‹ Une philosophie nouvelle: ce qu'elle doit être devant la scienceChapitre 22 sur 141 · XXVIII ' L AGENT UNIVERSEL · texte numérisé non relu

XXVIII ' L AGENT UNIVERSEL

sont au paganisme, on trouve gravé dans des pierres Apollon présidant le chœur des neuf muses avec tous leurs attributs (l'histoire nous rapporte que cette pierre «était en la possession du roi Pyrrhus). Lorsque les convictions sont égyptiennes, c'est /sis portant en ses bras son fils Horus, avec le christianisme, c'est Marie et Jésus; ce sont des crucifix portant le Christ mourant, avec les clous, les instruments de sa passion et même des gouttes de sang figurées dans le marbre (témoin le remarquable Gamahé de Venise) et pas seulement dans les minéraux, mais dans l'air et dans les nuages, comme le Labarum de Constantin, reflet de la foi ardente des chrétiens qui composaient son armée, comme les croix qui s'imprégnèrent, lumineuses et ineffaçables, sur les vêtements des ouvriers que l'empereur Julien avait envoyés pour rebâtir le temple de Jérusalem. (Julien luttait vainement cmtre le courant d'idées chrétiennes qui était le plus fot.)

Sous Pépin le Bref, lorsque Sédécias et ses disciples répandirent la croyance aux sylphes, on vit ou on crut voir les palais aériens de ces habitants de l'air^' la folie, devint générale, les sensitifs virent même le reflet ou le fantôme de leurs rêves, et (hallucination ne. cessa que sur un édit de l'empereur, punissant de mort les sylphes et leurs adhérents On croit plus tard aux fées, on en voit partout : plusieurs même se croient enlevés dans leurs palais, et en racontent les merveilles au retour On sait plus tard ce qu'ont produit la croyance au diable et aux sorciers et toutes les hallucinations du sabbat. La forme du bouc hideux, les cérémonies de la messe noire, les rondes fantastiques s'expliquent encore par des créations réelles de la lumière astrale reproduisant l'horrible reflet des imaginations en délire. Nous passons rapidement. Mesmer arrive, et retrouvant le grand agent universel méconnu, il en excipe coui'ue instrument de ses çuérisons magnétiques. Qui ne voit que c'est aussi par à que s'expliquent les faits «lu magnétisme, ceux des tables tournantes et des médiums? Les sensitifs de Beichenbach attestent que soit dtns la maunétis »tion. .soit dans le tournoiement des ta blés, soit dans l'écriture de certains médiums, ils voient très distinctement l'od s'échapper de la main des opérateurs en flammes bleues, se polarisant de l'autre

l'agent UNIVERSEL. XXIX

côté en rougeâtre. C'est donc bien là le grand agent nommé OD par Reictienbach (nom emprunté aux hébreux qui appelaient OD et OB, les deux pôles de Vaour). La lumière astrale garde les reflets de tout ce qui a été, reproduit tout ce qui est, représente l'ébauche de ce qui sera (de là la prophétie des voyants). Quand un homme meurt sans avoir pu réaliser ses pensées et ses inventions, il en laisse l'empreinte à la lumière, et ses idées ne sont pas perdues ; elles passent aux cerveaux analogues et sympathiques. Nous abandonnons ainsi à notre transformation tout ce qu'il est utile à notre planète de conserver de nous, et malheureusement aussi nous y laissons nos vices, nos instincts grossiers et nos pensées mauvaises; vous comprenez alors où un médium puise, quand il évoque tel ou tel personnage. Quand il n'y a pas d'évocation, son esprit se met en rapport avec tous les courants de lumière astrale, et l'inspiration a lieu ainsi à l'arbitraire et à l'imprévu.

Ici on m'interpelle et on m'arrête.

Cet agent dojit vous parlez, qui Ta vu, qui l'a touché? Qui peut certifier son existence?

