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suffit pour cela d’avoir recours aux actes des Synodes wallons. Celui d'Amsterdam (les 21, 22, 23, 24 avril 1610) nous renseigne précisément sur le discours qui nous occupe:
«13. On a remis à la discrétion de l’Eglise de Wesel de recevoir Jean Haren à la communion de la sainte Cène, et, quant au ministère de la parole, la compagnie a jugé qu'il n’y doit point estre receu, avant une longue épreuve de sa repentance, et sans l’avis de notre synode.
« 14 Nous n’avons pas, pour le présent, trouvé expédient de publier en nos Eglises la repentance du dit Haren, pour le recevoir à la paix de toutes nos Eglises, mais, pour plusieurs considérations, avons plus tost trouvé bon d’en différer la résolution jusques au prochain synode!.»
Quelques mois plus tard, le synode se réunit à Bréda (les 45, 16 et 17 septembre 1610), et voici ce qu’il décida:
1 Livre synodal, contenant les articles résolus dans les synodes
des Eglises wallonnes des Pays-Bas, publié par la Commission dé l’histoire des-Eglises wallonnes, 1896. T. I, 1563-1685, p. 217.
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(16. Jean Haren, ayant donné suffisant tesmoignage de sa repentance, on a trouvé expédient de ne differer plus longtemps de le recevoir à la paix de nos Eglises, lesquelles seront publiquement adverties de sa réconciliation, selon la formule qui S’ensuit: «Mes frères, il y a vingt et cinq ans, ou environ, que nos Eglises, ayant esté grandement scandalisées par la révolte de maistre Jean Haren, lors ministre en l'Eglise françoise de Bruges, trouvèrent expédient de le nommer publiquement, et retranchèérent de leur communion, avec exhortation à tous fidèles de le fuir, et n'avoir aucune accointance avec lui, et cependant prier Dieu, qui cognoist les cœurs, d’avoir pitié de lui, et vouloir le ramener au droit chemin et vraye repentance de ses fautes. Or est-il que, depuis quelques années, Dieu, qui est riche en miséricorde, l’a redressé et remis au droit chemin, selon qu'il a donné lui mesme bon et.suffisant tesmoignage par une publique et solennelle confession et recognoissance de son péché, tant de bouche que par escrit, ce qui a: donné occasion à nos Eglises de lui tendre la
HEnNTARUE
main et condescendre à son humble et instante requeste d’estre receu à réconciliation, et restabli à nostre communion, ce qu’elles ont trouvé espédient de vous représenter, afin que, par ceste publique déclaration, un chacun soit adverti de le tenir et recognoistre pour frère et membre de nostre corps, se resjouir de sa conversion, en rendre gloire à Dieu, et le prier de lui faire la grâce de perséverer constamment en sa vérité, à la louange de son sainct nom, et édification de son Eglisef. »
J. Haren en effet persévéra. Mais, on le comprend, il ne trouva pas d'Eglise disposée à le prendre pour pasteur, et les synodes durent venir à son aide. Celui de Dordrecht (septembre 1611) lui accorda (22) «cent dalders » et une lettre de recommandation pour «quelques Eglises de France?.» Celui de Ziericsée (avril 1612) organisa définitivement une collecte en sa faveur: «23. Pour subvenir aux nécessitez de nostre frère Jean Haren, réduit en ceste siene viellesse à une grande extrémité, les Eglises sous nommées sont sérieusement
À Jbid., p. 220-2921. — ? Jbid., p. 226,
priées de consentir à lui baïller par semaine, de la bourse de leurs diacres, comme s'ensuit: Amsterdam, 20 pat.; Middelbourg, 15; Dort, 12; Utrecht, 10; Rotterdam, 10; Leyden, 9; Flessingues, 6; Delff, 6; Haerlem, 6; montant à la. somme de fl. 4, 14, laquelle somme les Eglises. seront priées d'apporter à chacun synode pour estre délivréet. » C'était une dizaine de francs. (monnaie du temps) par semaine, une quaran- : taine de francs par mois.
