CHAPITRE VI
QABRiËL ET CHARLES COULON
La confrérie flamande à Saint-Hippolyte et les prédications en langue étrangère dans cette église et dans la chapelle des Gobelina. — Liste des autres confréries. — L’église Saint-Jacques est définitivement érigée en paroisse en 1633. — Contestation entre le chapitre de Saint-Marcel et le curé de Saint-Hippolyte au sujet du droit de présentation à la cure de Saint- Jacques. — Encore les archidiacres de Josas et leurs exigences.
Le nouveau curé, neveu maternel de feu Gabriel Le Déan,était licencié en droit canon et chanoine de Saint-Marcel. Il eut ses lettres de présentation du chapitre le 16 octobre et prit possession le 18 (i).
Sous son administration, une confrérie fut fondée à Saint-Hippolyte pour les ouvriers flamands et allemands du quartier. L’histoire vaut d’en être contée avec quelque détail, car rien ne nous est indifférent de ce qui touche aux origines de la fabrication des tapisseries dans le quartier Saint-Marcel.
On sait que dès 1603 une colonie de tapissiers flamands, sous la direction des sieurs de Comans et de la Planche était établie dans une maison de la famille Gobelin, à peu de distance de la teinturerie.
Des prédications spéciales furent faites pour eux, au moins dès 1608, car les registres capitulaires, à ’la date du 12 octobre de cette année, mentionnent « qu’il est permis aux sieurs Comans de faire faire la prédication aux Flammants les jours de Saint-Dymanche, depuis huict heures du matin jusques à neuf, en ceste église Sainct-Marcel ».
Mais il fallait une organisation religieuse plus forte pour
(1) Bib. Maz. A 16558, pièce 19, p. 10.
SAINT-HIPPOLYTE
mettre en garde cette colonie étrangère contre la fréquentation des prêches protestants.
C’est alors que « Madame Claire-Eugénie-Elisabeth, infante d’Espagne, archiduchesse d’Autriche, duchesse de Brabant et comtesse de Flandre » , concutle projet d’une confrérie dont le Père Anselme dans un curieux opuscule nous raconte ainsi les origines :
Désireuse d’exécuter fidèlement les intentions de l’archiduc Albert son époux, de vivre dans une intelligence paisible, ferme, stable et perpétuelle, avec la couronne de France, [ladite princesse] a ordonné à son ambassadeur, pour lors agent et résident en cette cour, de témoigner au roy la nécessité urgente qu’il y avait pour contenir les nations flamande et allemande dans les devoirs de la sainte et saine religion catholique et orthodoxe. d’assigner une église dedans ou dehors de sa bonne ville de Paris aux nations Belgiques et Teutoniques, dans laquelle il y aurait un prêtre, soit séculier, soit régulier, dûment autorisé et approuvé par l’ordinaire et suffisamment versé es idiomes étrangers, pour leur administrer les saints sacrements et leur annoncer les vérités de l’Evangile tous les dimanches et fêtes principales de l’année, le tout avec exemple et édification.
Ce que sa Majesté ayant accordé... le sieur ambassadeur a choisi pour cet effet l’église paroissiale de Saint-Hippolyte sise au faubourg Saint-Marceau à Paris et a fait élection d’un excellent sujet pour une affaire de telle importance, comme est le gouvernement des âmes, dans la personne du Révérend Père Angély, prêtre de l’oratoire des Augustins réformez deschaux, prédicateur et confesseur des nations étrangères. Il a commencé sa mission avec un succès merveilleux l’an de grâce I627. Il a continué avec une ferveur incroyable et il a fini par la mort des justes dans le monastère de son ordre l’an 1634. Messieurs les marguillers ont couronné ses fatigues évangéliques par des funérailles solennelles.
Les premiers marguillers qui se sont volontairement chargés de l’administration de cette société catholique et qui s’en sont acquittés avec toute la loyauté possible étaient en
1626, Nicolas van der Meiren.
1627, Jean van der Burght.
1628, Rudolphe Schnoor.
1629, Antoine Proen de Coninck.
Arthus Gilberto.
1630, Maurice.
Sur la fin de cette année, le seigneur ambassadeur avec les mar-
GABRIEL ET CHARLES COULON
guillers ayant mis en considération les excessives fatigues que la grande distance qu’il y a du couvent des Augustins causait au prédicateur dans les rigueurs de l’hiver et les chaleurs de l’été, qui conformément à l’état de sa profession marchait à pieds deschaux, le sieur Maurice aurait présenté une requête civile au T. R. P prieur Claustral de l’abbaye royale de Saint-Germain des Prés, le priant de prêter leur église... d’autant que cette église est plus commode qu’aucune autre pour ces divins exercices à cause de la multitude d’étrangers qui habitent le beau quartier Saint-Germain ce que ces bons religieux accordèrent avec plaisir (i).
Toutefois, même après la translation de la confrérie à Saint- Germain-des-Prés, des prédications continuèrent à être données à Saint-Hippolyte pour la colonie étrangère.
