‹ Une petite pierre pour la reconstruction du Carmel de Montréal [microforme]Chapitre 3 sur 5 · DB BOP PS MES · texte numérisé non relu

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vahir le monde. La pratique du jeûne paraît s’affaiblir. L’éloignement de toute mortification se généralise de plus en plus. L’exagération de l'empire des sens, la poursuite immodérée des jouissances sensuelles comme un courant puissant,entraînent les générations trompées par les charmes d’une fausse jouissance. Qui pre dit un écrivain, relever nos mœurs qui tombent et nos

mes qui penchent ? Qui pourra nous ramener à la vie de pénitence dans toute sa beau'é et avec sa sève des premiers siècles ? L'exemple des austérités, dus pénitences dans une chair innocente fera cette œuvre. Voilà ce que font les austères filles de sainte Thérèse. Dès le matin, alors que la cité endormie jouit encore du repos de la nuit, la cloche, comme la voix de Dieu, appelle la Carmélite à reprendre sa croix, et à supporter tout le jour le poids du travail. Dès l'aurore eile expie ainsi la sensualité que le mondain prolonge par mollesse, A genoux et sans appui, une heure entière d’araison fait sa première occupation. Vient ensuite la récitation de l’iffice divin. Recueillie et prosternée, elle entend le saint Sacrificc de la messe dans l'attitude la plus mortifiée Enfin, nourrie du pain des forts, hors le temps de la prière, elle s'immole, se mortifie dans un travail continuel. Si son ouvrage demande qu’elle sait assise, elle le fait sans s'appuyer. Si sou office lui répugne, ellz immole ce dégoût en secret dans son cœur. Après un long ;eûne, souvent elle ne trouve à sa table que des mets assaisonnés avec l'eau, l'huile et le sel, Oh! c’est alors qu’elle expie avec vérité nos raffinements et nos sensualités coupables. Puis quand les ombres de la nuit invitent la nature à entrer dans le repos, la Carmélite, pour expier tant d’ivresses nocturnes, pour réparer tant de crimes qui font rougir les anges et qui attirent la malédiction céleste sur la terre, cette âme de prière sacrifie son repos pour implorer de son Jésus, pendant une partie notable de la nuit, le pardon de tant d’âmes qui se perdent.

Mais, pour éteindre en elle les derniers restes du sensualisme et arrêter Ce fleuve qui entraîne tout sur son passage, ce n’est pas assez pour elle, de ses longs jeûnes, de sa couche dure, de ses perpétuelles abstinences, il lui faut, dit un écrivain, de plus rudes attestations de son union au Dieu flagellé, déchiré, ensanglanté. Avant de s'étendre sur son grabat comme sur sa croix, avant de s'immoler encore pendant son sommeil ; il lui faut prendre, selon la règle, cette dure flagellation pendant de longues prières. Ah ! cette victime qui frappe son corps innocent, cette hostie vivante qui se déchire, qui, peut-être, fait couler son sang, l’unissant à celui de Jésus, comme elle répare bien nos jouissances coupables. Comme elle opposæ une digue infranchissable à ce courant de bien-être qui entraîne le monde. La pensée seule d’une péuitence aussi austère dans un sexe aussi délicat, reprend; condamne la mollesse du siècle. Ainsi le Carmel, dit le même auteur, exerce une réaction puissante contre le mal central qui corrompt le monde ; il est, Comme sainte Thérèse l’a bien nommé,une place forte où se retirent Les âmes d'élite pour défendre les sociétés contre les ravages et l'envahissement du sensualisme. Quiconque veut faire re-

vivre en lui la vie chrétiene, qu’il s'adjoigne le Carmel comme un aide puissant, Si une mère veut retirer son enfaut du danger, son époux d’une passion inauvaise, qu’elle frappe au Carmel, et des âmes charitables lui donneront le généreux concours de leurs mortifications et de leurs prièfes. Voilà ce que font les Carmélites, ce qu'elles sont pour chacun de nous et pour la société, Voilà la puissance presque incompréhensible que de pauvres filles retirées du monde exercent sur le monde lui-même. Voulons-nous en savoir le secret ? Le voici en deux mots. Toute leur puissance consiste dans leur union avec Dieu, et dans leur immolation avec celle de Jésus, Leur secret, c'est qu'elle s'appliquent à imiter les deux choses auxquelles le divin Sauveur a paru attacher un plus grand prix ; la contemplation de la divinité dans une vie de retraite et l'immolation de la croix. Le monde a été racheté par le sacrifice, c’est par le sacrifice qu’il faut le guérir de ses plaies. De là ce cri de l'apôtre : offrez au Seigneur des hosties vivantes et raisonnables.

