CONTEMPORAINE
Après le regard d'ensemble, forcément un peu rapide et sommaire, que nous venons de promener sur la philosophie nouvelle, sans doute ne sera-t-il pas superflu de reprendre un à un, selon le même plan toujours, quelques points plus importants ou plus difficiles, d'examiner à part les centres de relief principal où se doit rassembler la lumière de l'attention. Non pas que je songe à entrer, jusqu'au menu détail, dans les replis et détours d'une doctrine dont le développement irait à l'infini : comment prétendre épuiser une œuvre si profondément pensée que le moindre exemple qu'elle utilise en passant y paraît étudié pour lui-même ? Non pas davantage, et moins encore, que je veuille tenter une sorte de résumé analytique : est-il plus vaine entreprise que celle d'aligner des titres de paragraphes pour redire en termes trop brefs et dès lors obscurs ce qu'un penseur a dit sans luxe inutile de paroles avec les éclaircissements néces-
saires ? Non, la vraie tâche du critique, telle que j'ai entendu l'assumer, ne consiste nullement à dresser une table des matières parsemée de notes qualificatives. Elle est de lire et de faire lire, entre les lignes, entre les chapitres, entre les ouvrages successifs, ce qui constitue de l'un à l'autre le lien dynamique, ce que la forme linéaire de Fécriture et du discours n'a point permis à l'auteur d'exposer lui-même. Elle est, autant que possible, de ressaisir l'accompagnement de sourde pensée qui faisait à l'intuition du chercheur son atmosphère de résonance, le rythme et la tonalité d'image d'où résultait la nuance de lumière éclairant sa vision. Elle est, en un mot, d'aider à comprendre et, pour cela, de signaler et de prévenir les malentendus à craindre. Or il y a quelques points où il me semble que se donnent plus volontiers rendez-vous les erreurs d'interprétation, sources de méprises parfois étonnantes sur la philosophie de M. Bergson. Ce sont ces points-là seulement que je me propose de dégager ici. Mais je saisirai du même coup l'occasion de fournir les renseignements bibliographiques dont je me suis abstenu tout d'abord de propos délibéré pour ne pas cribler de références des pages où il fallait tendre surtout à communiquer une impression d'ensemble.
Commençons par jeter un coup d'œil sur le milieu de pensée où la philosophie bergsonienne a dû naître. Depuis une trentaine d'années, des