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SAINT-HIPFQLYTE
Il n’y a pas lieu d’être autrement surpris de ces tracasseries mesquines ou de ces oppositions tenaces des marguilliers envers leur curé, dont l’histoire des paroisses sous l’ancien régime nous offre de trop fréquents exemples. Le moyen en effet d’apporter un esprit large et conciliant dans l’exercice d’une charge assumée souvent de mauvaise grâce? Or, on n’était pas libre alors d’accepter ou de refuser ces fonctions, ceux qui voulaient s’y soustraire pouvant être contraints par voie de justice à les remplir.
Les artistes des Gobelins furent pourtant assez habiles sous Delafosse pour se faire exonérer de l’obligation du marguilliage.
Déjà, du temps de Ravissar, plusieurs avaient fait difficulté de ratifier leur élection : ainsi en 1730, les sieurs Lefebvre et de Neufmaison, et en 1731, le sieur Chastelain. Mais ils y avaient été contraints, paraît-il, par Mgr le duc d’Antin.
Audran en 1737 et Cozette en 1746, trop occupés par leurs travaux, avaient accepté le titre, mais s’étaient trouvé, moyennant rétribution, un remplaçant pour remplir la charge, h’ orfèvre du ray, Vajlayer, élu en 1753, protesta avec éclat ; iP signa cependant sa nomination et s’il ne géra point, c’est qu’ environ trois mois après, le temps fixé pour l’obtention de sa maîtrise étant expiré, il quitta les Gobelins (1) .
Le sieur Nicolas Marie Villot, exploitant de la brasserie privilégiée des Gobelins (g), refusa en 1760, mais il fut contraint par
(1) Arch. Nat. CU 3043 et 2045.
(2) « Les ouvriers [de la manufacture] dans l’origine étaient presque tous flamands et habitués à la bière. » (Arch. Nat. O1 2 2045). — Le suisse des Gobelins donnait snssi à boire, comme ij paraît par une lettre du 14 juillet 1778 datée de Conflans, qù l’archevêque de Paris se plaint que ledit suisse a donnait à. boire pendant le temps des offices, dimanches et festes, malgré les lettres patentes du Roi, Confirmatives de son msn^ dement pour la suppression de quelques fêtes et le renouvellement des anciennes ordonnances de police concernant la sanctification des jours consacrés au Seigneur. » L’administrationdonna des ordres pour que cet abus prît fin car « les privilèges des suisses des maisons royales les exemptent à la vérité de certains droits et des visites des commis de la ferme », mais ce privilège ne s’étend nullement fi à violer des règlements de discipline et de police, comme l’est celui de ne point ouvrir les cabarets pendant le temps des offices ». (Arch. Nat. Oi 2048). — Les contraventions pour travail pendant les offices n’étaient pas rares à
une sentence du Châtelet à accepter sa nomination et condamné de plus à tous les dépens de la procédure.
C’est le sieur Neilson, entrepreneur des tapisseries des Gobelins, élu marguillier le 24 juin 1761, qui provoqua une décision de principe et fit trancher définitivement le différend en faveur des artistes de la Manufacture.
En vain le curé et la fabrique de Saint-Hippolyte representèrent-ils u que si par un nouveau reglement, on [voulait] soustraire MrS des Gobelins a la charge de marguillier, [c était] priver la paroisse de la ressource la plus abondante qu elle [eut] pour trouver des sujets en état et capables d en administrer les revenus. »
En vain observèrent-ils que cette exemption, si elle avait lieu serait une innovation et contreviendrait entièrement « a 1 usage ancien et pratiqué sans interruption depuis l’établissement de la Manufacture royale » (1) .
Le sieur Neilson invoqua l’article 13 de l’édit du roy du 21 décembre 1667, ainsi conçu : « Seront lesdits ouvriers, pen-
cette époque : nous citerons, comme ayant été portée sur le territoire de Saint-Hippolyte, celle que dressa en 1766 le procureur fiscal de Montrouge, un jour qu’étant en course de police, assisté de maître Terrier, greffier, il avait trouvé un grand nombre de blanchisseurs et de blanchisseuses dans le clos Payen, lavant et faisant laver leur linge pendant la grand’messe.