Ainsi, en 1634, le P. Nicolas, prêtre de l’Oratoire, prêche en flamand au Carême dans cette paroisse (2).
Plus tard, de l’ Avent 1669 au Carême 1678, le P. Antoine de Bolduc, religieux pénitent de Picpus, prêche aussi pour les Flamands à Saint-Hippolyte, à une heure de l’après-midi, les dimanches et fêtes (3).
Dès le carême de 1672, il est même indiqué comme « entretenu par ordre de Sa Majesté. »
A partir de l’ Avent de 1678, c’est à la Manufacture des Gobelins et non plus à Saint-Hippolyte qu’ont lieu les conférences et le prédicateur — • toujours le P. de Bolduc — parle en flamand
(1) Bib. Nat. Lk’ 7063 — P. Anselme, Catalogue chronologique contenant les noms, surnoms, qualités et actions mémorables des marguillers anciens et modernes de la société catholique des illustres nations flamande, allemande, suisse, italienne, espagnole et autres, précédemment établies dans l’église du glorieux martyr saint Hippolyte au faubourg Saint-Marceau et depuis transférée à Saint-Germain-des-Prés... 2“ édition, 1695.
(2) D’après la liste des prédicateurs du carême de 1634, communiquée par M. Bouvrain, architecte, à Paris.
(3) Bib. Nat. Lk’ 6743. Recueil en deux volumes de listes de prédicateurs du carême et de l’avent à Paris. Le premier volume de ce recueil commence à l’avent 1646 et il est complet jusqu’en 1700. Le second volume, qui va de 1701 à 1788, est au contraire assez incomplet.
M. Bouvrain en possédait dans sa collection quinze nouvelles dont voici le détail : carême 1634, 1643, 1644, carême et avent 1645, carême 1759, 1763, avent 1781, 1786, carême et avent 1787, avent 1788, carême et avent 1789, carême 1790.
Le dernier carême prêché à Saint-Hippolyte fut celui de 1790, par le Père Péqueur, cordelier.
SAINT-HIPPOLYTE
et en allemand. Cela dura jusqu’au carême de 1693 inclusivement. Les conférences cessèrent alors, faute d’auditeurs, car parfois dans les derniers temps il n’en venait pas deux à la prédication mensuelle.
s En juillet 1693, un chapelain fut institué pour la manufacture royale, aux appointements de 500 livres, en remplacement du prêtre de Saint-Hippolyte qui faisait le catéchisme aux enfants et du prédicateur flamand. La colonie étrangère était définitivement assimilée (1).
Le Calendrier des Confréries de Paris, publié en 1621 par J. B. Le Masson, aumônier du roi Louis XIII, énumère les confréries existant alors dans l’église Saint-Hippolyte. Cette liste complète utilement les indications que nous avions extraites de l’obituaire d’Eustache Savary.
Janvier 22. — Saint-Vincent : la confrérie des vignerons.
~ 25. — Conversion de Saint-Paul : la confrérie de dévotion de Saint-Prix et Saint-Paul.
Février 18. — ■ Sainte- Julienne : la confrérie de dévotion.
Mai 16. — Saint-Honoré : celle des boulangers.
Août 15. — Assomption de Notre-Dame : (la confrérie) de dévotion.
— 16. — Saint-Roch : (la confrérie) de dévotion.
Septembre 29. — Saint-Michel , archange : (la confrérie) de dévotion (2).
Cependant de nouvelles contestations n’avaient pas tardé à s’élever entre Jean Baslin, vicaire de Saint- Jacques, et les curés des trois paroisses matrices. Le plus ardent à revendiquer ses droits était assurément Gabriel Coulon : nous le voyons en effet signer avec la qualité de curé les comptes de Saint-Jacques pour 1604 et les deux années suivantes.
Jean Baslin resigna en 1619 en faveur de son neveu, Jean Royer. Celui-ci eut dès l’année suivante pour successeur le sieur Riviere, chanoine de Notre-Dame, qui resta en fonctions
(1) Arch. Nat. O1 2040a.
(2) Réédition de l’abbé Dufour (1875), page 135.
GABRIEL ET CHARLES COULON
jusqu’en 1630 (1). L’administration de Saint-Jacques passa alors aux mains de Jean Vitalis, qui devait obtenir enfin l’érection de cette église en paroisse proprement dite.
Jean Vitalis eut d’abord la consolation de voir poser le 2 septembre 1630 par J. B. Gaston de France, duc d’Orléans, frère du roi Louis XIII, la première pierre de l’église actuelle de Saint- Jacques.
Trois ans après, la nouvelle église fut érigée en paroisse par arrêt du Parlement du 9 avril 1633. Déjà le 13 janvier de la même année, le grand bureau des pauvres de Paris avait déchargé les habitants du faubourg de l’obligation de rendre le pain à bénir à Saint-Hippolyte, redevance qu’ils s’étaient d’ailleurs toujours refusés à acquitter (2).
Voici, tel que l’a inséré Félibien dans son histoire de Paris, l’arrêt du 9 avril qui devait mettre fin aux longues procédures des curés de Saint-Hippolyte contre les chapelains de Saint- Jacques (3).
