‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 139 sur 141 · JUSTIFICATION DE NOTHE SYNTHÈSE · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION DE NOTHE SYNTHÈSE

ques 9 divins. Les âmes ici-bas et dans les mondes matériels supérieurs, gardent en se désincarnant la forme humaine plus ou moins épurée selon qu'elles montent. Les Esprits Font également, et il en est ainsi des Àwen. Dieu dans ses rapports avec le fini, Dieu manifesté, se faisant relatif avec ses créations, peut être aussi considéré comme r infiniment grand homme, ainsi que le voulaient le zohar et Swedenborg. Ce n'est qu'en plein ceugant, dans la vie incompréhensible pour nous de l'absolu et de l'infini , qu'il est l'incommunicable, YEnsoph, le Dieu éternellement caché. Ainsi le type humain est la forme générale et universelle de la monade arrivée enfin à l'intelligence et à la raison, comme il est le type de la grande monade elle-même, en tant que manifestée.

Nous l'avons déjà dit à l'autre chapitre, il est anti-rationnel de supposer la création par Dieu d'espèces différentes, comme M. Dexan le fait par sa lettre vraiment incroyable imprimée dans la Revue spiritualiste de M. Pierrart, et ce qui est le comble de l'illogisme, la création d'Esprits purs qui, sans épreuves, sans mérites, sans œuvres d'aucune sorte, par l'arbitraire substitué à la justice, seraient arrivés, dès leur épanouissement à la vie, à toute la perfection de leur essence relative, et seraient ainsi de petits dieux sans changement et sans progrès. De même il faut condamner comme non moins absurdes toutes les autres synthèses qui placent la perfection absolue à la fin, et prêchent soit un Nirwana, soit une absorption en Dieu, soit une vision béatifique immobile et fixe.

Notre synthèse est la seule vraie sur ce point important. En Dieu, immutabilité ; en l'univers, expansion progressive de monades initiales renfermant en germe tous les attributs infinis de Dieu, mais non actuels, développables par séries, et selon les lois d'une perfectibilité sans fin. Yoilà la vérité immuable en elle-même, mais exprimée relativement pour notre compréhension ; voilà la raison universelle telle que nous pouvons la dire en 1865. C'est ainsi qu'une immense solidarité unit toutes les créatures du Père suprême. Dieu agit et rayonne sur toute sa création, par les supérieurs sur les inférieurs, et cela dans les grands mondes comme dans les plus basses régions de l'univers. Nous sommes tous liés du plus petit jusqu'au plus grand, et nul ne peut s'arracher à l'ensemble général dont Dieu est le centre et l'aimant. Nous pouvons donc reproduire ici dans notre synthèse philosophique, ce que nous disions déjà dans notre synthèse morale (1 ), en nous adressant aux déshérités de la terre, à tous les hommes bien plutôt, car tous ont ici-bas leur part de douleurs.

« Ne murmurez pas de votre sort , n'appelez pas « la force au secours de droits imaginaires ; il n'y « a d'autres droits ici-bas que la volonté de Dieu , « basée sur la justice, vos mérites, vos besoins; ne « vous plaignez pas de n'avoir pas de vastes domai- « nés, de ne pas couler une vie heureuse et tran- « quille ; sa vez-vous si les épreuves qui vous ont été

(i) Principes supérieurs de la morale, 2 vol. in-8 ( couronné par l'Académie des sciences morales et politiques).

