint Denis.

MM. Gallemant,*Du Val et de Bérulle avaient été désignés par la bulle de Clément VIII comme supérieurs du Carmel de France. Le général des Chartreux n'ayant pas accepté les fonctions de visiteur, M. Gallemant fut clioisi pour le remplacer ; Paul V, en 1614, chargea pour toujours de cette commission M. de Bérulle et ses successeurs dans la place de général de l'Oratoire, à la sollicitation même des supérieurs des Carmélites. Les prétentions des Carmes venus d'Italie amenèrent des querelles regrettables ; la nouvelle Congrégation n'en fit pas moins de rapides progrès : à sa mort, en 1629, le Cardinal pouvait compter jusqu'à quarante-trois couvents fondés en vingtcinq années.

Le Carmel du faubourg Saint-Jacques était célèbre au XVIP siècle. Des demoiselles et des dames de la haute société, et même de la Cour, vinrent s'y consacrer à Dieu, ou chercher un pieux asile dans ses dépendances. Citons parmi les premières novices : Mlles d'Hannivel, de Fonteines-Marans, la marquise de Bréauté ; plus tard Mesdames de Bans, de Bellefond.

La seconde Madame de Longueville, l'héroïne de la Fronde, s'établit près du monastère en 1672, à la mort de son fils, partageant ses

(lorniùros années entfo la pôiiiteiicc, le soin des [)auvres et rédilieation de la paroisse (Voii* chapitre lll). Madame de la Vallière s'y retira en 1070, et fat admise à la. profession par une exception toute particulière ; sous le nom de Sœur Louise de la Miséricorde, elle donna jus- ([u'à sa mort (1710) les marques du i)lus sincère repentir. On montre encore au N'^ 17 de la rue Nicole un oratoire où reposa quelque temps son corps.

A certains jours, la Cour et toute la société parisienne aCtluaient au Carmel pour assister aux offices et entendre la parole des plus célèbres prédicateurs : des oraisons funèbres furent prononcées dans cette maison pour le prince de Conty en 1666 par Gilbert de Choiseul du Plessy- Praslain, évèque de Comenge ; pour Turenne (1675) par Mascaron, évoque de Tulle ; pour la princesse Palatine (1685) par Bossuet, évèque de Meaux ; pour le duc de Montausier (1690) par Fléchier, évèque nommé de Nîmes.

C'est aussi dans cette église que M. Olier, le fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, célébra sa première messe.

Le Culte de saint Denis ne fut pas abandonné par les Carmélites. Tous les ans, les pèlerinages continuaient; d'après le recueil des offices propres à Saint-Jacques du Haut-Pas, imprimé en 1760 sous le curé Cochin, la paroisse, qui avait l'habitude à certaines époques de se rendre en procession à l'église du Carmel, était admise le jour de la fête du premier évèque de Paris, à

pénétrer dans la Chapelle basse (1) « où Ton croit que saint Denis célébra les saints Mystîres » .

Les religieuses, dispersées à la Révolution, rachetèrent une partie de leur propriété en 1802. En 1817, le roi Louis XVIII fit restituer quelques-uns des objets d'art qui ornaient autrefois l'église Notre-Dame des Champs, et en particulier la statue du Cardinal de Bérulle par Sarrazin avec les bas-reliefs du piédestal de Lestocard : on les voit dans la chapelle actuelle.

L'antique crypte dévastée ne fut retrouvée qu'en 1855, au moment de la reconstruction du monastère; restaurée avec ses anciennes dimensions, elle ne tarda pas à subir de très graves détériorations. En 1871, les Carmélites s'engagèrent par vœu à la faire réparer aussitôt qu'il leur serait possible, si les obus des Prussiens épargnaient leur vie. Ce vœu, renouvelé en 1880, à l'époque de l'expulsion des Congrégations, a pu enfin recevoir une exécution : le 29 janvier 1896, le regretté Mgr d'Hulst, supérieur de la Communauté, bénissait solennellement le sanctuaire rendu à la vénération des religieuses. Isolée pendant quelques jours de la clôture, la nouvelle crypte a pu recevoir la visite de nombreux fidèles, heureux d'être admis en cette

(1) Cette Cliaj)elle basse ne devait pas èti-e la crypte primitive où salut Denis avait aiiti-efois résidé : eeite dernière, compi'ise dans la clôture, et pai* suite exclusivement réservée aux Religieuses, formait comme un second étaiic en profondeui'. La chapelle, dont il est ici question, située au-dessous de l'église Noti'e-Dame des Champs, était consacrée à la Sainte Vierge, et c'est là que les j)èlerins venaient vénérer sa statue miraculeuse.

circonstaiico à honorer les reliques insignes conservées la par les différents hôtes depuis plus de quinze siècles.

M. de Bérulle devait travailler sur la paroisse Saint-Jac({ues à une autre œuvre importante : kxïondiiiiondQV O/'atoi/'c de F/'a/ice. {1)C cstd'dns une maison du faubourg Saint-Jacques appelée le Petit-Bourbon (2) (emplacement du Val-de- Grâce), que, le 11 novembre IGll, eurent lieu les débuts de la nouvelle Congrégation. Six prêtres séculiers y vivent en communauté, visités dès les premiers jours par le Jésuite Cotton, confesseur du roi, et par le Cardinal de Joyeuse. Bientôt la Reine-Mère, puis le Roi y viennent assister à l'office. Dès le mois de décembre, les lettres patentes sont octroyées, confirmées le 2 janvier suivant, et enregistrées au Parlement le 4 septembre 1613. L'évoque de Paris avait donné son agrément, et le Cardinal de la Rochefoucauld, ambassadeur à Rome, obtint la Bulle d'approbation de Paul V le 10 mai 1613.

Le jour de l'Assomption de cette même année, on dut rendre les offices publics : denxoratoires ou exhortations d'une demi-heure chacune furent faites avant et après vêpres les diman-

(1) Voirl'Histoii'e de cette Congrégation, par le Cardinal Poi'i'aiid.

(2) I-e Petit- Bourbon ou Fief de Va/o^- avait a])|)ai'lenii à Chai'hvs de Valois, fils du roi Pliili])|)e III ; il passa de])uis dans la maison de Bourbon jusqu'en 1528, époque où la ducliesse d'Angoulènie en lit don au médecin Jean Cliapelain.

clies, les jours de fôtes et les vendredis ; une excellente musique, comme c'était l'usage à l'Oratoire de Rome, achevait d'attirer les fidèles.

Le premier des disciples que le P. de Bérulle « forma pour le ciel », le jeune sous-diacre Odet de Saint-Gilles, neveu de François Péricard, évoque d'Avranclies, mourut en odeur de sainteté le 7 août 1614, et fut enterré dans l'église des Carmélites. Ses dix-huit mois de Congrégation lui avaient suffi pour s'élever à une telle perfection, que le vénéré fondateur pouvait dire de lui . « Ce bon confrère est un géant, et nous ne sommes que des nains auprès de lui. »

Le nombre des confrères s'élève bientôt à dix-huit; la première demeure devient insuffisante : l'Oratoire Saint-Honoré reçoit les religieux avec une église décorée, malgré toutes les oppositions, du titre de Chapelle Royale.

En môme temps ils sont appelés dans différentes villes du royaume, ainsi qu'à l'église Saint-Louis des Français à Rome.

En 1618, le premier archevêque de Paris, Jean-François de Gondy, voyant diminuer le nombre des Religieux de Saint-Magloire dont il était Abbé, demande aux Oratoriens de les remplacer. Les lettres patentes sont données en juillet 1618. Un traité est signé en 1620 entre les deux parties : les Oratoriens prennent possession de l'Abbaye, où ils vont établir le premier séminaire de France, avec le P. Guillaume Gibieu comme supérieur ; les onze Bénédictins restants

recevront une pension viagère de 414 livres chacun, avec jouissance de la i)r6l)endo de Notre- Dame de Paris affectée à leur uiense.

r/œuvre des Oratoriens de Saint-Magloire, leur zèle à fcu'mer de saints prêtres « c'est-à-dire à donner des pères aux enfants de Dieu, » a trouvé un panégyriste éloquent dans la personne de Bossuet : « Allez à cette maison où reposent les os du grand saint Magloire, — dit-i{> dans l'oraison funèbre du P. Bourgoing, troisième supérieur de l'Oratoire, et inspirateur de la fondation des Séminaires par sa Congrégation;— là, dans l'air le plus pur et le plus serein de la vil le, un nombre infini d'ecclésiastiques respire un air encore plus pur de la discipline cléricale ; ils se répandent dans les diocèses, et portent partout l'esprit de l'Église. »

Les rapports fréquents avec la paroisse, nécessités par le voisinage immédiat de l'église Saint-Jacques, furent généralement amicaux. Quelques difficultés matérielles cependant entraînèrent les Oratoriens dans des procès avec les Marguilliers. Les malentendus, les compétitions s'arrangent souvent à l'amiable entre particuliers ; mais lorsqu'il s'agit des intérêts de sociétés d'ailleurs sympathiques les unes aux autres, les hommes qui ont la mission de les représenter ne peuvent se croire aussi facile* ment autorisés à sacrifier des droits considérés comme fondés : force est alors de s'en rapporter à l'autorité des tribunaux. — Entre gens

d'Eglise, les seuls juges qu'il soit permis de

consulter, sont les supérieurs ecclésiastiques : nous avons déjà vu en France les empiétements des tribunaux séculiers sur le domaine de la juridiction religieuse ; ici d'ailleurs la Fabrique paroissiale, composée en grande partie de laïques, suivait l'usage depuis longtemps introduit de s'en rapporter toujours pour les affaires litigieuses à la protection du Procureur général au Parlement.

Le Vendredi-Saint de l'année 1624, les Oratoriens font commencer la construction d'un petit pavillon sur le terrain dépendant du Cimetière paroissial. Grand scandale parmi les fidèles témoins de cete usurpation : requête est adressée au Bailly du Palais. Celui-ci croit tout arranger en autorisant les Pères à achever leur bâtiment moyennant le paiement à la Fabrique d'une rente de cinquante-huit livres parisis. Les Marguilliers mécontents en appellent au Parlement.

Une autre affaire vient compliquer la première. Une veuve Couture, propriétaire d'une maison située dans l'alignement de la nouvelle église projetée, soutenait un procès contre la Fabrique, à qui elle refusait de vendre. Le 14 septembre de la même année, la maison est achetée par un sieur Gilbert Poteau, qui déclare agir pour les Pères de Saint-Magloire. De là enquêtes et procédures pendant quatre ans. Les pièces qui nous ont été conservées fournissent de nombreux renseignements sur les origines de la Paroisse.

Enlin, on 1(V?S, un îirran^omeat intervient; los Oratoriens codent In maison acrjuisc de la \'(Mivo Couture en éelian^-e de dix ioises do profondeur de terr.'iin jï prendre sur le cimetière paroissial, et s'engagent à construire un mur mitoyen. La Fabrique reste en possession du reste du cimetière jusqu'à la rue d'Enfer ; la ruelle des Deux-Eglises (rue de l'Abbé de l'Epôe actuelle) sera propriété commune avec égale disposition des portes et des clefs. Le 22 octobre 1G30, le Père de Condren, supérieur général de l'Oratoire, ratifiait le traité conclu définitivement le 8 du môme mois.

