‹ Une paroisse parisienne avant la RévolutionChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE JEAN SAVARY A SIMON BIGOT

Achèvement des travaux en cours. — Vitraux de 1561 admirés par Lebrun et Mignard. — Une église trop exiguë : on érige en succursale la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques du Haut- Pas. — Jacques Naudot ou un curé qui cumule. — Construction pour les habitants du faubourg Saint-Jacques d’une église distincte de celle de l’hôpital. — Le curé Denis Perreau.

— Un ancien doyen de Saint-Marcel lui succède. — Le pillage de 1590.

— Nouveaux démêlés avec les chapelains de Saint-Jacques. — Les premiers registres d’actes de catholicité à Saint-Hippolyte.

Jean Savary, prêtre d’Amiens (i) et docteur en théologie de la maison de Navarre (2), avait succédé le 24 décembre 1558 à Nicolas Régnault comme chanoine de Saint-Marcel. Ce même Nicolas Régnault résigna en sa faveur la dignité de doyen de Saint-Marcel qui lui avait été conférée par le cardinal Trivulce, légat a latere en France. Mais ce droit fut contesté et l’élu du chapitre, François Le Court, obtint gain de cause en 1563.

Jean Savary est désigné dans un inventaire du temps comme administrateur de l’ Hôtel-Dieu-Saint-Marcel et il fait en cette qualité, le Ier septembre 1560, un bail à loyer, moyennant 14 livres tournois par an, d’un ouvroir, une étable et deux greniers sis grand’rue Saint-Marcel (3).

Le même J ean Savary, avant de succéder à Eustache Savary en qualité de curé de Saint-Hippolyte, était titulaire de la cure de Saint-Clair de Souppes au diocèse de Sens (4).-

Le premier objet de la sollicitude du nouveau curé fut l’achè-

(1) Arch. Nat. LL 559, fol. 13.

(3) Lemaire, Paris ancien et moderne, I, p. 575.

(3) Arch. Nat. LL 582, fol. 127.

SAINT-HIPPOLYTE

vement des travaux en cours. C’est alors que furent posés « les quatre vitreaux du bas côté droit de l’église Paroissiale de Saint-Hippolyte à Paris, près l’hôtel royal des Gobelins, que Le Brun et Mignard ne pouvaient se lasser d’admirer pour la correction du dessein (sic) et la beauté du coloris, toutes les fois que leur inspection sur les manufactures royales qui y sont établies, les y appelait. Ces quatre vitreaux, qui portent le chronogramme 1561, contiennent aussi dans les frises dont ils sont ornés, ces lettres initiales I. H. L. M, M. Y. I. H, A. T. H. S. I. V, et d’autres qui sont mutilées (1) ». Nous ignorons absolument quel était le sujet de ces précieux vitraux et ce qu’il en est advenu après la vente de l’église en 1793.

Un legs de 33 livres 6 sols 8 deniers tournois de rente fut fait le 27 octobre 1561 par Jehanne Petit, veuve de Guillaume Girou pour « subvenir aux réparations, édifices et entretenemens » de l’église Saint-Hippolyte. Et il [n’est pas douteux que les paroissiens fortunés n’aient alors fréquemment imité cet exemple (2).

Cependant, l’église Saint-Hippolyte restait insuffisante pour la population toujours croissante du vaste territoire sur lequel s etendait la paroisse. C’est surtout autour du prieure Notre-Dame des Champs et de l’Hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas que l’agglomération était devenue considérable. Les

(1) L’art de la peinture sur verre et de la vitrerie, par feu M. Le Vieil 1774, p. 33. — On sait que les anciens artistes (exception faite de Dürer) ne signaient pas leurs œuvres de leur nom, mais se contentaient d’y apposer certains caractères ou le chronogramme de l’année dans laquelle ces œuvres avaient été composées.

Lenoir place à tort à Saint-Médard les vitraux, objet de l’admiration de Lebrun et de Mignard ( Musée des monuments français, nouvelle édition, 1810, p. 254). Son erreur vient peut-être de ce que'l’église Saint- Hippolyte était desaffectée à l’époque où il écrivait et que la manufacture Médard 6 mS et31t 3 °fS comprlse dans Ie territoire de la paroisse Saint-

Au témoignage si net de Le Vieil, nous pouvons ajouter celui de Germain Bric e (Description de la ville de Paris, 1725, tome II, p. 407) qui à 1 arhcle de Samt-mppoiym, écrit ces iignes ; « Dans une chapelle de cette egl.se, .1 y a des vitres peintes d’une rare beauté, qui faisaient 1 admiration de Lebrun et de Mignard, très capables d’en juger. Ils genre11» navolr,amais rien ™ de plus parfait et de plus correct en ce

(2) Arch. Nat. L 655.

