Matière et Mémoire, p
toire intérieure des choses. « C'est ainsi que les mille positions successives d'un coureur se contractent en une seule attitude symbolique, que notre œil perçoit, que Tart reproduit, et qui devient, pour tout le monde, l'image d'un homme qui courte » C'est encore ainsi qu'une lueur rouge, persistant une seconde, enveloppe un si grand nombre de pulsations élémentaires qu'il nous faudrait 25 000 ans de notre durée pour en percevoir le défilé distinct. De là provient la subjectivité de notre perception. Les qualités diverses correspondent, en somme, aux rythmes divers de contraction ou de dilution, aux divers degrés de tension intérieure de la conscience qui perçoit. A la limite, si l'on imagine une détente complète, la matière se résoudrait en ébranlements incolores, et ce serait la « matière pure » du physicien.
Réunissons maintenant en une seule continuité les diverses époques de la dialectique précédente. Vibrations, qualités ou corps, rien de tout cela n'est isolément le réel; mais c'est tout de même du réel. Et le réel absolu, ce serait l'ensemble de ces degrés et moments, et de bien d autres encore sans doute. Ou plutôt, avoir l'intuition absolue de la matière, ce serait, — défaisant d'une part ce que nos besoins pratiques ont fait, restaurant d'autre part toutes les virtualités qu'ils ont éteintes,