SCÈNE I
LOUIS.rr JOSEPH. — (Is entrent par des portes opposées. Louis a son chapeau el sa canne.) JOSEPH. .
Ah! ah! frère Louison.... déjà debout? Eh! d’où viens-tu donc de si grand matin ?
LOUIS. ne Debout, mon frère !.... Eh! qui pourrait demeurer dans son lit, quand toute la nature se réveille ? J’ai déjà fait le tour de tes domaines deux ou trois fois... et... .… JOSEPH.
Tiens, tiens, ce plaisir de courir les champs... OPA. | Et je puis dire que je me suis fort amusé. Vois-tu, moi, j'aime à voir lever le soleil, à entendre le gazouillement des
oiseaux, à respirer l’äir frais et parfumé du matin, à battre la rosée..., à...
JOSEPH
Eh bien: ! ‘oui, Tu es justement comme tous les gens de la ville qui viennent se désennuyer dans ces endroits. Ils s’amuseront une journée entière à admirer une fleur, au lieu que ‘nous autres,.dites donc, nous n’en faisons pas plus de
cas que d’üne mouche ; mais je suppose que c’est parce que -
nous-voyons ces choses-là tous les jours.
LOUIS
C'est cela même, Joseph. Ce n’est pas quand on possède un: bien quelconque qu’on en connaît tout le prix. JOSEPH.
Tout juste. Et puis, tout nouveau tout beau. Ah ça!
puisque vous êtes venus à la campagne pour vous amuser, je n'ai pas besoin de vous: répéter à-chaque instant de ne pas vous gêner. Si vous aimez les fruits, mes vergers, mon jardin, tout est à vous. Cassez, arrachez, brisez, ravagez, pillez, saprelutte ! Faites tout ce qu’il vous plaira. Si quelqu’un aime la pêche, tu sais où est le petit lac. Si l’on veut chasser, j’ai des fusils et de ls munition.
LOUIS
Tu.es bien bon.
JOSEPH
Et puis tu peux dire à ceux qui t'ont accompagné de ne pas se gêner, non plus. Mais quel est ce monsieur qui est venu avec Guillot, ton garçon ?
LOUIS
‘Oh ! l'ami de William ?..….
Héin ?” LOUIS.
Monfils se nomme William, et non pas Güillot. Rs JOSEPH.
Tiens, tu vas m’apprendre son nom à présent... he LOUIS.
Jé sais bien qu’il s’appelait Guillaume, ou Guillot, comme
as 10) cu
tu dis, du temps que nous dermeurions dans ce:village ; maïs, à présent, William est son nom.
JOSEPH
Voilà qui est drôle. William, hein? Mais, saccagé bigre ? c’est un nom anglais, ça.
LOUIS
Et c’est pour cette raison qu’il l’a adopté.
JOSÉPH.
Parce que c’est un nom anglais ? Mais voilà qui est encore bien plus drôle. Ma frine, je n’y entends plus rien, Les Anglais prennent-ils des. noms français, eux autres ?
LOUIS
Non, ils n’ont pas cette manie ridicule.
JOSEPH
Mais ton'fils a donc moins de bon sens qu’un Anglais ? LOUIS.
Que veux-tu que j’y fasse ?
JOSEPH
Et comment se nomme cet ami de Guillotte ? Excuse, je ne puis m'empêcher de l’appéler par son nom. Un Anglais! hein !
LOUIS
Oui, un M. Brown.
JOSEPH
Et sa sœur,:-qui est avec lui ?
LOUIS, Bon, bon, bon, je vois : c’est cette demoiselle-là que Guillotte courtise.
Oui.
LOUIS
JOSEPH
Saccagé bigre ! ça m’a l’air d’un charmant garçon que son frère. Le mâtin rit toujours, et a toujours quelque tour à faire. Il m’a fait rire, hier, à en étouffer.
LOUIS
Comment donc ?