(1) « Ce qui git en preuve et est constaté par les registres des délibérations suivant lesquelles appert que, sans distinction d’état, les cy-après ont été nommés et ont géré en cette qualité, savoir en
1667 M. Le Brun, directeur général des manufactures royales.
1671 Kerchove, teinturier du Roy.
1673 Mozin, entrepreneur de haute-lisse.
1677 Prou, menuisier du Roy.
1679 Cussi, ébéniste et fondeur du Roy.
1682 Tuby, sculpteur du Roy.
1683 Branchi, lapidaire du Roy.
1706 Cousin, brasseur des Gobelins.
1713 Audran, peintre et graveur du Roy.
1716 Janse, entrepreneur de hautelisse.
1717 Lechaudel, menuisier du Roy.
1722 Sachy, menuysier du Roy.
1725 Villers, orfèvre du Roy.
1727 Martin, peintre de batailles et professeur de l’Académie.
1728 Le Clerc, peintre et professeur de l’Académie.
1728 Chavanne, peintre du Roy.
1729 Lefebvre, entrepreneur de haute lisse.
1729 La Croix, entrepreneur de haute lisse.
dant qu’ils seront .actuellement employez dans les Manufactures, exempts de tutelle, curatelle, guet et garde de ville et autres charges publiques et personnelles, sans qu’ils puissent estre contraints de les accepter, sinon de leur consentement. » L’affaire fut jugée en la prévôté de l’Hôtel le 14 août 1761 et la nomination de Neilson fut déclarée nulle. Les artistes des Gobelins, en conséquence de ce jugement, étaient libres désormais d'accepter ou de refuser la charge de marguillier à Saint- Hippolyte (1).
D’heureuses mesures furent prises sous Delafosse et aussi d’importants travaux exécutés sous son administration, pour assurer dans des conditions meilleures que par le passé le service des inhumations.
On sait combien nos pères, dans leur foi profonde, prisaient la faveur de reposer après leur mort dans l’intérieur des églises. Le nombre des personnes qui furent ainsi inhumées à Saint-Hippolyte est certainement considérable. Ne restait-il plus guère de place libre en 1757 ou voulut-on donner satisfaction aux alarmistes qui dénonçaient le danger de ces inhumations pour la santé publique, nous ne savons. Du moins, le 11 décembre 1757, la fabrique de Saint-Hippolyte arrêta qu’il ne serait plus fait
1730 Neufmaison, peintre et vernisseur.
1731 Châtelain, inspecteur et peintre.
1731 Montmerquet, entrepreneur de haute et basse lisse.
1733 Le Blond, entrepreneur de basse lisse.
1735 Kerchove, teinturier du Roy.
1737 Audran, entrepreneur de haute lisse.
1739 Fontaine, M' serrurier du Roy.
1740 Martin, peintre de batailles.
1741 Hallé, orfèvre.
1746 Cozette, teinturier. !
1751 Le Boitteux, orfèvre.
1752 Dequoy, peintre.
1753 Vallayer, orfèvre-bijoutier.
1756 Bethon, peintre.
1757 Tremblin, peintre.
1758 Lanier, tapissier.
1760 Villot, brasseur des Gobelins.
~ )t?tt,re du 14 >uin 1791 du curé et des marguilliers de bamt-Hippolyte a M. le marquis de Marigny.
(1) Arch. Nat. O* 2045.
JEAN DE JULLIENNE
Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, Amateur honoraire de l’Académie Royale de peinture et de sculpture, bienfaiteur insigne de l’église Saint-Hippolyte
(Gravé par Baléchou, d’après de Troy.)
d’inhumation dans l’église (i), « mais seulement dans la cave qui existait alors sous ce qu’on appelle les charniers, partie qui forme un avant-corps à la chapelle de la Communion » (2). Et comme cette cave devait se trouver bientôt sans doute insuffisante, l’assemblée du 8 janvier suivant décida la construction d’une « nouvelle cave, qui s’étendant sous le jardin de la communauté des prêtres, aurait ses soupiraux par ce jardin. » Cette nouvelle cave, qui fut aussitôt entreprise par le maître maçon Vallet, avait, comme l’ancienne, 30 toises au moins de superficie. Une dizaine de corps au plus étaient déposés chaque annee dans ces caveaux (1).