Deux fois encore, au synode de Rotterdam (septembre 1612, article 4), et au synode dé Delft (septembre 1613, article 14), il est ques-. tion de J. Haren, et de quelques-uns de ses opuscules, qu'il voudrait voir approuvés?. On charge certains pasteurs de les lire et de donner leur avis.
Puis plus rien: nous voilà au bout de notre étude. | Plus rien!
La légende sur la mort de Calvin varejoindre
1 Jbid., p. 230. — 2 Ibid., p. 232, 233.
pire
la légende sur le Fer rouge. Il n’y a rien à retenir du témoignage des deux seuls témoins, dits oculaires. Les deux témoignages sont deux calomnies infâmes, dans le plein sens des mots, deux calomnies que les faits réfutent et que même des savants ultramontains et. jésuites, comme le P. Brucker, le P. Maimbourg, et le D’ Paulus, désavouent.
Plus rien!
Plus rien contre Calvin. Mais quelque chose et beaucoup dans notre cœur d’homme..A mesure que, pendant des mois, on respire cette atmosphère, où les calomnies les plus monstrueuses circulent comme des axiomes, on se sent pris à la gorge; on se croirait à proximité de certains fumiers, et le cœur se souiève. Or, il y a des gens qui vivent làdedans. Mais de quoi donc ont-ils l’âme faite, ces écrivains qui éprouvent de telles délices à plonger leurs mains, leurs bras dans la boue, le mot est trop propre, il faut dire: dans l’ordure de ces vices infâmes, de ces vices contre nature, de ces crimes sans nom et sans nombre? De quelle hypocrisie croient-
Se
ils l’âme humaine capable? Pendant vingt ans un abominable débauché aurait pu écrire les paroles les plus édifiantes, et vivre à la fois dans les derniers bas fonds de linfamie et sur les plus pures hauteurs de la religion ! Et de quelle stupidité croient-ils capable l’âme populaire ? Pendant vingt ans tout un peuple aurait écouté, aurait regardé cet infâme débauché, et, par cet infâme débauché, il se serait laissé imposer les lois de la morale la plus austère, et cet infâme débauché aurait tenu à Genève, pour toute l’Europe, avec un succès inouï, une incomparable école de vertu, de piété et de martyre, surtout de martyre ! Oui, comment est faite l’âme de ces Audin, de ces Mer de Ségur, de ces Renauld, de ces Romain? Que sont pour eux le bon sens, la logique,... à moins que, victimes de leur propre système, le cerveau et la conscience anesthé= siés par l'infection même de cet air qu'ils travaillent à empester, ils soient descendus à ce degré d’abaissement, au-dessous de tous les abaissements, de faire des Faux... de bonne 2 EOL
Plus rien contre Calvin. Mais quelque chose et beaucoup dans notre cœur de Français.
Depuis trois et quatre siècles, ces défenseurs attitrés du dogme catholique n’ont cessé de fabriquer des in-folios, et des plaquettes, où, à côté des deux principales calomnies, ils ont collectionné une foule d’autres calomnies secondaires, paroles prêtées à Bucer, à Wolmar, à de Bèze,... en contradiction avec toutes les paroles connues de ces amis de Calvin, mais dont on à eu soin de rendre la vérification impossible, en n’indiquant aucune référence.
Comment démontrerez-vous que deux mots ne se trouvent nulle part dans dix ou vingt volumes, ou que, s'ils S'y trouvent, ils ont un sens différent de celui qu’on leur prête ?