DE JEAN SAVARY A SIMON BIGOT 41

habitants du faubourg Saint-Jacques multiplièrent leurs requêtes aux évêques de Paris et obtinrent en 1566 l’érection de la chapelle de la commanderie de Saint-J acques du Haut-Pas en église succursale des trois paroisses Saint-Hippolyte, Saint- Benoît et Saint-Médard, sous le vocable des saints Philippe et J acques.

Les conditions de cette érection sont ainsi réglées par ordonnance du 21 février 1566 de l’official de Paris :

... Avons condamné et condamnons lesdits manans et habitans à aller et fréquenter leurs églises matrices le saint jour de Pasques et autres principales et majeures festivitez de l’an et encore ez festes des patrons et dédicaces des dites églises, comme vrais paroissiens d’icelles églises (tout empêchement cessant), à contribuer aux réparations d’icelles églises et pour cette contribution à bailler et conférer par chacun an à la fabrique de Saint-Benoît le Bien-tourné quatre livres parisis, à la fabrique de Saint-Hyppolyte semblablement quatre livres parisis et à la fabrique de Saint- Médard 8 'sols parisis.

De plus, les curés des trois paroisses matrices doivent élire dans la quinzaine un chapelain, qui résidera ordinairement à Saint-Jacques et, les dimanches et jours fériés, dira une messe basse et les vêpres à la succursale. Les habitants peuvent d’ailleurs entretenir à leurs frais d’autres prêtres pour les offices chantés.

Enfin, les oblations doivent être remises aux curés de Saint- Benoît, Saint-HippolyteouSaint-Médard, suivant leur origine (1).

L’ordonnance épiscopale fut confirmée le 15 janvier 1567, par le roi Charles IX, et les habitants du faubourg furent autorisés à se servir du cimetière et de l’église de la commanderie (2).

Comme toutes les demi-mesures, celle-là ne satisfit personne. Ce n’est pas une église succursale, c’est une paroisse autonome que réclamaient les signataires des requêtes. Malgré la résistance des curés des paroisses matrices, cette solution prévaudra avant un demi-siècle.

(1) Cité par Dom Félibien, Histoire de la ville de Paris, III, p. 692.

(2) Abbé Grente, Une paroisse de Paris sous l'ancien régime, p. 16.

SAINT-HIPPOLYTE

Nous ignorons à quelle date précise Jean Savary cessa ses fonctions de curé de Saint-Hippolyte.

Il paraîtrait que la cure fut quelque temps vacante en 1566, car des Jacobins envoyés par l’évêque la desservirent aux frais de la fabrique pendant le Carême et la quinzaine de Pâques (1). Jean Savary est encore mentionne toutefois dans les registres capitulaires de Saint-Marcel avec son titre de vicaire perpétuel de Saint-Hippolyte au 16 août 1567 (2).

Il résigna bientôt son canonicat et sa cure en faveur de J acques Naudot, prêtre du diocèse d’Autun, licencié en théologie et principal de grammaire du collège de Navarre. Celui-ci comparait en effet personnellement devant le chapitre le 5 janvier 1568 et déclare qu il vient d’être pourvu du canonicat et de la prébende de Jean Savary, par suite de la résignation faite parce dernier en cour de Rome, comme le témoigne la provision datée du 19 des Kalendes de septembre (3). Larésignation de la cure de Saint-Hippolyte est sans doute de la même date, car Jacques Naudot figure avec le titre de curé à la réunion capitulaire du 3 février 1568 (4).

Jacques Naudot, ordonné prêtre le Ier avril 1552, était alors chapelain de l’église de Saint-Nicolas, près Saulieu, diocèse d Autun (5). Nous avons vu qu’il devint ensuite principal de grammaire du collège de Navarre, chanoine de Saint-Marcel et curé de Saint-Hippolyte. Il devait joindre bientôt à tous ces titres une dignité plus haute, celle de doyen du chapitre de Saint-Marcel, à laquelle il fut élevé le 17 août 1570 dans l’élection qui suivit la démission de Gabriel Le Déan.

Le nouveau doyen était homme, paraît-il, à cumuler bien des charges, car non seulement il conserva sa cure, mais il resta encore principal de Navarre, sauf à être dispensé de la résidence au collège.