Pour les paroissiens moins fortunés, la fabrique possédait primitivement un cimetière contigu à l’église et lui appartenant en propre. Dès avant 1645 toutefois, les inhumations avaient lieu dans un cimetière commun à Saint-Martin et à Saint-Hippolyte, car il était consigné dans les registres de Saint-Martin que, le 2 février 1645, permission avait été donnée à un sieur Mithal « d’étendre ses draps dans le cimetière Saint-Martinet Saint-Hippolyte » (3) . Ce cimetière, d’une superficie de 256 toises, était situé dans l’enclos Saint-Marcel, tenant « au midy à la rue de la Reine Blanche, dans laquelle vis-à-vis le mur dud. cimetière [étaient] quelques bâtiments servant à la fabrique des draps du sieur de J ullienne, et entouré au nord, au levant et au couchant, par des jardins spacieux dépendant des maisons canonialles du chapitre de Saint-Marcel ». Jusqu’en 1764, on se contentait d’ouvrir au commencement de l’hiver une fosse commune de 6 pieds carrés sur douze de profondeur, qui suffisait alors pour les enterrements des deux paroisses (environ 40 corps) et que l’on recomblait à la fin de la saison. Le reste de l’année, on ouvrait des fosses pour 4 ou 5 corps seulement. Or le 22 janvier 1764, le curé et les marguilliers arrêtèrent qu’à l’avenir il serait fait une fosse àpartpour
(1) Réserve faite évidemment des sépultures de famille déjà concédées, pour les membres de ces mêmes familles.
(2) On appelait charniers non seulement les lieux où l’on déposait les corps des défunts, mais encore les galeries autour des églises, où l’on donnait la communion aux grandes fêtes. (Littré. Dictionnaire de la langue française , t. I, p. 567.)
(3) Bibl. Nat. Mns. coll. Joly de Fleury 1208, f. 186 et suiv. Nous serions infinis si nous voulions citer tous les noms qui nous sont connus des paroissiens de Saint-Hippolyte qui furent inhumés dans l’église
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Chaque sépulture, même d’enfant ou de charité, et que cette fosse serait recomblée à l’instant même (i).
La fabrique de Saint-Hippolyte était en droit de penser que ces diverses mesures donnaient toutes les garanties désirables pour la santé publique, lorsque fut rendu le 21 mai 1765 l’arrêt de la cour du Parlement de Paris, réglant la question des sépultures pour l’ensemble des paroisses parisiennes.
Cet arrêt défendait de faire désormais aucune inhumation dans les églises, soit paroissiales soit régulières, « si ce n’est celle des cures ou supérieurs décédés en place», à moins qu’il ne fût paye a la fabrique la somme énorme de deux mille livres pour chaque ouverture de fosse. Les marguilliers de Saint-Hippolyte rent justement observer à ce propos qu’un siècle ne verrait pas deux riches dans la paroisse, dont la succession pût supporter pareille dépense. Quant aux inhumations dans les chapelles et les caveaux, l’arrêt déterminait qu’elles ne pourraient plus avoir lieu « que pour les fondateurs ou leurs représentants et pour ceux des familles qui en sont propriétaires ou sont dans une possession longue et ancienne d’y avoir des sépultures et ce, à
même ou dans les caveaux. Signalons seulement quelques sépultures dont nous conna.ssons l’emplacement précis. q q sépultures
Dans le chœur.
Le curé Denis Perreau, devant le maître-autel.
Le cure Charles Coulon, du côté droit.
Le cure' Jean Blondel.
Claude de Villers, orfèvre du roy, 16 juin 1705.
Pans la chapelle delà Sainte, Vierge.
Jean de Vitry, marchand teinturier, environ 1677.
Sebastien le Clerc, graveur ordinaire du roy, 26 octobre 1714.
Dans la chapelle Saint-Michel.
Jean de Jullienne, au pied de l’autel, 21 mars 1766 Madame de Jullienne, 17 mai 1778.
Dans la rotonde à droite du chœur.
Le fils de M. Leprestre deNeubourg, 19 octobre 1774.
Dans la tour du chœur.
Charles Simpnneau, graveur du roy, 23 mars 1728,
Dans les Charniers.
Louis Ovis de la Tour, tapissier du roi, 27 octobre 1734.
fl) Bibl. Nat, Mns. Collection Joly de Fleury 1207, f. 304.
charge d’y mestre les corps dans des cercueils de plomb et non autrement. »
Ce n’est pas tout.