Le Père de BôruUe, nommé Cardinal en 1627, était décédé le 2 octobre 1629. Son cœur avait été légué au Carmel de la rue Saint-Jacques; un de ses bras fut conservé à la Maison d'Institution dont nous allons parler. Après la Révolution, les Sulpiciens devinrent les dépositaires des restes du vénéré fondateur de l'Oratoire qu'on avait pu soustraire à la profanation: les chairs reposent dans la cliapelle basse de la Maison de Lorette^ au milieu du parc du séminaire d'Issy, et les ossements dans la chapelle du Séminaire de Paris.

La Maison d'Institution^ ou Noviciat de l'Oratoire, fut établie sur le chemin d'Orléans, vers 1650, grâce aux libéralités d'un pieux laïque. Monsieur Pinette, conseiller du Roi, et économe du duc d'Orléans. Par reconnaissance, on lui accorda le droit de nommer un député aux

assemblées générales de la Congrégation. - Nous voyons lesMarguilliers de Saint-Jacques, inquiets de la nouvelle fondation, protester contre la construction de la Chapelle (10 avril 1651). Plus tard quelques contestations s'élèvent à 1' occasion d'inhumations, entre autres de celle de M. Finette, faites par les Pères sans l'autorisation du Curé.

De semblables difficultés se rencontraient un peu partout entre les paroisses et les communautés. Les prescriptions canoniques à ce sujet durent être rappelées par l'autorité ecclésiastique (ordonnance de l'archevêque de Paris du 17 mars 16G8) : les religieux, les frères convers et les domestiques de communautés pouvaient faire leurs Pâques, recevoir les derniers sacrements, et être inhumés dans la chapelle de leur maison, sans l'intervention du clergé paroissial ; quant aux personnes étrangères aux communautés, mais domiciliées dans les dépendances de ces établissements, elles étaient entièrement soumises, comme les autres paroissiens, à la juridiction des Curés.

L'Oratoire, comme toutes les Congrégations de prêtres séculiers, n'avait pas droit à ces exemptions particulières aux religieux à vœux solennels ; mais le plus souvent des conventions particulières intervenaient entre ces communautés et les paroisses : ce fut le cas pour les Pères des deux maisons après plu-

sieurs rontostations avec lo Curé Marcel, (l) Le Supérieur provisoire de Saint-Magloire, le P. Tournaire, put avec le P. Telmont, en prêtant le serment exigé de tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics (1790-1791), rester ;\ la tête de son séminaire jusqu'à la suppression des Congrégations séculières (loi du 18 août 1792). Cinq autres directeurs refusèrent ce • serment, ainsi que le supérieur et les quatre directeurs de la Maison d'Institution. Cette dernière avait alors pour supérieur un saint et digne prêtre, dont le nom figure avec honneur dans l'Histoire de l'Eglise pendant la Révolution, le P. Mérault de Bissy, mort vicairegénéral d'Orléans. Parmi les quatre autres directeurs de la maison, signalons le P. Carriclion, qui resta caché à Paris au péril constant de sa vie, pour aller, jusqu'au pied de l'échafaud, donner les derniers secours de la religion au duc de Mouchy et autres victimes de la Terreur. — Un des cinq oratoriens insermentés de Saint-Magloire publia un écrit vigoureux contre le schisme.

La Maison d'Institution, appelée aussi Maison des Pères de l'Enfant-Jésus, est devenue, depuis la Révolution, F Hospice des Enfants assistés. Le Séminaire Saint-Magloire, dont l'évèque constitutionnel Gobel avait voulu faire son séminaire diocésain, fut définitivement

(1) Nous rapporterons dans le dernier chapitre comment l'éiiliso paroissiale est devenu;; dépositan-e des insignes reliques conservées à Saint-Magloire.

affecté à rinstitution des Sourds-Muets par décret du 16 Nivôse an III (5 janvier 1795) ; ils en occupaient déjà les bâtiments sous la direction de l'Abbé Sicard, arraché par la reconnaissance populaire aux massacres de septembre 1792. Les constructions actuelles datent de

Nous avons rapporté plus haut (Chap. II) l'achat pai* les Feuillants d'une partie de l'Hôpital de Sainte-Geneviève, près du cimetière paroissial. Ils y établirent un couvent de leur Ordre, connu sous le nom de VAnge Gardien, Pierre Séguier, garde des sceaux, en posa la première pierre, et le 31 mai 1632, dom Charles de Saint-Paul, supérieur général, y célébra la première messe. Ces religieux pratiquaient la règle de Citeaux réformée. Leur nom leur venait du village des Feuillants (Languedoc) où se trouvait le centre de leur congrégation.

Leur proximité de l'église paroissiale donna lieu à peine à quelques difficultés passagères se produisant à des intervalles très éloignés, ce qui nous laisse supposer la paix la plus complète pendant le reste du temps. En 1689, M. Imbert, substitut du Procureur du Roi du Châtelet de Paris, intente un procès aux Feuillants : de leur clocher ils avaient vue sur son jardin; d'autre part, l'augmentation de leurs cloches l'incommodait beaucoup. Il s'adresse aux marguilliers de Saint-Jacques pour leur faire épouser sa querelle : en effet, le son perpé-

liiel clcîs cloches ti'oubhiit souvent les prédications dims réglisc paroissiale, et était à charge aux locataires des maisons de la Fabri(|uc. M. le Curé serait bien disposé à se joindre aux réclamations ; mais précisément il vient d'être prié par le Supérieur des Feuillants de servir d'arbitre. On ne s'en rapporte pas d'ailleurs à lui : le 4 avril, un arrêt de la première Chambre (les Enquêtes condamne les Pères à descendre leurs deux plus grosses clocheè, et à bouclier en bois et plâtre l'ouverture incriminée; et le sieur Imbert indemnise la Fabrique des frais que lui a occasionnés le procès.

Cependant les Feuillants interjettent appel : le Parlement confirme la première sentence le 5 août de l'année suivante. Peut-être dans l'intervalle les joyeux carillons firent-ils réfléchir M. Imbert sur les inconvénients des lenteurs de la justice !

Une seconde affaire se produit en 1751. La ruelle des Deux-Eglises appartenait exclusivement à la Fabrique de Saint-Jacques et aux Oratoriens de Saint-Magloire. Les Feuillants, dont le jardin était limitrophe, percèrent dans leur mur de petites portes, puis une porte charretière donnant sur cette ruelle. Les Marguilliers, autorisés par l'Assemblée paroissiale, firent sommation aux religieux d'avoir à boucher Icsdites ouvertures. Les Pères du Séminaire joignent leurs réclamations à celles de la Fabrique ; en 1755, l'affaire est portée au Parle-

ment. De leur côté, les Feuillants obtiennent de la môme Cour un arrêt obligeant de laisser ouvertes à deux battants les deux portes de la ruG, depuis le matin jusqu'au soir, sous peine de 1,000 livres d'amende, et s'empressent de le faire signifier à la Fabrique. Celle-ci charge un avocat de continuer les poursuites. Il dut le faire avec une sage lenteur, puisque nous voyons en 1706 un projet de conférences sur le môme objet chez M. le Riche de Chéveigné (conseiller du Roi en sa Cour de Parlement et grand'chambre d'icelle), marguillier d'honneur de Saint-Jacques, entre le Supérieur de Saint- Magloire, le Générai des Feuillants, et les Curé et marguilliers en charge. — Rien n'était eucore conclu en 1770.

Les Feuillants, religieux à vœux solennels, furent astreints à la déclaration exigée par les articles 4 et 5 du décret des 8-9 septembre 1790 après la suppression des vœux monastiques ; sur les cinq religieux prôtres faisant partie de la communauté, un seul affirma sa volonté d'abandonner son couvent. La propriété, vendue pendant la Révolution, appartient depuis longtemps à la famille de Baudicour.

La rue Saint-Jacques possédait, du côté opposé à l'église, six maisons religieuses, dont nous allons parler successivement. La i)lus rapprochée des limites-nord de la paroisse était le monastère de la Visitation-Sainte-Marie, occupée depuis 1800 par les Dames de

S(i//it-Miche/ (i) (n" i\)3 actuel). La fondation remonte au 13 août 102(), du vivant même de sainte Jeanne de Chantai. La mère Anne Catherine de Bcauniont-Carra, professe d'Annecy, (jui déjà avait établi le premier monastère de Paris rue Saint-Antoine (aujourd'hui l'église est devenue temple protestant), fut chargée de cette seconde installation. Après des commencements un peu pénibles, la nouvelle communauté ne tarda pas à prospérer. On sait que le but de cette Congrégation est de rendre possibles aux personnes d'une santé peu robuste les exercices de la vie religieuse.

Les Dames de Sainte-Marie du Faubourg recevaient des pensionnaires dans les dépendances de leur maison. Madame de Sévignô, petite-tille de la sainte fondatrice, y avait fait élever sa fille, Madame de Grignan ; pendant les

(1) Les Dames de Saint-Michel ou de Notre-Dame de la Charité, voimcs de Guiiigamp, étaient installées depuis 1724 dans le bas de la rue des Postes ; elles s'occupaient (lès lors « de filles ayant Ijesoin d'une clôture forcée ». Le Cardinal de Noaiiles leur avait confié quelque temps auparavant la direction de la maison des Madelonettes, près Saint-Nicolas des Champs, composée de repenties devenues, religieuses : œuvre difficile, dans laquelle plui-ieurs con.iiTégations n'avaient pas réussi. Cette dernière œuvre, reprise en notre siècle dans la partie de la i)ropriété actuelle dont l'entrée est sur la rue d'Ulni, n'a pas donné les résultats espérés. Les élèves (pli désirent se fixer définitivement dans la maison, ne sont jamais admises à la ])rofessioii religieuse ; elles forment une classe spéciale dite de Persévérance. Outre les ])éiii(entes et les repenties, la Communauté compte une division de Présevoation jjour les jeunes filles exposées, et même des pensionnaires d'un rang assez élevé. L'Etat a cessé d'y envoyer des condamnées depuis 1887.

longs séjours de celle-ci en Provence, la tendre mère aimait à venir à Sainte-Marie chercher les souvenirs de l'enfant éloignée. Plusieurs des lettres qu'elle lui adressa sont datées de la Visitation : on peut lire en particulier celle du vendredi 29 janvier 1672, qui débute ainsi : « A Sainte-Marie du Faubourg, jour de Saint-François de Sales, et jour que vous fûtes mariée. Voilà ma première radoterie ; c'est que je fais des bouts de Tan de tout... » Madame de Sévigné aurait désiré reposer au milieu des enfants spirituelles de sa sainte aïeule ;.elle avait choisi sa sépulture au couvent de la rue Saint-Antoine, où était enterré son oncle, André Frémiot, ancien archevêque de Bourges ; mais la mort l'atteignit loin de Paris, au château deGrignan (1696)\

Les relations des religieuses avec les personnages les plus en vue de l'époque étaient alors nombreuses ; plusieurs léguèrent leur cœur à la Communauté du Faubourg Saint- Jacques : Edme de Bongueret, chevalier, sieur de Mosny des Bouchardières (1663) ; Louis de Rochechouart de Chandenier, abbé deTournus (1680; ; Madeleine de Lamoignon (1689) ; Marie de Rochechouart de Chandenier (1701).

