LES DRUIDES
r infini. Le deuxième cercle cycly Gwynfyd, cercle du bonheur, comprenait les êtres parvenus d'épreuves en épreuves dans la société des élus, c'était le paradis. Le troisième cercle cycl ir Abred, cercle des voyages, enveloppait tout le reste, et commençait à l 1 abîme. Le but était, pour l'homme, de quitter le cercle des voyages pour celui du bonheur. Arrivé dans ce dernier , il ne pouvait plup déchoir. Tant que l'on parcourait le cercle des voyages, on pouvait tomber par sa faute d'un monde supérieur à un mondé inférieur. A ce compte, la terre faisant partie du cercle des voyages, recevait ou des êtres qui montaient en grade, parvenus d'un monde inférieur, ou des êtres déchus d'un monde supérieur. De même j'ai écrit ailleurs : « Si l'hypothèse de la préexistence « est fondée , les âmes qui arrivent sur cette terre y « viennent par un mouvement ascendant, par le « progrès qu'elles ont réalisé dans un monde infé- « rieur, ou par un mouvement descendant, si au « lieu d'être en progrès elles sont en déchéance et « sortent d'un moude supérieur. » (Dieu t r homme, Fhumdnité et ses progrès, livre IV, chap. XII.) On ne voit point qu'il y eût d'enfer chez les druides. C'est ce que nous apprend Lucain dans cette apostrophe aux prêtres gaulois :
Vobis auctoribus, timbra
Non tacîtas Erebi sedes, ditis que profundi
Pallida régna petunt.
(Chant I er .)
transition, on conçoit que la monade soit dans un état trop vague, trop confus, trop chaotique pour pouvoir se manifester à l'humanité avec laquelle elle ne peut encore avoir de liens directs. L'expérience confirme ici les données de la raison.
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Si l'Ame avait fait le mal , elle retombait simplement à une condition inférieure d'existence plus ou moins basse , plus ou moins empêchée , plus ou moins douloureuse , suivant le degré de ses fautes. Il y a en effet assez de supplices à imaginer dans le cercle de la vie humaine et de la vie des autres mondes, pour dispenser d'un lieu à part de punitions.
De ce que la terre était comprise dans le cercle des voyages, il s'en suivait qu'elle était un monde in-» férieur , destiné à l'expiation et aux épreuves. Il y avait donc quelque chose de pareil chez les druides au dogme du péché originel ; la vie de là terre y était considérée comme un passage à de plus hautes destinées. Les druides avaient tout l'avantage du dogme chrétien , sans les inconvénients qu'il présente à la raison.
Leur philosophie présentait encore un côté moral très grand et très heureux, c'est que chacun était h sa place dans ce monde, assujetti aux épreuves qu'il avait méritées. Ainsi, agriculteur, guerrier, prêtre, chef ou roi, mendiant, barde, commerçant, tous occupaient le poste dont ils étaient dignes. Murmurer contre la providence, c'était s'attaquer au plan général de l'univers, à l'ordre même des épreuves , et on ne pouvait le faire sans impiété.
Sans doute la liberté humaine avait bien toujours prise dans ce monde , mais ce~n 1 était pas sans quelque dessein de Dieu que les événements arrivaient : il y avait à la fois dans les choses de cette terre la part de Dieu et la part de l'homme.
Yoici également la synthèse que nous avons donnée de nos ouvrages sur les divers mondes.
A l'instar des druides, nous divisons l'univers en trois cercles. Les cercles des mondes inférieurs, des mondes intermédiaires, deè mondes supérieurs.
Dans les mondes primitifs, d'inchoation , l'Ame s'essaye à la vie et à l'acquisition des facultés qu'elle développera plus tard dans les mondes d'épreuves.
Au premier cercle, l'âme criminelle va expier ses méfaits dans les mondes les plus inférieurs et les plus ténébreux (1), soumise aux épreuves les plus pénibles, aux expiations les plus dures.