L’article xi de l’arrêt ordonnait qu’à partir du Ier janvier 1766, les corps des paroisses Saint-Martin et Saint-Hippolyte fussent portés dans un dépôt mortuaire qui serait établi à Saint-Médard, en attendant leur transfert dans un cimetière.
Le cimetière commun de Saint-Martin et Saint-Hippolyte devait d’ailleurs être abandonné et par son article 12, 1 airêt qui décidait la création de huit cimetières hors Paris pour toutes les paroisses de la capitale, désignait pour la paroisse Saint-Hippolyte le cimetière devant être établi au-dessus de la demi-lune du nouveau boulevard allant au chemin de Vitry, actuellement place d’Italie, à l’aboutissement précis du boulevard de la Gare.
Disons de suite que le projet de création de huit vastes neciopoles n’obtint pas même un commencement d’exécution avant la fin du XVIIIe siècle. Saint-Hippolyte et Saint-Martin continuèrent donc, après l’arrêt comme avant, à faire les inhumations dans leur cimetière commun de l’enclos Saint-Marcel. Les deux paroisses en auraient probablement usé jusqu’à la Révolution, sans les plaintes de quelques habitants secrètement poussés par le chapitre, qui obtinrent du lieutenant général de police au Châtelet de Paris une ordonnance de fermeture, rendue le 23 décembre 1783. Les curés des paroisses interessees eurent beau se pourvoir devant la grand’ chambre du Parlement. L’ordonnance de fermeture devint définitive par arrêt du 31 mars 1785.
Les deux paroisses firent depuis lors leurs inhumations dans le cimetière Sainte-Catherine, récemment créé à côté de celui de Clamart et qui recevait déjà les morts de toutes les paroisses de la Cité, de Saint-Jacques de la Boucherie, de Saint-Leu, de Saint-Sauveur et des Saints-Innocents (1).
L’avocat général Joly de Fleury, qui nous a conservé dans ses papiers la série complète des rapports des paroisses parisiennes
(1) Bibl. Nat. Mns. Coll. Joly de Fleury 1209, f. 206-210.
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SAINT-HIPPOLYTE
sur cette question des inhumations et des cimetières, avait réuni pareillement de précieux documents sur les confréries des églises de Paris vers le même temps.
Or voici les confréries indiquées pour Saint-Hippolyte dans un registre faisant partie de cette collection et dressé en 1761 par un sieur de la Genetière, aux ordres du procureur général, en conséquence d’un arrêt du Parlement du 9 may 1760 (1).
(Cet arrêt portait obligation pour les paroisses de déclarer leurs confréries, congrégations ou associations, avec les actes dont elles s’autorisaient).
PAROISSE SAINT-HIPOLYTE
Saint-Hipolyte. — Déclaration produite.
Saint-Sacrement. — De tems immémorial. Mention de deux arrêts de la cour en faveur des gouverneurs de la confrérie, non produits (2).
La Très Sainte-Vierge. — Une bulle non produite.
Saint-Roch et Saint-Sebastien.
Saint-Barthélemy, pour les faneurs.
Saint-Maurice, pour les teinturiers.
Saint-Honnoré, pour les boulangers.
Saint-Michel, pour les tondeurs (3).
(1) Bib. Nat. Mns. Coll. Joly de Fleury 1590 et 1591.
(2) Un de ces arrêts est sans doute celui du 3 juillet 1755, ordonnant que les gouverneurs de la confrérie du Saint-Sacrement et ceux de la confrérie de la Sainte-Vierge seront tenus de fournir toute la cire nécessaire pour les offices ou services qui leur sont spéciaux et vingt sols par service pour indemniser la fabrique du prêt des ornements, mais qu aux processions ils marcheront immédiatement après le curé de la paroisse, en manteaux et rabats, et précédés d’un bedeau de la confrérie (îbid. 1586, f. 159).
La confrérie du Saint-Sacrement célébrait la fête de son institution le 2 dimanche de juillet, jour de la procession solennelle dont nous avons déjà parle.
(3) Nous ignorons pour quel motif il n’est pas question dans cet état de la confrérie de Sainte-Geneviève, pour les tapissiers. Cette confrérie .qui avait sa fête le 3 janvier est signalée à Saint-Hippolyte par l'almanach sp, rituel de 1759 et elle y subsista jusqu’à la* suppression de îa paroisse.