La question des droits curiaux et paroissiaux sur les inhumations des pensionnaires delà Visitation donna lieu à quelques difficultés avec les curés Marcel et Desmoulins. Deux fois (1714 et 1716) ce dernier reçut à ce sujet des lettres de plainte de la supérieure, Sœur

Catlierinc Charlotte Amelot, (jui dôclaniit s'en i'aj)i)ort(3r à la décision do rOflicialité intervenue du temps de M. Marcel. Il n'y eut aucune suite à ces affaires. (1)

Il n'en avait pas été de même d'un semblable différend survenu avec les JJrsuluies quel- ({ues années auparavant. Ces religieuses avaient été appelés de Provence (1610) par mademoiselle Madeleine Lhuillier, veuve de Claude Le Royer, conseiller au Parlement, seigneur de Sainte-Beuve, et établies près de l'Hôtel Saint-André. Madame Acarie, principale instigatrice de cette œuvre, fut heureuse de leur donner quelques-unes des jeunes filles qui s'étaient mises sous sa direction, mais que leur santé n'avait pas permis d'admettre au noviciat du Carmel. Elles ajoutaient aux vœux ordinaires celui de se consacrer à l'éducation des jeunes filles. Afin que les maîtresses, vouées à la clôture, (2) et les pensionnaires ne fussent pas obligées de sortir de la maison pour aller faire leurs dévotions ailleurs, on acheta pour bâtir une chapelle la maison de la Petite-Herse,

(1) A la Révolution, la Supérieure, Marie-Xavier de Pillet, et SCS compagnes se dispersèrent. Dès 1797, une partie de la Communauté put se réunir dans une maison de loua.uc, rue Saint-Jacques; le but des religieuses était de racheter, s'il était possible, leur couvent ; ne pouvant y i)arvenii-, elles s'établirent rue de Sèvres, à l'endroit où se trouve maintenant la Maison des Sœurs de l'Enl'ant-Jésus. C'est de là qu'elles viiirent occuper l'Hôtel de Clermont-Ton* nerre (1822), rue de Vaugirard, 110. «

(2) Ce l'ut le premier couvent d'Ursulines cloîtrées.

sur laquelle la Fabrique de Saint-Jacques possédait une rente.

Les lettres patentes de Louis XIII (IGU) et les Bulles de Paul V, obtenues seulement l'année suivante, tout en soumettant directement la communauté et ses pensionnaires à la juridiction épiscopale au temporel comme au spirituel, ne contenaient aucune exemption de la juridiction paroissiale pour V extérieur du couvent. Lorsque la fondatrice mourut en 1G30, sa maison, contiguë au monastère et communiquant avec la clôture, pouvait être regardée comme faisant partie de la cour extérieure; et cependant, c'est au nom du curé de la paroisse que son inhumation dans la chapelle de la communauté fut présidée par le chanoine Charton, pénitencier de l'Eglise de Paris. D'autres faits semblables, attestés par les registres paroissiaux, établissaient la légitimité de la juridiction curiale sur l'enceinte extérieure de ce couvent comme de tous les autres monastères.

Le décès d'un prêtre attaché à la communauté, nommé André, mais demeurant à l'extérieur de la maison, fut l'occasion d'une procédure de plusieurs années (1705 à 1708). Par son testament, ce prêtre, afin d'éviter les contestations qu'il prévoyait, demandait à être inhumé dans le couvent des Carmes de la place Maubert. Sans attendre à être renseignée sur ses dernières volontés, la Supérieure s'était empressée da le faire enterrer dans la chapelle de sa maison ; la cérémonie avait été présidée

j)ar le chapelain, sans l'autorisation du Curé (le Saint-Jacrjues.M. Desmoulins fait sommer les religieuses d'avoir à exécuter le testament; (les mémoires de part et d'autre sont envoyés au Cardinal de Noailles, archevêque de Paris; les Marguilliers se joignent au curé pour soutenir ses droits comme ceux de la Fabrique au Chatelet de Paris. Sur le désir du Cardinal, les partis renoncent au procès pour s'en rapporter ù. sa décision. Enfin, le 30 mars 1708, la sentence arbitrale consacre l'exemption généralement accordée pour toutes les religieuses, sœurs converses, novices, pensionnaires et servantes demeurant dans Vi/itérieiu' du. monsnitère, mais affirme aussi l'entière juridiction du curé sur tous les confesseurs et chapelains de la communauté ou autres ecclésiastiques, comme aussi sur les tourières, servantes, domestiques du couvent et autres personnes habitant la cour extérieure.

Le Couvent des Ursulines demeura très prospère jusqu'à la Révolution ; le nombre des jeunes pensionnaires était considérable ; une école gratuite y avait été annexée. En 1790, on comptait 3G religieuses de chœur et 13 converses. La propriété a été morcelée par le percement des rues des Ursulines, d'Ulm et Gay- Lussac.

Les Feuilla/iti/ieSy religieuses cisterciennes (le la même réforme que les Feuillants, furent appelées à Paris par la veuve d'Estourmel et installées rue Saint-Jacques en 1023. Reli-

gieuscs exemptes, soumises aux Feuillants du môme faubourg, elles n'eurent guère de rapports avec la paroisse. En 1790, elles étaient 20 religieuses de chœur et 10 converses. Leur maison a disparu lors de la prolongation de l'impasse qui portait leur nom.

Après le schisme qui sépara la Grande- Bretagne de l'Eglise Romaine, les Bénédictins Anglais àwvQni chercher un refuge sur le Continent, ne laissant dans leur patrie que les religieux en état de s'acquitter de la pjrilleuse mission de soutenir les catholiques restés fidèles. Les Bénédictins du Mont-Cassinetceux de la province d'Espagne crurent, dans ces conjonctures difficiles, devoir venir au secours de leurs frères en leur envoyant des missionnaires. Marie de Lorraine, abbesse de Chelles, employait les revenus de son abbaye à soutenir les religieux réfugiés en France ; elle les installa d'abord au collège de Montaigu, puis eai 1015 à l'hospice de Saint-André au faubourg Saint- Jacques : c'est dans cette maison, après deux ans et demi de séjour, que se fit l'union des trois familles bénédictines attachées aux missions anglaises.

Le supérieur de la nouvelle congrégation, dom Gabriel Gifford de Sainte-Marie, voulut se rendre indépendant des religieuses de Chelles ; quelque temps avant sa promotion à Tarchevôché de Reims, il loua pour ses religieux au faubourg Saint-Germain, rue de Vaugirard, une maison où ils devaient rester six ans

et tloini : K; [)i'ieur de Saint-Gcrinain-des-Prùs ne leur [)orinit [);is d'établissement délinitif ; et quand on connnença la construction du Palais d'Orléans sur l'emplacement qu'ils occupaient, ils retournèrent au faubourg Saint-Jacques, d'abord rue d'Enfer, puis, on U\32, rue Saint- Jacques, dans une maison louée aux Feuillantines. Enfin, en 1G40, ils purent acheter la propriété qu'ils habitèrent depuis 1042 jusqu'à la Hévolution.

En 1()50, Louis XIV signa à Bordeaux les lettres patentes confirmant l'autorisation de Tarchevèque de Paris : il leur était permis d'avoir tous lieux réguliers, y compris une chapelle, dans laquelle ils ne devaient célébrer que des messes basses avec le chant des heures canoniques ; ils pouvaient recevoir les confessions des Anglais, Ecossais et Hibernois, sauf pendant la quinzaine de Pâques. Dispense leur était octroyée des droits d'amortissement et indemnité ; le tout par déférence pour la reine d'Angleterre, tante du monarque, et à la seule condition d'un service annuel solennel le jour de Saint-Louis.

En 1674, le roi accorda aux Bénédictins Anglais le droit de posséder les bénéfices de leur Ordre dans le Royaume, comme tous les sujets de Sa Majesté : disposition justifiée par la misère des catholiques d'Angleterre qui rejaillissait sur le couvent. Ce droit fut confirmé en 1G76, et de nouveau par Louis XV en 1723.

La construction des bâtiments et de la cha-

pelle sous le titre de Saint-Edmond commença en 1674 : la première pierre en fut posée par Marie-Louise d'Orléans, future épouse du roi d'Espagne Charles II. Louis XIV donna 7000 livres pour ces travaux. C'est dans cette maison que le roi détrôné Jacques II, décédé en 1701, avait choisi sa sépulture; la princesse Louise, sa fille, y fut également inhumée en 1712. Il avait légué son cerveau au collège des Ecossais, où l'on voit encore le mausolée élevé en son honneur (rue du Cardinal Lemoine).

En 1790, 20 religieux (15 prêtres, 2 sousdiacres, 1 minoré et 2 convers) composaient le monastère . deux prêtres seuls déclarèrent leur intention de l'abandonner.

Le décret des 28 octobre — 7 novembre 1790 assurait aux religieux étrangers, considérés comme personnes séculières, la propriété des biens acquis de leurs deniers ou de ceux de leur nation, tout en leur enlevant les bénéfices du royaume dont ils pouvaient être titulaires ; une pension était assignée à chacun d'eux sa vie durant, tant qu'ils resteraient en France. — Après avoir servi de prison, le couvent des Bénédictins Anglais ainsi que ses dépendances, fut restitué aux évêques catholiques de cette nation, par arrêté des consuls du 3 messidor an XI (22 juin 1803j. Depuis cette époque, il a été loué successivement à un certain nombre de maisons d'éducation ecclésiastiques ou religieuses.

L'^4 bbaye des Bénédictines du Val-de-Gràce,

étîiblic i"i Bièvrc-le-Cliàtel (vallùo do Hièvre), fut trnnsforôG à P.iris au faLil)()Lir^ Saint-Jacques sous le i;ou\(M'iiomont de sa réforinntrico, Marguerite d'Arbouzo (\()2\). Louis XIII, par lettres patentes du mois de mars de cette année, renonçait, pour TAbbesse de ce couvent, au droit de nomination que reconnaissait au roi le concordat de Léon X avec Fi*ançois L'' (151G) pour toutes les abbayes qui n'avaient pas à cet égard de privilèges particuliers. Le 21 février 1622, (1) l'arrêt du Conseil rendu à propos de l'enregistrement de ces lettres patentes, crut devoir e?^iger au moins la conlîrmation royale pour les abbesses élues par les religieuses; le 20 mars suivant, le monarque donne de nouvelles Lettres par lesquelles il déclare à son Conseil qu'il abandonnait même cette confirmation « pour affermir par tous les moyens possibles la réformation de ladite abbaye, et rendre l'élection et l'établissement des abbesses simplement et entièrement dépendantes des religieuses d'icelle. » Un bref de Grégoire XV et la permission de l'archevêque Jean François de Gondi (1623) instituèrent les élections triennales plus favorables au maintien de la discipline que le choix du souverain, surtout lorsqu'il portait sur une personne étrangère à la Communauté et même à toute profession religieuse. Dans ce dernier cas, l'Abbé ou r*Abbesseco/7i/??e/zc/ato'r(? n'avait en réalité d'autre fonction que de recueillir les

(l)Voir ces dirici-ontes i)iùccs dans le Gallca Christlana tome VII : inter instrumenta.

revenus de son monastère ; la direction était entre les mains du prieur claustral.

