‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 117 sur 141 · DE L'ÉTAT ACTUEL ET DE L'ÉTAT FUTUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉTAT ACTUEL ET DE L'ÉTAT FUTUR

Le spiritisme, préparateur du règne de Dieu par son Esprit , a trois phases bien distinctes :

La phase matérielle terminée par la morale.

La phase spirituelle terminée par la synthèse philosophique.

La phase théologique terminée par la fusion de tous les cultes, et par la constitution de Yuniversalisme en religion.

La phase matérielle n'avait rien de nouveau que sa généralité ; car les Chinois , les Brahmanes , les Bouddhistes, les Romains, les Grecs, les Hébreux, les Chrétiens connaissaient et pratiquaient révocation des morts , l'interrogation des ancêtres ; seulement dès 1 850 , le mouvement s'est vulgarisé , les rapports du monde visible avec le monde invisible se sont prouvés d'une manière palpable, physique ; le matérialisme, qui demandait à toucher et à voir, a pu toucher et voir , il a été vaincu sur son propre terrain. Des médiums variés, produisant des effets différents, foisonnent dans nos rangs. Un livre logique, irréfutable a été écrit par Allan Kardec , le Livre des médiums, et celui-là est relativement parfait, parce que la phase matérielle est à peu. près terminée ; elle a abouti à confirmer la morale du Christ et des Apôtres, celle du décalogue et des grands législateurs de l'antiquité, car la morale touche à l'ordre matériel, puisqu'elle ipgarde l'action et la lutte. Cette phase a donc produit de très remarquables recueils contenant les communications de nos frères de l'erraticité, et le beau livre V Imitation de V Évangile que nous proclamons également supérieur. Que doit être la phase spirituelle ? elle doit être la satisfaction rationnelle et philosophique de l'intelligence sur les grands problèmes, Dieu, ses esprits, leurs destinées et leurs fonctions ; elle doit donc être la synthèse logique de l'opinion de tous les penseurs de tous les siècles.

Le spiritisme, à cet égard, n'a rien apporté de. nouveau non plus. Nous défions qui que ce soit, de nous citer un principe , un fait , une idée qui n'ait été déjà émis avant lui.

On ne soutiendra pas que la notion d'un Dieu personnel et de son intervention spirituelle ici-bas soit particulière au spiritisme ; Platon, Plotin, Leibnitz, et tant d'autres sont là pour établir la déraison d'une prétention pareille.

Serait-ce la loi des réincarnations? Platon a sa doctrine delà réminiscence, Plotin des transmigrations de rame, Ballanche des palingénésies, Jean Reynaud de la pluralité des épreuves, et d'autres disciples de ce qu'ils nommentle dogme des vies successives. S'il faut dire ici toute notre pensée, nous préférons hautement ces appellations au terme réincarnation. Cette expression sent trop la terre, elle peut être employée icibas, mais elle est insuffisante pour exprimer les vies grandissantes de l'Esprit dans les cieux des cieux ; là on est lié quelquefois à tout un système de soleils et de mondes rayonnants, pouvant circuler de l'un à l'autre, et la réincarnation emporte l'idée d'une enveloppe où l'âme est prisonnière ; elle ne s'applique donc qu'aux mondes à!Abred et non point à Gwynfyd. Les idées sur la non éternité de l'enfer, sur la grossièreté de la notion du purgatoire et du péché originel, traînaient déjà en lieux communs dans les œuvres des précurseurs.

Serait-ce l'idée du périsprit? mais elle est vieille; déjà les néoplatoniciens et les autres Grecs nommèrent le périsprit âme grossière (anima vulgaris). Charles Bonnet l'appelait corps éthéré, Jean Beynaud corps virtuel, et l'un des disciples de Ballanche relevait cette notion de St-Paul et d'origine, la nommant corps spirituel, vêtement indispensable de Famé.

Serait-ce sur des questions secondaires que le

spiritisme aurait appris quelque chose de nouveau , au point de vue philosophique ?

Question des obsessions et des possessions, peutêtre ? mais déjà Plotin enseignait à ce sujet qu'on ne pouvait s'expliquer l'empire des génies malfaisants sur les hommes que par le lien des œuvres , et que c'était là Tunique principe sur lequel il fallait se guider dans la guérison de ces états effrayants.

Question de l'avenir des animaux? Mais Leibnitz, Charles Bonnet, Dupont de Nemours ont été à cet égard beaucoup plus loin que toutes les communications d'outre-tombe. (Nous dirons plus bas pourquoi les désincarnés ne peuvent la trancher, si ce n'est rationnellement).

Je me le demande, et je le demande aux quatre vents du ciel, qu'est-ce que le spiritisme a donné de nouveau à l'humanité au point de vue de la phase spirituelle et philosophique ? Bien , absolument rien.

Et il ne devait rien donner.

Il devait seulement préparer la synthèse de l'humanité pensante, pourvue suffisamment de précurseurs et d'éducateurs de toutes sortes par notre Père céleste qui veille à tout ; tel était son rôle , et pour le remplir il ne lui fallait pas dépasser la médiocrité des incarnés aussi bien que la médiocrité des désincarnés.

