‹ Une philosophie nouvelle [microform]Chapitre 13 sur 60 · Matière et Mémoire, p · texte numérisé non relu

Matière et Mémoire, p

— suivre la gamme complète des concentrations et dilutions qualitatives, s'insérer par une sorte de sympathie dans le jeu incessamment mobile des innombrables contractions ou résolutions possibles, si bien qu'en fin de compte, on arrive à saisir de cette matière, comme par une vue simultanée, selon leurs modes infiniment multiples, les aptitudes latente» à être « perçue ».

Ainsi, en Tespèce, la connaissance absolue résulterait d'une expérience intégrale ; et si nous ne pouvons atteindre le terme, nous voyons du moins quelle direction de travail nous y mènerait. Maintenant, de notre connaissance réalisable, il faut dire qu'elle est à chaque instant partielle et limitée plutôt qu'extérieure et relative, car notre perception effective est à la matière en soi dans le rapport de la partie au tout. Nos moindres perceptions sont en effet à base de perception pure et « nous tenons les ébranlements élémentaires, constitutifs de la matière, dans la qualité sensible où ils se contractent, comme nous tenons les palpitations de notre cœur dans le sentiment général que nous avons de vivre* ». Mais la préoccupation d'agir pratiquement, interposée entre le réel et nous, produit le monde fragmenté du sens commun, à peu près comme un milieu absorbant résout en raies séparées le spectre continu d'une source

lumineuse ; tandis que le rythme de durée, le degré de tension propre à notre conscience nous limite à la saisie de certaines qualités seulement.

Qu'avons-nous donc à faire pour nous acheminer vers une connaissance absolue ? Non pas sortir de l'expérience : tout au contraire ; mais l'étendre et la diversifier par la science, en même temps que, par la critique, y corriger les effets perturbateurs de Taction, et enfin vivifier tous les résultats ainsi obtenus, par un effort de sympathie qui nous fasse entrer dans la familiarité de l'objet jusqu'à sentir sa palpitation profonde et sa richesse intérieure.

Sur ce dernier point, si nécessaire, et qui est décisif, rappelez-vous une page célèbre de Sainte- Beuve définissant sa méthode : « Entrer en son auteur, s'y installer, le produire sous ses aspects divers, le faire vivre, se mouvoir et parler, comme il a dû faire ; le suivre en son intérieur et dans ses mœurs domestiques aussi avant qu'on le peut... On fétudie, on le retourne, on l'interroge à loisir; on le fait poser devant soi... Chaque trait s'ajoute à son tour et prend place de lui-même dans cette physionomie... Au type vague, abstrait, général, se mêle et s'incorpore par degrés une réalité individuelle.. . On a trouvé l'homme. .. » Oui, c'est bien cela : on ne saurait mieux dire. Transposez cette page de l'ordre littéraire à l'ordre métaphysique. Voilà rintuition, telle que la préconise M. Bergson, et voilà le retour à l'immédiat.

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Mais un nouveau problème surgit alors : l'intuition de rimmédiat ne risque-t-elle pas de demeurer inexprimable ? Car notre langage a été fait en vue de la vie pratique, non de la connaissance pure.

Ce n'est pas tout que de percevoir immédiatement le réel ; encore faut-il traduire cotte perception en discours intelligible, en suite enchaînée de concepts; faute de quoi, semble-t-il, on n'aurait pas une connaissance proprement dite, on n'aurait pas une vérité. Sans le discours, l'intuition, à supposer qu elle naisse, resterait du moins intransmissible, incommunicable; elle s^épuiserait dans un cri solitaire. Par le seul discours devient possible une épreuve de vérification positive : la lettre est le lest de Fesprit, le corps qui lui permet d'agir et, en agissant, de dissiper les mirages illusoires du rêve. Enfin l'acte d'intuition pure exige de la pensée une tension intérieure si grande qu'il ne peut être que très rare et très fugitif : quelques rapides éclairs çà et là; ces lueurs naissantes, il faut les soutenir, puis les raccorder; et cela encore est l'œuvre du discours. iMais si le discours est ainsi nécessaire, non moins nécessaire est une critique du discours commun, des méthodes familières à Tentendement. Ces formes de

connaissance réfléchie, ces procédés d'analyse véhiculent en effet sourdement tous les postulats (le l'action pratique. Or il importe que le discours traduise et ne trahisse pas, que le corps de formules n'étouffe pas l'âme d'intuition. Nous allons voir en quoi précisément consiste le travail de réforme et de conversion qui s'impose au philosophe.

