‹ Une paroisse parisienne avant la RévolutionChapitre 19 sur 36 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Denis Duval (1733-1737). — Activité féconde de son successeur, Jean Delafosse. — Les artistes des Gobelins et la charge de marguillier. — La question des inhumations. — Encore les confréries. — Décoration de l’église, due pour la plus grande partie à la générosité du célèbre amateur Jean de Jullienne et de sa femme. — Le curé Guillaume Bruté : comment sa rare énergie se consume d’abord en luttes stériles contre le chapitre.

Le lendemain de la mort de Ravissar, le chapitre de Saint- Marcel s’étant réuni pour procéder à la désignation de son successeur, le chanoine Trevet, se prétendant en tour, déclara, malgré l’opposition qui lui en fut faite par huissier à la requête du doyen, nommer à la cure de Saint-Hippolyte Pierre Heuqueville, prêtre de Paris, déjà vicaire à la paroisse, Le sujet présenté fut écarté à la pluralité des voix.

Trois jours après, nouvelle réunion du chapitre qui cette fois porte son choix sur Sébastien Geoffroy, prêtre de Paris, maître es-arts, premier vicaire de Saint-Merry (i).

Protestations de Pierre Heuqueville qui le 13, se présente chez l’archevêque et requiert son intervention, Mais Mgr de Vintimille, reconnaissant un vicaire qu’il avait nommément interdit le 6 février 1730 pour son opposition à la Bulle Unigenitus, ne se souciait guère d’agir en sa faveur. Il lui dit « que tous les jours il recevait des mémoires contre lui, soit de la cour, soit de la ville, soit du fauxbourg; qu’il ne pouvait le regarder autrement que comme un boute-feu qui avait inspiré au défunt curé

(1) Arch. Nat. LL 579, ff. 82 et 83.

SAINT-HIPPOLYTE

toutes les démarches qu’il avait faites et qui était capable de déranger toute cette paroisse » (i).

Cependant le vicaire de Saint-Merry avait décliné toute nomination à Saint-Hippolyte. Le chapitre nomma alors le 16 mars, Denis Duval, prêtre du diocèse de Paris, docteur de la maison de Navarre et vicaire de la Madeleine en la Cité, qui accepta.

Heuqueville se pourvut devant le Parlement par une requête du 15 avril 1733 et adressa coup sur coup, les 21 et 23 dü même mois, deux sommations à l’archevêque de Paris pour en obtenir des lettres de provisions. Ce fut peine perdue. Le roi évoqua l’affaire à son conseil, en alléguant comme précédent que le conseil avait jadis pris connaissance d’un différend entre les chanoines de Saint-Marcel et ceux de Saint-Victor. Le jugement définitif fut rendu le 23 septembre même année : Heuqueville était débouté de son opposition et condamné aux dépens (2).

Dans le court espace de temps que Duval resta à la tête de la paroisse Saint-Hippolyte, il ne put guère que préparer et amorcer pour ainsi dire les différents travaux d’embellissements qui se poursuivirent sous ses deux successeurs et qui changèrent si complètement la physionomie de l’église.

Il mourut, à 51 ans, le 7 octobre 1737, vers 3 heures du matin. Le même jour, le chapitre désignait pour lui succéder Jean Delafosse, prêtre du diocèse d’Amiens, docteur de Sorbonne qui eut dès le lendemain ses provisions de l’archevêché et prit possession le 13 octobre (3).

Jean Delafosse, tonsuré le 29 mars 1711, maître-es-arts le 2 septembre 1716, puis chanoine de la collégiale de Sain t-Firmin de Montreuil, diocèse d’Amiens, et professeur de rhétorique au collège du Cardinal Lemoine, avait 42 ans lorsqu’il fut nommé

(1) Nouvelles ecclésiastiques. Avril 1730, p. 3 et 1733, p. 47.

(2) Arch. Nat. V’485 et Nouvelles ecclésiastiques, 8 mai 1733, p. 71.

(3) Arch. Nat. LL 579, ff. 199-200.

IOI

à la cure de Saint-Hippolyte qu’il devait occuper pendant près d’un tiers de siècle (i).

Comme son prédécesseur, il eut d’abord à se défendre contre les prétentions de l’ ex-vicaire Heuqueville, qui fit opposition à sa prise de possession.

L’affaire fut une fois encore évoquée devant le conseil du roi qui par un arrêt du 27 février 1739 débouta Heuqueville de son opposition et le condamna à payer 80 livres à Delafosse, 20 livres au chapitre, plus les frais de jugement (2). L’instruction avait été longue, on le voit : mais comme la recréance avait été accordée à Delafosse, il avait pu remplir ses fonctions pendant la durée du litige (3).

Divers marguilliers, qui avaient épousé les intérêts du sieur Heuqueville, cherchèrent alors à créer à Delafosse toutes sortes de difficultés au sujet de sa gestion paroissiale. Celui-ci produisit pour sa défense un mémoire qui a été conservé dans un recueil de la Bibliothèque Mazarine et dont le titre complet nous fait connaître les partisans de l’ancien vicaire :

Mémoire signifié pour Me Jean de la Fosse, prêtre, docteur de Sorbonne, curé de Saint-Hippolyte à Paris, demandeur et défendeur.

Contre Jean-Baptiste Martin, peintre, Jean Girault, taillandier, Jean Le Breton, épicier, et Martin Salle, carrier, anciens marguillers de ladite Eglise, lesquels étaient en exercice dans les années 1741 et 1742, défendeurs et demandeurs.

Et encore contre Pierre Bedel, teinturier, André Aclocque, brasseur, et autres, au nombre de onze, tous anciens marguillers de la dite Église, demandeurs en intervention et en lettres de rescission (4) .

Le Parlement devant la juridiction duquel l’affaire avait été portée donna tort toutefois au curé et par un arrêt du 3 août 1748 accorda toutes les demandes des fabriciens.

(1) Arch. Nat. LL 578, f. 84 et LL 579, ff. 9 et 165. — Le nouveau curé signait Delafosse en un seul mot.

(2) Arch. Nat. V7 485.

(3) Bibl. Mazar. in-f. 3318 C, n° 75.

(4) Bibl. Mazar. in-f. 3318 C, n° 75.

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