Je m'explique. Il y a des créatures inférieures actuellement à ce que nous sommes ; ce sont les infimes.

Il y a ce que nous sommes dans nos mondes encore bien éloignés de la perfection ; ce sont les médiocres.

Il y a des supérieurs à l'indéfini, puisque Té-

chelle progressive va à Dieu, le chef suprême.

Or, je dis et j'affirme que la phase spirituelle ébauchée par le Livre des Esprits, moins parfait que le Livre des Médiums et que limitation de l'Evangile, qui regardent la première phase, mais toutefois suffisant alors , et qui a eu une influence énorme , n'a eu lieu qu'avec la médiocrité des hommes , comme avec celle des Esprits qui les assistent.

C'est uniquement pour l'autre phase du spiritisme, la phase théologique, qu'il faudra l'intervention des Esprits supérieurs, et que cette intervention sera soutenue par des incarnés dont le niveau intellectuel s'élèvera pour être en rapport avec la cité céleste.

À nos yeux, les héros même, les législateurs de l'humanité, doivent être rangés dans la classe des médiocres , en les comparant à l'ensemble universel ( excepté le Messie):

Pour la phase théologique, où il faudra des révélations encore inattendues et nouvelles, afin d'opérer sûrement la fusion des diverses sectes religieuses, catholicisme, protestantisme, bouddhisme, judaïsme, brahmanisme, mahométisme, religion des sauvages et des tribus , il sera nécessaire alors que Dieu envoie des missionnaires directs de sa volonté, ou tout au moins des membres des humanités stellaires, de tout ordre et de tout degré. Pour recevoir leur influence céleste, aussi bien que pour faire part au commun des hommes des enseignements hors ligne et vraiment révélateurs celte fois, qu'ils auront obtenus d'en haut, par la Jérusalem nouvelle qui doit descendre , selon les infaillibles

oracles, toute armée et toute façonnée du ciel, il est besoin de quelques incarnés élus, chargés de comprendre et de répandre les doctrines. Mais cette exigence ne viendra que plus tard et à la 3 e phase ; qu'ils soient déjà nés et préparés à ce rôle, nous ne le nions pas, car c'est possible.

Donc, il faut nous y résigner et abaisser notre orgueil ; pour le temps où nous sommes, la médiocrité suffit et de la part des Esprits qui interviennent , et de notre part. Dieu obéit à la loi suprême de l'économie des ressorts. Ce n'est que plus tard que doit descendre la cité céleste, et qu'elle aura quelques représentants parmi nous. Travaillons donc dans le sentiment de notre médiocrité, désincarnés et hommes.

Défions-nous surtout de ceux qui, parmi nous ou parmi les désincarnés, se vantent de savoir tout et d'avoir la science infuse.

Il me semble qu'une grande leçon ressort de ce que nous venons de dire :

Tant qu'elle peut faire par elle-même son éducation , la terre agit seule dans la ■ médiocrité de ses habitants ou de ses morts de tous les âges; elle agit sous la direction évidente et le conseil de Dieu ; mais toutes les fois qu'il lui faut une intervention supérieure , Dieu qui veille sur elle, la lui accorde avec effusion.

Nous sommes aujourd'hui médiocres : méritons de passer au grade de supérieurs.

Voilà ce que nous disions, il y a deux mois à peine, et nous y persistons. Nous avons soutenu , et nous soutiendrons encore le spiritisme* avec nos humbles

forces, 1° parce que, dans sa lutte avec le matérialisme moderne, il le terrasse par lui-même, c'est-à- •dire par des preuves physiques et palpables, et qu'il fournit des consolations à ceux qui pleurent des morts chéris, en les convainquant et de leur existence et des rapports qu'ils peuvent encore entretenir avec ceux qu'ils ont quittés ; 2° parce qu'il est aussi très compétent pour annoncer aux hommes l'ère nouvelle, et surtout pour confirmer, ce qui ne dépasse pas notre grade , la morale du décalogue développée admirablement par le Christ.

Quant à la phase philosophique , on sait ce que nous en pensons; il n'a pas égalé, bien loin de dépasser, l'œuvre des incarnés. Pour les questions purement scientifiques, c'est une bigarrure de systèmes où les désincarnés conservent encore leurs opinions favorites pendant longtemps, et sur certains problèmes, tels que, par exemple, la nature du Christ, l'avenir des animaux, la mort spirituelle par le changement de l'Esprit en Awen, l'origine de leur être, le passage de l'éternité absolue à l'éternité relative, de l'infini absolu à l'infini relatif; on pourrait parfois s'égarer en les prenant exclusivement pour guides (nous en dirons rationnellement le motif au 4 e chapitre). Au contraire, au sujet de tout ce qui concerne leur corps, spirituel pour nous, très matériel par rapport à l'ensemble , que les désincarnés appellent périsprit, pour toutes les conditions de médiumnité, de fluides , et le mode de s'en servir, les plus inférieurs parmi eux pourraient en remontrer au plus savant d'entre nous , parce qu'ils ont l'expérience de ces choses aussitôt après leur transforma-

tion. C'est là leur véritable domaine. Aussi, ont-ils pu inspirer le livre admirable des médiums, plus sûrement que le livre des esprits. La morale étant aussi de nos très basses régions , puisque , comme nous le pensons, elle n'est pas de mise ailleurs, leurs communications relatives à la morale , et le sublime livre de Fimitation de r Evangile atteignent une haute portée. Mais , hélas ! lorsqu'ils veulent parler de science et de philosophie , combien il faut rabattre de notre admiration première. Le monde incrédule en argue , et c'est pour cela qu'il était temps que nous vinssions dire la raison de cette faiblesse (voir le 4 e chapitre).