La propriété du Petit-Bourbon, on se fixèrent les religieuses, nous est déjà connue pour avoir servi de berceau à la Congrégation de l'Oratoire. La protection d'Anne d'Autriche aida beaucoup à la construction de la royale abbaye et de son église monumentale due au talent desarchitectes Mansard et Mercier.

On sait que c'est en exécution d'un vœu fait pour obtenir un héritier à la couronne, que la princesse, devenue régente, entreprit cette œuvre : les fondements furent jetés le21 février 1645, et la première pierre posée par le jeune roi luimême ; les travaux, interrompus par les troubles de la Fronde, furent repris avec activité en 1655. Monsieur, frère unique du Roi, posa la première pierre du cloître, qui fut béni le 29 jan-^ vier 1662; l'église ne fut achevée qu'en 1665. La célèbre Gloire de la coupole est l'œuvre du peintre Mignard.

La reine- mère obtint de son royal fils que la chapelle Sainte-Anne de l'église serait destinée à recevoir les cœurs des princes de la Maison de France ; dix-huit y furent déposés de 1662 à 1761. Une galerie du couvent, véritable musée des souverains, renfermait également divers objets ayant appartenu à ces différents princes.

En ,1790, il y avait dans l'abbaye, 16 religieuses de chœ.ur, 5 converses et 2 novices. Pendant la Révolution, elle fut transformée en magasin central des hôpitaux militaires; de-

puis elle devciuie hô[)itai militaire et éc(jle de santé militaire; l'église ne l'ut rendue au culte (ju'eii IS-.^C).

Le testament de Godefroi de la, 'l'oui', du :27 avril 1()13, donnait aux Capucins sa maison située au faubourg Srunt-Jacques ; ils y établirent leur noviciat de Paris. Des lettres patentes d'octobre ir)13 confirmèrent cette donation. Le Cardinal de Gondy, évoque de Paris, (itconstruire une chapelle pour la nouvelle Communauté ; ce fut son neveu, le futur premier archevêque do la capitale, qui vint la bénir

Dés 162o, les Religieux se joignent pour les processions aux fidèles de la succursale de Saint-Jacques. Plus tard, en 1089, ils prêchent une mission dans la paroisse.

Quelques années auparavant, le 17 juillet 1668, un terrain voisin de leur couvent avait été l'objet d'une cérémonie expiatrice : on y avait retrouvé un ciboire volé dans une église du voisinage ; la Croix de la Sainte-Hostie rappela longtemps ce fait. En 1768, le centenaire de cette découverte fut célébré solennellement ; rArchevôque s'y rencontra avec les processions de Saint-Martin du Cloître-Saint-Marcel, de Saint-Marcel et des Capucins ; les tapisserierj de la couronne avaient été envoyées pour orner le Champ des Capucins', il y eut un tel concours de peuple et de carrosses que les rues Saint- Jacques et d'Enfer en étaient remplies, et qu'on dut ouvrir les grilles du Val-de-Grâce pour éviter les accidents.

En 1782, le nouveau couvent de Saint-Louis près de la chaussée d'Antin, reçut les Capucins du faubourg Saint-Jacques. En 1786, on commença sur remplacement de Tancienne maison la construction de l'hôpital des vénériens (qui ne fut d'ailleurs achevé qu'en 1792). En exécution du décret de translation, le curé de Saint- Jacques, M. Antheaume, fut alors commis par l'Archevêché pour faire procéder à la fouille de l'église, des cloîtres et du cimetière, et transporter au couvent de Saint-Louis les restes qu'on y retrouverait. Le 11 décembre, les Religieux reçurent solennellement ces restes, parmi lesquels nous citerons, avec les reliques des autels, le cœur du cardinal Henry de Gondy, dernier évêque de Paris, mort en 1622 ; celui de Jean-François de Gondy, premier archevêque, décédé en 1654; trois cercueils de plomb renfermant les corps de Cyre de VillerslaFaye, évêque de Périgueux (mort en 1605), de Bon de Saint-Aulaire, comte de Lanmary (mort en 1687), de Cazar Lhuillier, Sr de .la Croizerie (mort en 1681). — Les épitaphes avaient disparu.

A la suite d'une mission prêchée à Notre- Dame des Victoires par le P. Laurent (1849), un comité se forma pour rappeler les Capucins i\ Paris. Après un séjour de quelques années Boulevard Montparnasse, sur l'emplacement occupé depuis par le patronage de Nazareth, les Pères s'établirent, à la fin de 1855, rue du Faubourg- Saint-Jacques, à côté des Sœurs de Saint-Joseph

de Cluny. Expropriés en 1<SG;} pour r()U\(M'tiir(3 (lu Boulevard Arago, ils hAtiriMil leur couvent actuel de la rue de la Santé suivant les prescriptions de leur Ordre: l'architecte Douillard, devenu pi'étre depuis, dii'igea les travaux

En face du couvent des Capucins, et séparé des dépendances du Carmel par la rue de la Bourbe {Boulevard actuel de Port-Royal)^ le monastère de Port^ Royal avait été établi dans THôtel de Clagny (1) acheté en 1G24, pour les religieuses cisterciennes de l'abbaye de Port- Royal des Champs (aux environs de Chevreuse), par la mère de la célèbre abbesse Angélique Arnaud. L'abbé du monastère de Citeaux, dont l'abbaye de Port-Royal des Champs avait été dès l'origine déclarée la fille immédiate (ordonnance d'Eudes de Sully, évoque de Paris, en 1206), avait approuvé la translation à Paris d'une partie de la Communauté (16 décembre 1624) ; l'archevêque autorisa la ranslation complète le 24 août 1625; le roi donna ses lettres patentes en décembre suivant, et la reine Marie de Médicis se déclara fondatrice et avocate du nouveau couvent.Les 70 religieuses prirent possession le 14 août 1626.

En 1627, Urbain VIII détachait Port-Royal de la juridiction de l'Abbé de Cîteaux, tout en lui conservant les privilèges de l'Ordre, pour le soumettre à celle de l'archevêque. Grâce à

(1) Cet liùtel avait appartenu au xvi" siècle au célèbre areliitecte Pierre Lescot.

l'influence de Marie de Médicis, Louis XIII lui accorde la faveur des élections triennales en 1029; l'année suivante, l'Abbesse donne en effet sa démission et est élue pour trois ans. De 1633 à sa nouvelle réélection de 1042, la Mère Angélique fut chargée par le pape Urbain VIII de l'établissement d'une maison fondée pour l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement par l'ôvêque de Langres, avec Tappui de Louise de Bourbon, duchesse de Longueville, la bienfaitrice déjà connue du Carmel.

Cet établissement n'eut qu'une courte durée : l'Institut du Saint-Sacrement rentra à Port- Royal avec ses statuts et privilèges, et la propriété des biens de la maison supprimée ; en 1047, on adopta définitivement l'habit particulier de la nouvelle congrégation, croix rouge sur scapulaire blanc.

Les ressources nouvelles apportées par l'union des deux couvents permirent de commencer en 1046 la construction de l'église due à l'architecte Lepautre ; elle fut solennellement bénite en 1018 sous le vocable du Saint- Sacrement et de la B. Vierge. L'abbaye porta depuis ce temps le titre de Monastère du Saint-Sacrement. En 1047, la Mère Angélique, constamment réélue depuis 1042 jusqu'en 1054, avait obtenu de l'archevêque la réouverture de Port-Royal des Champs, où, depuis 1626, ne demeurait plus qu'un prêtre pour le service de a chapelle. Les deux maisons se réunirent encore emporairement à Paris à cause des troubles de

la Frondo. r.(*i Môl'o Ai'n.iud, diic.ôdce en 1()()1, i\ l'Aii^G do 70 ans, lui onscvcrKi d.iiis lo (souvent de P.'iris.

Kn 1()()S, r.ouis XIV reprit son (In)it de nomination des abbesses : il coiilirnia Dorothée Perdrau, élue cette année, et qui vécut jusqu'en 1G85. Une bulle de Clément X (l()71) réglait la séparation des biens des deux communautés ; celle de Port-Royal des Champs conserva le droit d'éleclionjusqu'à sa dispersion en 1707.

Les relations de Port-Royal avec l'abbé de Saint Cyran, son rôle dans l'histoire du Jansénisme, ont été l'objet d'ouvrages considérables : nous ne pouvons nous y arrêter ici. La paroisse dans laquelle ont habité les principaux fauteurs de l'hérésie, et dont l'église gardait les restes du coryphée, a dû plus que toute autre subii l'influence de ses maximes : nous avons lieu de le constater dans le cours de cette notice.

Malgré leur déférence pour cette abbaye, les curés Marcel et Desmoulins eui'ent à défendre contre elle les droits de leur paroisse dans des cas semblables à ceux que nous avons plusieurs fois rencontrés. Dans la correspondance nécessitée par ces différends, les re'igieuses témoignent de leur respect pour les pasteurs de Saint-Jacques, mais en laissant paraître quelque peu de cette réserve insidieuse dont elles ont fait preuve en d'autres circonstances.

« Je suis bien fâchée. Monsieur, (1) écrit au

(1) V. Ai-chives de Saiiit-Jacqiics.

curé Marcel, à la date du 1^'' septembre 1684, Sœur Marie de Sainte-Dorothée, abbesse de Port-Royal de Paris, du sujet de mécontentement que vous avez. Je vous assure que ce n'est que manque de lumière et de réflexion, et non de bonne volonté, que le cas dont il s'agit est arrivédenotrepart.C'estoit l'affaire deMessieurs les parents de feu Madame de Vie de vous aller trouver pour ce sujet. Ils aportèrent icy, il y a deux jours, la permission de Monseigneur l'Archevêque pour l'enlèvement du corps qu'ils désiraient estre porté à son Monastère à Crespy. Il est vrayque je ne leur parlé pas lors moymesme, ce qui peut estre m'auroit donné lieu de penser à vous, Monsieur, dans cette occasion. Je voudrais que le Révérend Père qui l'a administrée eust eu la bonté de nous donner veue sur cela s'il y avoit pensé : je m'en serois servie, et Ton auroit mieux conneu la sincérité avec laquelle je vous parle. Je vous supplie, Monsieur, de ne rien faire en cette rencontre que je noyé eu l'honneur de vous parler, qui est la grâce que je vous demande incessamment ; et j'espère que vous serez satisfait de celle qui est avec toute l'estime et le respect possible en N. S. J. C. — Monsieur — Vostre très humble et très obéissante servante. »

La sincérité des religieuses devait ne rassurer que médiocrement M.Marcel; il exigea, douze jours après cette lettre, comme il l'avait fait en 1G70 à l'occasion de l'inhumation de M. de Pontis, l'engagement signé de l'Abbesse

et (le plusieurs religieuses, que cotte affjiire serait a sans tirer à conséquoncc pour les interests (ludit Sieur Curé ».