Poser devant soi l'objet d'étude comme une « chose » extérieure, puis se placer soi-même au dehors, à distance de perspective, en des observatoires périphériques d'où l'on n'aperçoit l'objet visé que de loin, avec le recul qui conviendrait pour la contemplation d'un tableau; bref, tourner autour de l'objet au lieu d'entrer hardiment à l'intérieur : voilà, en deux mots, l'attitude et la démarche ordinaires de la pensée commune, qui la conduisent à ce que j'appellerai l analyse par concepts, c'est-à-dire à la tentative de résoudre toute réalité en notions générales. Que sont en effet les concepts, les idées abstraites, sinon des vups lointaines et simplifiées, des manières de croquis schématiques, ne donnant de leur objet que quelques traits sommaires, variables suivant la direction et l'angle ? Par eux, on prétend déterminer l'objet du dehors, comme si, pour le connaître, il suffisait de l'enserrer dans un réseau de triangulation logique. Et ainsi peut-être en effet le tient-on, peut-être en établit-on précisément la fiche signa-

létique, mais on ne le pénètre pas. Les concepts traduisent des rapports, qui résultent de comparaisons par lesquelles chaque objet se trouve exprimé finalement en fonction de ce qui n'est pas lui. Ils le disloquent, le répartissent morceau par morceau, le dispersent dans son entourage ; jils ne le saisissent que par ses points. d'attache, par ses ressemblances et par ses différences. N'est-ce pas ce que font visiblement ces tiiéories réductrices où l'âme est exi)liquée par le corps, la vie par la matière, la qualité par le mouvement, l'étendue eUe-même par le nombre pur? N'est-ce pas ce que font en général toutes les critiques, toutes les doctnnes qui ramènent une idée à une autre idée ou à un groupe d'autres idées.' Or ainsi on n'attemt des choses que la surface, les contacts réciproques, les parties communes, les intersections mutuelles, mais non point l'unité organique ni 1 essence intérieure. En vain multiplie-t-on les pomts de vue, les perspectives, les projections planes : aucune accumulation de ce genre ne refera de la solidité concrète. Passer d'un objet directement perçu aux tableaux qui le représentent aux gravures qui représentent les tableaux, aux schemes qui représentent les gravures, cela est possible parce que chaque degré contient- moms que les précédents et s'en tire par simple diminution. Mais inversement donnez-vous tous les schemes. toutes les gravures, tous les tableaux -

à supposer qu'il ne soit pas absurde de concevoir donné ce qui est, par nature, interminable et inexhaustible, ce qui prête à énumération indéfinie, à développement et multiplicité sans fin : jamais vous ne recomposerez l'unité profonde et originale de la source. En vous astreignant à chercher l'objet hors de lui-même, là où certainement il n'est point, sinon par son reflet ou son écho, comment trouveriez-vous jamais sa réalité intime et spécifique? Vous vous condamnez donc au symbolisme, car une « chose » ne peut être dans une autre que symboliquement.

Et, de plus, votre connaissance des choses restera incurablement relative, relative aux symboles choisis, aux points de vue adoptés. Tout se passera comme pour un mouvement dont image et formule varient avec le lieu doù on le regarde, avec les repères auxquels on le rapporte, et qui ne se révèle absolument qu'à celui qui s'y insère, qui s'y abandonne et qui en vit du dedans le rythme. La thèse qui soutient l'inévitable relativité de toute connaissance humaine dérive en somme des métaphores qu'on emploie pour décrire l'acte de connaître : le sujet occupe ce point, l'objet cet autre ; comment franchir la distance ? les organes sensoriels remplissent l'intervalle ; comment saisir autre chose que ce qui arrive au bout du fil dans l'appareil récepteur? l'esprit lui-même est une lanterne de projection qui promène sur la

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nature un faisceau de lumière; comment ne la teindrait-il pas de sa couleur propre? Mais ces difficultés tiennent foutes aux métaphores d'espace employées ; et ces métaphores à leur tour ne font guère qu'illustrer et traduire la méthode commune d'analyse par concepts : méthode réglée avant tout sur les besoins pratiques de l'action et du discours.

Le philosophe doit prendre une attitude exactement inverse : non pas se tenir à distance des choses, mais pratiquer sur elles une sorte d'auscultation intime, et surtout donner cet effort de sympathie par lequel on s'installe dans l'objet on se mêle amicalement à lui, on s'accorde à 'son rythme original et, - d'un mot, - on le vit. Ce n est d'ailleurs là rien de mystérieux ni d'étrange. Considérez vos jugements quotidiens en matière d art, de métier ou de sport. Entre savoir par théorie et savoir par expérience, entre comprendre par analogie externe et percevoir par intuition profonde quel différence et quel écart ! Qui connaît absolument une machine, du savant qui l'analyse en théorèmes de mécanique, ou du praticien qui a vécu en camaraderie avec elle jusqu'à éprouver la sensation physique de .son jeu pénible ou facile, qui a le sentiment de ses articulations inté- Heures, de ses aptitudes opératoires, qui en perçoit a marc e et le travail ainsi qu'elle-même le ferait Si elle était consciente, pour qui elle est devenue