L'âme simplement coupable lave ses souillures et ses vices dans un monde où le mal domine encore et où l'affranchissement de la chair et de la matière nécessite de laborieux efforts* C'est le cercle nommé improprement peut-être ( nous le verrons tout à l'heure ) cercle des voyages par 1$ théologie druidique, et que nous aimons mieux appeler monde des épreuves et des expiations.
Voilà l'Esprit guéri de ses vices et de ses crimes, mais il peut rester imparfait et ne pas mériter de prime-abord d'être l'ouvrier et le serviteur de Dieu. IL peut lui manquer l'intelligence de ce qu'il faut faire, et le courage indomptable nécessaire à ses fonctions de fils de Dieu. Donc il peut et doit passer par des mondes intermédiaires, où il s'instruit dans la connaissance du Seigneur, et fortifie sa moralité. Ce sont les mondes de la préparation,
(1) Même dans ceux que les druides nomment P abîme, le Zohar les ténèbres d'Edom, et les chrétiens l'enfer, mais on peut toujours en sortir. Dieu y conduit l'âme pécheresse et l'en retire quand l'expiation est terminée, disent les psaumes.
d'où déjà on ne peut déchoir, et voilà pourquoi nous distinguons ce second cercle du premier, ou tant que l'âme est soumise à des épreuves , elle peut tomber plus bas, tout en conservant les énergies acquises. C'est aussi en cela que nous sommes plus complets que les druides -et Jean Reynaud.
Enfin il y a les mondes supérieurs, dans lesquels il y a encore progrès incessant, hiérarchie selon les mérites entre les divers bienheureux, mais là encore on n'est pas inoccupé, l'activité croît au contraire à proportion de l'élévation ; on y voyage encore, soit dans le cercle de préparation pour y enseigner ses habitants, soit même dans les cercles de l'expiation et des épreuves, pour y remplir, au service du Père céleste, et sous sa protection, des missions d'amour et de dévouement. Voilà pourquoi nous avons rejeté la dénomination de cercle des voyages pour le premier, les voyages étant partout la loi de l'activité des esprits.
L'identité du moi se conserve toujours, quoique dans les mondes infimes et matériels (et on se rappelle que notre terre est dans cette catégorie ); la nécessité de l'épreuve entraîne la privation temporaire du souvenir, qui ne se retrouve, et encore qu'obscurément, qu'entre l'intervalle de chaque réincarnation.
Dans les mondes les moins imparfaits du cercle des épreuves, il n'est pas impossible que la loi du Léthé soit abolie en partie, et qu'une mémoire, quoique plus ou moins effacée des précédentes existences soit accordée aux âmes.
Dans les mondes de préparation, au contraire, le
souvenir des vies passées est le moyen le plus salutaire d'instruction et d'affermissement dans le bien.
Et dans les mondes heureux, il se retrouve tout entier par le corps spirituel de l'Ame, entièrement éthéré, et qui a pénétré les enveloppes diverses habitées par cette même âme.
L'identité persiste donc malgré les corps différents qu'elle a puisés dans chacun de ses séjours et a informés de sa force plastique, et malgré les noms des personnages tour à tour représentés, ainsi que l'exprimaient déjà symboliquement les mystères.
Les druides pensaient que le cercle de Geugant n'appartenait qu'à Dieu ; sans doute ils avaient rai-, son en ce sens que Dieu est à jamais incommuniablc dans toute sa plénitude aux hommes, mais il n'y a point de limite dans leur développement progressif, et ils peuvent s'approcher dans tous les siècles des siècles, et de plus en plus du divin aimant. Ils peuvent croître à chaque minute en science, en amour, en beauté, et pénétrer toujours plus avant. Nous l'avons dit, il y a entre le fini que nous sommes et l'infini qui est Dieu, assez de distance pour que l'éternité des éternités ne puisse parvenir à la combler. Ainsi, et dans ce sens, les mondes divins eux-mêmes nous sont accessibles.
Nous rectifions donc en plusieurs points les druides et même Jean Reynaud. Il en est ainsi dans la nature. La terre est l'emblème du ciel, et de même que chaque jour un voile nouveau est écarté aux yeux des bienheureux, qui cachait la splendeur suprême, de même la science philosophique fait k chaque instant ici-bas de plus grandes conquêtes.