La mort de M. Marcel parut aux Religieuses de Port-Royal une excellente 0('casion de faire valoir l'exemption prétendue de la juridiction j)aroissiale, non seulement pour les personnes soumises à la clôture, mais encore pour les locataires de la cour extérieure de leur monastère. Le chapelain de la communauté serait ainsi devenu le véritable curé de tous les habitants des dépendances de Port-Royal. Monsieur Desmoulins et ses marguilliers n'étaient pas hommes à souffrir cet empiétement sur les droits curiaux et paroissiaux. — ■ Outre les deux cas dont nous venons de parler, il y avait encore à invoquer en faveur de ces droits l'exemple de madame de Fontanges, locataire de l'Abbaye. Elle rendait régulièrement le pain bénit à Saint- Jacques ; à ses derniers moments, les sacrements lui avaient été administrés par le curé ; et c'était le même curé qui, après avoir fait avec son clergé la levée du corps, l'avait remis à la porte du cloître au supérieur du monastère assisté des Religieuses, pour être enterré à l'intérieur (29 juin 1681).

Dans l'assemblée de la Fabrique du 8 février 1705, l'ingérence du chapelain fut vivement blâmée, et « il fut arrêté tout d'une voix que l'on se joindrait à monsieur le Curé pour toutes les poursuites qu'il jugerait à propos pour empêcher le progrès d'un si grand abus. »

Citées devant le Chatelet, les Reli^-ieuses évoquèrent l'instance au Grand Conseil du Roi (( sur le fondement des prétendus privilèges de rOrdre de Cîteaux ». L'affaire fut-elle terminée? Tout porte à croire qu'il y eut un arrangement provisoire. Les mesures sévères dont Port- Royal des Champs était alors l'objet réveillèrent sans doute les sympathies pour le monastère de Paris. M. Desmoulins fit remise des droits curiaux (10 livres par an) qui lui étaient dus par plusieurs des couvents situés surla paroisse, et que Port-Poyal avait négligé de lui payer depuis deux ans. Par une lettre du 6 décembre 1707, Sœur Françoise de Saint-Ignace, cellerière du Monastère, au nom de la communauté, (( le remercia très humblement, en l'assurant de leurs prières avec un grand respect en N. S.»

Cela n'empêcha pas, en 1714, les religieuses de reprendre leurs prétentions à l'occasion de l'enterrement de leur confesseur, M. Pallu, prieur de la Gausse, décédé dans l'enceinte extérieure du monastère.

On sait que les biens de l'Abbaye de Port- Royal des Champs, au moment de sa suppression, furent réunis à l'Abbaye de Paris (1707). Cette maison subsista jusqu'à la Révolution : il y avait encore en 1790, cinquante-quatre religieuses présentes. Les bâtiments furent transformés en prison sous le nom de Port-Libre ; en 1795, on y installa la Maison d'Allaitement, devenue, depuis 1801, V Hospice de la Maternité.

CHAPITRM Vn

CoMMUNAUTKS ("talilics sur les |)()i-ti()ii.s (lu ttM'ri(/)ii'(^ de; S;iin(-l''(i(Miii('-(lu-Moiii ou de Sainl-Mc'dai'd ivuiiics à Saiiit-.Ia('(|U('s du Ilaul-Pas dans le coui-s du xix' siècle; : la Pi'Ovid(Mi('(' ; la ('ouimuiiautô d(; Saint Siniéon-Salus ; la Maison de rEnl'ant-Jôsus; la PréscMitation ; les Cent- Filles ; le Séminaire du Saint-Esprit; le Sénn'naii-e des An.ulais ; les E':dist(^s. — Edits i-oyaux rc^sti-eipriiant les di-oils des Communautés ; i-eprésentations inutiles des Assemljlées du Clern'(' de France.

Entre le Val-de-Grâce et le couvent des Bénédictins Anglais, la rue des Marionnettes conduisait à la rue des Charbonniers(partie de la rue Bertliollet actuelle). Près de l'intersection de cette dernière rue avec celle de l'Arbalêtre, se trouvait le monastère de la Providence. Cette maison, comme celles dont il nous reste à parler, ne faisait pas partie de la paroisse Saint- Jacques avant 1789 ; mais les remaniements successifs des limites depuis cette époque les ont englobées dans son territoire.

Etablies d'abord à Fontenay-sous-Bois, par Marie Lumagne, veuve du conseiller d'Etat François Pollalion, puis transférées à Charonne, les Filles de la Providence habitèrent en 1647, rue d'Enfer, une maison appartenant aux Feuillants. Le 1(3 juillet 1051, Anne d'Autriche leur donna une pai'tie de l'Hôpital de la Santé du

Faubourg Saint-Marcel, qu'elle avait achetée de l'Hôtel-Dieu ; sur les instances de saint Vincent de Paul, elle s'était déclarée leur protectrice. En 1790, Charlotte Joly, supérieure des Hospitalières du Séminaire de la Providence^ déclara qu'elle avait sous sa conduite 19 religieuses de chœur et 11 converses ; elles étaient encore à leur poste en février 1793. Leurs bâtiments furent vendus le 1^'" prairial an V (20 mai 1797). La Providence s'étendait au Nord jusqu'à l'ancienne rue des Vignes. Les crimes dont cet!e rue avait été témoin, à cause de l'absence complète d'habitation (d'où le nom de Coupe- Gorge qui lui fut donné quelque temps), portèrent les autorités à en partager une partie entre les propriétés riveraines. Le reste, Cul-de- Sac des Vignes (partie de la rue Rataud), donnait accès à deux maisons religieuses : à l'Ouest, la communauté de Saint-Simêon-Salus ^ asile pour les femmes tombées en démence, dont la chapelle, construite en 169G, a complètement disparu : les dépendances de l'Ecole Normale occupent son emplacement ; — à l'Est, la Communauté du Saint-E nfant-Jésus et de la Mère de Pureté. Instituée vers 1700 (les classes, les réfectoires et la chapelle sont de 1711) pour les orphelines de père et de mère de sept à vingt ans, elle fut approuvée par lettres patentes de juillet 1717. En 1754, les Dames de Saint- Thomas de Villeneuve en prirent la direction jusque-là confiée aune société séculière de personnes pieuses. En 1790, ilyavaitcinqreligieu-

SCS et trois converses, assistées dans la direction par sept demoiselles sans fortune. — liétablie après la Révolution, cette maison servit d'asile aux: orphelines du choléra réunies par Mgr de Quélen. Toujours dirigée par les Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, elle renferme aujourd'hui une centaine d'élèves, orphelines ou pensionnaires.

La rue des Postes (1) (corruption de l'appellation de rue des Pots, ainsi nommée à cause du Clos des Poteries qu'elle traversait) est encore bordée du côté des numéros pairs, qui appartiennent àSaint-Jacques jusqu'à la rue Vauquelin, par des bâtiments provenant d'anciennes Communautés religieuses.

Au n° 34, se trouvait le Prieuré de la Présentation de Notre-Dame au Temple occupé par les Bénédictines mitigées depuis 1671. Une première tentative pour s'établir dans la môme rue, en 1G49, n'avait pas eu de succès durable. MarieCourtin,veuve de Nicolas Billard seigneur de Carrouges, fondatrice, avait voulu donner comme prieure aux quatre premières religieuses, sa nièce, Catherine Bachelier, professe de Notre-Dame d'Arcisse près Nogent au diocèse de Chartres ; elle devait elle-même résider, sans faire de vœu, dans la maison. Les caractères ne sympathisant pas, la prieure et sa tante obtinrent de l'Archevêque la permission d'aller s'établir ailleurs avec les 900 livres de rente fondées

(1) Aujourd'hui rue Lhomoud.

par le premier contrat. I^cs lettres patentes de Novembre 1656 confirmèrent la nouvelle installation au faubourg Saint-Victor, en accordant l'amortissement : Marie Courtin ajoutait alors 1100 livres à sa donation. De là nous voyons le prieuré transféré au faubourg Saint-Marcel, rue d'Orléans, jusqu'à l'époque de l'achat de la maison de la rue des Postes (7 septembre 1671). Le propriétaire, Olivier, greffier civil et criminel de la Cour des Aides, consentit à la vente moyennant 615 livres de rente, mais à la condition que la communauté s'engagerait à recevoir une religieuse de chœur, dont lui, et ses enfants seulement après lui, auraient la nomination, et qui ne fournirait comme dot que 200 livres de rente.

Catherine Bachelin se démit de ses fonctions entre les mains du Cardinal de Noailles pour se retirer d'abord au Prieuré de Notre-Dame de Consolation du Cliasseinidy, et de là à Port- Royal où elle mourut le 2 novembre 1780. — En 1790, il y avait à la Présentation 18 religieuses de chœur et 12 converses avec 2 chapelains. Vendus le 29 juin 1797, les bâtiments ont été occupés en 1821 par le Collège Sainte-Barbe, puis achetés en 1826 par la Ville de Paris, qui y a installé d'abord le Collège Rollin en 1830, et depuis différentes écoles industrielles.

UHôpitaldes Cent-Filles ou de Notre-Dame delà Miséricorde, contigu à la Présentation, doit sa fondation à Antoine Séguier, président du Parlement (lettres patentes enregistrées en

janvier Uy^-l) : il était originairement destiné à p^îirder, de six à viiigt-cin(j ans, de i)auvres oi'plK^Iines d(^ Pai'is, néc^s (]{} légitime mariage, à l(Mir apprendre un métier, et à pourvoir à leur étal)lisseinent. 11 s'y trouvait en 1790 quarante malades; quarante lits et demi étaient entretenus par fondation, et imit lits et demi rai)portaient à l'établissement chacun 500 livres par an. Les Hcligieuses, chanoinesses de Saint- Augustin , étaient alors 17 avec 1 novice , 7 converses, 8 agrégées et 2 tourières.

Le Séminaire du Saint-Esprit et de l'Immarulce Conception de la B. V. Marie pour les pauvres écoliers doit son institution (vers 1701) à un jeune ecclésiastique de Rennes, Claude François Poullart-Desplaces ; quand les séminaristes furent au nombre de douze, il forma une communauté (1703), d'abord dans une maison louée rue des Cordiers, puis, peu après, rue Neuve-Sainte-Geneviève. Les Jésuites, qui avaient été les maîtres du fondateur au Collège Louis-le-Grand, se chargèrent dans les commencements de l'enseignement comme de la direction spirituelle : Monsieur Poullart ne fut d'ailleurs ordonné prêtre qu'aux Quatrc-Temps d'Avant de 1707. Les mortifications le conduisirent bientôt à la mort, à l'âge de trente ans et demi (^octobre 1709). Il laissait 70 élèves, tous sans fortune, qui sepréparaient, avec les seules ressources de la charité, à remplir les fonctions ecclésiastiques dans de modestes postes de campagne ou dans les colonies.

L'œuvre ne fut pas abandonnée : après la courte administration de M. Garnier décédé en 1710, M. Bouic, breton d'origine comme ses prédécesseurs, resta à la tête du Séminaire jusqu'au 2 janvier 1763. C'est lui qui organisa définitivement la nouvelle communauté; à lui aussi revint l'honneur, souvent réservé aux promoteurs des œuvres bénies de Dieu, de supporter les contradictions et les épreuves.