comme un prolongement de son propre corps, comme un nouvel organe sensori-moteur, comme un groupe de gestes montés d'avance en habitudes automatiques ? La première connaissance est plus utile au constructeur, et je ne veux pas prétendre qu'on doive jamais la négliger ; mais la seconde seule est absolument vraie. Et ce que je viens de dire ne concerne pas les seules choses de la matière : qui connaît absolument la rehgion, de celui qui du dehors l'analyse en psychologie, en sociologie, en histoire, en métaphysique, ou de celui qui du dedans, par une expérience vécue, participe à son essence et communie à sa durée ? Mais Fextériorité de la connaissance que procure l'analyse par concepts n'est que son moindre défaut. Elle en a de plus fâcheux encore. Si en effet les concepts n'expriment que ce qui est commun, général, non spécifique, d'où éprouverait-on le besoin de les refondre lorsqu'on les applique à un objet nouveau ? Leur raison d'être, leur utilité, leur intérêt, n'est-ce pas justement de nous épargner ce travail ? On les considère donc comme élaborés une fois pour toutes. Ce sont des matériaux de construction, des pierres taillées d'avance, et qu'il n'y a plus qu'à assembler. Ce sont des atomes, des éléments simples, un mathématicien dirait des facteurs premiers, capables de former des associations à l'infini, mais sans se modifier intérieurement par le fait de leur rencontre. Us

entrent en conjugaison comme s'ils s'accrochaient par le dehors ; ils sortent des agrégats tels qu'ils y étaient entrés. Juxtaposition, arrangement : ces opérations géométriques figurent alors l'œuvre de connaissance ; ou bien l'on a recours aux métaphores de je ne sais quelle chimie mentale : combinaison, dosage. Dans tous les cas, la méthode reste la môme : alignement et mélange de concepts préexistants. Or le seul fait de procéder ainsi équivaut à ériger le concept en symbole d'une classe abstraite. Après quoi, expliquer une chose nest plus que la montrer à l'intersection de plusieurs classes, participant de chacune d'elles en proportions définies : ce qui revient à la tenir pour suffisamment exprimée par une liste de cadres généraux où elle entre. Par principe, donc, l'inconnu est ramené d'office au déjà connu : et, dès lors, il devient impossible de jamais saisir aucune vraie nouveauté, aucune originalité irréductible Par principe, encore, c'est avec de purs symboles qu on prétend reconstruire la nature : et, dès lors -1 devient impossible d'en jamais atteindre la réa^ Iito concrète, « l'âme invisible et présente »

Ce monnayage de l'intuition en concepts à titre fixe -lie création d'un numéraire intellectuel facilem nt maniable ont d'ailleurs une évidente utilité praUque. Connaître, en effet, au sens usuel du mot, nest pas une opération désintéressée : cela

consiste surtout à savoir auel nmfit n

avuu quel proht nous pouvons

tirer d'une chose, quelle conduite nous devons tenir à son égard, quelle étiquette il convient de coller sur elle, dans quel genre déjà connu elle rentre, à quel point elle mérite tel ou tel nom caractéristique pour nous d'une attitude à prendre ou d'une démarche à exécuter. Classer approximativement en vue de l'usage utile ou du discours commun, voilà le but. Alors, mais alors seulement, des compartiments sont donnés tout faits d'avance ; et une même boîte de réactifs suffit pour tous les cas. Un questionnaire universel préexiste ici à toute recherche; ses divers articles définissent autant de points de vue toujours les mêmes d'où l'on regarde chaque objet; et l'étude se borne ensuite à 1 application d'une sorte de nomenclature aux cadres pre-

établis. .

Encore une fois, le philosophe doit procéder juste

à l'inverse. Ne pas s'en tenir aux concepts communs, qu'on trouve tout faits dans le commerce, vêtements de confection taillés d'après un mode e moyen, qui ne vont bien à personne parce qu Us vont à peu près à tout le monde : mais travail er sur mesure, incessamment renouveler son outillage, se refaire toujours un esprit neuf et pour chaque nouveau problème fournir un effort d adaptation nouveau. Ne pas aller des concepts aux choses, comme si chacune d'elles n'était que le point d'intersection de plusieurs généralités con- Lrantes, un centre idéal d'abstractions entre-

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croisées : maisallerau contraire des choses aux concepts, par une création incessante de concepts nouveaux et une incessante refonte des vieux concepts. L explication ne saurait consister ici en un agencement plus ou moins ingénieux de concept^-ndéformables qui préexisteraient à leur emploi, en un travail de mosaïque ou de marqueterie. Non il faut des concepts plastiques, Guides, souples, vivants, capables de se modeler sans cesse sur le réel, d'en suivre délicatement les sinuosités infinies. La tâche du p iulosophe est donc de créer des concepts bien P u ,t que d en cond,incr. Et chacun des concepts qu il crée doU rester ou ,ert et mobile, prêt aux renouvellements et adaptations nécessaires, comme une nK.thode et oonnne un programme : flèche ind.calnce d un chemin qui descend de l'intuition au d-scours, non pas borne marquant une station finale. Pa la seulement la philosophie demeure ce qu'eUe do.t être : l'examen de conscience de llspri