L’intérêt des diverses indications qui précédent s’efface toutefois devant ce qui nous reste à signaler comme ayant été le grand œuvre de l’administration de Delafosse : nous voulons parler de la décoration artistique de l’église Saint-Hippolyte, jusque là bien modeste et presque pauvre et qui fut alors toute renouvelée intérieurement et richement ornée.
Delafosse fut aidé dans cette entreprise par les largesses de l’abbé de Lowendal, frère du maréchal de France et doyen du chapitre de Saint-Marcel (1).
Mais l’appui le plus précieux lui fut donné par le célèbre manufacturier Jean de Jullienne, si connu comme ami et protecteur de Watteau, et par sa femme, née Marie Louise de Brecey.
Nous devons plus qu’une brève mention à ces généreux bienfaiteurs, car nul n’a plus fait qu’eux pour l’embellissement de l’église Saint-Hippolyte, oùleregard ne pouvait se lever d’aucun côté sans apercevoir des preuves de leur inlassable générosité.
Jean de Jullienne, né le 29 novembre 1686 sur la paroisse Saint-Hippolyte, était fils de Claude de Jullienne et de Marie- Madeleine Daniel. Il avait succédé à ses oncles, Jean Gluck et François de Jullienne, dans la direction de leurs importantes manufactures de teinturerie et avait hérité en particulier de leur bel hôtel de la rue des Gobelins (2).
Jean de Jullienne épousa en 1720 Marie-Louise de Brecey, fille de Martin de Brecey, écuyer, sieur de la Sepmondière et de dame Françoise Bourdin, dont il eut quatre enfants : Jean, François,
(1) Piganiol de la Force, ouvrage cité, t. V, pp. 228-229. — Ulrich- Frédéric, baron de Lowendal, qui mourut doyen de l’église de Saint- Marcel le 12 juillet 1754, était né le 22 juillet 1694. Chambellan du roi de Pologne, il avait épousé le 11 novembre 1720, Guillemine-Ferdinande- Elisabeth Wolfgang de Kreuten, qui mourut le 25 novembre 1727. Dans son veuvage, il se lit catholique, reçut les ordres et fut nommé abbé de la Cour-Dieu et vicaire-général d’Orléans en 1746. — Un portrait de l’abbé de Lowendal, par Tocqué, figura au salon de 1748, sous le n° 55.
(2) Les restes de cet hôtel, occupés aujourd’hui par une crèche, se voient encore dans la cour du n° 3 de la rue des Gobelins. Cet hôtel avait été acheté le 19 février 1686 par Jean Gluck, qui avait importé de Hollandeun nouveau procédé de teinturerie, grâce auquel il réalisa bientôt une grande fortune. Jean Gluck avait épousé Marie-Charlotte, sœur de François de Jullienne dont il fit son associé. François de Jullienne survécut à son beau-frère et mourut le 15 février 1733, à l’âge de 79 ans.
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Daniel et Marie-Françoise, tons morts avant lui(i).
Le haut degré de perfection où il avait porté les manufactures établies par ses oncles et la probité avec laquelle il les conduisait, lui valurent d’être anobli par lettres patentes du roi du mois de septembre 1736 et, trois mois plus tard, d’être créé chevalier de l’ordre de Saint-Michel avec dispense de deux degrés de la noblesse requise par les statuts de cet ordre.
Les armes réglées pour les de Julliennepar le juge d’armes de France étaient : d’azur à un chevron d’or, accompagné de trois tiges de julienne d’argent, fleuries de même, tigées en feuille de sinople : l’écu timbré d’un casque de profil (2).
Or voici, d’après un inventaire du temps (3), l’énumération des présents faits à l’église Saint-Hippolyte par Jean de Jullienne et par sa femme :
Dix des grands tableaux, représentant la vie de Saint Hippolyte, qui décorent l’église d’une façon uniforme (4).
Le tableau de la chapelle de la Sainte-Vierge.
Le tableau de la chapelle de Saint-Roch.
Le tableau représentant la Religion, élevé au dessus de la chaire.
Le tableau représentant la Sainte-Famille, placé sur le mur derrière la chaire.
Le tableau du maître-autel ragrandy et réparé à ses frais.
Le tableau de l’autel de Saint-Michel, remis à neuf aussi à ses frais.
L’autel du chœur ; la peinture, dorure et réparation de toute l’architecture du retable.
Le tableau transparent qui masque jusqu’à la voûte l’irrégularité de l’édifice.
Les grilles de la façade du chœur.