D'autres penseurs iront plus loin que nous et nous rectifieront à leur tour.
Il nous reste un dernier point à expliquer.
L'âme peut même, au cercle des épreuves, à force de mérites, de vertus, d'héroïsme, gravira la fois tous les échelons et s'élever immédiatement au cercle suprême sans pouvoir ensuite ni déchoir ni rétrograder.
Si elle a commis de grands crimes, au contraire, elle ne peut tomber si bas qu'elle ne puisse se relever par l'expiation et le repentir.
C'est que le bien est la fin dernière de l'âme, et que le mal, contraire à sa destination, n'a été produit que par son libre arbitre , et peut se réparer avec lui.
Telles sont nos croyances intimes, et l'expression exacte de nos ouvrages sur le système philosophique des mondes. On verra ce que nous y ajoutons aujourd'hui sans changer aucunement les bases essentielles et en les développant.
Les kabbalistes reconnaissaient l'ordre trinaire couronné par le quaternaire, ou bien l'ordre nonaire couronné par la décade, la dixième Sephiroth, KèUr, achèvement suprême. (1)
Swedenborg admettait trois classes de mondes, les mondes naturels (matériels), spirituels, divins. Il sautait à pieds joints Yawen, le confondant avec le vêtement grossier de l'âme ici-bas (nephesch, fluide pondérable, astral) et de fait, il ne s'est jamais élevé
(1) D'autres traduisent : couronne suprême; c'est identiquement le même sens.
\ OS CLASSIFICATION DBS MOWDJSS.
dans ses relations au-delà des désincarnés de qotre tourbillon (bons et mauvais).
Des disciples soit de la Kabbale, soit de Swedenborg, ont reproduit la même classification, Meytlis, Davys, Winkelsonn, et tutti quanti.
Mais, pauvres aveugles!!! le nombre de Dieu n'est pas le quaternaire, ni la décade; celui de l'univers n'est pas le trinaire , ni le nonaire ; Dieu n'a pas de nombre représentatif, pas même l'unité. Il a pour signe l'infini. L'univers, à son tour, a pour signe l'unité et la multiplicité indéfinie , un nombre sans nombre ; et, lorsqu'on a voulu changer le terme consacré et admirable d'un — ivers , en macrocosme ou omniyers ou grand omnivers , où n'était pas représentée l'unité de race, la solidarité de chacun pour tous et de tous pour chacun, on a fait une bévue impardonnable (1). Conservons donc le terme univers, et persuadons-nous bien que les tourbillons de toute nature et de tout ordre infini sont, en particulier, eux-mêmes d'une infinité relative et quant à leurs mondes et quant à leurs habitants.
Lors donc que nous établirons par la suite une classification , entendons bien que c'est pour condescendre à la faiblesse humaine et à une raison trop enfantine encore pour comprendre et contempler l'infini. Mais nous redirons toujours que Dieu est infini et l'univers infini relativement ; que Dieu est éternel , et l'univers éternel relativement; quant à concevoir d'une manière adéquate le comment du fiât lux , de l'opération divine par excellence, de cet arcane des
(1) En retranchant l'unité exprimée par un - ivers.
CLASSIFICATION BBS MONDES. 409
arcanes, à savoir du passage de l'absolu au relatif, qu'il nous suffise de dire que nul parmi les plus élevés des hommes divins ne pourra le pénétrer , que c'est le secret de Dieu qui seul connaît intimement son être, tandis que les Awen , les Esprits et les hommes ne savent pas les mystères de leur propre essence et de leur propre génie.
Nous allons donc classer et décrire d'une manière générale, par ensembles principaux, les divers mondes , mais en répétant bien que ces classifications n'ont rien d'absolu ou de fixe ; que tout y est relatif et variable. C'est uniquement pour nous mettre à la portée de notre intelligence vulgaire, et encore peu développée, que nous en avons besoin. Nous parlerons tour à tour :
1° Des mondes de la matière (matériels);
2° Des mondes de l'Esprit (spirituels) ;
3° Des mondes de l'awen (awéniques) ;
4° Des mondes divins.