« réservées ne sont pas nécessaires à votre progrès? « Savez-vous si Dieu, dans sa miséricorde, ne vous « traite pas avec plus de faveur que vous ne mé- « ritez ? Connaissez-vous quel mystère est caché « dans la douleur? L'univers n'est pas désordre, « il est harmonie. Il n'est j?as fatalité ou hasard ; « partout il est gouverné par la Providence. Il « n'est rien que Dieu ne pénètre, t aucune créature « qu'il délaisse. Quelle est l'herbe des champs qui « n'ait son vêtement? Quel insecte qui n'ait sa « pâture? Si Dieu vous punit, c'est qu'il veut vous « régénérer. Heureux vous tous qui souffrez pa- « tiemment dans ce monde ! La souffrance du pré- « sent est la joie de l'avenir. Ne dites donc pas : « Le mal existe sur cette terre , donc la création « est mauvaise. Que savez-vous du passé et de l'a- « venir?. Vous à qui il n'est donné de lire que « dans une page de la création , comment pronon- « ceriez-vous sur elle ? Vous voyez un seul des « détails , pouvez-vous juger l'ensemble ? Placés « ici-bas, entre les deux abîmes du passé et de l'a- « venir , avec une existence passagère qui occupe « un point imperceptible du temps , seriez-vous « assez insensés pour vous imaginer que vous êtes « nés d'hier , et que vous ne serez pas demain 7 « Savez-vous le rang de la terre dans la hiérarchie « des mondes? Tout ne démontre-t-il pas qu'elle «< est un des purgatoires, qui s'élèvera avec peine « au seuil des paradis? Et, s'il en est ainsi , la sa- « gesse n'est-elle pas d'accepter volontairement la « position où Dieu vous a mis, d'autant plus cou- « rageux que la tâche est plus grande , d'autant

« pins énergique , que le fardeau est plus lourd ? « Voyageurs égarés , confiez-vous à celui qui con- « naît lé point de départ et le terme de vos péré- « grinations ; à celui dont le premier attribut dans « l'arrangement du monde est la plus souveraine « justice. Pèlerins de la terre , n'enviez pas celui « qui se repose dans sa tente splendide au milieu « des fausses délices des sens ; si vous êtes fati- « gués, avant de poursuivre votre incessant travail, « couchez-vous patiemment au seuil, exposés , s'il « le faut , aux brûlantes ardeurs du soleil. Qu'est- « ce que la fortune et le plaisir d'ici-bas pour celui « qui ne doit vivre qu'un jour, et qui n'emportera « rien ailleurs , si ce n'est sa forcé et sa vertu ? « Failcs-vous des richesses que la mort ne vous « ravira pas ; fortifiez en vous la volonté ; éclairez « l'intelligence; développez la charité. Au milieu de « vos transformations , vous ne sauvez que votre « personne , et si vous l'avez faite plus grande , « vous aurez amassé le seul trésor qui ne vous quitte tera plus. Aimez tous les hommes d'un amour iné- « .puisahle ; faites pour eux plus que vous n'exigeriez « qu'il vous fut fait , afin qu'en vous rendant moins , « ils vous donnent toujours assez ; cherchez à vous « dépasser mutuellement en dévouement et en cha- « rite. N'avez-vous pas tous la même origine et la « même destinée? Ne marchez-vous pas tous au « même but , vers le divin type qui vous attire ? « Blesser un seul de vos semblables , c'est donc « blesser Dieu, et vous blesser vous-mêmes. Aimer « Dieu, c'est aimer vos frères ; aimer vos frères , « c'est aimer Dieu ; aimer Dieu et vos frères, c'est

« tous aimer vous-mêmes. Etre égoïste , c'est se « haïr soi-même dans l'objet nécessaire de la vie et « de la pensée ; car tous nous dépendons de Dieu « et de nos frères. Le désordre et le malheur sont « dans la division ; Tordre et le bonheur sont dans « l'unité.

« Unité d'action, unité d'intelligence, unité dV « mour. »

Ce n'est que dans notre synthèse que l'on trouve des idées suffisamment grandes de Dieu infini dans ses attributs, ne se bornant pas à un ordre trinaire résumé dans le quaternaire, pour intervenir. Nous avons fait voir clairement et irréfutablement que la trinité des conceptions universelles n'existait que pour notre misérable planète , à qui seulement trois attributs sont connus et manifestés, comme le dit admirablement Pecqueur , qui dépasse de cent coudées tous les philosophes de notre siècle (incarnés et désincarnés). Dieu infini en lui-même se fait fini pour éclairer et aider ses créatures à monter l'échelle indéfinie du progrès.