Je réponds que cette croyance dont l'humanité antique a vécu instinctivement et intuitivement, qui était à cette époque une synthèse prématurée et à priori, est aujourd'hui, après une analyse peut-être trop minutieuse, démontrée par toutes les constatations de la science.

Les anciens ne nommaient par le premier principe de cet agent positif, le second négatif ce sont là des expressions modernes. Ils avaient fait du premier le principe actif (mouvement), du second le principe passif (résistance), et ils disaient que l'équilibre provenait de. l'harmonie des contraires.

Moyse, initié dan9 les sanctuaires de l'Egypte, représente l'agent, universel dans l'état de repos et d'enveloppement par le mythe de l'androgyne, incompris aujourd'hui ; il figure ^son principe actif par Adam et son principe passif par Eve; pour indiquer la séparation des deux principes à l'état neutre, il dit qu'Eve a été tirée d'un des côtés à* Adam ; puis, voulant expliquer le mouvement des êtres terrestres, il se sert du symbole ordinaire par lequel était représentée la lumière astrale, c'est-à-dire le serpent, qui sollicite d'abord le principe passif, Eve, pour que l'attraction nécessaire à la vie fût

XXX L'AGENT UHIVRHSEL.

opérée, et que le principe actif pût entrer en branle. M oyse, en haut initié, qui savait touslesdangersde l'ivresse astrale, avertit à la fin de cet admirable chapitre, qae le serpent oa 1h I ornière terrestre, tonte empreinte d'instincts grossiers, et qui réfléchit l'état peu avancé du gljbe et de ses habitants, doit être dominé par la sagesse. Ii se sert encore pour dire cette grande vérité de l'hiéroglyphe égyptien d'une femme (i) à qui il commande de fouler la tête du reptile, symbole profond dont* le sens a été complètement perdu.

Nous pourrions, s'il en était* besoin, retrouver des traces du même enseignement dans les monuments primitifs de I antiquité. Eh bien I cette sublime hypothèse par laquelle s'expliquent le mouvement de l'univers et la solidarité des êtres va se vérifier aujourd'hui scientifiquement.

On nous demande qui le prouve? La convergence de toutes les sciences. L'organogénie aspire par toutes ses tendances à l'unité du type primordial avec évolutions identiques au même degré d'animalité. La physique, si bien résumée par Emile Saigey, réduit tout au mouvement, et ne reconnaîtra bientôt qu'un seul agent dont le calorique, l'électricité, le magnétisme, etc , etc., ne sont que des modifications particulières. Voici les conclusions d'un célèbre physicien, trop tôt enleVé à la science, M. de Sénarmont : « Tous les phénomènes physiques, queUe que soit leur nature, semblent n'être au fond que des manisfestations d'un soulagent primordial, on ne saurait plus méconnaître cette conclusion générale de toutes les découvertes modernes, quoiqu'il soit impossible encore d'en formuler nettement les lois et les particularités conditionnelles. »

La chimie moderne reconnaît aussi qu'un seul agent préside soit aux affinités, soit à la décomposition et à la recomposition des corps.

« L'oxygène, dit Louis Lucas, se rend au pôle du mouvement, l 'hydrogène au pôle de la résistance, et l'azote tantôt à l'un, tantôt à l'autre, suivant le rôle qu'il joue dans les combinaisons. Il en est de même absolument des autres corps métalloïdes et métalliques.

(1) Chez les Egyptiens , la sagesse était figurée par la femme céleste, Isis; l'intelligence par l'homme parfait, Osiris.

l'agent UNIVERSEL. XXXI

« Partout c'est le mouvement acidifiant, le repos alealisant et l'équilibre entre tes deux, représenté par l'azote <«t ses nuances. » (Chimie nouvelle, p. 282.)

La cosmologie astronomique explique aussi la gravitation par la milieu d'un seul agent neutre dans l'espace, transmettant l'attraction au moyen du même agent spécialisé dans les corps célestes et en mouvement vibratoire proportionnel aux masses dans lesquelles il est en travail» exerçant une influence décroissante selon les distances.

