SCENE ITI (Les mêmes moins Barré
Gaudry (se Icxant de table). — J'ai parié 10 c'est-à-dire la partie, et nous avons gagné en un tour. C'est bien sortir de la boîte, n'est-ce pas? Barré est reparti, quel drôle d'homme !
Paré. — Je le trouve intéressant au possible.
Gaudry. — Moi non. D'abord, je n'aime pas que l'on dise Catherine pour les chars de la rue Ste-Catherine ; a-t-il tant horreur des saints?
Paré. — Mon cher Gaudry, vous jugez mal Barré. Je l'ai observé, et c'est
parce qu'il parle comme ça que je le trouve intéressant. Gaudry. — Vous devenez paradoxal, mon cher.
Paré. — Pas du tout, et je vais vous expliquer le mécanisme de Barré, comme si je l'avais monté moi-même ; ce n'est pas bien compliqué, allez. Barré a toujours peur de perdre du temps. Croiriez- vous que lorsqu'il enlève Ste à Ste-Catherine, c'est qu'il abrège dans un moment de nervosité peut-être pathologique, s'imaginant que ça va plus vite comme ça.
Labadie. — Alors c'est un maniaque.
Paré. — Non, c'est un nerveux, il se fait une idée exagérée de tout, parce qu'il s'imagine tout, mais il brûle toutes ses mèches au seul contact de la réalité. Ainsi, il croit toujours perdre du temps, ce qui ne l'empêche d'en perdre considérablement à substituter ses soucis imaginaires au travail pratique ; ensuite il se fait une idée exagérée de tout ce qui le concerne, il se querelle et se boude lui-même à tout bout de champ; et chez les autres, il déniche des génies, des caractères et des malfaiteurs, quand il n'a affaire la plupart du temps qu'à de braves gens qui, tous tant qu'ils sont, ne se donnent pas plus de mal d'ailleurs qu'ils n'en font consciemment. Vous allez le voir tout-à-l'heure, quand il reviendra, je vais vous le montrer en butte à une thèse quelconque que je vais lui tendre; vous aurez une bonne idée d'une balance folle qui ne peut reprendre son équillibre. Tiens le voilà déjà, je reconnais son pas fiévreux.