(1) Bibl. Mazarine, A 16558, pièce 20, p. 2i.

(2) Arch. Nat. LL 561.

(3) Ibidem,

(4) Ibidem.

(5) Arch. Nat. LL 561, fol. 57-59.

DE JEAN SAVARY A SIMON BIGOT

De son administration à Saint-Hippolyte, la seule particularité que nous connaissions est la suivante. C’était le temps des guerres de religion et le clergé de Paris s’imposa en octobre 1568 une contribution pour soutenir le roi dans « ses urgentes affaires contre les adversaires de l’église ». Dans les comptes fournis à ce sujet, le curé de Saint-Hippolyte figure pour 10 livres tournois parisis et la fabrique pour une somme double (1).

Jacques Naudot échangea, au début de l’année 1574» sa dignité de doyen de Saint-Marcel contre celle de doyen de la collégiale Saint-Symphorien de Reims dont le titulaire était Nicolas Moyen. Mais le chapitre de Saint-Marcel exigea que Nicolas Moyen fût élu avant de prendre possession et l’élection eut lieu en effet le 8 février 1574.

Jacques Naudot cessa au même temps ses fonctions de curé de Saint-Hippolyte et il eut pour successeur Nicolas Déaire qui résigna dès le 22 février en faveur de Denis Perreau. On se souvient que Nicolas Le Crespe,en 1422, n’avait été pareillement titulaire de la cure de Saint-Hippolyte que pendant quelques jours, Il n’est pas rare dans l’histoire des paroisses à cette époque qu’un prêtre nouvellement pourvu d’un bénéfice l’échange aussitôt contre un autre plus à sa convenance.

Denis Perreau, prêtre du diocèse de Sens, docteur en théologie, avait été reçu en décembre 157° chapelain de l’autel de Saint-Jean l’Evangéliste à Saint-Marcel (2).

A la date où nous sommes rendus, il était titulaire de la cure de Saint-Martin d’Ecquevilly et de sa succursale de Cannillonné qu’il échangea avec Nicolas Déaire, entre les mains de l’évêque de Paris, contre la cure de Saint-Hippolyte (3).

Le nouveau curé vit s’accentuer encore les tendances séparatistes des habitants du faubourg Saint-Jacques.

Le premier chapelain de Saint-Jacques du Haut-Pas que

(1) Arch. Nat. L 414, n“ 53.

(2) Arch. Nat. LL 561, fol. 270 et 279.

(3) Arch. Nat. LL 562, fol. 120.

SAINT-HIPPOLYTE

nous connaissions, dom Jean Marquet, avait été désigné en *573 Par Ie trésorier de la Sainte Chapelle, en vertu de ses droits prétendus sur le territoire des Francs-Mureaux. Les curés des paroisses matrices firent opposition à cette nomination, comme contraire à l’ordonnance d’érection de la succursale; mais ils furent déboutés par arrêt du Parlement du 19 novembre 1575.

D’autre part, des difficultés étant survenues entre les habitants et les bénédictins de Saint-Magloire qui avaient remplacé en 1572 les Frères Hospitaliers à l’hôpital Saint-Jacques du Haut-Pas, les paroissiens songèrent à faire bâtir une église distincte de celle des moines et l’évêque de Paris offrit une contribution de 1.200 livres pour sa construction.

Un arrêt du Parlement du Ier septembre 1582 réserva en retour à l’évêque le droit exclusif de nommer le chapelain. Les curés avaient prétendu nommer en 1581 Noël Périgne; mais Mgr de Gondi désigna en 1582 Jean Baslin, religieux maglorien, pour remplacer dom Marquet. Ce fut le signal d’une vive opposition qui dura dix ans.

D’une information faite par le promoteur de l’évêché de Paris, il résulte que les griefs des habitants du faubourg Saint- Jacques étaient absolument fondés (1).

Nous résumons ce qui a trait à notre paroisse dans le procèsverbal d’enquête.

De Saint-Jacques on va à Saint-Hippolyte en prenant la rue du Paradis et des Marionnettes, puis la rue du Puis-de-Ville entre l’Hôtel de Bourbon où se tient le couvent des Filles du Val-de- Grâce et le couvent des Capucins. Or ce sont des ruelles très marécageuses et nullement pavées.

On entre alors dans une campagne ensemencée de pois et de blé où les chemins sont très mauvais. Et à l’époque des moissons, toutes sortes de garnements et de tire-laine s’y dissimulent et attaquent les passants.

