LE PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION
ment évolutif dans l'évolution spencérienne : pas plus que dans la marche périodique d'une turbine ou dans le tremblement stationnaire d'un diapason. N'est-ce pas ce que souligne l'emploi perpétuel des images mécaniques, grossières métaphores d'ingénieur, dont le moindre défaut est de supposer un temps homogène, théâtre immobile du changement, qui n'est au fond que de l'espace? « Dans une pareille doctrine, on parle encore du temps, on prononce le mot, mais on ne pense guère à la chose : car le temps y est dépourvu d'efficace1. » D'où un matérialisme latent, prêt à saisir Foccasion de s'expliciter. D'où le retour automatique à ce rêve de calcul universel que Laplace, Du Bois- Reymond et Huxley ont exprimé avec tant de précision2.
Pour échapper à de telles conséquences, il faut avec M. Bergson réintroduire dans l'évolution la durée vraie, c'est-à-dire la durée créatrice ; il faut concevoir la vie selon le mode qu'il a exposé à propos du changement en général. Et à ce travail c'est la science même qui nous invite. Que nous dit-elle en effet, quand nous la laissons parler au lieu de lui prescrire des réponses conformes à nos préférences? La vitalité, en chaque point de son devenir, est tangente au mécanisme physicochimique. Mais la physico-chimie n'en donne pas