Entre les chanoines et chapitre de Saint-Benoist, maistre Nicolas Roguenaut, curé et vicaire perpétuel en ladite église, maistre Gabriel Coulon, curé de Saint-Hippolyte au fauxbourg Saint- Marcel, se disant curé de l’église Saint-Jacques et Saint-Philippe du Haut-Pas, demandeurs et défendeurs, etc...
La Cour... maintient et garde le sieur Vitalis en la possession et jouissance de la vicairie perpétuelle de l’église Saint-Jacques et
(1) Arch. Nat. LL 793, Journal de Cochin, p. 29-30. Par l’extrait du compte de 1605 à 1606, il paraît que le sieur Coulon se faisait payer les 60 livres que les marguilliers devaient au curé. Dans le compte de 1606 à 1607 (malgré la sentence de 1605), M. Baslin reçoit bien ses honoraires, mais ils sont pareillement payés au sieur Coulon, qui signe aussi curé.
(2) Abbé Grente , ouvrage cité. Les extraits suivants des comptes de fabrique de Saint-Hippolyte montrent qu’il était souvent nécessaire de recourir au bras séculier pour forcer les récalcitrants :
Compte de 1622. — 6 livres 11 sols de dépense pour les assignations qui avaient été données à des particuliers de Saint-Jacques pour avoir ouvert leur boutique le jour de Saint-Hippolyte.
Compte de 1023. — Mention d’une sentence pour faire rendre le pain béni.
Compte de 1628. — Contrainte contre un particulier du faubourg Saint-Jacques pour lui faire accepter la charge de marguillier de Saint- Hippolyte. (Mémoire contre Bruté, p. 129 et suivantes.)
(3) Dom Félibien, ouvrage cité, tom. III, p. 693-94.
SAINT-HIPFOLYTE
Saint-Philippe du Haut-Pas ; permis à luy de s’en dire et qualifier vicaire perpétuel et d’y faire toutes les fonctions curiales ; fait deffense auxdits chanoines et chapitre, vicaire perpétuel de Saint- Benoist et curés desdites paroisses de Saint-Médard et Saint-Hippolyte de le troubler et empêcher en la jouissance et possession d’icelle ; ordonne que vacation advenant ci-après de ladite vicairie perpétuelle de Saint-Jacques et Saint-Philippe du Haut-Pas, il y sera pourvu par l’archevesque de Paris à la présentation desdits chanoines et chapitre de Saint-Benoist premièrement et puis après par le curé de Saint-Hippolyte alternativement, à la manière accoutumée au diocèse de Paris ; condamne lesdits marguillers, manans et habitans de ladite église et paroisse Saint-Jacques et Saint- Philippe du Haut-Pas à payer ci-après, es jours de Saint-Benoist, de Saint-Hippolyte et Saint-Médard, pour les droits que lesdits de Saint-Benoist, de Saint-Hippolyte et de Saint-Médard avaient accoustumé de prendre et percevoir sur les fruits et oblations de ladite cure de Saint-Jacques et Saint-Philippe du Haut-Pas, la somme de six-vingt livres, scavoir auxdits chanoines et vicaire perpétuel de Saint-Benoist soixante livres tournois, dont moitié appartiendra auxdits chanoines et chapitre de Saint-Benoist et l’autre moitié audit vicaire perpétuel d’icelle paroisse, Saint-Benoist — et des soixante livres restant desdites six-vingt livres en sera payé cinquante-quatre livres au curé de Saint-Hippolyte et six livres au curé de Saint-Médard et les arrérages desdites six-vingt livres eschus jusqu’au jour du présent arrêt, à la même proportion, lesquels la cour a liquidés à six cens livres, sans que ladite somme de six-vingt livres puisse être augmentée pour quelque cause et occasion que ce soit.
En outre condamne lesdits marguillers, manans et habitans de lad. paroisse Saint-Jacques et Saint-Philippe à payer la somme de cent sols tournois à la fabrique de Saint-Benoist et autres cent sols à la fabrique de Saint-Hippolyte et huit sols à celle de Saint- Médard.
Pourront lesdits chanoines et chapitre et vicaire perpétuel de Saint-Benoist et curé de Saint-Hippolyte, en reconnaissance de supériorité, aller en procession à ladite église Saint-Jacques et Saint-Philippe du Haut-Pas et célébrer la messe paroissiale : scavoir lesdits chanoines et chapitre et vicaire perpétuel de Saint- Benoist le premier may, jour de Saint-Jacques et Saint-Philippe, et ledit curé de Saint-Hippolyte, le vingt-cinq juillet, jour de Saint- Jacques l’apôtre, sans toutefois prendre autre chose que ladite somme de six-vingt livres.
Ordonne que séparation et division sera faite des paroisses de Samt-Benoist, de Saint-Hippolyte et Saint-Médard d’avec celle de
Plenieres accordes par JVotre Saint Pere le Pape en faveur de ta Confrérie la Paroisse- Paycde de S Hyppolile Faubourg jS. Marcel a- Parc