Si l’on a le temps de contourner ces champs, on prend la rue de Bourgogne, assez fâcheuse et difficile. On tombe alors dans la rue de Lourcine, puis on arrive à la ruelle non pavée qui conduit à Saint-Hippolyte. Or il faut passer la Bièvre et il n’y a pas de pont en pierre, mais seulement une passerelle en bois. Il y amêmedan-

(1) Arch. Nat. S* 3396 a, liasse 4,

DE JEAN SAVARY A SIMON BIGOT

ger pour les enfants et de fait on nous a rapporté que, depuis peu de temps, un mouton avait fait tomber un enfant sous la planche en passant par dessus (i).

... Si l’on veut retourner en passant par devant le couvent des Cordelières, la route est plus longue et cependant c’est la plus usitée, car c’est la moins mauvaise. On sort par la fausse porte des faubourgs, puis on entre à travers champs (carrières propices à cacher les malfaiteurs) et on s’en revient par derrière le clos des Capucins...

C’est en 1584, le 10 mai, que la nouvelle église succursale fut consacrée avec le maître-autel par l’évêque de Césarée, Christophe de Cheffontaines. Elle n’était d’ailleurs pas achevée et devait avant peu d’années se trouver trop exiguë pour le nombre toujours croissant des habitants du faubourg Saint- Jacques.

Denys Perreau mourut le 2 septembre 1584. Par son testament daté du 15 juin même année, il léguait à la fabrique, à charge d’un obit, une rente de 2 livres 10 sols, sur une maison rue du Pot-de-Fer à l’enseigne de Sainte-Catherine. Il léguait aussi 20 sols tournois une fois payés à la confrérie et chapelle de Saint-Roch et la même somme une fois payée à la confrérie des Trépassés (2).

Le chapitre décida, le 3 septembre, d’assister au convoi et à l’inhumation et stipula que, conformément à son droit de curé primitif, le doyen ferait la levée de corps (3) .

Nous avons tout lieu de croire que Denys Perreau fut inhumé dans l’église Saint-Hippolyte devant le maître autel, comme il en avait exprimé le désir dans son testament.

Dès le lendemain de la mort de Denis Perreau, Gabriel Le

(1) La Bièvre commettait à cette époque de bien autres méfaits. C’est le 8 avril 1579 qu’avait eu lieu le terrible débordement, appelé déluge de Saint-Marcel, dont les dégâts furent évalués à 100.000 écus et qui aurait fait 25 morts et line quarantaine de blessés. Il y a lieu toutefois de rabattre un peu, ce semble, de ce chiffre.

(2) Arçh. Nat. S 3371.

(3) Arch. Nat. LL 563.

SAINT-HIPPOLYTE

Déan, du diocèse de Paris, demanda au chapitre de Saint- Marcel à être nommé à la cure de Saint-Hippolyte (1).

Le chapitre n’avait rien à refuser à son ancien doyen. Gabriel Le Déan, en effet, avait été élu en 1566 doyen de Saint-Marcel à la place de François Le Court, qui avait résigné en sa faveur sa prébende et son canonicat (2). Il n’était encore que clerc lorsque le 14 juillet 1566, il se présenta au chapitre pour être mis en possession de cette prébende et de ce canonicat et lui soumit ses lettres de collation signées d’un vicaire général de Guillaume Viole, évêque de Paris, datées de la veille, et ses lettres de tonsure du 25 février 1536 (3). L’épitaphe dont nous donnerons plus loin le texte, nous laisse entendre que dans la longue période qui s’écoula depuis sa tonsure (1536) jusqu’à son entrée au chapitre de Saint-Marcel (1566), Gabriel Le Déan avait exercé des charges publiques considérables qui ne sont pas autrement désignées.

Comme nous l’avons dit précédemment, Le Déan avait donné sa démission de doyen de Saint-Marcel en 1570, et c’est Jacques Naudot qui lui avait succédé.

Le nouveau curé — un vieillard — • dut connaître de vives émotions, lorsque le 17 juillet 1590 les troupes du sieur de Châtillon qui logeaient à Gentilly envahirent l’église des Cordelières, profanèrent et pillèrent le Couvent. Le lendemain, les mêmes compagnies revinrent aux Cordelières et chassèrent les religieuses qui n’avaient pas déjà pris la fuite. Qui sait si Saint-Hippolyte n’eut pas à souffrir de leurs déprédations, car ces compagnies logèrent le soir de ce jour à l’abbaye et se barricadèrent aux environs d’icelle et de Saint-Médard, après » avoir achevé de ravager et piller ce qui estait aux dictes » églises » (4) ?