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Mais toute chose la comporte : alors , que nous Pi^cue par cela seul qu'on les tient pour des cadres

généraux indépendants de la réalité qu'on y met, pour des pièces de discours susceptibles d'être définies à vide, à blanc, et toujours représentables par le même mot, quelles que soient les circonstances : ce ne sont plus des idées vivantes et colorées, mais des formes abstraites, immobiles et neutres, sans nuances ni degrés, que rien ne saurait différencier d'un cas à l'autre et qui caractérisent deux points de vue d'où Ton peut regarder n^importe quoi. Dès lors, comment une application de ces formes nous ferait-elle saisir ce qu'ont d'original et de propre l'unité et la multiplicité du moi? Bien plus, entre deux telles entités définies staliquement par leur opposition même, comment concevrionsnous jamais une synthèse? A vrai dire, l'intéressant n est pas de se demander s't*/ y a unité, multiplicité, combinaison de Tune et de l'autre : c'est de voir quelle sorte d'unité, de multiplicité, de combinaison, réalise le cas actuel; c'est surtout de comprendre comment la personne vivante est à la fois unité multiple et multiplicité une, comment se relient ces deux pôles extrêmes de la dissociation conceptuelle, comment se rejoignent par leurs racines ces deux branches d'abstraction divergentes. L'intéressant, en un mot, ce ne sont pas les deux repères symboliques incolores qui marquent les deux bouts du spectre : c'est la continuité intercalaire avec sa richesse mobile de coloration et le double progrès de nuances qui la résout en rouge

Le Roy.

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et en violet. Mais atteindre ce passage concret, on ne !'• ' 'II' que si Ton part d'une intuition directe pour descendre de là aux concepts qui l'analysent . Enfin le même devoir de retourner notre attitude familière, de renverser notre démarche habituelle, s'impose encore à nous pour une autre raison. L'atomisme conceptuel de la pensée commune Tentraîne à poser une sorte de primat du i opos sur le mouvement, du fait sur le devenir. Pour elle, le mouvement s'ajoute à Tatomc, comme un accident supplémentaire à une immobihté antérieure ; et le devenir relie des termes préexistants, comme le fil qui passe à travers les perles d'un collier. Elle se complaît dans l'immobile et s'efforce d'y ramener le mouvant. L'existence lui paraît à base d'immobilité. Tout changement, tout phénomène, elle le décompose et le pulvérise, jusqu'à ce qu'elle y trouve l'élément in variable. C'est l'immobilité qu'elle estime première, fondamentale, inteUigible de soi, la mobilité au contraire qu'elle veut expliquer en fonction de l'immobiUté. Aussi des progrès euxmêmes et des transitions tend-elle à faire des choses. Pour bien voir, il faut toujours, semble-t-il, qu'elle arrête et qu'elle fixe. Que sont en effet les concepts, sinon des stations logiques disposées en observatoires le long du devenir, sinon des vues immobiles prises du dehors et de loin en loin sur un écoulement continu? Chacun d'eux isole et fixe un aspect, et comme l'éclair instantané qui illumine

pendant la nuit une scène d'orage* ». Leur ensemble constitue un illet tout monté d'avance, un réseau solide, où l'intelligence humaine s'installe et s'accroche pour guetter le flux réel, pour le capter au passage. Transport à la spéculation d'un procédé fait pour la pratique. Partout nous cherchons des constantes : identités, invariances, conservations ; et nous imaginons la science idéale comme un regard éternel ouvert sur des immobilités. C'est que la constante est le support et l'objet que réclame notre action : il faut que la matière opérée ne se dérobe pas à nos prises, ne fuie pas sous nos mains, pour que nous la puissions travailler. C'est aussi que la constante est l'élément du discours, où le mot en représente la permanence inerte, où elle constitue le point d'appui solide, la base et le jalon du cheminement dialectique, étant ce qui peut être laissé de côté par l'esprit dont l'attention est ainsi libérée pour d'autres œuvres. A cet égard, l'analyse par concepts est la méthode naturelle du sens commun. Elle consiste à se demander de temps en temps où en est la chose qu'on étudie, ce qu'elle est devenue, afin de voir ce qu'on en pourrait tirer ou ce qu'il convient d'en dire. Mais cette méthode n'a qu'une portée pratique. La réahté, qui en son fond est devenir, passe à travers nos concepts sans jamais s'y laisser prendre, comme passe un mou-

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