X LE POSITIVISME
tre cette affirmation, vous qui n'admettez que du relatif.
Vous reprenez, je le sais, et vous dites : « Sans cette assurance la science serait impossible, et pourtant elle, existe et donne des résultats certains sur quelques points. Témoins le calcul des éclipses, du retour de certaines comètes, du mouvement des astres, etc., etc. » Ne voyez-vous donc pas qu'il m'est facile de retourner votre réponse contre vous, en disant : « La science existe, or elle n'existerait pas sans des lois éternelles et absolues, donc il y a quelque chosp d'éternel et d'absolu» tout au moins les lois du mouvement et du cosmos.» Je. crois que ce raisonnen^nt vaut bien votre réponse. Sans, l'universel et sans l'absolu, vous ne pouvez aboutir, je le répète, qu'à une philosophie tronquée et à une science fragmentaire.
Nous ne citerons qu'un exemple, qu'une preuve de cette fragmentation des sciences, qui sera l'éternel écueil de la doctrine positiviste; nous pourrions les parcourir toutes et montrer que sans les principes premiers, toute science est mutilée. Voici donc le spécimen qui n'est pas isolé de l'étroitesse des conceptions du positivisme. À. Comte, dans son Astronomie populaire, veut restreindre l'étude des astronomes au soleil, aux planètes, à notre tourbillon enfin ; il proscrit les recherches sur l'astronomie stellaire, etAmédée Guillemin, un de ses disciples, tout en le désavouant, explique avec ménagements - la pensée du maître : « Il redoutait trop, dit-il, l'intrusion de la métaphysique dans les sciences positives pour ne pas fermer cette porte de l'astro-
VKÈCmm DES PROBLÈMES. XI
nomie sidérale, par où se glissent, en effet et aisément, les rêveries de cosmogonie religieuse 0). » Et M. Guillemin de constater, tout en excusant de son mieux les positivistes, que dans les années dont il rend compte, les plus grandes découvertes astronomiques sont dues à l'astronomie stellaire. Après un pareil exemple que nous aurions pu multiplier, il me semble que le procès est jugé.
Toutefois, le positivisme ne passera pas sans avoir rendu de grands services à la philosophie de l'avenir, en lui faisant adopter les règles suivantes ; Ne plus discuter sur des chimères, sur des entitéâ, sur des mots, sur des mystères, sur des hypothèses, notamment spr la matière et sur F esprit, sur le comment et le pourquoi de l'origine de l'univers, sur la nature intrinsèque et à jamais ignorée des choses ; serrer un peu mieux ses arguments, et ne proposer d'autres théories que celles qui, sans être peut-être complètement démontrées, seront telles qu'elles pourront être avouées par la science, et que celle-ci ne pourrait, en tout cas, les démentir. Ce service en vaut bien un autre et nous le passons au crédit du positivisme.
Précision des Problèmes.
Voici une lettre qui m'aidera à bien préciser les problèmes de la nouvelle philosophie de l'avenir.
(1) Encyclopédie générale, année 1870, page 51.
XII PBBCISION DES PBOBLÈMES.
Cette lettre a été adressée à. réminent directeur de la Solidarité, à Charles Fauvéty.
« Cher Monsieur,
c Un ami commun vient de m'envoyer ces jours-ci les deux années de votre excellent journal, ta Solidarité.
c Vous êtes toujours ce chercheur sérieux, ce consciencieux philosophe, directeur de la Revue philosophique et religieuse, qui, pendant que l'éclectisme officiel nous endormait avec ses éiucubrations filandreuses, groupiez autour de vous dans un noble but, les penseurs les plus distingués; Je l'ai dit ailleurs, je le répète encore : il sembla pendant les deux ans que dura votre revue, que la philosophie française s'était concentrée dans votre recueil.
« Aujourd'hui vous continuez dignement votre mission. Contr% le matérialisme et le spiritualisme, vous faites remarquer que l'être est indivisément esprit, forme et vie, qu'ainsi on ne peut pas plus concevoir de matière agissant par elle-même, que d'esprit séparé d'une forme, ce qui démontre l'inanité du problème. Sur la question de Dieu, vous* tâchez de le définir, et bien que le plus sage soit à mon avis de le considérer comme VEnsoph, et de s'abstenir à cet égard de toute discussion, je n'en suis pas moins porté à reconnaître que votre manière de voir, en le considérant eomme le moi de l'organisme universel, est de tous les balbutiements de l'homme le plus raisonnable et le plus près de la vérité.
« En ce qui concerne les cultes, vous êtes dans l'avancement de l'avenir, vous êtes de ce catholicisme universet, qui fondra dans son sein toutes les sectes particulières d'aujourd'hui, et réunira sous son ample et généreuse bannière, toutes les religions actuelles, brahmanisme, boudhisme, mahométisme, judaïsme, christianisme orthodoxe ou séparé ; vous êtes en un. mot de la religion de Dieu adoré en esprit et en vérité. Honneur à vous ! Sur la question de l'immortalité de la personne humaine, (remarquez bien que je ne dis pas de l'âme, ce qui est vide de sens) vous êtes pour la continuation de la vie, et pour la perpétuité de nos existences. Vous êtes encore dans le vrai. *
« Enfin sur la question de là méthode, bien que vous