Cependant, l’affaire de Saint-Jacques ne se solutionnait pas. Les curés, persistant à ne pas reconnaître J ean Baslin, nommaient successivement divers prêtres : Sébastien Froissart en

(1) Arch. Nat. LL 563.

(2) Gallia ehristiana, VII, col. 305.

(3) Arch. Nat. S 1947*. L'acte de réception sur parchemin sertdecouverture à un registre censier .

(4) Relation anonyme sur le siège de Paris sous Henri IV (Mémoires de la Société de l’Histoire de Paris, t. VII, p. 220-223).

DE JEAN SAVARY A SIMON BIGOT

1585, Nicolas Sauvageot à la fin de l’année suivante, et d’autres encore dont lès noms n’ont pas été retenus. La lutte se calma toutefois pour un temps en 1592, les curés ayant enfin, par contrat du 7 novembre, agréé Jean Baslin comme vicaire à vie de Saint-Jacques : moyennant une indemnité de dix écus par an, il était stipulé que les habitants du faubourg « iraient, si bon leur semblait, en leurs dites églises matrices aux 4 fêtes annuelles et autres solennelles ».

Le 10 juin 1593, Gabriel Le Déan mourait rue des Amandiers. Il avait demandé à être inhumé dans l’église collégiale de Saint-Marcel. En conséquence, le chapitre décida ce même jour « que la fosse serait faite à costé du cœur de ladite église devant la chapelle Notre-Dame des Ardans » et que « le Sr Bigot comme le plus an tien des chanoines ferait l’ office et lèverait le corps » (1). îïj

Voici l’acte de décès, tel qu’il figure aux registres capitulaires (2).

« Aujourd’huy, dixme de juin mil Ve IIIIXX XIII est allé de vye à trespas Me Gabriel Le Déan, chanoine de lad. église Saint-Marcel et curé de lad. église Saint-Ypolite, en une maison size rue des Amandiers à pris et a esté inhumé dans lad. église Saint-Marcel devant Notre-Dame des Ardans à costé du cœur. »

Une épitaphe de pierre, fixée au pilier tenant au chœur dans la chapelle de la Sainte Vierge de l’église Saint-Marcel, rappelait le souvenir de Gabriel Le Déan et d’un de ses neveux, Gabriel Coulon, qui fut son deuxième successeur dans la cure de Sain t- Hippolyte. Le texte en a été conservé par l’abbé Drouin (3) dans ses papiers relatifs aux églises de Paris.

« Cy-devant gist vénérable et discrette personne, Me Gabriel

(1) Arch. Nat. LL 564, fol. 2.

(2) Ibidem.

(3) Bib. Nat. Mns. F. Fr. 22834, p. 103. La date du -13 juin est celle

des obsèques et non de la mort. — Un autre relevé des épitaphes de

Saint-Marcel, certifié par le chambrier du chapitre le 28 avril 1787, se

trouve aux Archives Nationales, carton Z 1 2 3 * * * * * * 10 224. Ce relevé donne l’em¬

placement exact des épitaphes. D’après un plan de l’église Saint-Marcel

conservé dans les papiers du séquestre (Arch. Nat. T 638) la cha¬

pelle de la Sainte Vierge était au fond du bas-côté, à gauche du

choeur.

SAINT-HIPPOLYTE

Le Déan, ci-devant prestre. Doyen et chanoine de Saint-Marcel, curé et vicaire ppétuel de Saint-Hypolite, qui après avoir sagement gouverné des plus grands de ce Roye et servy au publicq avec intégrité est mort avec honneur dans l’acquit de ses charges, le XIIIe juin CIO 13 IIID* XIII.