ÂUan Kardec, logicien distingué, écrivain célèbre dans le spiritisme , a cru pouvoir fournir un crité rium infaillible, le critérium universel de ceux qui se sont nommés les Esprits. Un instant nous avons été séduit, nous avons fait chorus avec lui.

Cependant examinons. Voici une question capitale , celle des réincarnations, comme ils l'appellent. Les Esprits d'Amérique, dit-on, et certains Esprit» de France et de l'étranger combattent cette doctrine des réincarnations préconisée , au contraire , par Allan Kardec, avec une non moins grande quantité d'adhérents spirituels , que faire? Ira-t-on compter les suffrages pour , les suffrages contre? peser les noms et la qualité des Esprits? Serait-on sûr de leur identité, ce serait difficile, impossible même. Alors quel parti prendre? Un seul, la logique; prouver parla raison à Pierrart et aux Esprits de sa secte qu'ils sont en déraison ; la chose alors devient aisée par le dilemme suivant : « Reconnaissez-vous, oui ou non, la pré-

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« existence pour le passé? Si vous la reconnaissez, « tous ne pouvez nier la continuation des vies maté- « rielles dans l'avenir, lorsque surtout l'âme, loin « de se corriger, a commis de nouvelles fautes , et « contracté de nouveaux vices. Ou bien, vous la « niez, et alors pourquoi Dieu a-t-il placé une âme « encore neuve , sans mérite comme sans démérite, « .dans la position d'homme terrestre, pourquoi pas -« homme dans un monde supérieur , pourquoi pas « Esprit vrai, et, parmi les Esprits, pourquoi pas un « des plus grands ? Pourquoi F a-t-il fait naître in- « firme, tandis que d'autres jouissent constamment « d'une bonne constitution ? Pourquoi dans la pau- « vreté et non pas dans la richesse; dans la sauvagerie « et non dans la civilisation? Pourquoi? parce que « Dieu l'a voulu ainsi? Vous n'avez pas d'autre ré-

« ponse à faire Donc, à la place de la justice,

« dans votre univers, il n'y a plus que l'arbitraire, le « bon plaisir; à la place de l'ordre, le cahos et le ha- « sard. Si, pour le passé, il en est ainsi, que sera- « ce pour l'avenir ? Yous êtes réduit à dire comme « ce bon M. Dexan, qui ne croit qu'aux communi- « cations qu'il obtient : Il y a des Esprits créés purs « dès r origine et qui ri ont été soumis à aucune épreuve. « Yous adoptez un Dieu fantaisiste , comme celui « de la foi enfantine de nos pères. S'il est fantai- •« siste, il doit avoir aussi des caprices. Dès que vous « faites entrer l'injustice en Dieu, tout est compro- « mis à la fois; de même que ce Dieu a voulu ac- « accorder des privilèges & certaines créatures, on -« peut supposer qu'à d'autres il ne réservera que -« des rigueurs. Tout est possible sous le règne du

« bon plaisir. Comparez , aveugles que vous êtes , « cette notion de Dieu et de la création, à notre « synthèse rationnelle, à ce que nous avons exposé « du Dieu de l'infini progrès, et choisissez. »

Voilà ce que nous disons à Pierrart.

Ainsi, en vertu de quoi préférons-nous ÀUan Kardec à Pierrart? Ce n'est pas en vertu de la généralité plus ou moins grande des Esprits qui viennent soutenir la doctrine de l'un ou de l'autre ; c'est en vertu de la logique , du bon sens et de la raison. En niant la pluralité des vies antérieures et postérieures, retardataires, stationnaires, ascensionnelles selon les cas, on bouleverse l'ordre de la création, tous les principes de morale, de droit, de justice ; on met partout la confusion à la place de l'harmonie. Qui donc est juge souverain de cette question comme des autres ? Le critérium rationnel. Donc au critérium de la majorité des Esprits, il faut ajouter: pourvu que leurs enseignements soient confirmés par la RAISON. Nous aimons beaucoup nos frères de l'espace, nous les remercions vivement d'être souvent nos aides et nos conseillers salutaires ; mais leurs communications doivent être éprouvées au creuset de la SAI- SON, et par ce terme nous n'entendons pas, comme les rationalistes purs , une raison séparée et isolée de l'ensemble (pensée impossible et égoïste), nous la comprenons, au contraire, sublimée autant que possible jusqu'à l'universalisme , et baignée constamment dans l'influx spirituel et divin.

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