‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 115 sur 141 · LE DIVIN ET L'HUMAIN · texte numérisé non relu

LE DIVIN ET L'HUMAIN

rieurs de Dieu et du monde ; car, si Dieu nous a tout communiqué, s'il a épuisé ses dons en nous créant, il ne peut rien y ajouter. Par là se trouve détruite la simple possibilité d'une révélation. En effet, si notre raison renferme toutes les vérités , elle nous suffit parfaitement ; si nous savons tout, qu'est-ce que Dieu pourrait nous apprendre?

Appliqué à l'univers matériel, le système de l'identité a aussi pour conséquence directe , la négation de la possibilité de ce que nous appelons miracles ; car, puisque les lois qui président au mouvement du cosmos sont les lois de Dieu dans leur entier, c'est folie de supposer qu'il puisse les intervertir.

Ainsi le système de l'identité détruit la simple conception d'un ordre divin autre que Tordre même de l'humanité et de l'univers.

Bien plus, il supprime complètement Dieu, qui n'est plus indispensable comme souveraine providence. Dieu n'est plus qu'une idée logique , qu'une loi de notre esprit, pour expliquer l'existence de toutes choses. Ce n'est plus qu'un pur idéal sans réalité , hors de notre pensée qui crée par une certaine nécessité de son développement. Nous repoussons et la doctrine de l'identité et ses conséquences. Nous admettons Dieu comme un vivant accompli, comme la suprême perfection existant réellement, nous ayant fait participants, par notre raison, de quelques-unes des vérités immuables et absolues qu'il était dans notre destination de connaître ici-bas ; intervenant dans l'ordre de la volonté par ses secours , dans l'ordre de l'intelligence par une révélation appropriée à nos besoins, dans l'ordre du sentiment par un idéal toujours progressif. Nous maintenons, comme vérité inébranlable , cette conception de Dieu. Peut-être les créatures d'un ordre supérieur ont leur raison tellement développée, qu'ils voient aussi clairement, par exemple,

86 LA BÉVÉLATION.

l'existence d'attributs infinis en Dieu, que nous cette vérité mathématique « deux et deux font quatre, » ou cette autre « une chose ne peut pas être et n'être pas en même temps. » Et alors la révélation dont Dieu les gratifie commence là où la nôtre doit finir ici-bas; de la sorte que leur raison embrasse complètement tout ce qui fait partie de notre éducation divine, et qui ne nous est découvert que par renseignement céleste; tandis qu'à leur tour, leur éducation et leur enseignement sont, entre les mains de Dieu, l'initiation à des vérités ou à des choses qui ne sont pas de notre grade et de notre hiérarchie, dont nous n'avons absolument aucun soupçon. Et ainsi de suite , indéfiniment pour les échelons de plus en plus élevés. Bien plus, nous nous figurons la vie future comme un progrès incessant et sans terme vers l'absolu qui est Dieu. Il n'y aura jamais arrêt et immobilité, comme on Ta reproché au christianisme, de telle façon que, même pour les Eprits bienheureux, arrivés à la vie éternelle, et pour lesquels toute rétrogradation devient impossible, il n'y aura pas stagnation, mais bien marche continue, et à toujours, vers une connaissance plus parfaite et une plus complète possession. Dieu aura sans cesse à donner età apprendre.

Dieu a créé une multitude indéfinie de monades qui s'élèvent progressivement à des degrés divers, différenciés entre eux par le plus ou moins de participation naturelle avec la raison divine renfermant des attributs infinis. C'est le plus ou moins qui distingue leurs raisons réciproques; mais Dieu, dans le temps ou dans l'éternité, *ait sans cesse l'éducation des créatures sorties de ses mains, les prenant toutes au point où leur raison les abandonne pour les faire avancer progressivement dans la connaissance et la possession de son être éternel et absolu. Ainsi, ce qui est la raison pour l'homme, fait partie de la révélation pour d'autres espèces inférieures,

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