En 1723, un prêtre habitué de Saint-Médard, Charles Le Baigue, léguait au séminaire une somme de 40.000 livres, à la double condition qu'on célébrerait pour lui un anniversaire, et que la communauté assisterait les dimanches et fêtes aux offices de la paroisse Saint-Médard. Ce legs rencontra une vive opposition: les héritiers du testateur faisaient valoir l'incapacité de recevoir des donations pour un établissement qui n'avait pas obtenu l'approbation royale, comme l'exigeait l'éditde décembre 1666 ; l'Archevêque de Paris ne pouvait reconnaître à la maison le titre de séminaire, qui seul aurait pu la soustraire aux conséquences de l'édit précité, puisqu'il n'avait pas été consulté sur sa fondation ; l'Université enfin voyait une attaque dans la condition imposée aux pensionnaires de ne prendre aucun grade et de ne suivre les cours d'aucune Faculté. Après un commencement de plaidoirie, l'affaire fut réglée en partie par l'approbation de l'archevêque et l'obtention des lettres patentes (1726). Mais l'intervention des Jansénistes retarda l'enregistrement de ces let-

très au Parlement jusfiu'au 19 mars 1731, et à la diambre des Com[)tes jusqu'au 30 juillet

Le don de LeBaigue, les secours accordés par les assemblées du Clergé de France, et les aumônes du Cardinal-Ministre Fleury, permirent d'acquérir la maison de campagne de Gentilly (1729), puis l'immeuble de la rue des Postes n*^ 2G (4 juin 1731), où l'on commença presque aussitôt la construction des bâtiments (jui bordent la rue Pataud; ils furent achevés en 1734.

L'année 1737 vit appeler les prêtres de la communauté à la direction des séminaires diocésains de Meaux et de Verdun. Ils réussirent pleinement dans le premier, et ne le quittèrent qu'à la suppression de la congrégation en 1792. L'opposition des Jansénistes les poursuivit dans le second ; et malgré la protection et des tribunaux, et de l'évêque de Drosmesnil, ils crurent devoir se retirer aux vacances de 1744.

Pendant ce temps, les anciens élèves allaient évangéliser le Nord de l'Amérique ; l'ancien évoque de Québec, Dosquet, témoigna sa reconnaissance envers le séminaire en lui donnant sa campagne de Sarcelles (1752) : les letti'es patentes d'octobre 1761, enregistrées le B avril 1762, qui autorisaient cette acquisition, confirmaient de nouveau l'existence légale de la congrégation.

Le successeur de M. Bouic, François Becquet, du diocèse d'Amiens, (1763-1788) fitcons-

truire la chapelle actuelle (17()9-80j, puis la maison qui longe la rue Lhomond et relie la chapelle aux premiers bâtiments (1777-82). La première pierre avait été bénite par l'archevêque de Beaumont ; la bénédiction de la partie achevée en 1780 fut donnée par de Bonal, évéque do Clermont. Les ressources ayant fait défaut, les travaux avaient dû être interrompus de 1770 à 1775: l'archevêque de Juigné permit de les achever au moyen des biens ecclésiastiques mis à sa disposition.

Le ministère des colonies se développait de plus en plus: les îles Saint-Pierre et Miquelon étaient confiées en 1706 à la congrégation. Deux de ses prêtres, qui avaient été faits esclaves et vendus au Sénégal, guidèrent par leurs renseignements l'escadre chargée de reprendre Saint- Louis aux Anglais en 1779; l'un d'eux, M. Déglicourt, en devint le premier Préfet apostolique. M. de Sartine, Ministre de la Marine, appela aussi en 1775, les prêtres du Saint-Esprit à prendre la succession des Jésuites à la Guyane.

M. Jean-Marie Duflos, du diocèse de Boulogne (1788-1805), eut la douleur de voir sa congrégation et ses deux séminaires victimes de la Révolution. Du moins aucun de ses prêtres ne consentit à prêter le serment schismatique de 1791 . Le 18 août 1792, la loi qui supprimait toutes les communautés séculières, accordait (Titre III art. V), à titre de viatique, « 100 livres à chacun des jeunes séminaristes reçus dans le séminaire du Saint-Esprit de Paris

avant hi [)ul)li(-ati()ii du décret du 1:3 juillet 1790, et (jui n'auraient pas encore quitté la maison. »

Les |)ropri6tés de la congrégation furent conlisquées et vendues. M. Boudot put rester pendant toute la Révolution caché au séminaire; M. Dullos et le procureur,M. Pichon, demeurèrent dans les environs. Nous parlerons au dernier chapitre de la réouverture de la chapelle en 1795.

Après le Concordat, M. Boudot fut attaché par les archevêques de Paris au Chapitre métropolitain, et reçut de Mgr de Quclen des lettres de Vicaire-général. Le vénéré M. Dufios étant mort en 1805, son neveu, M. Butout, revenu de l'émigration, obtint par ses démarches le rétablissement officiel de la Congrégation du Saint- Esprit (décret du 2 germinal au XIII, 23 mars 1805). Supprimée par décret du 26 septembre 1809, elle fut de nouveau reconnue par ordonnance royale du 3 février 181G.

Pendant son séjour au n" 15 de la rue N.-D. des Champs, le séminaire put racheter ses anciens bâtiments (juillet-décembre 1819); l'Ecole Normale, qui les occupait à titre de location, ayant été supprimée le 6 septembre 1822, dès le 5 décembre la communauté en reprit possession. — Depuis comme avant leur union avec la congrégation du P.Libermann (1855), les Pères du Saint-Esprit continuent à diriger le séminaire colonial, tout en se réservant pour eux-mêmes les missions les plus pénibles de l'Afrique.

Le Séminaire des Anrjlais (22, rue des Postes) institué par lettres patentes de 1684 pour des prêtres séculiers anglais réfugiés en France, reçut un règlement de l'archevêque de Paris en 1G85. La chapelle fut bénite en 1692 par le curé de Saint-Etienne-du-Mont. Supprimé en 1792, l'établissement a été, en 1804, réuni au lège des Irlandais.

U École Sainte-Geneoièoe des Pères Jésuites a successivement englobé les bâtiments et terrains occupés autrefois par la maison des Eadistes (n° 20) et l'hôtel deJuigné qui appartenait à l'archevêque de Paris avant la Révolution (n° 18) .

Les Eudistes, ainsi appelés du nom de leur fondateur, le P. Eudes, frère de l'historien Eudes de Mézerai, étaient établis à Paris, près de l'église Saint-Josse, depuis 1G71. En 1703, le Supérieur général, Blouet de Camilly,fit acheter au nom des prêtres des Séminaires de Caen et de Coutances, une maison avec jardin de la contenance de trois arpents, nommée les Tonrettes, située rue des Postes. La maison étant restée longtemps inoccupée, les fermiers des amortissements demandèrent le paiement de 7.000 francs de droits, et tirent même saisir les revenus des deux séminaires dont les noms figuraient dans le contrat de vente. 11 fut prouvé cependant que le Conseil de conscience avait permis aux Eudistes d'établir leurs étudiants dans cette maison, et d'en faire un séminaire quand l'archevêque de Paris le jugerait à pro-

pos. f.es lotti'os patentes du roi (\722) accoi*daieut inème la remise des droits d'amortissement et de nouveaux ae([uèts.

Pour éviter de nouvelles contestations, dès 17:27 le Su[)érieur général vint occui)er les Tourettes avec un prêtre et un frère servant ; peu après, il y appelait successivement une dou/aine d'étudiants et pensionnaires. En 1730, l'Archevêque accorda à la communauté l'autorisation d'avoir une chapelle domestique.

Cependant les premières lettres patentes n'avaient pas encore été enregistrées : le Parlement les refusa. De nouvelles lettres obtenues furent pareillement refusées, à cause de l'opposition connue des Pères aux doctrines jansénistes.

Les Eudistes n'en continuèrent pas moins à résider dans leur demeure : les travaux de reconstruction de la maison furent achevés vers 1730, et la chapelle publique bâtie de 1750 à 1755.

En 1773, M. Hébert, qui venait d'être nommé Supérieur, obtint de l'archevêque de Beaumont l'érection de la communauté en séminaire. De nouvelles lettres patentes (janvier 1774) furent enregistrées le 2() avril suivant.

De 1780 à 1788 des bâtiments furent élevés pour permettre de recevoir (30 pensionnaires. Aussi la déclaration du 3 février 1790 (1) accusat-elle un passif de 89.500 livres. L'autorisation,

(l) Airli. Nat. S. ().81î).

demandée l'année suivante, de vendre la propriété pour désintéresser les créanciers, fut refusée.

Les deux Pères présents en janvier 171)1 et leurs quatorze pensionnaires avaient tous refusé le serment schismatique. L'ancien supérieur de Rouen, Claude Pottier, vint à Paris réparer par son zèle» la faute de lavoir prêté, quoïqu' avec des res^r/c^/o/zs; il l'avait d'ailleurs publiquement rétracté. En 1792, les vingt-deux ecclésiastiques qui se trouvaient dans la maison fournirent aux massacres de septembre un nombreux contingent. Le Père Hébert, coadjuteur du supérieur général, supérieur de la rue des Postes, et confesseur du roi depuis le serment du curé de Saint-Eustache, fut arrêté à l'hôtel de Provence, au moment où il cherchait à quitter Paris muni d'un passeport de Simon, commissaire de Police de la section de l'Observatoire. Le procès-verbal de son interrogatoire, aujourd'hui disparu des Archives de la Préfecture de Police, nous a été conservé par Sorel dans son histoire du Couvent des Carmes sous la Terreur : à la question de savoir s'il avait prêté le serment de 1791, il répondit qu'il n'y était pas tenu, puisqu'il n'était pas fonctionnaire public. Ce fut cependant ce motif qui dut le désigner avec ses prêtres à la haine des factieux.

Trois autres Eudistes furent comme lui arrêtés et incarcérés aux Carmes de la rue de Vaugirard : les PP. Lefranc, supérieur de Caen,

.'iiicion vicîiirc général de Coutaiiccs, liorauld- |)n|)orr()n,nii('ioii professeur du Séminaire do Ivouen, ci Saui'in ; vA a\'ec eux les pensionnaires suivants : Halmin ou Blamain, Beaulieu, Bousquet ou Dubousquet, Dardan (probablement Eudiste), Durve, Grasset de Saint-Sauveur, et Lebif ou Lebis. Tous furent massacrés, à l'exception du P. Saurin qui put s'échapper.

Le P. Pottier (40 ans), arrêté le 2Q août, et Voulart (02 ans), arrêté le 30, subirent le même sort à Saint-Firmin, avec un des vicaires non assermentés de Saint-Jacques du Haut -Pas.

La maison des Tourettes, pillée et dévastée, fut vendue en 1708; deux anciens Eudistes purent la racheter le 23 janvier 1803. Un des frères de la Communauté n'avait cessé de l'habiter,et la chapelle était restée sans interdiction : nous verrons que le culte public y fut repris dès le commencement de 1705.

Les Visitandiiics du troisième Monastère de Paris (établies depuis à Boulogne-sur-Mer), d'abord locataires, achetèrent la maison en 1805.

En 1814, elles en louèrent une partie aux Jésuites qui en tirent leur noviciat pendant trois ans. Après 1830, les religieux abandonnèrent cette résidence jusqu'en 1841, époque du départ des Visitandines, où ils achetèrent toute la propriété. L'ancien Hôtel de Juigné (n° 18) y fut ajouté en l^bl.U École actuelle de Scdnte- Geneviève fut ouverte le 15 octobre 1854. Depuis, plusieurs changements ont été opérés dans les anciennes constructions. L'ancienne

chapelle des Kudistes, conservée jusqu'aux décrets de 1881, est aujourd'hui transformée en salle de dessin.