Me demandera- t-on qui a vu et touché ce grand agent? Je soutiens que l'on ne voit rien et qu'on ne touche rien que par son moyen, puisque tous les physiciens modernes s'accordent à lui attribuer les phénomépes calorifiques, électriques, magnétiques, soniques, lumineux et les faits de la pesanteur, de la gravitation, des affinités. Il estévident que .cet agent est partout et qu'il est ainsi le bras unique de Dieu.

Or, cet agent explique mieux que l'hypothèse des esprits, les faits dits spirites.H explique comment Allan Kardec et les médiums de tous les pays qui adoptent ses idées réincarnationistes, obtiennent des réponses analogues à leurs pensées, comment il en est autrement de Pierart et de quelques américains qui ont des opinions contraires, comment des catholiques et des membres du clergé reçoivent des révélations qui confirment le purgatoire et l'enfer. Non-seulement la lumière astrale, instrument commun des médiums, nous renvoie nos propres idées, mais encore nous n'y puisons que les éléments analogues et assimilables à notre esprit.

On explique aussi par cette théorie les visions, lès prédictions, les pressentiments, les stygmates, les convulsions, les obsessions, les apparitions, les guérisons, les résurrections quand elles sont naturelles et possibles, les extases, le magnétisme et tout le cortège des faits dits merveilleux, parce qu'ils ne sont pas aujourd'hui scientifiquement démontrés.

Quand une époque est tourmentée comme la nôtre, qu'elle est grosse d'un avenir avec enfaatement laborieux, cet état du globe est représenté dans la lumière astrale par des courants mal équilibrés et désordonnés.

J'ai soutenu pendant quatre ans, dans la Vérité de Lyon, pendant deux ans dans V Avenir de Paris, dans

xxxii l'agent universel.

Y Union de Bordeaux, les doctrines de l'école spirite, mais rien que les doctrines, c'est-à-dire la philosophie de l'avenir, la condamnation d'une théodicée suranné*. J'-ai voulu préparer la synthèse religieuse, conformément aux idées de nos maîtres, Jean Renaud et Ballanche. C'est en réfléchissant sur les pratiques du spiritisme, que des doutes très graves m'ont saisi et m'ont amené peu à peu à 1 1 conviction que je proclame aujourd'hui.

M. de Mervllle ne s'y est pas trompé ; l'agent des phénomènes est bien le serpent de la Genèse analogue au Satan de Job. De même que le serpent est la lumière astrale nécessaire à l'intelligence et à la science, le Satin de Job, selon l'étymologie de ce mot (qui résiste, qui s'oppose) est l'agent nécessaire à l'épreuve et à la formation de notre volonté, qui ne se développerait pas sans l'obstacle. Seulement, ces écrivains surannés ont pris des symboles admirables pour dés réalités et leurs œuvres malsaines doivent être rangées parmi les contes d'ogres ou de croquemitaines dont on fait peur aux,enfants.

Toutefois, nous dirons en terminant qu'il est imprudent de trop se livrer aux courants de lumière astrale. Si elle éclaire, elle brûle parfois et dévore. Elle doit être dominée par la sagesse, selon la remarque de Moïse; pour ne citer que deux exemples : le malheureux Gérard de Nerval, dont Fesprit était constamment baigné dans cette lumière, en vint à ne pas savoir distinguer le rêve de la réalité, il se suicida. On sait aussi le triste sort de Victor Henneqnin, qui conversait nuit et jour avec l'âme de la terre. J'aurais beaucoup d'autres noms à citer, parmi mes meilleurs amis, qui ont été victimes de leur imprudence. Donc, je conseille à tous de ne pas s'écarter de la raison, qui doit être le seul guide de l'humanité.

Nous répétons en terminant sur ce sujet, ce que nous avons dit en commençant : La théorie de l'agent universel ne trouble point notre conception monadologique de l'univers. Le grand agent n'est pas d'une autre nature que tous les êtres, c'est une agrégation de monades plus ou moins à l'état latent, et pas encore psychiques, comme celles qui servent

Page 1