Evidemment, il n’y a qu’une réponse à faire:
«Toutes les fois que nous avons pu vérifier une accusation, elle s’est trouvée un Faux. Les accusations que nous ne pouvons pas vérifier, que sont-elles, à plus forte raison, sinon des Faux, encore des Faux, toujours des Faux, comme les fausses lettres à du Pôet, comme
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la fausse citation de Becanus, comme la fausse citation de Withaker, comme les fausses déclarations de Bolsec et de Haren ? »
Mais en attendant, ces Faux, enregistrés dans les in-folios vénérables, ou enjolivés dans les livres et les brochures innombrables, ont formé . la pensée et comme la mentalité de la France.
Ces Faux, grâce à Laing (Laingaeus), à Stapleton, au jésuite Romaeus, au jésuite Cornaeus, au Chartreux Surius, au jésuite Campion, au cardinal de Richelieu, et à une foule d’autres personnages, ont fait toute l’instruction de tous les prêtres dans tous les grands séminaires.
Ces Faux, grâce à ces prêtres, grâce à Audin, dont l'ouvrage atteint sa 6me édition en 1856, à Mgr de Ségur, dont la brochure atteint sa J9me édition en 1888, à Mgr Gaume, dont l’Abrégé du catéchisme, approuvé par le pape et par.une douzaine d’évêques ou archevêques, et adopté pour les examens de l'Hôtel de Ville, atteint sa 42me édition en 1880, grâce à des centaines et des centaines de pampblets,
comme ceux des Renauld et des Romain, ont .
fait toute l’instruction de la bourgeoisie dans …
les établissements secondaires dirigés par des religieux et des religieuses.
Enfin ces Faux, au confessionnal, dans les prônes, dans les missions, dans les écoles congréganistes, ont fait toute l'instruction du peuple.
Et l’odieuse parole de Bossuet est devenue Jaxiome incontestable : « Si les protestants savaient à fond comment s’est formée leur religion, cette Réforme dont ils se vantent ne les contenterait guère, et pour dire franchement ce que j'en pense, elle ne leur inspirerait que du mépris. » | | C’est à ce point que tout ce qu'il y a de catholique en France, bien plus, tout ce qui en France a reçu l'instruction catholique, c’està-dire le clergé, la bourgeoisie et le peuple de France, est forcé de croire que les fondateurs du protestantisme sont une collection sans pareille de bandits et de canailles, de vrais . monstres au point de vue moral. Dès lors, de quoi ne sont pas capables les disciples de pareils maîtres ? — On est ‘en train de tirer les corollaires de l’axiome. — Plus de sens cri-
RS. ou
tique, plus de sens de la vérité, plus de respect pour l'adversaire, une niaiserie, qui, surexcitée par la méchanceté de ceux qui font de ces calomnies « métier et marchandise, » est capable de tout.
Oh ! pauvre France, qu’a-t-on fait, que veuton faire de ton génie, qui d’instinct va à la lumière et à la générosité? On ne l’a que trop vu, 1l v a quelques mois, quand l’astre de notre patrie a été obscurci par une autre nuée de Faux, quand s’est déchaînée, jusque dans les. prétoires de la Justice, cette tempête assourdissante de mensonges et de férocité !
Nous n'avons voulu traiter qu’une question minutieuse, sèche, d’érudition. Nous avons lu des textes, selon les règles de la critique scientifique ; nous avons soulevé la poussière des vieux in-folios et des vieilles plaquettes, jaunis : au fond des bibliothèques séculaires.
Et voilà, ce qui se dresse devant nous, c’est la question morale et nationale.
En montrant comment, pendant quatre siècles, on a faussé l’histoire de notre pro-
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testantisme, nous avons montré à l’œuvre ce système, cet esprit jésuitique qui a faussé l’âme de notre peuple, et dont aujourd’hui se révèlent, avec éclat, les secrets et presque irréparables ravages.
A ce point de vue inattendu, le sort du protestantisme se confond encore avec le sort de notre patrie; l’un et l’autre sont menacés de mort par le mensonge; l’un et l’autre ont besoin pour vivre de vérité.
Donnons-la leur.
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