Les Eudistes se rétablirent à Paris en 185G, dans la maison, des Dames de Saint-Michel, 193, rue Saint-Jacques. Le supérieur général vint s'y fixer au moment des décrets contre les congrégations. Depuis 1891, la communauté s'est transportée sur la paroisse Saint-Etienne du Mont, 23, rue des Fossés Saint-Jacques.

La plus grande partie des établissements précédents remonte au rogne de Louis XIII ou à la régence d'Anne d'Autriche; plusieurs ont été l'objet de libéralités vraiment royales. La liberté des fondations religieuses ne connaissait alors aucune entrave de la part duGouvernement, lorsque l'autorité ecclésiastique donnait son appro bation.Nous avons même vu le monarque renoncer à son droit de nomination pour favoriser la réforme de plusieurs abbayes. Les communautés nouvelles avaient sans doute en principe à payer les droits d'amortissement (1) et de nouvel acquêt, dont nous nous sommes occupé au chapitre IV: mais, sans parler des dispenses expresses souvent accordées par les Lettres d'approbation, les contrats passés avec le Clergé de France avaient rendu le fisc moins exigeant. La déclaration du 18 avril 1639 exempta môme de ces droits les nouveaux monastères et couvents éta-

(1) Pour lo texte dos déclarations, édits, ai-rèts du Conseil cor.cei'nant e^s différents droits, V. la collection chronologique : Areli, Nat. AD. IX. -75-77.

hlis depuis trente ans, comme les hôtels-Dieu et hôpitaux actuellement employés à l'entretien et i\ la nourriture des pauvres; la déclaration du 2 juin 1()5*3 renouvelait la même exem[)tion pour les monastères et couvents fondés de|)uis cin(|uante ans.

Louis XIV se montra moins favorable que son père et que la Ueine-lvégente. Par l'édit de décembre KHiO, il ordonnait pour les nouvelles fondations autres que les séminaires diocésains l'obtention préalable des lettres patentes. Le paiement des droits fut réclamé avec insistance. Le motif allégué, c'était l'intérêt de l'Etat dont les revenus se trouvaient trop considérablement affaiblis par la multiplication des biens de mainmorte; on prétextait aussi le bien des familles, dont les legs aux communautés diminuaient la richesse. La déclaration du 23 mars 1G72 exigeait le montant d'une année de revenu, pour les droits dus au Trésor depuis 1052, môme des couvents et monastères nouveaux exemptés enlG53.

Il serait trop long d'indiquer ici la série d'édits royaux ou d'arrêts du Conseil royal qui apportèrent, dans les dernières années du règne de Louis XIV et pendant celui de Louis XV, des aggravations nouvelles aux redevances des gens de mainmorte. Les principaux ont d'ailleurs été donnés plus haut à propos des biens de la Fabrique paroissiale. Les tendances de l'esprit philosophique s'ajoutent, pendant le XVIIP siècle, à l'influence séculaire des légistes pour pré-

parer la ruine de tout établissement religieux dont Vutllité c.rtcrieure ne s impose i)as avec évidence.

Après les entraves à l'augmentation, ou môme à la reconstruction des locaux appartenant aux communautés (1702, 1719), puis l'imposition du droit d'indemnité, qui ne peut être payé qu'en rentes foncières et non raclietables (1724, 1742), vient l'édit d'août 1749, dont le but était d'empêcher de nouvelles foidatloiis religieuses, et de restreindre le plus possible pour les anciennes la propriété foncière, en ne leur permettant plus de recevoir que des rentes mobilières. L'assemblée du Clergé de France (1) se fît l'année suivante un devoir de présenter à ce sujet des remontrances où la fermeté sait s'allier au respect le plus sincère pour la personne du Roi. « Le préambule de cet édit, y est-il dit en substance, semble indiquer que le clergé serait un corps étranger à l'Etat, qui en a envahi injustement les biens, qui ne lui est d'aucun secours, et qui, par les rentes qu'il a constituées et multipliées à son profit, a formé le dessein de devenir propriétaire de tous les biens-fonds. Or, presque tous les biens tombés en mainmorte depuis deux siècles ont été employés à des établissements charitables et des fondations qui ne servent qu'à l'utilité des sujets du Roi, sans donner au clergé aucune véritable richesse,

(1) Pi-ne^'s-vorbaux de l'ass(MuI)K''C do 1750. Nous vorrons l)lus loin (cliap. IX) (l'autivs faits impoi-tants (OMeonjani la iiiôino assoinltlée.

coiniiic lesséin'm.iii'cs, [>aroisses, vicai'i.-its, cuii- IVérics... r.os ôvoqucs vont otrc privés do leur droit de se [)i'oii(^n(îer sur roi)[)ortiinit6 desnouveauN. établissements ; ou ne leur demandera plus qu'un avis, et c'est aux ju^es séculiers (ju'il appartiendra de donner ou de refuser l'approbation : (piel empiétement sur la juridiction ecclésiastique garantie de tous temps par les lois du royaume !... On allègue le bien des familles (|ui serait amoindri par la multiplication des communautés ; combien seront plutôt frustrées d'une ressource pour l'établissement de leurs nombreux enfants, alors qu'il leur était jusque lu facile de leur procurer un sort honnête avec une dot minime!... Enfin l'appauvrissement du clergé se fera nécessairement sentir par la diminution des droits d'amortissement et des dons gratuits qu'il lui était possible d'accorder. »

Le préjugé qui nous représente l'ancien Clergé de France comme sans énergie, courbé devant le Roi, et soumis à ses moindres volontés, serait bientôt détruit, si l'on parcourait les procès-verbaux de ces assemblées des deux derniers siècles. Composées en grande partie de bénéfîciers qui doivent au Monarque leur nomination, elles savent cependant faire entendre des protestations et des réclamations énergiques, lors même que le bon plaisir du prince leur enjoint l'ordre de se séparer. On comprend mieux après cette lecture l'attitude de la majorité des Ecclésiastiques français, quand ils pré-

férèrent la mort et l'exil à l'abandon des droits inviolables de la religion.

Pour ce qui concerne les communautés religieuses, il y aurait encore lieu de voir dans ces mômes Assemblées la résistance (1762) à la suppression des Jésuites, et à l'èdit (1768) prescrivant des mesures destinées à empêcher le recrutement des autres Ordres religieux : l'histoire de cette paroisse ne nous fournit heureusement pas d'exemples de l'application de ces dernières mesures, funeste préambule des lois de la Révolution contre tous les monastères et couvents. Louis XVI accorda quelques légers adoucissements, mais sans révoquer les précédents édits.

Les armes employées de nos jours dans la lutte contre les congrégations religieuses ne sont pas nouvelles, on le voit. Du moins certains hommes politiques devraient-ils cesser de s'étonner, lorsque des membres autorisés du Clergé français font entendre ^m peuple souverain quelques-unes des remontrances que ne croyaient pas pouvoir empêcher les monarques absolus.

CIIAPITIM^ VI [I

.Mii.i':Mi';\rAiR:;s v.v .Iaxsknistrs. — Marguilliors d'Iioiiiiciii-. — iMoiisicnii' Ddujat. — Coiivorsions des i-cutcs : (liiiiiiiutioii (les foiKlalioiis ; leur ac(iuilt(Mn(>nt iiitciroiupu ; soiil;Mi('es ri' rOi'Hcial et du Parloincut. — Béuédictioii de (i-ois iiouvcllos cloclios, — Recoiisli'UclioH de la saci'islio. — Lo Cui'ô Dcsinouliiis j;iiis(''iiis((> ; son testaiHcnt spirituel ; sa rnoi-L — L(^ dinci-e i'ài'is. — Les Nouvidles ecclésiastiques : inandenuiit de rArclievè(|ue : réception troublée du curé Courcault. — Relus des Sacrements. — L'Abbaye de Cliarou ; auters titres de M. Courcault. — La tlièse de l'Abbé de Prades. — Reconstruction du presbytère et de l'école d(^s «4ai'(;oiis. — Résignation en faveur de M. Cocliin. — Dernière maladie de M. Courcault.

Depuis la dédicace de l'Eglise, le curé Marcel s'était occupé de trouver des ressources pour le paiement des travaux. A sa mort, la Fabrique n'avait plus comme dettes que 1,G08 livres de rentes annuelles à fournir pour les emprunts non encore remboursés. Les familles aisées qui venaient habiter le faubourg contribuèrent à ces dépenses par les dons ou les fondations qu'elles s'empressaient de faire à la paroisse. Parmi les marguilliers d'honneur de cette époque nous trouvons les noms suivants : Louis François Maurin (1697), conseiller du Roi, auditeur des Comptes; Jean François Le Boindre, Seigneur de la Buréche et Vaugudon, conseiller au Parlement (1699) ; Nicolas de

Lauvancourt, conseiller du Roi, maître ordinaire en sa chambre des Comptes (1700j ; Louis Maboul, maître des requêtes, marquis de Fort en Poitou (1702) ; Charles de Sévigné (le fils de la célèbre marquise), marquis dudit lieu, seigneur des Rochers, de Bodegat, de l'Estremur et autres lieux, lieutenant du Roi dans la Ville et Comté de Nantes (1708) ; Charles Davuerdoing, conseiller au Parlement, Seigneur d'Orangy (1710); Joseph Joachim Doujat, chevalier, conseiller du Roi au Châtelet de Paris (1714). Ce dernier devait se maintenir dans ses fonctions jusqu'en 172G. Le premier Directeur de l'Observatoire, Dominique de Cassini, avait la concession d'un banc dans l'Eglise depuis

La plupart des fondations nouvelles n'étaient plus affectées sur des immeubles : les rentes sur l'Hôtel-de-Ville de Paris étaient alors recherchées ; d'ailleurs leur transmission, même à des établissements de mainmorte, n'entraînait aucun droit (déclaration du 24 octobre 1704). Le bosoin d'argent porta le gouvernement à pratiquer la conversion de ces rentes à différentes époques ; il en résultait une perte pour les intéressés : ainsi en 1710, des deniers 14, 16 et 18, elles furent réduites au denier 20 (5 7o). De plus elles étaient frappées, comme tous les revenus du royaume, de l'impôt du dixième (Déclaration du 14 octobre 1710). Nous voyons encore une conversion au denier 25 en 1712-13 , puis du denier 25 au denier 40 (2,50 p %) en 1720.

UnarrctdLiConscihUi 11 mars 1721 nccorda, il est vrai, un supplément de rente pour compenser les pertes amenées par ces dei'niéres opérations ; il n'en restait pas moins une diminution considérable pour les revenus des fabriques et autres établissements par ces changements successifs. L'argent comptant n'était pas mieux assuré : le contre-coup des manœuvres du fameux banquier Law se faisait sentir dans les finances paroissiales.