En effet c’est surtout par une vie de retraite et d’immolation que ce divin modèle a voulu travailler au salut de l’humanité, Sur trente-trois ans de sa vie, il n’en donne que trois à la vie publique, tandis qu’i! en consacre trente à la vie d’une retraite des plus cachée, Pendant'sa vie publique, il exerce tontes les fonctions de miséricorde spirituelle et temporelle. Il guérit les malades. {1 Console les affligés. Il rend la vue aux aveugles. Enfin il meurt sur la Croix, en s’offrant comme victime à son Père pour le salut des hommes,

Mais par quoi ce divin Sauveur a-t-il rendu le plus grand service au genre humain ? Est-ce en guérissant les malades? Est-ce en rendant la vue aux aveugles ? Est-ce en enseignant sa doctrine divine au monde assis à l'ombre de la mort? (Luc 1). Non c’est en s’immolant lui-même sur la Croix qu’il voulut surtout être utile au monde. Toute l'efficacité de l'intervention de Jésus vient du sacrifice de la Croix.

De même en est-il aujourd’hui des âmes consacrées à Dieu, Toutes concourent au bien général de l'humanité, les unes par les soins donnés aux malades et aux malheureux, les “tres en élevant la jeunesse dans les principes solides de la piesé, enfin les Religieuses contemplatives du cloître uniquement dévouées au salut de leurs frères, par leurs oraisons et leurs immolations quotidiennes, Ces dernières,en s'appliquant, toute leur vie,à reproduire les actions que Jésus-Christ a rendues les plus fructuenses pour l'humanité, ne sont donc pas les moins utiles au monde quoique leur vie soit la plus cachée.

En effet, cette séparation complète d'avec le monde, facilite l’union de ces âmes avec Dieu ; l'esprit de pénitence et de componction les purifie des moindres souillures. C’est alors que le sacrifice de telles âmes devient agréable à Dieu et puissant auprès de lui. Quand Dieu, en punition des péchés des hommes, envoie les fléaux veugeurs de sa colère, souvent, la prière de quelques-unes de ces âmes arrête plus facilement son courroux que les supplications de toute une ville, Chaque peuple devrait, dans san intérêt, favoriser

la retraite de telles âmes uniquement occupées à louer Dieu et à apaiser sa colère dans les temps de détresse, Si, dans Sodome et Gomorrhe,il s'était trouvé seulement dix de ces âmes, leurs prières et leurs supplications auraient suffi pour détourner la vengeance céleste de ces villes coupables, Au moment d’un combat redoutable d'où dépendait peut-être l'avenir du peuple de Dieu, Moïse, au lieu de se mêler activement aux combattants, se retire sur une montagne solitaire, Et. dans cette retraite isolée, Moïse seul, par sa prière, est plus utilé au peuple Hébreu que l’armée entière des Rraëlites. ar le seul mouvement de ses bras, il décidait de la victoire ou de la défaite. Lorsqu'il élevait les mains, Israel élait victorieux, mais s’il les abaissait un peu, Amalec l'emporlait, (Exod xvir-11).

Engagés dans les combats périlleux de cette vie, combats dont l'issue décidera de notre éternité, n’hésitons pas À entretenir sur la montagne du Carmel, de nouveaux Moïses dont ls prières s'élèveront vers Dieu pour nous. Il s’établira ainsi un courant réciproque de charité entre le Carmel et ses bienf:iteurs. Une seule prière de ces âmes invoquant la Lonté de Dcu en notre laveur, décidera peut-être de notre victoire pour le Ciel. Oh! ne l'ou-

lions pas, c’est pour nous, que Dieu a inspiré la retraite du cloitre à ces âmes généreuses. De ces demeures bénies, s'échappe un reflet divin, qui éclaire le monde plongé daus les ténèbres de la corruption, L’austérité de ces communautés étonne les esprits, il est vrai, mais c’est pour mieux attirer leur attention vers ce foyer ardent. Pour le monde chrétien, traversant le désert de la vie, le Carmel est une véritable colonne lumineuse ; par la pureté de vie qu’on y mène, il éclaire l'esprit humain aveuglé par les passions ; par les prières et les pénitences austères qui s’y font, il le protège contre la vengeance céleste.

C'est peut-être par le Carmel, ce phare des voyageurs, que Dieu vient prévenir ros égarements, ou nous rappeler dans le droit sentier. Qui sait, mème, si Dieu ne fera pas dépendre notre salut d’un acte de charité que nous aurons pratiqué envers ses épouses du Carmel ? Nous lisons,dans la vie de sainte Thérèse,un trait qui peut le donner à penser. “ Un gentilhomme qui avait donné sa° ‘ maison et son jardin pour la fondation d’un Carmel, eut le mal- “ heur de perdre subitement la parole ét de mourir sans avoir pu ‘ bien se confesser. À l'instant même NS, apparut à sainteThérèse “et lui dit : Ma fille, le salut de cet homme a été en grand ‘ danger ; mais j'ai eu compassion de lui; je lui ai fait miséricorde “ en considération du service qu’il a rendu à ma Mère en donnant “ cette maison pour établir un menastère de son Ordre. Néanmoins “il ne sortira du purgatoire qu’a la première messe qui sera dite “ dans ce couvent. (M. Bouix. Livre des fondations Il, page 138). “ Le monastère fut donc fondé et le saini sacrifice y fut offert. Or, & à l'instant mème, ajoute la sainte, où le prêtre me donnait la “ sainte Hostie, ce gentilhomme m'apparut, l’allégresse peinte sur ‘ les traits, il me remercia de ce que je l'avais retiré du purga- “ toire, et je le vis ensuite monter tout rayonnant au ciel.”

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