000 EE mm LL annnemenmanrmensennennmiens
couette:
JOSEPH
Imagine-toi que le bonhomme Charlot à Jean-Marie- Pierriche Tibeau s’adonnait à me parler, accoudé sur une pagée de clôture. Notre jeune homme, donc, M. Brown, était avee moi, le cigare au bec. Je le vis bien tournailler autour de Charlot, mais je ne soupçonnais rien, dites donc... Ah ça! nous nous laissâmes. Le jeune homme et moi, nous nous en venions tranquillement, et Charlot s’en allait de son côté. Mon espiègle d'Anglais regardait derrière lui, de temps en temps... puis il me semblait qu’il voulait se retenir de rire. Tout-à-coup pif! paf! pof! petif! petaf! pouf!.... et puis un cri du diantre. Je me retourne.... Charlot se sauvait à toutes jambes, tandis qu’il lui sortait du feu du corps, et puis, une minute après, flaque !.... la tête la première dans un rigolet. Quand il se releva, il avait Pair d’un monstre.... le visage noir de boue. Mon boindre d’'Anglais était pâmé de rire. C'était des pétards, eomme il appelle
Ga, qu’il avait mis à Charlot.
LOUIS
Ce n'était pas bien fait ; il n’aurait pas dû... JOSEPH. :
Sans doute, mais tu vas voir. Quand le jeune homme a vu ce qui était arrivé, il a couru vers Charlot, lui a fait des excuses, en lui disant qu’il n’avait voulu que lui faire peur, et qu’il ne pensait pas qu’il irait se jeter dans la boue. En disant Ça, il tirait sa bourse, et il lui a donné beaucoup d’argent, pour, disait-il, lui aider à s’acheter un habit neuf, puisqu’il avait gâté celui qu’il portait... Mais, mon Louis, il y avait bien de quoi acheter deux habillements dans ce qu’il lui donnait. Charlot, qui n’est pas trop riche, le pauvre homme, ne se fit pas tirer l’oreille pour prendre cet argent. Enfin il se lava la face, et nous le laissâmes de bonne humeur. C’est ce qui me fait dire, dites donc, que le jeune homme n’est pas vilain. Ça ne m’a pas l’air d’un gredin, non plus.
LOUIS, Je puis dire que c’est un joli garçon, un vrai gentilhomme.
mi M
À Quant à sa sœur, elle a été élevée en France, d’où elle n'est arrivée que ces jours derniers. Il sont riches tous deux, car un de leurs oncles leur a laissé une fortune, en mourant. JOSEPH.
| Ah bigre! Ton Guillotte aura donc bien du bonheur Le ci d’épouser une drôlesse comme ça.
+ ï LOUIS.
Et il paraît qu’elle n’a pas que ses richesses pour la recommander. On dit que c’est une jeune denolepilo accom-
plie.
Y a-t-il longtemps que Guillotte lui fait la cour ? LOUIS.
Oh! une dizaine de jours, au plus.
JOSEPH
Ah ! pas plus ! Et l’aime-t-elle ?
LOUIS
fr N . .
Je ne saurais dire ; mais ce dont je suis certain, c’est que | William en raffole.
JOSEPH
Et, comme il a fini son apprentissage.... Comment | appelles-tu ça ?
LOUIS
Sa cléricature.
JOSEPH
Bon, sa cléricature ; comme il l’a finie, je suppose que - - Ça va faire un mariage bientôt.
LOUIS
é Je le pense, JOSEPH.
Oh! oui, ton Guillot n’est pas mal planté, le mâtin; instruit, tont Ça. Il n’y a qu’une chose que je n'aime pas à À A lui voir.
LOUIS, ïg Qu'est-ce ?
JOSEPH
Hein ? Tu ne l’as pas remarqué ?....
ponte mme ess
aû A ane
LOUIS
‘Je ne sais.... Dis toujours.
Mais peut-être que ça te...
LOUIS, Oh ! du tout ; ne te gêne pas.
JOSEPH
‘Eh bien ! donc, suivant moi,ilest.... un peu.... fier...
tu'sais, un peu haut.... pas vrai?
LOUIS
Ce n’est que trop vrai, Joseph ; son arrogance, sa vanité, Son anglomanie, sont des défauts dont je m’efforce depuis longtemps de le corriger, sans que jusqu’à présent j'aie pu réussir. 14
JOSEPH
Oh ! il est jeune ; l’expérience le fera bien changer de
ton, va.
LOUIS
Il faut l’espérer, au moins.
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