« Maistre Gabriel Coulon, licentié en droit canon, son neveu maternel, aussi prestre chanoine, aussi quelque temps doïen de la mesme église et curé ou vicaire ppétuel de Saint-Hipolite pour l’obligation qu’il a de ses études à l’assistance dud. feu Le Déan a fondé à ppétuité pour le repos de l’âme de son oncle et de la sienne 4 grandes messes du très auguste Saint Sacrement de l’autel et quatre processions auparavant icelles, qui se célébrerait les Iers jeudys des mois de janvier, avril, juillet et octobre, après chacune desquelles sera dit un Libéra sur la tombe dud. feu Le Dean, durant lequel, mesme durant la messe, la procession et le soir précédent chacun desd. jeudys, les Srs du chapitre dud. Saint-Marcel seront tenus faire sonner les 2 grosses cloches de leur église et de fournir 2 torches à chacune desd. processions, 4 cierges sur l’autel durant les dittes messes et une livre de bougie, le tout de cire blanche, pour estre porté ardantes, estant les bougies distribués à chacun des chanoines et au vicaire ppétuel de Saint-Hipolite assistant à la procession. Côë aussy a fondé en la mesme église un obit solemnelle pour estre dit à ppétuité au jour de son décès arrivé en l’année CIO 10 CXXXVI, le XVe du mois de janvier. Pour l’ accomplissent t des d. fondions et autres charges plus ampleïnt portées par le contract de ce passé entre lesd. Srs du chapitre et honorable hôë Pierre Masson son exécuteur testamentaire par d‘ Saulnier et Crossé, nottaires au Chlet de Paris, en datte du XX février CIO 10 CXXXVI, le d. Coulon a donné et légué aud. chapitre cent cinqte deux livres quinze sols de rente tournois. Priés D. pour le repos de leurs âmes. »

Le successeur de Gabriel Le Déan, que nous voyons déjà en charge le 25 juin (1), fut ce chanoine Bigot qui avait présidé aux obsèques de l’ancien doyen de chapitre.

(1) Arch. Nat. LL 564, fol. 4.

DE JEAN SAVARY A SIMON BIGOT

Simon Bigot, prêtre du diocèse de Paris, avait été ordonné le 4 avril 1555. Il était chapelain de Saint-Nicolas à Saint-Marcel avant d’être reçu chanoine de la même collégiale le 7 septembre I579 (i).

Il n’est pas sans intérêt de noter que la tenue des registres d’actes de baptême à Saint-Hippolyte date au moins de ce temps. Nous en avons la preuve dans une indication que fournissait le titre du premier des registres de baptême de cette paroisse (2), relevé par M. Lacordaire, directeur des Gobelins, au dépôt de l’avenue Victoria avant les criminels incendies de 1871 :

Le livre des baptesmes de l’église parochiale MT Saint-Hyppolite, commençant en l’année mil VIe- quatre , qui est la troisième année que M. Gabriel Coulon, chanoine dudit Saint-Marcel , était curé de ladite église.

« Les autres baptesmes faits pendant les dûtes trois années sont au livre carré commencé par feu Simon Bigot pour la résignation duquel a été pourvu ledit Coulon, lequel a signé et approuvé.

Disons de suite que les registres de mariage ont été tenus à Saint-Hippolyte au moins dès 1626. Jal cite en effet un acte de mariage du 27 juillet de cette année (3) et il observe que le registre des mariages antérieurs à l’année 1626 manque aux archives de cette paroisse (4).

Quant aux registres de décès, nous ne constatons pas leur existence avant 1653 (5).

Simon Bigot resta sept ans à la tête de la paroisse Saint-Hippolyte. Homme d’humeur conciliante, il mérita d’être cité en

(1) Arch. Nat. LL 563, fol. 4 à 17.

(2) Cité dans les Nouvelles Archives de l’Art français, 1897, p. 10, en note.

(3) Dictionnaire critique, p. 878 (27 juillet 1626 — Mariage de Balthazar Moncornet et d’Elisabeth Cabouret.)

(4) Ibidem, p. 258.

(5) C’est à cette date que commençaient, d’après V Annuaire historique pour 1847, les registres de décès de Saint-Hippolyte incendiés en 1871. Aujourd’hui la plus ancienne mention de décès relevée sur ces registres que nous possédions, concerne un tapissier en haute lisse, nommé Morel, inhumé le 6 septembre 1661.

<(0 SAINT-HIPPOLYTE

exemple par le chapitre au sieur de Noyon, curé de Saint-Martin du Cloître, dans une transaction en date du 3 décembre 1596 (1).

Le 20 octobre 1397, il avait obtenu dispense de l’assistance aux offices et aux réunions du chapitre, à raison de son âge — il était plus que sexagénaire — et en considération de ses longs services (2).

Mais c’était trop encore de la direction d’une paroisse pour sa santé irrémédiablement . compromise. Le 15 octobre 1600, il résigna sa cure en faveur de Gabriel Coulon (3) et ne tarda guère à mourir.

(1) Mémoire contre Bruté.

(2) Arch. Nat. LL 564. fol. 67.

(3) Arch. Nat. LL 564, fol. 128.

Page 1