La peinture et dorure des mêmes grilles, de celles d’autour du chœur et de toutes les autres grilles de l’église.
La peinture des stalles.
(1) Le contrat de mariage fut passé le 9 mai 1920 devant Limacier et Bouron, notaires au Châtelet de Paris.
(2) De Lachenaye Desbois, Dict. de la noblesse , 2” édition, t. VIII, 1774.
(3) Arch. Nat. S* 3771.
(4) La collection des tableaux représentant la vie de saint Hippolyte n’était pas achevée à la mort de Delafosse et fut complétée sous son successeur.
Le pavé du sanctuaire et du chœur en blanc et en noir.
Les autels avec la décoration, boiserie, peinture et dorure des chapelles de la Sainte-Vierge, Saint-Michel, Sainte-Geneviève et Saint-Roch.
La chaire et la rampe de l’escalier de la chaire.
La boiserie dont est revêtue la place de l’ancienne chapelle de Sainte-Geneviève.
La plus grande partie de la boiserie de la chapelle de la Communion.
Les deux bancs à côté de la grande allée du chœur.
Le marchepié près les degrés de l’autel du chœur.
La dorure du grand soleil de bronze.
La dorure, la croix et la rozette de diamant du soleil de vermeil, évalués à 5.ooo livres. [C’étaient la croix et la rozette qui enrichissaient le collier de Mme de Jullienne].
Neuf ornements pour lés basses messes.
Faut-il être surpris, après cela, que le curé et les fabriciens de Saint-Hippolyte aient pu déclarer en 1765, dans un rapport officiel, que les embellissements de l’église Saint-Hippolyte « sans lesquels elle paraîtrait encore ce qu’elle était il y a dix ans » étaient dus surtout à la générosité de M. de Jullienne, marguillier d’honneur, « à qui ses bienfaits sans nombre ont acquis dans toute la paroisse l’affection la plus sincère et une éternelle reconnaissance » (1).
Jean de Jullienne mourut le 20 mars 1766 et fut inhumé le lendemain dans l’église qu’il avait tant aimée, au pied de l’autel de la chapelle Saint-Michel (2).
Par son testament reçu le 25 mai 1764 par Me Bouron, il léguait à la fabrique de Saint-Hippolyte mille livres une fois payées et quinze cent livres une fois payées aux pauvres de ladite paroisse (3).
Sa veuve lui survécut environ douze ans. Elle fut inhumée le 14 mai 1778 près de son mari, dans sa sépulture de Saint- Hippolyte (4).
(1) Bibl. Nat. Mns. Collection Joly de Fleury 1208, f. 186 et suiv.
(2) Voir l’acte de décès, Nouvelles archives de l’art français, 1897, p. 38.
(3) Arch. delà Seine. Insinuations, registre 247, f. 107-110.
(4) Affiches de Paris du 21 mai 1778. — Le portrait de Jean de Jullienne, dont nous donnons une reproduction, est celui qui fut gravé
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Par son testament, reçu le 28 février 1774 par Dupré jeune, notaire à Paris, elle laissait mille livres une fois payées aux pauvres de Saint-Hippolyte et remettait à la fabrique de la paroisse une somme de 6.000 livres qu’elle lui devait, à charge de payer une rente viagère de 300 livres au vicaire Charles-François Magnelin et de faire dire à perpétuité deux messes pour le repos de son âme et de l’âme de son mari (1).
La seule énumération que nous avons faite des présents dus à la libéralité de Mr et de Mme de Jullienne suffit à nous montrer toute l’étendue des embellissements opérés à Saint-Hippolyte sous Delafosse. Le détail des œuvres d’art qui prirent place alors dans l’église sera indiqué prochainement dans les pages que nous consacrerons à la décrire, telle qu’elle se trouvait au jour de sa désaffectation.
Delafosse mourut le 16 août 1769, à 74 ans. U Almanach royal de cette même année nous apprend qu’il était alors sous-doyen des curés de Paris.
Ses obsèques amenèrent une fois de plus un conflit entre l’archidiacre de J osas et le chapitre de Saint-Marcel. Le convoi annoncé pour 11 heures ne commença qu’à 2 heures et la levée du corps fut faite par l’archidiacre, malgré l’opposition du doyen et des chanoines (2).