Soumettez notre synthèse si courte et si lucide au critérium de votre raison. Dites , avez-vous lu jamais quelque chose de plus imposant, de plus logique, de plus lié? C'est ce qui en fait l'incontestable grandeur, nous devons même dire la certitude.

D'autres viendront dans l'avenir qui y feront encore mille additions et développements. Mais les principes en sont immuables.

Notre écrit passera pour un à priori auprès de la plupart de nos lecteurs.

Pour nous seulement, et pour ceux qui ont la même initiation que nous , c'est un à posteriori.

Notre siècle est grand.

Pour nous borner dans son bilan à la synthèse philosophique, BALLANGHE , au début du XIX 6 siècle , se fait résolument, par sa doctrine palingénésique, le continuateur des druides.

Nous , son humble disciple et vulgarisateur , nous avons écrit dans les mêmes vues.

Vient alors Jean REYNAUD qui , connaissant peu Ballanche , et point du tout nos modestes travaux , se trace dans le même sens une route illuminée.

Puis Féminent PECQUEUR développe magnifiquement Dieu et ses attributs , ses rapports avec la création.

Arrive enfin, seulement cette année, le plus incomparable logicien de ce siècle, DE STRADA, qui, dans son Ultimum organum , justifie notre méthode et notre philosophie.

Il donne à la métaphysique des bases aussi solides 9 aussi certaines qu'aux mathématiques, en expliquant la loi antinomique véritable.

Il prouve Terreur, ou du moins l'insuffisance de toutes les méthodes essayées jusqu'à ce jour.

Il renverse d'abord tous les essais du passé : So- ^ crate , Cicéron , Plotin , les Pères de l'Eglise et le moyen-âge.

Dans les temps modernes : Bacon, Descartes, Pascal, Spinosa.

En démontrant, ce que nous avions dit cent fois dans tous nos ouvrages , que l'infini et le fini, l'absolu et le relatif ne sont pas des antinomies vraies,

puisque ces appellations contiennent toutes de l'être à état divers ;

En établissant également que l'être préexiste logiquement à sa négation , ce que nous avions aussi dit, mais en vain ;

En convainquant Hegel et Eant de n'avoir fait de la métaphysique qu'empiriquement;

En posant comme critérium le fait divin élevé à sa suprême puissance (non pas le fait matériel qui n'en contient qu'une partie), DE STRÂDÂ est venu irréfutablement compléter et confirmer toutes nos affirmations.

Et pourquoi le fait conçu ainsi , dans sa sublimisation, est-il divin? Parce qu'il est l'être manifesté , que l'être est le principe , que le principe est l'absolu, et que l'absolu est Dieu. C'est ce que nous avions qualifié, dès 1845, les mathématiques de Vinfini. C'est ce que nous avions appelé ( Principes de la Morale , livre I er ) méthode d'ensemble ou de conscience , en prenant ce mot comme signifiant le centre de toutes les facultés de l'homme qui lui montre le FAIT, non par morcellement, mais tout entier, sous toutes ses faces , et le lui fait saisir à la fois par sa sensibilité, son intelligence , son sentiment, sa raison, c'est-à-dire par son être complet.

Nous avions prouvé aussi que le fondement de la certitude et le seul critérium sont DIEU.

Nous avions donc posé déjà l'idée et les bases de la vraie méthode. VUltimum organum Ta démontrée rationnellement. Nous saluons avec joie l'apparition de ce livre, événement de la pensée moderne.

Ainsi, Jean REYNAUD, PECQUEUR, DE STRA- DA, trinité du génie, dont nous ne pouvons être que le très pâle reflet.

En terminant , nous te sacrons et te bénissons , ô XIX e siècle , puisque tu es , par les voies que ta as ouvertes, le préparateur et le précurseur du vingtième, grand entre tous!

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