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plus le secret que la ligne droite n'engendre la courbure. Considérez le développement d'un embryon. Il résume l'histoire des espèces : l'ontogenèse, dit-on, reproduit la phylogenèse. Eh bien ! qu'observons-nous alors ? Maintenant qu'une longue suite séculaire est contractée pour nous dans une courte période et qu'ainsi notre vue est capable d'une synthèse trop difficile auparavant, voici qu'apparaissent l'organisation rythmique, le caractère musical, que la lenteur des passages nous empêchait tout d'abord de saisir. Dans chaque état de l'embryon, il y a autre chose qu'une structure instantanée, autre chose qu'un jeu conservatif d'actions et de réactions : il y a une tendance, une direction, un effort, une activité créatrice. L'étape traversée est moins intéressante que la traversée elle-même ; celle-ci à son tour est un acte d'élan générateur plus qu'un effet d'inertie mécanique. Ainsi en doit-il être encore, par analogie, pour l'évolution générale. Nous avons là comme une vision de la durée biologique en raccourci : délayage et relâchement dans sa tension font apparaître l'homogène, mais du même coup, à proprement parler, disparaît l'évolution.
Au surplus, que la vie soit création véritable, M. Bergson l'établit par des arguments directs et positifs. Pareille conclusion se présente comme l'enveloppe de toute sa doctrine. Elle s'impose
LE PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION 18b
d'abord par évidence immédiate, car on ne peut nier que l'histoire de la vie se révèle à nous sous l'aspect d'une montée, d'un progrès. Et cet élan implique initiative et choix, constitue un effort qu'on n'est pas autorisé par les faits à déclarer fatal : « Un simple coup d'oeil jeté sur les espèces fossiles nous montre que la vie aurait pu se passer d'évoluer, ou n'évoluer que dans des limites très restreintes, si elle avait pris le parti, beaucoup plus commode pour elle, de s'ankyloser dans ses formes primitives ; certains Foraminifères n'ont pas varié depuis l'époque silurienne ; impassibles témoins des révolutions sans nombre qui ont bouleversé notre planète, les Lingules sont aujourd'hui ce qu'elles étaient aux temps les plus reculés de l'ère paléozoïque. » D'autre part, si en nous la vie est indiscutablement création et liberté, comment ne le serait-elle pas à quelque degré dans la nature universelle ? « Quelle que soit l'essence intime de ce qui est et de ce qui se fait, nous en sommes 2 » : une conclusion par analogie est donc légitime. Mais surtout cette conclusion se vérifie par son aptitude à résoudre les problèmes de détail, à rendre compte des faits observés ; et à cet égard je regrette de ne pouvoir que renvoyer globalement aux admirables discussions et analyses instituées par M. Bergson touchant « la plante et