Par les sympathies dévouées qu’il sut se concilier, et par les grands travaux de décoration auxquels il présida, Delafosse mérite de prendre place parmi les curés qui ont le plus fait pour
par Baléchou, d’après de Troy. D’après Portalis et Béraldi ( les graveurs du xviii6 siècle, t. I, p. 82.) Baléchou aurait aussi gravé le portrait de Mme de Julienne d’après de Troy. Cette gravure ne se trouve pas dans les cartons de la galerie des Estampes à la Bibliothèque Nationale et aucun des amateurs que nous avons pu interroger n’en a vu un exemplaire. Le portrait original de Jean de Jullienne, peint par de Troy, se trouve aujourd’hui au musée de Valenciennes. La ville de Valenciennes en avait fait l’acquisition à la vente par suite de décès du général Despinoy, en même temps que d’un portrait de femme du xvm° siècle. Ces deux tableaux sont de mêmes dimensions (haut. 0m90, larg. 0m72). Or, ils étaient présentés à cette vente comme les portraits du peintre Van Loo et de sa femme. Le second portrait ne serait-il pas celui de Madame de Jullienne ?
(1) Arch. de la Seine. Insinuations, registre 257, ff. 163 et 164.
(2) Arch. Nat. LL 581. f. 80 et Bibl. Mazar. A 16558, p. 20 et p. 38.
la prospérité de Saint-Hippolyte, à côté de Cancien Triboular, d’Eustache Savary et de Michel Lebreton
Ce n’est pas sans mélancolie que nous écrivons maintenant le nom deJean-Joseph-Guillaume Bruté, successeur de Delafosse, car c’est le nom du dernier curé de Saint-Hippolyte, du pasteur qui eut la tristesse d’assister à la fermeture des portes de la vieille église et qui vit la chère paroisse brutalement supprimée sans égard pour ses longs siècles d’existence et de bienfaits.
Guillaume Bruté était né le 6 mai 1725, à Paris, d’une famille qui a fourni à l’église plusieurs hommes distingués : Messire Jean Bruté, curé de Saint-Benoît et plus tard Mgr Gabriel Bruté, premier évêque de Vincennes aux Etats-Unis (1).
Le futur curé de Saint-Hippolyte était docteur en théologie, lorsque le 9 mars 1756 il fut élu doyen de la collégiale Notre- Dame de Montereau, en remplacement du sieur Prudent, démissionnaire. Son élection fut confirmée le 18 mars par l’archevêque de Sens et il prit possession le 9 avril (2) .
Il avait résigné après quelques années cette dignité en faveur de Claude Bodin, prédicateur de la reine, et il était chanoine et curé de l’église collégiale et paroissiale de Saint-Fargeau, dans l’Yonne, lorsque le 4 septembre 1769 il fut nommé à la cure de Saint-Hippolyte, vacante par la mort de Delafosse, dont il prit possession le 11 du même mois (3).
Le nouveau curé eut bientôt gagné le cœur de ses paroissiens et nous en avons une preuve dans ces lignes du Journal de Hardy, relatives à une maladie contractée par Bruté au chevet de la comtesse d’Harcourt, qui mourut le 3 mai 1780, en son hôtel de la rue de Grenelle.
(1) Le père de Jean-Joseph-Guillaume Bruté était sans doute le Joseph- Guillaume Bruté, ancien inspecteur des manufactures qui mourut au presbytère de Saint-Hippolyte le 8 août 1770 [Affiches du 9). JeanBruté, curé de Saint-Benoît, était l'oncle du curé de Saint-Hippolyte et le grand oncle de l’évêque de Vincennes.
(2) Invent, sommaire des archives de Seine-et-Marne, t. IV, p. 354.
(3) Arch. Nat. S 3371, n° 161.
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i M. Bruté, « ayant passé deux jours auprès d’elle pendant sa maladie, était tombé malade d’une espèce de fièvre putride qui donnait à ses paroissiens des inquiétudes d’autant plus vives que ce pasteur avait mieux seu se concilier leur estime et leur amour; mais ces inquiétudes se [dissipèrent] heureusement par une prompte convalescence (1) » .
Un autre passage du même Journal nous apprend que Bruté était homme pourtant à se montrer ferme et implacable, lorsque des mesures de rigueur lui paraissaient nécessaires pour sauvegarder la foi de ses paroissiens. Nous résumons ce passage d’autant plus volontiers que des incidents de ce genre sont assez symptomatiques aux approches de la Révolution.