Dans ces conditions, était-on obligé de continuer à acquitter intégralement les fondations acceptées lorsque les revenus semblaient assurés à un taux supérieur? La réponse appartenait au tribunal ecclésiastique, seul compétent en cette matière. Mais les tendances parlementaires des Marguilliers de Saint-Jacques leur firent regarder comme inutile le recours à ce tribunal. N'était-ce pas le temps où le Parlement de Paris, un instant tenu en respect par la volonté toutepuissante de Louis XIV, relevait audacieusement la tète? Depuis son institution, le prétexte de veiller sur V indépendance du pouvoir civil et sur les libertés de l'Eglise Gallicane l'avait amené à des empiétements progressifs sur la juridiction ecclésiastique. « Autrefois, disait Bossuet dans l'Oraison funèbre du Chancelier Le Telher (168G), les canons et les lois, les évoques et les empereurs concouraient ensemble c'i cm|)ècher les ministres des autels de paraître, pour les affaires mémo temporelles, devant les juges de la terre.. . Maintenant, c'est pour

les affaires ecclésiastiques qu'on les y vuit traînés : tant le siècle a prévalu, tant l'Eglise est faible et impuissante.» La minorité de Louis XV fut le point de départ d'une nouvelle audace : les matières môme de foi, autant que celles de discipline et de juridiction, furent appelées par les magistrats à leur tribunal, et la puissance du monarque seule put de temps à autre leur imposer silence, jusqu'au jour où ils parvinrent à la dominer et à la diriger elle-même.

Les différentes sociétés où étaient admis les membres du Parlem3nt subissaient forcément cet esprit. Il en fut ainsi de la fabrique de Saint- Jacques; M. Doujat, qui avait su se rendre inamovible dans sa charge de marguillier d'honneur, prit sur lui d'empêcher dès J720 tout acquit de fondations. Pour mettre les autres fabriciens dans ses intérêts, il n'exigeait que très irrégulièrement la reddition de leurs comptes, faisait voter la gratuité des inhumations pour eux et leurs femmes, et parvenait même à se substituer au Curé pour le choix des prêtres chargés des offices paroissiaux. M. Desmoulins ne pouvait supporter une telle situation. L'ofticial de Paris, à la suite d'une requête adressée en 1724 au Cardinal de Noailles pour obtenir la suppression ou la réduction de quelques fondations, se livra à une enquête attentive : son avis fut pour le maintien de la plupart de ces fondations, avec les réductions imposées par les circonstances (1725).

Cependant l'affaire n'en resta pas là : le Chà-

telot et le Parlomcut rurciitîippolési'i se prononcer contro les «ibus de pouvoir de M. Doujat : le 15 avril 17x^(), un arrêt de la ( 'oui* rétablit l'usage d'élire un niarguillier d'honneui- tous les deux ans, et (ixa. la date de la, jwochaino élection. Monsieur Doujat se soumit et se déclara prêt à refuser la charge dans le cas où il serait de nouveau choisi : le 12 mai, en portant leurs voix sur Messire Guillaume François Duguet de Bagnols(l), conseiller du Roi, maître des Requêtes honoraire de son Hôtel, les marguilliers offrirent à leur ancien chef tous leurs remerciements pour ses libéralités, et le prièrent de leur conserver ses bons conseils. — Le 31 août, la sentence définitive de l'Official régla la question des fondations.

M. Jacques de Cassini, fils de Dominique dont nous avons parlé plus haut, fut élu en 1728 pour succéder à M. deBagnols, et réélu en 1730. C'est au moment de sa nomination que trois nouvelles cloches (fondeur Hamoche) furent solennellement bénites par M. Desmoulins; elles donnaient les notes ut, ré et fa ; la cloche de 1682, qui donnait le mi, était conservée. Voici les noms des parrains et marraines : pour la première, S. A. Sérénissime Louis François de Bourbon, prince du sang et prince de Conty, pair de France, gouverneur et lieutenant-géné-

(l) Le nouveau marguillier d'iioiiueur fut cljoisi pour exécuteur testamentaire du P. Quesnel, du diacre Paris et de l'évèque de Senez, trois des principaux personnai^es du Jansénisme. Il mourut en 1743.

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rai pour le Roi dans les provinces du Haut et Bas Poitou, Cliatellerault, DouayetLoudunois; et S. A. Sérénissime Mademoiselle Elisabeth Alexandrine de Bourbon-Condé, princesse du sang, comtesse de Sens, Charollois et Vallevy (elle résidait alors au Val-de-Grâce) ; pour la deuxième : T. Haut et T. Puissant S'" Messire Louis Phillipaux, comte de Pont-Chartrain, Commandeur des Ordres du Roi ; et T. Haute et T. Puissante dame Hélène Angélique Rosalie de l'Aubépine, comtesse de Pont-Chartrain; pour la dernière : Messire Joseph Joachim François Doujat, chevalier, conseiller du Roi honoraire au Châtelet de Paris, ancien marguillier honoraire; et demoiselle Françoise Suzanne de Cassiny, fille de Messire de Cassiny, chevalier, seigneur de Thury, conseiller du Roi, maître ordinaire en sa chambre des comptes, marguillier honoraire.

En 1731, on fait réparer un tableau représentant le martyre de saint Barthélémy dû à Barthélémy de La Rive, et donné par son fils Philippe, géomètre et professeur de mathématiques au Collège Royal. Ce dernier, décédé en 1718, avait été inhumé à Saint-Jacques.

La sacristie de l'église avait été reconstruite de 1722 à 1727 ; les maîtres carriers avaient donné la pierre nécessaire pour ce bâtiment.

M. Desmoulins touchait à la fin de sa carrière. Sa charité pour les pauvres, son zèle pour les intérêts de la paroisse, ne peuvent pas nous autoriser à passer sous silence

son attachement à la secte janséniste. Le 7 janvier 1732, quelques mois avant sa mort, il rédiij,cait son testament spirituel que les Nouoelles ccclésiastif/fics, organe du parti, s'empressèrent de publier au lendemain de ses obsèques (n'^ du 10 mai 1732). Voici en substance les faits dont se glorifie ce vieillard de quatre-vingt-deux ans : comme on peut le voir, il avait été mêlé à tous les actes importants de l'opposition. Il proteste de son attachement à la religion catholique, apostolique et romaine ; mais aussi il remercie Dieu de lui avoir fait connaître et aimer les vérités concernant la grâce, spécialement « ce corps entier de véritérs essentielles proscrites par la Balle Unigenitus.r) — On sait que cette Bulle contenait la condamnation formelle de cent une propositions extraites des Reflexions morales de Quesnel sur le Nouveau Testament, livre d'autant plus dangereux, que l'erreur s'y trouve cachée au milieu d'un commentaire du texte sacré d'un style attrayant et d'une piété séduisante. — M. Desmoulins rappelle comment en 1714, dans l'assemblée de Sorbonne, dont il était docteur, il n'avait donné son assentiment à l'enregistrement des Lettres Patentes concernant cette constitution apostolique qu'à la condition « que la Bulle inscrite dans les registres n'aurait force de loi ni pour les Docteurs, ni pour aucun membre de laFaculté.La Providence a permis, ajoutet-il, que ce sentiment trop faible fût comme rectitié par une exclusion des assemblées qui me

fut alors signifiée ; j'en ai depuis béni la miséricorde divine. » — Lorsque, en 1717, quatre évoques formulèrent un acte d'appel de cette Bulle au futur concile, comme prêtre il se crut obligé de s'unir à ces prélats, comme docteur à tous les docteurs qui les avaient approuvés, comme curé au Cardinal deNoailles, son archevêque, qui avait laissé enregistrer leur acte au greffe de son offîcialité, et y avait apposé luimême sa signature. En 1720, il avait signé la requête pour la validité de V Appel, et était allé le soutenir devant le Parlement exilé à Pontoise. Toute son influence avait été employée à empêcher les retours duCardinaldeNoaillesàla doctrine de la Bulle ; l'évêque de Senez Soanen, l'un des chefs des Appelants, avait eu en lui un partisan décidé au moment de sa condamnation par le concile d'Embrun (1727). En 1729, il eut part aux représentations faites au sujet de la Légende du Bréviaire sur saint Grégoire VIF, comme renfermant des assertions préjudiciables aux droits des souverains à propos de la lutte de ce pape contre l'empereur d'Allemagne Henri IV. — Il avait été l'un des premiers à demander une enquête pour établir l'authenticité des miracles attribués à Tintercession du samzf diacre Paris, miracles que Dieu lui semblait envoyer dans sa justice pour montrer le bien-fondé de la cause des appelants. — .Son intention était de résigner prochainement sa cure pour s'assurer un successeur dévoué à son projet. »

Le 23 janvier, en effet, il choisit dans ce but

rAI)l)ô Buurgoiiin ; mais colui-ci n'accepta pas, pi'érérant un canonicat do la cathédrale d'Auxerro.

Tandis qu'une foule de prêtres et de fidèles se pressaient aux obsèques de M. Desmoulins, la Carcasse de Sorbonney disent les Nouvelles, lui refusait les prières et le service qu'on avait coutume de l'aire à la mort de chaque Docteur.

L'inscription suivante fut placée en français sur la tombe qu'il avait choisie dans le cimetière commun, et en latin sur le mur voisin à l'intérieur de l'église : « Ici repose Jean Desmoulins, docteur en théologie de la sacrée Faculté de Paris, Pasteur de cette église. Formé dès l'enfance non moins à la piété qu'aux lettres, après l'heureux cours de ses études en Sorbonne, déjà brûlant du feu de la charité, il se donna tout entier aux missions établies pour la conversion des hérétiques, et reçut bientôt la charge de Sous-Pénitencier de l'Eglise de Paris, pasteur par ses œuvres avant de l'être par le titre. Dignement préparé par ces débuts au gouvernement des âmes, il reçut la garde du troupeau du Christ, d'abord à Argenteuil, puis dans ce faubourg, par l'appel et l'ordre du Christ. Pourvu ici d'une paroisse très riche en exemples tant anciens que nouveaux de piété et de pénitence, à la suite de ses prédécesseurs, il ne cessa de paître les brebis confiées à ses soins dans les gras pâturages d'une sincère doctrine. Travail sans relâche, perpétuelle vigilance, libéralité prodigue, et surtout zèle ardent pour

la conservation de la fol et de la vérité : tout montrait en lui le vrai docteur et pasteur, il donnait tous ses soins à la nourriture et au soulagement des pauvres et des malades, à la formation des jeunes gens de l'un et l'autre sexe dans les préceptes de la doctrine évangôlique, ù. l'ornementation de cette maison dont il aimait par-dessus tout la splendeur, à l'exécution décente et religieuse du chant divin, à tous les devoirs de sa charge en un mot. Pour remplir môme après sa mort l'office de pasteur, il légua deux maisons à l'église et aux pauvres. Egalement cher au clergé, au peuple, aux riches et aux pauvres, après une administration paroissiale de 28 années, il mourut le 26 avril 1732, à l'âge de 82 ans. Il a voulu être inhumé dans le cimetière commun, pauvre luimême en esprit, parmi les pauvres qu'il aimait et chérissait comme sa famille. — Qu'il repose en paix ! »

M. Desmoulins disparaissait au moment où le Jansénisme, après avoir épuisé tous les moyens de résistance au Pape que pouvait suggérer l'abus le plus déplorable des formules théologiques et canoniques, commençait à recourir aux expédients du fanatisme et de la plus insigne mauvais e foi : d'une part la Boite àPcrrette sou tenant les diatribes (\qs Nouvelles ecclésiastiques et payant largement les partisans de l'appel; d'autre part la publication reten- » tissante des prétendus miracles de Saint- Médard.

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