Voici donc ce que note Hardy à la date du 22 avril 177g :
M. Bruté, curé de Saint-Hippolyte, porte plainte devant M. Lenoir, lieutenant-général de police, contre une femme connue sous le nom de dame sainte Catherine, qui voulait se mêler de prophétiser la venue prochaine du Messie, dont elle s’annonçait comme la future mère, se disant enceinte de six mois. On prétendait qu’elle avait fait au moins 300 prosélytes, exigeant d’eux comme condition préalable à, leur admission dans sa secte, qu’ils n’iraient point à la messe. La plainte de Bruté était motivée par les soupçons qui pesaient sur cette femme d’avoir empêché un très grand nombre de paroissiens de Saint-Hippolyte de faire leurs Pâques cette année-là. Cette femme fut arrêtée en sa demeure, rue de Lourcine, maison du charpentier Jumel, visà-vis les Petites Cordelières et enfermée à la Bastille (2).
Pourquoi faut-il que Bruté ait consumé, pendant près de 20 ans, le meilleur de sa rare énergie en luttes stériles contre le chapitre de Saint-Marcel, au lieu de persévérer dans l’attitude conciliante qui avait été celle de ses prédécesseurs depuis Lebreton.
Portes de l’église fermées aux heures de visite du chapitre, — refus de se joindre à la procession de Saint-Marcel le jour de la
(1) Bibl. Nat. Mns. F, Fr. 6683, p. 287. (i) Ibidem, pp. 139-140.
Fête-Dieu, les années où la paroisse Saint-Hippolyte était en tour, — processions particulières à Saint-Jacques le 25 juillet, malgré l’arrêt du 3 mars 1644 : il n’est pas de procédés blessants que Bruté n’ait employés pour contraindre les chanoines à abdiquer leur suzeraineté séculaire sur Saint-Hippolyte.
Tous ces efforts furent infructueux.
Le 28 juin 1780, le chapitre de Saint-Marcel gagna avec dépens en la grand’Chambre du Parlement le procès qu’il soutenait depuis plus de neuf ans contre le curé de Saint-Hippolyte. Bruté se pourvut bien par requête civile contre cet arrêt, mais il fut débouté de toutes ses demandes par une nouvelle sentence du 27 juillet 1781 (1).
Hardy se fait, dans son Journal, l’écho d’une conversation dans laquelle un chanoine de Saint-Marcel aurait affirmé « que pour bien de paix et entretien de bon ordre, son corps projettait d’arrêter par une délibération expresse de faire le sacrifice de quelques-unes des prérogatives dans lesquelles il venait d’être confirmé, en ne se rendant plus à Saint-Hippolyte les jours de l’année où sa présence pourrait causer du trouble en apportant quelque dérangement aux heures des offices de cette paroisse, comme le jour du dimanche des Rameaux, le jour de la Toussaint, etc. »
Il y a lieu de croire que l’intransigeance de Bruté dissuada les chanoines de faire ces concessions, car la querelle, loin de se calmer, devint plus vive encore et la suppression du chapitre de Saint-Marcel le 24 décembre 1790 put seule y mettre fin (2).
Les graves événements, qui se produisirent dès les premiers
(1) Bibl. Nat. Mns. F. Fr. 6683, p. 309 et 6684, p. 7. — Le recueil A 16558 de la Bibliothèque Mazarine contient six mémoires relatifs au procès qui nous occupe (pièces 19 à 25). Le plus important (pièce 25) est celui que nous avons fréquemment utilisé et que nous citons sous le titre abrégé de Mémoire contre Bruté.
(2) Le 18 mai 1784, Bruté fut condamné à 400 livres d’amendepourune partie de ses contraventions. Il se pourvut en cassation en décembre 1784; son pourvoi fut rejeté par le conseil le 12 décembre de l’année suivante. Et tout cela ne mit pas fin à ses infractions !
SAINT-HIPPOLYTE
mois de l’année suivante, allaient fournir à Bru té une plus noble occasion de déployer son énergie et sa ténacité.
Nous touchons à l’heure où la paroisse Saint-Hippolyte va sombrer dans la grande tourmente révolutionnaire. Avant qu’elle disparaisse, consacrons quelques pages à la montrer telle qu’elle se présentait alors, avec son église dont l’ornementation était achevée et son territoire plus peuplé que jamais.